AVENTURE DU CHAT GALANT
Or, voici celte fameuse aventure :
Le 23 juin 1573, en un coin de la place de Grève, et juste au bord de la ligne formée par les archers, arbalétiiers, arquebusiers et pistoliers de la ville de Paris, pour empêcher le peuple d'approcher trop près du feu, était une femme de belle mine, richement vêtue, mais montrant dans le regard et dans le port de sa tête une trop grande fierté pour une fille bourgeoise qui n'était dame que pour avoir épousé, grâce à son argent, le sieur de Quinquebœuf, mort depuis un an, ce qui fait qu'alors elle était veuve, et toujours trèscourtisée à cause de sa grande fortune. Nul des cavaliers qui lui rendaient leurs hommages n'ayant pu lui procurer une fenêtre pour voir le feu, elle s'était résolue à s'y rendre à pied, accompagnée des cinq ou six des plus empressés qui l'aidèrent à percer la foule, et qui Tentouraient pour protéger ses riches vêtements du contact des habits malpropres du peuple, et des ciseaux des cacous qui en auraient bien vite dépecé les broderies.
Cependant elle ne serait point arrivée jusqu'à la place où elle était, si Pierre du Ru n'eût reconnu quelques-uns des gentilshommes qui l'accompagnaient, et n'eût ordonné à ses archers de les faire passer jusqu'à eux. Ce fut la première fois qu'il vit la dame Catherine, et comme elle était d'une grande beauté, relevée par une grande parure, il la trouva tout à fait à son gré, et il lui exprima combien il était heureux d'avoir pu lui rendre service. La dame de Quinquebœuf lui répondit fièrement, et le capitaine se retira très-mortitié, mais sans puissance d'en vouloir à la rudesse de celte iuconnue, car il était reslé charmé de sa beauté. Il se plaça donc à quelque distance d'elle, et observa comment elle se conduisait envers les gentilshommes qui lui servaient d'escorte. Il vit qu'elle s'en faisait servir comme eût fait une reine, mais il ne put découvrir s'il y en avait un parmi eux à qui elle fit partager son trône., Tout en la considérant, il