Le marquis de Hochberg
Original from
UNIVERSITY OF CALIFORNIA
LE MYSTÈRE DE SAINT MARTIN
autres, fut conclud quant on vit venir le beau temps, qu’on yroit jouer une farce 1 sur le parc ; pour les contenter et aprester. Pourquoi la trompecte fit le cry que tous joueurs se rendissent incontinant habillez de leurs habitz, en la maison Monsieur le Marquis, et tous les aultres allassent sur les eschaffaulx.
Ledit cry fait d’une part et d’aultre, chacun fit son debvoir. Lors on mist les joueurs en ordre, et yssirent de chelz mondit sieur le marquis les ungs après les aultres, si honnorablcment que quant ils furent sur le parc, tout le monde en fut fort esbahv ; ils firent leur tour comme il appartient, et se retira chacun en sa loge, et ne demeura sur ce dit parc que les personnages de la Farce du Mennyer , ci-devant ecripte. Laquelle fut si bien jouée que chacun s’en contentit entièrement et ne fut fait aultre chose pour celui jour. Au partir dudit parc, tous lesdits joueurs se mvrent en arroy chacun selon son ordre, et à sons de trompetes, clerons, menestriers, haulx et bas instrumens, s’en vindrent en ladicte église Monsieur Sainct Martin devant notre Dame, chanter un salut moult devostement, affin que beau temps vint pour exécuter leur bonne et dévoste entencion, et l’entreprise dudit mystère. Laquelle chose Dieu leur octroya ; car le lendemain qui fut lundi, le beau temps se mist dessus, dont commandement fut fait à son de trompeté par mes dessusdits sieurs les maire et eschevins dudit Scurre, que tout le monde cloyst bon, et que nul ne fust si osé né hardy de faire œuvre mecquanique en la dite ville, l’espace de troys jours ensuivant, ès quels on debvoit jouer le mistère de la vie Monseigneur Saint Martin, et que tous joueurs se rendissent au mousfier dudit Seurre. Incontinent le monde se retira aux eschaftaulx, lesdits joueurs aussi où ils debvoient, et puis furent mys en ordre par ledit maistre Andrieu selon le registre, et marchaient avant à sons de trompetes, clerons, bussines, orgues, harpes, tabourins et aultres bas et haulx instrumens, jouans de tous costez, jusques sur le dit parc, faisant leur tour comme en tel cas est requis, qui estait une si gorrine et si tn's sumptueuse besongne, qu’il n’est pas possible à entendement d’omme de le savoir escripre, tant estoit la chose belle et magnifique. Ce faict chacun se retira à son enseigne ; et commancèrent les deux messagiers
à ouvrir le jeu ainsi que au devant de ce présent registre est escript ;
1. Il s’agit de la Filtre Ju Munyer Je qui le Diable emporte l\ime .
2. C’est-à-dire la scène théâtrale et non un parc ou promenade seigneurial, comme l’indique E. Fournier dans le ThîJtre Frausais avant lu Renaissant.
Original from
UNIVERSITY OF CALIFORNIA
UN RUÉTORIQUF.UR
puis après commença à parler Lnciffer, pendant lequel parlement celuy qui jouoit le personnaige de Sathan ainsi qu'il vol ut sortir de son secret pardessoubz terre, le feu sc prist a son habit autour des je s scs, tellement qu’il fut fort bruslé ; mais il fut si soubdavnement secouru, devestu et rabillé, que sans faire semblant de rien, vint jouer son perconnaige ; puis se retira en sa maison. De ceste chose furent moult fort espoventçz lesdits joueurs ; car ils pensoyent que puisque au commencement incontinent les assailloit, que la fin s’en ensuivroit. Toutefois moyennant l’aydc de mondit seigneur Saint Martin, qni prist la conduyte de la matière en ses mains, les choses allèrent trop mieulx cent foys que l’on ne pensoit. Après ces choses le père, la mère Saint Martin avecqucs leurs gens marchèrent audit parc et firent ung commanccment si très vevf, que tout le monde tant les joueurs que les assistans furent moult esbahis et défait. En abolissant la cremeur devant dicte, lesdits joueurs prindrent une telle hardiesse et audasse en culx, quonques lyon en sa taynyère ne meurtrier en un l>oys ne furent jamais plus fiers ne mieulx assure ■ qu’ils estaient quand il ç jouaient.
On commença ceste matinée entre sept et huit heures du matin, et finist-on entre unze et douze. Pour le commencement de l'après disnée, qui fut à une heure, le dit Sathan revint jouer son personnage, et pour son excuse dist à I.uciffer :
Mallemort te puisse avorter.
Paillai t, fils de putain cognu,
Pour à mal faire t'en orter Je me suis tout brûlé le ntl.
Et puis parfist son parsonnage pour celle clause et les autres joneurs, ensuivant chascun selon son office. Puis firent pause pour aller souper entre cinq et six heures, tousjours jouans et exploitant le temps au mieulx qu’ils pouvoient. Et puis à l’issue du parc, lesdits joueurs se mirent en ordre comme dit est en venant jusques à ladite église monseigneur Sainct Martin dire et chanter dévostement en rendant grâces à Dieu ung Salve regiua. Le landemain qui tut mardy et mercredy ensuivant entrèrent et yssirent oudit parc ès heures devant dictes. Ainsi doneques comme cy-devant est cscript fut joué ledit mistère du glorieux amy de Dieu monseigneur Sainct Martin, patron de Seurre, si tryiimphaumcnt, aultentiqunnent, et magnifiquement, sans fiulte quelle quelle fust au monde qu’il n'est poiuet en la
Original from
UNIVERSITY OF CALIFORNIA
LE MYSTÈRE DF. SAINT MARTIN
possibilité iTlxnnme vivan! sur la terre le seavoyr si bien rédiger pur escripi (jit il fut exécuté parcjjecl le XII e jour du men s d’octobre, l’an de nostre Seigneur mil quatre cens quatre vingts et seize.
Phrsoxnwgus ;
Comme nous l’avons vu, le manuscrit du Mystère île Stiiul Martin contient la liste complète des acteurs qui y figurèrent. Cette liste, un peu longue, certes, ne manque pourtant pas d’un certain intérêt; elle nous indique, d’abord, que les rôles de femmes étaient tenus par des hommes, ainsi que la remarque en a déj;\ été faite; elle nous montre, ensuite, que c’était exclusivement le tiers état joint à quelques membres de la cléricature qui constituait les éléments de ces spectacles.