‹ Un rhétoriqueur: André de La VigneChapitre 76 sur 78 · BENEFICE GRANT · texte numérisé non relu

BENEFICE GRANT

Mon espoyr Mon scavoyr Sans douloir Je promectz.

La forme que le versificateur a donnée son œuvre la rend forcément obscure. Mais « si la forme est extraordinaire, le fond est assez remarquable ». Emile Picot : Les Moralités polémiques , dans le Bulletin île la Société de Fhistoire dit Protestantisme français (année 1887, page 189).

La Mon noyé dans une de ses additions au Menagiana ( 1 .100) fait remarquer que Claude-Barthélémi Maurizot a tiré du Nouveau Monde l’idée d’un conte touchant madame la Pragmatique, qui figure dans son roman latin intitulé Perui'iana.

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LliS m-KNIlÎRIiS CLLVKI S d’aXDRL DF: Î.A VFÜXIi

En 1509, les préparatifs du roi contre Venise, son expédition et scs victoires ayant ramené le rhétoriqueur à la littérature officielle, trois pièces de lui prédirent aux Vénitiens la catastrophe qui les menaçait, ou leur montrèrent, selon l’usage, qu’ils avaient mérité d’être battus. L’un de ces poèmes le Blason de Guerre est perdu, et c’est la Louenge des bons factenrs (Montaiglon, Recueil , VII, 11) qui nous en a conservé le titre ; les deux autres subsistent et s’intitulent : i° Le Libelle des cinq villes d'Ytallic contre Venise ; 2° Les Ballades de Bruvt commun sur les allvanccs des Rovs, des Princes et des

Provinces, avec le tremblement de Venise.

Il ne semble pas que, durant les quatre années suivantes, André de La Vigne ait beaucoup écrit, et nous ne savons de lui qu’une chose, c’est qu’il concourut plusieurs fois aux Palinods. Avec un chant royal qui avait comme refrain : Roy ne des deux et princesse des .-luges, il remporta le prix en 1511 ; il ne fut pas moins heureux en 1515, mais il eut renoncé sans doute de grand coeur à ces deux couronnes s'il avait pu, ce faisant, écarter le nuage qui s’avançait.

En janvier 1514 mourut la femme de Louis MI. Les Bretons la pleurèrent, et ceux-là aussi furent affligés qui appartenaient à sa maison, et n'avaient d’autres ressources queleurs gages. Plusieurs, parmi ces pauvres domestiques, étaient poètes ; ils dirent en vers assez mauvais Icurchagrin,

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UX RI1ÉTORIQ.UEUR

plaignirent et cux-mèmes, qui demeuraient nus, et la chère maîtresse qui s’en allait. Son secrétaire, André de La Vigne, se distingua en ce triste concert, et rima les Epitaphes en rondeaux de la Roy ne et la Déploration du château de Bloys.

Ces rondeaux (on en compte une douzaine) sont presque des impromptus. J'entends par lâ qu’ils n’ont pas été faits après la cérémonie funèbre, sans hâte et tout â loisir, mais que leur rédaction a suivi de près, de très près, l'événement qu’ils relatent, comme on le voit par les pages que consacre Pierre Choque aux obsèques d’Anne de Bretagne : André de La Vigne, constate-t-il, se trouvait avec Jean de Paris, présent à la mise en bière a d’icelle noble dame »', et il ajoute qu’il écrivit « bientost après le trespas plusieurs rondeaux en forme d’épitaphe et complaincte. » Ces impromptus furent édités dix ans plus tard, lors du décès et en l’honneur de Claude de France : le nom seul fut changé.

Il ne faudrait pas conclure de la banalité de ces vers, développement peu brillant de lieux communs propre à servir à toutes les occasions de ce genre, comme la défroque d’un croque-mort, il ne faudrait pas conclure, disons-nous, au manque complet de sincérité de La Vigne. Sa douleur était réelle, car son intérêt était en jeu ; qu’on en juge par le dixième rondeau où il interpelle les « povres servants » de

la défunte réduits maintenant à chercher un nouvel emploi :

Povres servants plus qu’autres tormentez Au erv de pleurs venez et vous hastez,

Assemblez vous : les jours en sont venus Par les malheurs qui vous sont survenus Raison entend que grand dueil en portez Allez, venez, saillez de tous costez Pour vous pourveoir désormais et notez Que vos regrets seront par tous congnus,

Povres servants.

De la roync qui vous a supportez.

Tant bien traitez, nourris et substantez,

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LES DERNIERES CI.L'N K ES d’aNDKÊ DE LA VIGNE

Traistrcsse mort à ces jours prévenus Ht si du roy n’estes entretenue,

A l’ospital f.uildra que vous trotte/.,

Povres servants.

Que devint André de La Vigne après la mort de sa bienfaitrice r sollicita-t-il Louis XII, ou bien, prévoyant que la fin du roi était prochaine, essaya-t-il de se glisser dans la maison des Valois ? On ne peut, pour l'année 1514, répondre à ces questions, mais une chose est certaine, c’est que François I er , dès qu’il monta sur le trône, accorda à André de La Vigne le titre de chroniqueur, et lui commanda de rédiger l’histoire de son règne, « au plus près de la vérité..., en langaige vulgaire et commun à tous ». André de La Vigne se mit à l’ouvrage et raconta, en quelques pages de prose, la maladie et la mort de Louis XII, l’enfance de François I er , les cérémonies de son sacre. Ce n’était là, dans l'intention de Fauteur, qu’un chapitre préliminaire, un simple prologue, et il comptait bien, avec le temps, rcciler de bout en bout tous les événements qui surviendraient «tant en ce royaume queaultres provinces et est ranges contrées ».

A peine commencée, la chronique fut interrompue et elle n’alla pas au-delà du préambule. Il faut en conclure que la mort surprit André de La Vigne au milieu de son travail. Les Chroniques cl gestes de François I er sont le dernier des ouvrages du rhétoriqueur. Outre ceux que nous avons cités suivant l’ordre chronologique, il nous faut mentionner pour être complet deux poésies non retrouvées jusqu’ici : la Louenge à nuulunie Je Suivie pur les sept planelles et VJipilre vux filles Je Madame ; l’existence de cette dernière pièce nous est connue parla réponse qu’y fit Mellin de Saint-Gelais (/>/<///cheniain, II, 192).

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