‹ Un Revenant [microforme]Chapitre 31 sur 74 · RARES · texte numérisé non relu

RARES

tre témoin. Il était atteré et regardait le spectre d’un air hébété.

—Je n'ai pas besoln de ton chèque dans le monde où je suis, reprit ce dernier. Je n'ai pas non plus d'héritiers directs. Le seul parent que j'ai laissé sur terre,

* est un fils naturel de mon père. Je ne le connaissais pas

de mon vivant, Je l’institue mon héritier. Je ne te demande pas de lui donner les $1,000. Il est sans expérience eb ne saurait qu’en faire. Je veux que tu le prennes sous ta protection, et que tu lui rendes des services valant au moins $1,000, Etablis-le, et je ne te demanderai plus rien.

—Où est-il, ce bâtard ? demanda Grippard un peu rassuré,

—JIoi même à l'hôtel, Il se nomme Brindamour et tu le connais,

—Je le protégerai, puisque vous l'exigez,

—Je l'exige et de suite. Situ ne m'obéis pas, tu auras de mes nouvelles, je t'en avertis.

Et le spectre s’évanouit, abandonnant Grippard à ses méfitations.

Grippard avait raconté à Bohémier et à Bagoulard sa conversation avec le père Latour. Bohémier n'avait pas manqué de rapporter cela à Brindamour, ce qui explique les reproches faits par le spectre à Grippard.

—Pas mal, dit à voix basse Bohémier à son compagnon, pendant que celui ci refaisait sa toilette dans la chambre où ils avaient opéré. La fantasmagorie fera ta fortune. Tu as montré beaucoup de présence d'esprit.

I] faut que Grippard me protése, reprit Bohémier

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sur le même ton, Si tu veux m'en croire, nous allons le soumettre à une série d'épreuves jusqu'à ce qu'il me prenne sous sa protection.

—D en a assez pour ce soir, et si nous revenons trop

souvent à la charge nous risquons de nous faire casser les reins à ce jeu,

—S'il ne commence pas dès demain à me protéger, 1{l faudra pourtant que le spectre de Léon Duroc le visite de nouveau demain soir, ,

—Je parie qu'il a déjà rallurm4 ga lampe, et tu comprends que demain soir, il la L.. -2ra allumée toute la nuit,

—Sois tranquille, J'emplirai sa lampe aux trois quarts d’eau, je mettrai un peu d'huile par dessus, et elle s'éteindra dès qu’il sera endormi, Lorsqu'elle sera éteinte, nous ferons du bruit pour le réveiller et nous commencerons notre expérience, Nous nous dispenserons du potassium, Je mettrai un peu d’eau chaude dans son crachoir ce qui nous fournira la colonne d’air humide, Il faut varicr un peu le spectacle,

—(Ça me va, Je tâcherai dete procurer demain un uniforme américain sur lequel nous mettrons de la peinture rouge, pour simuler le sang sortant d’une blessure à l'épaule gauche, J'aurai aussi le fusil et tout le tremblement,

—Par bonheur nous avons prévu le cas où il changerait de chambre, ce que pourrait bien arriver. Nous avons peu de monde dans le moment, et je crois que nous pourrons toujours nous arranger de fagon à en trouver ne vide vis-à-vis la sienne, Seulement, dans lc cas où ib

lui prendraft envie de déménager, il faudra faire passer le spectre par la serrure de la porte dennant sur le cor-ridor, Au besoin nous pourrions opérer dans le corridor méme, mais ce serait imprudent. Autre inconvénient nous ne pourrons pas le voir, mais nous tâcherons de l'entendre s’il s’avise de répondre . S'il empoigne le spectre, celui ci n’a pas besoin d’avoir l'air de s'en aper cevoir.

—Je tâcherai de venir demain pour que nous ayons une répétition dans lo cours de la soirée, N'oublie pas de voir à la lampe et au crachoir. Par mesure de précaution j'emporterai peut-être du sodium ou du potassium. J'irai au laboratoire du collége McGill, pour m'en provurer,

—Moi, je me hâte de changer d'habit et je descende, pour replacer le miroir. Il pourrait bien se faire que Grippard sonnerait pour avoir quelque chose À boire. Tu sais que chez lui la frayeur engendre la soit. Je mon. terai pour le servir et je me servirai moi-même.

— Quel dommage que je sois brouillé avec lui ! Quello belle cuite je me paierais ce soir !

—Je ne suis pas censé savoir que vous êtes brouillés ; je lui dirai que je t'ai vu en bas et peut être que, regret tant la scène d'aujourd'hui, il te fera inviter À monter.

Et Brindemour, s'étant débarrassé de sa perruque, ayant lavé le cosmétique qu'il avait sur la moustache et les sourcils et ayant ôté les habits de Duroc, descendit avec Cohémier, emportant sous sous son bras le fameux miroir, qu’il replaça en faisant semblant de l’exhiber à Bohémier, afin de se donner une contenance en présence

des pochards attardés qui se trouvaient encore dans la buvette,

.… Comme il achevait de le fixer à sa place, la sonnette correspondant au numéro de la chambre de M, Grippard s'agita violemment. Brindamour remonta, 4

—Qu'y a-t-il à votre service ? demanda t-il à Grippard en entrant dans sa chambre,

—-Ah ! c'est toi Brindamour. Apporte-nous donc deux verres de cognac, ou plutôt, apporte m'en une bouteille: Si tu vois en bas quelqu'un de ma connaissance, dis-lui do monter,

—J'ai vu M. Bohémier qui est seul, et qui me fait l'effet de s’embêter sur une grande échelle.

—Au diable Bohémier ! fit Grippard avec humeur. Puis se ravisant :

—Dis-lui que je désirerais le votre,

Brindamour redescendit, puis remonta bientôt, suivi de Bohémier et apportant la bouteille demandée.

—J'ai été un peu vif, tout à l'heure, dit Grippard en tendant la main à Bohémier. Il ne faut pas m'en garder ranoune. (est à Bagoulard que j'en voulais, I] me donne sur les nerfs avec ses airs de Sainte Nitouche,

—Ma foi. je ne vous en veux pas moi, et quand à cette affaire de Du...

—Chut! fit Grippard en indiquant le gargon du regard,

— Vous faut-il autre chose, dit Brindamour en faisant mine de s’en aller,

—Non, mais reste avec nous. Ta n'es pas de trop. Nous nous sommes déjà grisés ensemble, si j'ai bonne mémoire, J'aime les gargons intelligents comme toi, qui

26 46 prévalent pas de la condescendance dont on a fait preuve envers eux dans l'intimité, pour se permettre on publio des familiarités déplacées. Veuillez vous asseoir, messieurs, Au fait, je n’ai que deux chaises, L'autre est brisée, Il y a aussi ce vase. Je ne sais pas comment disble ça se fait, mais il ya des gens qui viennent se battre dans ma chambre pendant mon absence, Si je ne suis pas mieux servi ici, je changerai d'hôtel, Va done chercher une autre chaise, Brindamour, et tâches de remplacer ce vase brisé. Je ne veux pas qu’on dise que c’est moi qui mène le chahut dans ma chambre.

Brindamour ramassa les morceaux du vase brisé qu’il emporta avec la chaise et alla prendre dans une autre chambre de quoi remplaver ces deux articles,

On déboucha !a bouteille et cette seconde, séance. ge

termina, comme la première, par une orgle en règle,

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