‹ Un Prussien libéré; Herder, sa vie et son œuvreChapitre 25 sur 25 · L INFLUENCE DE HERDER · texte numérisé non relu

L INFLUENCE DE HERDER

sons. Les rêves sont plus doux, porte's sur le& ondes de l'harmonie. » 11 n'eut même pas celte satisfaction. Quelques amateurs s'associèrent à lui pour la mise en œuvre de ses cantates, mais aucun grand compositeur ne s'inspira de ses pièces lyriques. Il n'avait pas le don créateur. Mais il a compris la Bible, Homère, Shakespeare ; il a senti" le charme d'un lied^ écho naît" de l'âme populaire : ce sont des mérites dont il faut lui tenir compte, et dont ses successeurs ont profité.

La Bible avait été jusque-là ou un livre d'édification ou un texte à controverse ; Herder la montra comme une source de poésie. Goethe, dans une des premières pages des Notes et Dissertations qui accompagnent le Divan oriental-occidental, compare les commentaires de Herder à un lever de soleil dans le ciel pur de l'Orient. C'était, en eflfet, une lumière nouvelle projetée sur une région oii l'on croyait n'avoir plus rien à découvrir. Et derrière la Bible s'ouvrait tout le vaste monde des traditions orien-

•laies. Mais Herder ne fut qu'un interprèle, cherchant un équivalent allemand pour tel ou tel tour de l'imaginalion étrangère. Ses successeurs allèrent plus loin que lui ; ils prirent -ensemble la forme et le fond, firent des gasels «t des makames^ et « pillèrent à F envi les jardins de Schiraz ». Uécole romantique entreprit systématiquement la conquête de TOrient ; rinde et l'Iran durent prêter à l'Allemagne leurs rythmes poétiques^ en même temps que les trésors de leur antique sagesse : ce fut toute une campagne d'exploration et, pour ainsi dire, d'annexion littéraire, dont les étapes sont marquées par les noms de Rûckert, de Platen, de Daumer, de Bodenstedt. Herder fut l'initiateur du mouvement ; Goethe, avec le Divan ^ en fut le second promoteur.

La Bible est, pour Herder, le Livre inspiré ;

mais l'inspiration a été reçue par des hommes.

Dans un sermon qu'il a prononcé à Riga sur

la Manière de lire la Bible, il dit : « Chacun

^es auteurs a pensé comme il a pu et voulu

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penser, selon la capacité de son esprit, la portée de ses facultés, le mélange de son tempérament, même selon ses connaissances acquises et son habileté dans l'art d'écrire. Saint Jean écrit comme saint Jean pouvait écrire, avec son âme tendre et sensible, avec un <;hoix de pensées qui sont ses pensées favorites, et un choix d'expressions qui sont ses ^îxpressions favorites. Saint Paul écrit avec vivacité, avec feu; les pensées se précipitent; les métaphores abondent; saint Paul est un pharisien converti. Isaïe est majestueux, sublime ; c'est l'aigle qui aspire au soleil. Jésus- Christ lui-même a vécu, selon l'expression de saint Paul, sous la servitude de la circoncision ; il est né en terre juive, il a été nourri de la pensée juive ; c'est parmi des Juifs qu'il a prêché ; c'est sur les ruines de leur religion qu'il a édifié la sienne, une reHgion meilleure, noble, simple, morale, qui a été ensuite développée par les apôtres. Chaque auteur de la Bible est venu faire l'offrande de son âme sur l'autel de Dieu ;

TEsprit divin a consacré le tempérament de chacun, et Ta sanctifié pour le service de Dieu. » La pensée de Herder n'est pas qu'il faille lire la Bible comme l'ouvrage d'un auteur quelconque ; mais il estime que, sans manquer de respect à un texte devant lequel les siècles se sont inclinés, on peut lui laisser son caractère humain, qui lui donne le charme de l'originalité et l'intérêt de la vie. Une telle manière de voir était évidemment peu conforme à la stricte orthodoxie. Elle ne s'accordait pas davantage avec la critique rationaliste, qui voyait plutôt les contradictions que la poésie des textes. Herder s'efforçait d'ouvrir un chemin entre les deux écoles. Le christianisme était surtout, pour lui, une haute consécration de la loi morale, une initiation à la vie sainte sur les traces du fondateur. Celui de ses successeurs qui se rapproche le plus de lui, c'est le romantique Schleiermacher, qui définissait la religion « un goût de l'infini ». Herder a été, sous ce rapport comme sous plusieurs autres, un précurseur du romantisme.

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La religion de Herder est la plus haute expression de son Humanisme, et l'Humanisme est la fin dernière du développement des sociétés humaines. L'Humanisme, ce mot si vague et si compréhensif, résume toute l'activité de Herder et donne la clef de tous ses écrits. Il est synonyme de civilisation, mais il désigne surtout la civilisation par le côté intellectuel et moral. Le but de l'Humanisme est de constituer l'être humain dans sa qualité essentielle et immuable, indépendamment des particularités qui peuvent distinguer les individus ou les nations. L'Humanisme est la chose universelle par excellence ; c'est la négation de l'égoïsme national, l'œuvre collective à laquelle toutes les nations, et dans chaque nation tous les esprits d'élite, sont appelés à concourir. « L'histoire est un champ clos, où toutes les parties du monde civilisé se disputent la palme. » La palme qui est promise à la victoire est celle des sentiments nobles et des volontés généreuses.

Tel est l'idéal que Herder proposait à la litté-

rature allemande du dix-huitième siècle ; ce fut celui de l'école de Weimar et du romantisme qui suivit. La Jeune Allemagne^ qui s'éleva après 1830, s'en écarta d'abord, mettant en première lig-ne de ses ambitions la réforme des institutions politiques, chose fort indifférente à Herder. Plus tard, les succès inespérés des armes allemandes et un accroissement extraordinaire de prospérité matérielle déchaînèrent les appétits grossiers, et ce qui restait de l'ancien Humanisme sombra dans le flot montant du Pangermanisme.

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