‹ Un Prussien libéré; Herder, sa vie et son œuvreChapitre 3 sur 25 · PRÉFACE III · texte numérisé non relu

PRÉFACE III

étranges contresens^ que ce n'est pas le lieu de détailler ici \

Herder était, comme Henri Heine, un Prussien libéré. Il quitta la Prusse à vingt ans ; il la quitta sans regret, et n'y revint jamais. Plus tard., dans les Lettres pour l'avancement de l'Humanisme, il écrivait :

« La guerre, quand elle n'est pas défensive, quand elle est portée follement chez des voisins tranquilles, est une entreprise au plus haut point bestiale ; elle ne répand pas seulement la dévastation et la inort chez la nation attaquée, mais elle immole encore gratuitement celle qui attaque.

« // faudra que peu à peu un sentiment de solidarité naisse entre les nations, de telle sorte que chacune éprouve en elle-même ce qui arrive à toutes les autres. Alors on haïra celui qui empiétera sur les droits du voisin, nuira à son bien-être, l'offensera dans ses mœurs et ses croyances, voudra lui imposer l'idée d'une prétendue supériorité. Celui qui, sous un pi'étexte quelconque, franchira

1. Je l'ai fait dans deux articles de la Revue Critique, du 18 décembre 1882 et du 7 avril 1884.

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sa frontière pour opprimer le voisin, lui porter des dieux étrangers, le contraindre dans sa manière de penser et de vivre, aura dans chaque peuple un ennemi. Que cette conviction se répande, et il se formera peu à peu une alliance entre les stations civilisées contre toute puissance envahissante. »

L Allemagne a accepté la mainmise prussienne ; elle s'en est même glorifiée ; elle en sera la victi7ne.

Ce livre a été écrit presque en entier avant la guerre. Je n'y change rien, et je n'en crois pas la publication inopportune. L'histoire, au milieu des événements qui passent, reste souveraine, et le passé co?itient la leçon du présent.

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