‹ Un rhétoriqueur: André de La VigneChapitre 30 sur 78 · CLAUDE · texte numérisé non relu

CLAUDE

Monsieur, par sa truanderye Il m’a faict icy convenir ;

Rien ne lui doibs.

JUGE

Pour revenir A droit et à juste raison,

Il fault termes de court tenir Sans faire à nullv déraison.

Mon amy, par toute achoison Que dictes vous en ccste cause ?

l’usurier.

Une vigne et une maison Je luy demande.

JUGE

Que tout s’expose.

l’usurier.

Puis qu’il fault que je le propose Je vous diray la vérité.

Son bon mary qui a esté Aultresfois ung grantgaudisseur, A esté tousjours substanté De mes biens et de ma sueur ;

Il vouloit faire du monsieur Et dugallant semblablement.

Ce dernier lui avait remis en gage une maison et une vigne, qui devaient devenir sa propriété, s’il n’était pas désintéressé avant le décès de son débiteur. Ces biens lui appar-

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UN RHÉTORIQ.LEUR

tiennent donc, aujourd’hui. Mais Claude la gente s’insurge contre de telles prétentions ; son mari défunt a vécu honnêtement et il est mort

Sans debvoir ung blanc seulement.

L’usurier proteste, son adversaire insiste ; bref, l’idée vient à Claude la gente, qui sait avoir le bon droit pour elle, d’aller implorer Saint Martin, dont elle connaît les miracles. Levêquc de Tours vient donc en personne soutenir la cause de cette malheureuse ; il était temps, car déjà le créancier avait crié à deux reprises : « deftault requiers ! », profitant de l’absencfc de sa prétendue débitrice. Quand Saint Martin :

Amy, ne crie pas si hault,

Qu’esse qu’à ceulx cy tu demande ?

Tu es ung petit peu trop chault.

Le juge est plutôt surpris devant cette intervention :

Paix là ! paix, je vous le commande.

Monsieur, pour oyr la de-mande S’il vous plaist vous vous asseerez.

Puisque cette femme, fait remarquer Saint Martin, ne peut fournir de preuves, que ne s’en remet-on à Dieu :

Pour ce quesouvant juge ment Par deffaut d’une bonne enquestc.

Or allons sur le monument De celuy qui a faict la debte,

Et à Dieu je feray requeste

Qu’il nous doint sur ce cognoissance.

Cette proposition convient médiocrement à l’usurier qui préfère « lui tailler il oullrance ».

SAIKCT MARTIN.

Or laissez vostre oultrecuydauce,

Mon amy, Dieu sera pour elle.

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LE MYSTÈRE DE SAINT MARTIN

l’usurier.

Sans bien ! La vielle macquercllc

Combattrav à droict ou à tort.

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