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prison. Le lendemain, on lui donna du pain de blé, juste assez pour aiguiser son appétit et de l'eau vaseuse de. V'Appomatox à discrétion. Bref, après avoir passé dans la prison de Petersburg deux interminables journées pendant lesquelles ils n'avaient eu d'autres distractions que lei tortures de la faim, si l'on peut appeler cela une distraction, les déserteurs furent envoyés par chemin de fer à Richmond ot ils furent logés dans une ancienne maunfacture de tabac, transformée en prison pour l'utilité des déserteurs américains.
Cet édifice se trouvait situé en face du Oustle Thunder, la Bastille de Richmond, où l'on enfermait indistinc cat les criminels, les espions et les individus scu:.1.268 de sympathiser avec les unionistes. El circulait d'affreuses légendes relativement à cette pris et l'on affirmait que ai les murs de ses sombres cachots pouvaient parler, ils raconteraient bien des scènes hor: ribles. Comme pendant au Ourdle Thunder, (Château Tonnerre) on avait décoré du rom de Castle Lightning (Château Eclair,) la prison ou les déserteurs étaient enformés. Ce nom ae signifiait pas grand'chose à moivs qu’on ait voulu dire que le peu de nourriture qu'on y apportait disparaissait avec la rapidité de l'éclair, et dans ce cas on n'aurait pas poussé trop loin l’hyperbole.
Pendant les premiers jours de leur détention, les déserteurs recevaient chacun une pinte,; environ, de ris bouilli par jour, Plus tard, le riz fut retranché et on les mit au régime du pain de maïs, la nourriture ordinaire des prisons susdistes, On leur en donnait à chacun enviton uns demie livre par jour, et lorsqu'ils se plaignaient,
d44 UN REVENANT
0ù leur disait qu’ils recevaient à peu pès le double de la ration des prisonniers de guerre, Üe raisonnement Pouvait être consolant mais il n'était guère nutritif.
Les déserteurs couchaient sur le plancher dans une vaste saile. On les avait debarrassés de leurs uniformes fédéraux, mais on leur avait Conné en £change des uni. forme: confédérés de sorte qu’ils n'avaient rien gagné a l'échange, L'uniforme gris était tout aussi suscer tible d'attirer l'attention des limiers américains que l’unifor me bleu, et l’on verra par la suite qu’en pratique, la pro-. tection promise aux déserteurs par Jeff Davis se réduisait à les emprisonner pendant un certain temps, puis à
les envoyer dans les Etats soumis aux autorités fédé: rales,
Il se peut que le BCuvernément de la Confédération ait fait son possible, Dans tous les cas, Eugène acquit plus tard la conviction que Jeff Davis avait agi avec mau vaise foi, qu'il avait fait déserter les soldats fédéraux dans le but de les livrer epauite à la vindicte des autori. tés fédéreles,
À l’époque dont nous parlons, les rebelles ne portaient guère d’niforme, Tout habillement gris était un uniforme, et ii eut été difficile de trouver antre chose qu'un habillement gris, d’abord Parceque tous les hom mes étaient sous les armes, (La garde des prisonniers de Richmond était confiée en partie à des enfants de 14 à 16 ans, à des vieillards au-delà de soixante ans et à des invalides) ensuite Parcequ'on n'importait plus de marchandises et que tous les habits étaient faite ages une étoiïe de fabrication indigène qu'on nommait Kentucky
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Jean. Cette étoffe était toujours grise. On en avait jamais vu d'autre couleurs,
Demander aux sudistes de fournir aux déserteurs des habits bourgeois eut été aussi insensé que de leur demander de nourrir leurs prisonniers de guerre. On ne nourœit pas des prisonniers de guerre lorsqu'on n'a rien autre
* chose à leur donner que de la mauvaise galette de blé-
d'fnde et encore en quantité infinitésimale, On n’habille pas en drap noir des milllers de déserteurs lorsqu'on n’a à sa disposition que quelques vieux uniformes de rebuts en Kertucky Jean.
Il ÿ avait dans le Castle Lightning des gens de tous pays : Français, Italiens, Aïlemands, Espagnols, Portugais, Yankees, Anglais, Ecossais, Irlandais, Danois, Sué: dais, Hongrois, et jusqu'à des Monténégrins. Cette réunion cosmopolite était en partie composée de marins. Les biacklegs de New York y figuraient en grand nombre, Au bout de quinze jours, le nombre des détenus avait atteint deux cents, et les autorités jugèrent à propos de les expédier aux lignes du Kontucky.
Les désorteurs furent fouillés de nouveau, et l’on fit main basse sur tous les obiets de valeur qui se trouvaient encore en leur possession. Chaque individu comparut devant le provost-marshall, qui prit son signalement, lui demanda pour la forme où il voulait alier, et lui dit qu'on l'enverrait à la limite séparant la Virginie Occidentale du Kentucky. Eugène eut beau insister pour qu'on l'envoyat par mer aux iles Lucayes, où les forceurs de blocus
avaient coutume de faire escale, -et d’où il espérait se rendre au Mexique, 508 prières fucent inutiles On se
‘contenta de lui dire qu’on avait bescin de ces navires pour le transport des marchandises et qu'on ne pouvait les affecter au transport des passagers,
XLII— Au SERVICE DES CONFÉDÉRÉS, e Eugène était tout à fait découragé. Envoyer les déserteurs au Kentucky ! Autant aurait valu les livrer aux autorités fédérales ! À cette époque, une prime considérable était offerte pour l'arrestation des déserteurs de l'armée américaine et, dans cet état limitrophe de la confédération, les passions populaires devaient être surexcitées au point que bon nombre de planteurs se seraient fait un devoir de denoncer les coupables ou de leur faire un mauvais parti. Dès les premiers jours de sa captivité, il avait regretté sa désertion, et maintenant il eut donné beaucoup pour se retrouver au régiment,
L’escouade de déserteurs partit de Richmond en chemin de fer, sous la garde d’une escorte nombreuse. On était au commencement de septembre et, à cha ue station, des nègres et des négresses venaient offrir en vente des pêches, des pommes, et l'éternel Johnny Cake ou galette de maïs, Les prisonniers, qui n'éteient pas mieux nourris en voyage qu’ils ne l’avaient été en prison, auraient eu le courage de manger les fruits, les galettes et les nègres qui les vendaient, Mais ils étaient sans la sou et la vue des baïonnettes de la garde inculquait des notions d’honnêteté obligatoire à ceux qui auraient été disposés à s'approprier le bien d'autrui, si tent est qu'un nègre puisse s'appeler autrui. Dans ces circonstances, les malheureux affamés se contentaient de dévorer des eux
ce qu'ils ne pouvalent ni acheter ni voler, mais {l aurait fallu bien des repas imaginaires comme ceux-là pour age souvir la faim qui leur tenaillait les entrailles.
On traversa Danville, puis Lynchburg, et l'on se dirigea vers le sud ouest, Pendant la guerre, les chemins de fer dans les Etats Confédérés n'étaient pas ce qu'on pouvait désirer de mieux comme mode de locomotion.
A l’époque dont nous parlons le pays était appauvri audelà de toute expression.
La plupart des esclaves avaient fui : les blancs com
battaiont dans les rangs confédérés, et des femmes, accoutumées à vivre dans l’aisance et le far niente se voyaient obligées, non-seulement de diriger les travaux, mais bien souvent d'exploiter elles-mêmes leurs plantations. Trop heureuses quand les réquisitions du gouvernement, qui ne savait ou donner de la tête pour nourrir l’armée et qui de fait la nourrissait assez mal, ne venaient pas enlever à ces femmes courageuses lo fruit de leurs dûrs travaux. Malgré cela, ces vaillantes sécessionnistes disaient qu’elle ne régrettaient pas leur misère, qu'elles auraient voulu la voir se prolonger encore longtemps pourvu que le succès final des armes confédérées put devenir le prix de leurs sacrifices, Courage bien digne des temps héroïques, digne d’une meilleure cause, digne surtout d'un meilleur sort!
En attendant, la production du pays ne pouvait ali. menter les chemins de fer qui, éte at exploités presqu'exclusivement par le gouvernement;devaient être entretenus par lui. U’est assez dire Qu'ils étaient mal entretenus, lorsqu'on tient compte de la grande pauvreté du gou-
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vernement, qui était'probablment la" plus paüvre des ing titutions de ce pays, où trois années de lutte à outrance avaient accumulé ruines sur ruines, De temps à autre, un parti de cavalerie fédérale faieait une inoursion à l’intérieur, arrachait les lisses, démolissait un pont et” s'en retournait. .Dans ces conditions un déraillement était toujours à craindre, et 11 ne manquait pas d’excellentes raisons pour que la locomotive avangat avec une lente précaution.
Après deux ou trois jours de voyage en chemin de fer, on abandonna la voix ferrée et l'on se miten marche à pied. Le soir, on alla camper à Abingdon, Vie., et, après trois ou quatre jours de marche, on arrivait à Glade’s Spring sur la frontière du Tennessee, C'était un village abandonné qui servait de dépôt au 7ème ré giment de cavalerie de la Virginie, lequel faisait partie de la brigade confédérée commandée par lé fameux Morgan, Les soldats de cette brigade étaient surnom-
. més les Morgan's horse thieves ou les voleurs de chevaux
de Morgan.
C'était un curieux régiment que le 7ème de cavalerie de la Virginie. Il avait sans doute vu de meilleurs jours
* mais, à l'époque dont il s'agit, son effectif réel était!
réduit à une cinquantaine de cavaliers bien armés. Il comprenait en outre une centaine d'hommes “qui, n'ayant pas de monture, attendaient que l'occasion se pré= sentat pour Se monter aux dépens de la cavalerie fédé-
tale ou des planteurs suspects d'unionisme.
Sur ce nombre, une cinquantaine étaient, nlna on wuoins armés, qui d’un revolver, qui d’une carabine
Spencer à, répétition, qui d'une Mississipi, qui d’une Springfield, qui d’un fusil de chasse, qui d’un simple couteau de poche. Les cinquante autres avaient cela de commun, avec le quatrième officier du convoi de Marborough, qu'ils ne portaient rien du tout, En revanche, les uns n'avaient pas de coiffure, le plus grand nombre n'avaient pas de souliers, mais tous avaient des puces, les seuls êtres créées qui pussent trouver moyen de vivre gras dans l'intéressant village de Gladesville,
Le colonel Prentice, qui commandait ce régiment modèle, ayant entendu des déserteurs d’origine française s'entretenir ensembie dans leur langue maternelle, leur adressa la parole en cette langue qu’il parlait avec beau coup de pureté. C'était un homme d’un extérieur agréable. Il avait voyagé en France et il sut si bien capter la confiance des Français et des Canadiens quescinq où six d’entre eux, exténués par les privations, les fatigues et la maladie,consentirent à faire partie de son régiment.
Eugène fut du nombre defces derniers, Les autrs déserteurs furent conduits jusqu'à la frontière du Kentucky où on les les laissa libres après leur avoir donné des rations pour cinq jours La vie à Gladesville était assez monotone, les rations pas trop abondantes, et'le service assez facile à faire surtout pour les soldats qui n'étaient pas armés. ugène y resta pendant une dizaine de jours et durant cet intervalle, il y eut parade de tout le régimeni. Les cavaliers armés et montés qui étaient presque toujours en expédition aveo l’armée, étaient revenus à Gladesville pour la circonstance, (C'était la première fois qu'Éugène faisait l'exercice pieds-nus et sans armes,
| d’une simple nt cela convoi it, En s grand nt des moyen ville, ent morançaise le, leur 3c beau:
r agréa- , Capter cinq ou fatigues giment.
utrs dé- Kentucnné des ait agsez ) service n’étaieut de jours le régib presque evenus à première ns ATMES,
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Nous nous trompons. 11 avait passé à sa ceinture un souteau de table aiguisé en pointe,
On distribuait chaque matin aux soldats de Gladesville une petite quantité de farine de maïs, Il y avait dans les environs de Gladesville d'immenses vergers rem< plis de pommes et de pêches qui n'étaient pas tout à fait mûres, mais on n’y regardait pas de si Mprès. On en mangeait beaucoup à l’état naturel et l’un des Français, qui se prétendait cuisinier, s'était imaginé de mêler des pomres vertes à la bouillie de maïs, histoire de donner plus de consistance à la ration commune. Cela vous fai sait une gibelotte dont les chiens n'auraient pas voulu. Bref, au bout d’une dizaine de jours, Eugène en avait assez du menu, des puces de Gladesville en général, et du service en particulier, Un bon matin, il manqua à l'appel, et on n’eut même jamais l’occasion de lui faire p'ête” serment d'allégéance au gouvernement confédéré, formalité qu’on avait jusque'là négligé de remplir visà vis des déserteurs fédéraux qui avaient pris du servi:
: ce dans le 7ème régiment de cavalerie de la Virginie.