RER
—Ne parlons à personne de cette lugubre aventure, se
7 f} disait-il ; si ces scènes se répètent, c'est que la chambre ht est hantée:; si elles ne se répètent pas, je croirai comme agd 4 1 . de médecin, que j'ai fait, tout haut et tout éveillé, un mA Al rêve bien effrayant, avait | | Il avait donné quelque argent à Brindamour, en lui “et: faisant promettre de garder le secret aur les terreurs r le qu'il avait éprouvées en sa présence.
s on Les jours et les semaines se passèrent, sans que M. soin Grippard eut occasion de revoir les spectres qui l'avaient cons- tant effrayés. Il commençait à oublier cette aventure el du lorsqu'un jour, en passant à Pingreville, il apprit de M, deux Latour, la nouvelle de la mort de Duroc. | une, | —0'est une canaille de moins, dit-il. onsul- [4 —Je vous demande pardon, reprit M. Latour, moi, je i, par LU | l’ai toujours connu pour un honnête garçon, et cette {
mort me fait beaucoup üe peine,
—Oh ! alors, excusez-moi, je croyais qu'après ce qui
Latour, Il l'avait d’ahord calomnié pour détourner les soupçons du marchand de Pingreville, mais il se disait
nt : l; lui était arrivé à Montréal, vous étiez revenu ‘e votre
n ho. k erreur sur son compte, mais j'ai pu me tromper.
d'une "\ —1l lui est arrivé bien des choses à Montréal, où je
ystème } À n'aurais jamais dû le laisser aller, reprit M. Latour. Je
age de 4 1. ne sais comment cela se fait, mais je me figure parfois
ans in- Lil qu'il a été victime de quelque guet-apens.
, AVADt | | (| —Ænfn, cels se peut, vous le connaissiez mieux que
à con- Lil \ moi, puiser NU : M Grippard venait de s’apercovoir qu'il faisait fausse
eo pour | | È route en essayant de perdre Duroc dans l'estime de M, ”
jt le contraire qu'il aurait dû faire.
maintenant que c'éta | 11 changea subitement de tactique 66 86 mit à faire l'élo-
ge de Léon.
0e gueux-là a pe | pense t-il, dans 0e Cas, croira.
Puis, il reprit tout haui.
—J'ai peu connu ce jeune homme. Je ne l'ai vu et très
qu'une fois ou deux. Il m'a paru très intelligent bien élevé. Je lui ai proposé de prendre un verre, et il a refusé. Ce que je vous ai dit sur #07 compte m'a 6t6 ‘rapporté par d'autres, qui avaient peut-être intérêt à le |perdre et, comme vous VOUS intéressiez à lui, j'ai cru
devoir vous avertir en ami.
Vous êtes bien bon, eb je vous sais gré de cette pre ve d'amitié.
M. Duroc vous 2-t-il écrit avant sa mort ?
__Non. J'ai écrit au régiment POUr m'informer de lui et l'on m'a répondu qu'il était mort, qu'il s'était toun conduit, Voici la lettre. Vous lisez l'anglais,
ut-ôtre écrit pour me dénoncer, plus je le vanterai, moios on Île
jours bie gans doute à . Oui, assez facilement.
La lettre contenait le détail des circonstances dans lesquelles Duroc avait été blessé, et se terminait en disant qu'il avait succombé à sa blessure.
— Pauvre jeune homme! dit Grippard d’une voix qu'il s’efforgait de rendre émue, S'il fut resté ici, il avait
7 peut-être un bel avenir devant lui.
: ” M. Latour fut touché de la compassion dont cet 6%" Léon,
cellent M. Grippard était animé envers pauvre
jit dû foire.
à faire l’élo-
e dénoncer, moios on le
ne l'ai vu igent et très verre, et il à > intérêt à le lui, j'ai cru
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Il ne se rappelait déjà plus qu’il avait été obligé de dé. fendre Léon contre lui, l'instant d’auparavant,
Ceux qui disent comme nous ont toujours raison, et il avait suffi à M. Grippard de so ranger à l'avis de M. Latour, pour regagner toute la confiance de celni--ci,
M. Grippard, qui faisait tout par calcul, avait son but en flattant l'humeur un peu capricieuse de M. Latour, Ainsi, cette fois, il était venu le voir pour lui proposer un placement avantageux. pour l'organisateur et le futur gérant d’une nouvelle compagnie, et, lorsqu'il quitta le père de Louise, il l'avait intéressé pour un montant con. sidérable dans la compagnie en question,
Le soir du même jour, Grippard était de retour à Montréal, et racontait à Bagoulard et à Bohémier, jusqu'aux moindres détails contenus dans la lettre annonçant ls mort de Duroc. Il eut l’eff:onterie d'ajouter qu'il avait renvoyé les 81,000 à Léon qui, malheureuse. ment, disait.il, était mort sans accuser réception.
— Nous avons causé la mort de ce pauvre jeune homme, dit Bagoulard d’un air pensif, Pour moi, j'ai toujour regretté la part que j'ai prise à la transaction qui l'a fait tenter de se suicider ici, et qui l’a porté plus tard. à aller s'engager à l’armée américaine.
—Moi aussi, dit Bohémier, je sais que le bien mal acquis ne profite jamais... à celui qu'on rançonne.
— Si c'est de l'argent qu'il vous faut, reprit vivement Grippard, ayez donc la franchise de le dire carrément, et ne venez plus me rabattre les oreilles avec vos reproches, J'en ai assez de vos jérémiades. Je vous ai payé, à chacun, une forte commission et j'ai remboursé À Duroc l'or.
192 UN REVENANT gen que je luf avis em tendre parler, Bagoulard froogn le souroil, et ua éclair illumina 808 youx gr —M. Grippard, à chets, Dieu merci,
prunté, Je ne veux plus en en-
Ea figure pâle s’anima,
UD gueux revêtu,
et vous avez fini de m'entraîner hors du sentier de l’ho
nneur, que je n'ai jamais quitté excepemande pas Vous remettre la commission que vous m'avez donné, C'est le prix du sang. Je n’en veux plus. A l'avenir tout est rompu entre nous,
—Moi, dit Bohémier, je vous remettrai ma commission comme vous avez remis |’
argent à Duroc. Je ne suis peut être pas plus honorable que vous, mais ei vous avez de l'argent, moi j'ai de l'es
prit On ne peut pas tout avoir.
Je vais imiter mon ami Bagoulard ; je romps avec vous.
Je ne suis pas disposé à être traité Comme un esclave, —Rompez, mes petits agueaux. Jo ne m'en porterai Pas plus mal et mon Porte-monnaie s’en trouvera mieux, Les deux amis sortirent, laissant Grippard assez mé Content du résultat de cette entrevue, Dans le cours de la soirée, Bohémier roncontra Brin. damour et le mit au fait de ce qui s'était passé.
—Duroc est mort, dit Bohémier, et nous sommes
brouillés avec Grippard. C’est le temps ou jamais, d'essayer eur lui l’effet de notre miroir concave.
Clusieurs de nos lecteurs ont, sans doute, vu de oes
ET, Pl
miroirs que certains restaurateurs placent dans leur établissement pour se faire de la réclame tout en amusan leurs hôtes. Oes miroirs sont ou Concaves ou convexes et sont fixés au mur par le milieu sur un axe qui permet de les tourner de manière à ce que leur surfave -6e présente, soit dans le sens de la largeur, soit dans le sens de la longueur, Placez.les de manière à ce que les côtés longs du cadre soient dans le sens vertical, et les figures qu'ils reflètent paraissent excessivement longues et efflanquées, Oela représente l’homme qui ne mange pas dans l'établissement. Tournez-le de façon à ce que ces mêmes côtés soient sur le plan horizontal, les figures deviennent excessivement larges et trapues, C'est l'homme qui mande à l'établissement. L'hôtel du Canada avait alors un de ces miroirs qui était concave, tout juste ce qu'il fallait pour les expériences de Bohémier et de Brindamour,
Ces deux intéressants personnages s'étaient procuré un instrument assez ressemblant à une lanterne magique, ayant un entonnoir pour emmagasiner la lumière, et muni d’un verre conducteur pouvant être introduit à travers le trou d’une serrure pour transmettre les figures reflétées
par le miroir concave, après les avoir réduites à leur forme naturelle,
Profitant de l'absence de Grippard, ils s'étaient livrés à des exercices dans sa chambre, Cette chambre était munie d’une garde.robe adossée À la cloison de la cham= bre voisine déjà décrite, Brindamour et Bohémier avaient pratiqué dans la cloison un trou qui se trouvait dissimulé derrière une gravure, Ce trou communiquait avec la garde-robe et un autre trou pratiqué dans la per.
194 UN REVENANT te de la garde-robe, permettait d'introduire le bout du
tubo conducteur, Un morceau de glace, goumis à l'action du sodium ou
du potassium, ou simplement quelques gouttes d’eau chaude répandues sur le tapis formait dans la chambre une colonne d'air humide sur laquelle les images venaiont
prendre corps Sûrs de ne pas être dérangés, les deux conspirateurs pouvaient 8e renfermer dars la chambre et opérer à loisir. Bohémier devait metrre un masque représentant la figure du diable, et se placer la tête vis-à-vis du trou du tuyau pour intercepter la lumière en partie et pour observer les mouvements du patient. s Ils étaient convenus de certains signes qui devaient avertir Brindamour des faits et gestes de Grippard. Brindamour, vêtu de l'habit de Duroc, 8e tenait en face du miroir, gesticulait, gambadait, et un fantôme, en tout semblable à lui, faisait la même pantomime dans ls chambre
de Grippard.
Une perruque noire, friséo, et un per de cosmétique
gur la moustache et les sourcils, le faisaient ressembler à Duroc. Bon ventriloque, il parlait, et #a voix paraissait venir de l'endroit même où se trouveit le fantôme. Tous deux avaient si bien appris leurs rûles, qu'ils les remplissaient à merveilles.
Le soir en question, tout était p paré pour une séance extraordinaire. Rien n'avait été oublié. Bohémier avait retenu la chambre voisine. Un morceau de glace sut* monté d'un morceau de potassium, soigneusement ArTan* |g6 de fogon à prendre feu en temps opportun, avait été
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XXXIV—LA raAnTAgMaAG OR REVUE, CORRIGÉ ET ÇONSIDERABLEMENT AUGMENTÉE
M, Grippard avait éteint sa lumière, et venait de so Couchèr le dos tourné à l'endroit où le fou lui était apparu quelques semaines auparavant. Or, son lit occupait le milieu de la chambre, de sorte que la ruelle était assez large. Cette ruelle, se trouvant en ligne avec la porte de la garde-robe, avait été choisie par les deux opéreteurs, pour en faire le théâtre de leurs expériences, Grippard, n'ayant avcuno affaire à passer de ce côté, n'avaii: pas remarqué le morceau de glace qui avrit été dépoié eur le tapis. Il venait à peine de se coucher, disons-nous, lorsque le potassium se mit à flamber.
Effrayé, il allait se lever pour allamer la larope, lorsqu'une apparition subite acheva de le glacer d'épouvante, Duroc était là, devant lui, au milieu du foyer lumineux, pâle, et le regard chargé d'éclairs.
— Que me voulez-vous ? demanda Grippard d’une voix tromblante.
— Ce que je veux ? répondit le épestre. Tu o8es me le demander ? Non content de m'avoir volé et d’avoir été la cause de ma mort, tu m'as calomnié auprès de ceux À l'estime desquels je tenais le plus de mon vivant, Au jourd’hui même, tu m'insultais et me traitais de caneille, Les $1,000 que tu m'as extorqués, il faut que tu mo les rende,
—Jo ne les ai pas ici, mais je vais vous donner un chèque.
Ce disant, Grippard sauta par terre, saisit à deux mains une chaise qui # trouvait à sa portée, l'éleva audessus de sa tête et, rassemblant toutes ses forces, en porta un coup terrible à l'endroit où se trouvait la tête du fantôme,
Naturellement, an lieu de rencontrer un corps dûr, la chaise traversa le spectre dans toute sa longueur, s’abèttit avec bruit sur :2 tapis où elle se brisa, heurtant le morceau de glace qui partit avec la rapidité d’une balle et s'émietta après avoir rencontré sur son passage un vase qu'il mit en pièces. Le dossier de la chaise, toujours retenu dans les mains de M. Grippard, qui avait frappé comme s’il eut du rencontrer de la résistance, lui retomba sur les cuisses et lui arrachs un cri de douleur.
Le spectre partit d'un immense éclat de rire.
—$i j'étais encore vivant, dit-il, je te tirerais les oreilles pour m'avoir manqué de respect. Ju ne peux rien contre moi, mais moi, j'ai ra!le ei un moyens de me venger. Je saurai bien t'arracher la valeur de $1,000
En entendant le spectre lui demander le rembourse. ment des $1,000 qu'il devait à Duroc, Grippard avait trouvé cette manière d’agir un peu trop temporelle, et il s'était dit qu'il avait affaire à quelque fripon en chair et en os, Ii ne se trompait qu'à demi. Seulement, au lieu de s’amuser à frapper sur l'ombre, {! aurait mieux fait d’aller visiter la chambre voisine. Mais il était à cent lieues de soupçonner qu'il fut possible aux mortels de produire des phénomènes comme celui dont il venait d'é-
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