‹ Un Revenant [microforme]Chapitre 10 sur 74 · EN REVENANT · texte numérisé non relu

EN REVENANT

en uniformes gris sortirent, le révolver au poing. Eugène, qui étant sans armes, ne se déconcerta nullement. Après les avoir salués il se croisa les bras et les regarda en face, mais d’un air plutôt conciliant que provocateur.

— Etes-vous un déserteur 4 lui demanda -'un des deux hommes ?

—Je suppose que c'est à peu près ceia répondit Ledue,

— Alors, entrez et soyez le bienvenu dit le planteur, un viciilard à l'air vénérable qui venait de paraître sur le seuil.

C'était l'heuse du diner, on se mit à table et tous, y compris les demoiselles, se montrèrent très aimables pour leur nor.vel hôte.

Eugène exposa son cas, ef Îl fut convenn qu'il accompagnerait les deux hommes qui devaient partir pour

* Ritchie’s Gap, à une dizaine de milles de distance, Ces deux hommes étaient officiers dans le corps de Moseby.

Ils avaient l'air de gentilshommes accomplis, L'un d'eux s’engagea à recommander Eugène à son père, un M. Wyse qui demeurait à Plainville. Eugène devait quitter 1à son uniforme américain, revêtir l’habit bourgeois et tâcher eusuite de 56 rendre à Richmond en évitant

de tomber dans les lignes fédérales. A Richmond les autorités verraient probablement à l'envoyer au Mexique,

XIV—Ds CHAryppe EN SOYLLA

Après diner on se mit en route, lies deux officiers à cheval st Eugène à pisd. Les deux guérilleros ne portaient pas de sabre. En revanche, chacun d'eux avait passé dans ses bottes deux revolvers d’un fort calibre. On s’engagea à travera bois dans un des nombreux sentiers appolés Mule Paths, qui couvraient le pays d’an vaste réseau eb permettaient aux guerillas de parcourir impunément a contrée occupée par les troupes fédérales, Ritchie’s Gap était tout simplement une brôêche ou un défilé à travers les monts Blue Ridge. I y avait près du col ou passage, un petit bâtiment servant à la fois de logement et de boutique à un forgeron-armurier, Le jeune Wyse déchira une feuille de son calepin et éorivit à son père pour lui recommander Eugène,

—Avez-vous des greenbacks sur vous ? demanda-t-il à ce der:.ier ?

—Une vingtaine de dollars,

—Alors, je vais vous les changer, Si, une fois revêtu de l'habit bourgeois, vous veniez à retomber entre les mains de vos gens, la possession de cet argent vous compromettrait.

Eugène consentit à échanger ses groeubacks contre des bons confédérés. L'échange sè fit au pair; bien que Leë 1 sût parfaitement qu’un dollar en greenbaok valait alors,

même shoes les confédérés se moins visst dollus des

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assignats de Jeff Davis. Mais cos homincs lui avaiont readu service et il était en leur uonvoir. Wyso eut pu ‘ui dire comme l’aimable voleur de Gustave Nadaud :

es D'ailleurs j'ai là deux pistolets, ”

Les deux oficlom la! indiquèrent la route qu'il Gavait suivre vour co reud# à Plainrille. Le soleil allait bien- &8t disparaître à l'hurizon et Eugène hâta le pas. Vers dix houres du sui: il arriva au village de Plainville. 1l alle s'informer aiux maisons où la vue de son uniforme ne manqua pes d'effrayer les femmes et les enfants. S'imaginant qu'il n'était pas seul, et que les Yankees ae propusaient de faire un mauvais parti à M. Wyse, on ne s'ompressait pas trop de lui répondre. Pendant une heure encore il parcourut les environs du village. On lui avait dit que M. Wyse demeuralt à-un mille de distance. Enfia il gravit une collise couronnée par une magn ifique résidence à deux étages, entourée de quelques cases de nègres. Il entra dans l’une de ses dernières et demanda si c'était là la demeure de M. Wyse. Un vieux nègre lui répondit que le gentlomen en question demeurait à un mille plus loin. Leduo demanda l'hospitalité pour la nuit, mais l’esclave, ne pouvant comprendre qu’un blanc poussât la condescendance jusqu'à coucher chez de simples moricauds, le conduisit à l'habitation.

Le planteur vint le recevoir. C'était un homme d’une trontaîne d'années. Blessé au service du sud, il était revenu ches lui en congé de convalescence, Le nègre était d'abord allé l’avertir de la présence d’un désert:

américain, et id s'éiaié ivvé sur 565 héquilies pour v:.

nt pu

recevoir son nouvsl hôte à la porte. On apports du lard famé, (bacon) du lait, du beurre et du pain de maïs. Eugène manges aves appétit pendant que le blessé lui tenait compagnie,

— Nous sommes ici à dix milles de Warrenton Junction lui ditil, et votre cavalerie envois assez souvent des scouts ou éciaireurs à la recherche des güérillas, qui viennent parfois visiter leurs parents, Les nôtres sont toujours avertis à temps de l'approche des fédéraux, Comme je ne fais pas partie du corps indépendant de Moseby, on ne m'arrêtera pas. Du reste, on ne me trouvera pas en armes, et si l'on m'arrêtait sons soupçon autant vaudrait arrêter toute la population mâle restée dans le pays. Vous, si l'on vous trouve en uniforme, on ne manquera pas de vous amener à Warrenton Junction. En conséquence il serait plus prudent pour vous d’aller coucher au hangar, car, s'il nous vient des fédéraux, ils pourraient bien leur prendre envie de visiter la maison de fond en comble dans l'espoir d'y trouver quelque partisan de Moseby.

On alla reconduire Eugène au hangar en question : c'était un bâtiment séparé en deux par une cloison munic d’une porte, La seconde pièce, servant de réceptacle aux instrument aratoires, avait une fenêtre donvant sur la cour, Eugène pênètra dans cette seconde pièce et 80 coucha tout habillé. El n’était pas encore endormi qu’'ik entendait galopper des chevaux ; le bruit se rapprochait ;. il s'agenouilla nrès de la fenêtre, se plaça de façon à voir® en dehors sans être vu, et bientôt, à la clarté de la luncn8 il distmgua quatre çavaliers fédéraux qui venaient d'dait

river et de mettre pied à terre entre la maison et le han-

gar,

—$S1 vous pouvez entrer tous quatre à la maison, se dit-il, je prends un des chevaux et je file.

Ce plan ne devait pas être mis à exécution. Trois des cavaliers frappèrent à la porte qu’un nègre vint leur ouvrir, le quatrième resta en dehors pour faire sentinelle.

Eugène saisit un manche de pic qui se trouvait à portée de sa main et se blottit le long de la porte de la cloi son.

—Maïlhour au premier qui ose ouvrir cette porte mur mura-t-il, je le eulbute avant qu'il ait le temps de 8e reconnaître, j'essuie le feu des trois autres et si si je ne suis pas atteint, comme j'y compte bien, je me laisse dégringoler dans le ravin couvert de taillis qui se trouve en arrière du hangar, Ils auront bien le diable au corps s'il réussissent à me mettre la main au collet,

Eugène commençait à regretter d'avoir quitté le régiment, mais {] serait mort en combattant plutôt que d'y être ramené comme dézerteur,

Les trois eavaliers sortirent de la maison, ouvrirent la porte extérieure du hangar et y jetèrent un regard ra. pide.

.| Ïl y a encore cette autre porte, dit l’un d'eux. Eugène serra convulsivement son manche de pic. —Bab, il n’y a rien là dedans, en selle et netournons

au camp.

Ce fut avec un sentiment de satisfaction facile à eon-.

\evoir que Leduc les vit s'éloigner. Il s'endormit d’un Mumeil agité et rêva toute la ruit d'arrestations, de fui-

tes, de poursuites et de combats contre les cavaliers américains. Le lendemain, en se levant, il trouva le blessé

qui prenait l'air dans la cour et qui lui indiqua le che-

min de la maison de M. Wyse. Oe dernier était ches lui; c'était un beau vieillard, portant une longue barbe et une longue chevelure, plutôt grise que blanche. Il invi

ta Eugène à déjeûner et le présenta à sa fille, une jolie sudiste aux yeux noirs. Leduc entra dans une chambre, où il revêtit un habit bourgeois qui avait tout l'air d’an

uniforme confédéré. Le fait est que o’en était un aux boutons près, Il s'informa de la route qu'il devait suivre

pour s rendre à Richmond. Cela dépendait beaucoup des

mouvements de l'armée américaine. A vol d'oiseau, on était à 70 milles de Richmond ; en contournant les li. gnes américaines et en passant par Staunton, il y avait bien 300 milles, Eugène entreprit courageusement cette

longue route, et pendant huit jours, il voyagea à pied

dans la vallée de la Shenandoah, :

Il avait changé ses bottes, qui étaient toutes neuves et qui lui avaient coûté $10 en greenbacks chez le sutler contre une autre paire plus vieilles et #29 en bons confédérés. Comme il ne connaissait pas le pays et qu’on le renseignait mal, ä n'avançait guère. Un soir, constata avec dépit qu'après avoir marché toute la journée il était revenu juste à l'endroit d'où il était parti le matin.

Le pays était du reste peu habité, les maisons clair semées, Parfois il arrivait à cours d’eau que les pluies avaient grossi et dont le courant était très rapide. Le pont avait été emporté et il n’y avait pas d'habitations auprès, par co:séquené pas d'embarcations. Li lui fallait

s’allouger énormement pour trouver un endroit guéable,

La population se montrait très :5p14: 10. On refusait o.dinairement d'accepter du paiement pour les repas qu'il se faisait servir,

Quelques jours après son départ, 11 déboucha dans une plain: ou les guerillas de Moseby étaient réunis, soit pour l'exercice, soit pour une revue. Les hommes étaient à vioval mais les rangs étaient rompus et le chef Moseby n'était pas là. Eugène marcha résolument vers le groupe de cavaliers, On l'entoura immédiatement, (Ces hommes, qui se connaissaient tous entre eux, voyaient un ennemi dans chaque étranger, Ils r'eurent pas de peine à reconnaître en lui un soldat américain, Seulement ils se trompaient en le prenant pour un espion du gouvernement fédéral.

En temps de guerre, le sort de l’espion est vite déeidé, On le pend au premier arbre. Les guérillas avaient pour habitude, de pendre indistinctement tous les s0ldats américains, dont ils pouvaient s'emparer. Girconstance aggravante, Eugène était déguisé,

L'arbre était cl :ici, la corde éta:0 prête, deux {ndividus avaient saisi Eugène par les bras et, malgré ses protestations, on se dianc:° 't à l’entraîner, vers le gibet im— provisé, lorsque le jeune Wyse et son compagnon arrivèrent et le prirent sous leur protection, au grand regri de plusieurs guérillas qui eurent be: “oup de peine À dissimuler le mécontentemer‘ qu'ils éprouvaient en voyant s'échapper l'occasion G- nd un Yaukee,

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