‹ Un royaume de DieuChapitre 4 sur 34 · PROLOGUE DANS LE CIEL · texte numérisé non relu

PROLOGUE DANS LE CIEL

chiba (1) innombrables, plus tristes qu'un champ d'hiver sous la neige, on se penchait toujours sur la sainte Thora (2) — sur la sainte Thora pour laquelle on a tant souffert, tant gémi, tant couru à travers le vaste monde! Mais les paroles du Seigneur ne resplendissaient plus de l'éclat d'autrefois, et semblaient s'être ternies dans les armoires des synagogues, derrière le rideau de velours brodé des deux lions de Juda. On ne s'enivrait plus à la source d'eau vive. Ces Juifs aux yeux ardents, aux joues creuses, ne s'intéressaient vraiment plus qu'au vieux livre subtil et bavard, où depuis la destruction du Temple les Docteurs ont entassé arguments sur arguments, pour fixer et emprisonner dans des rites sans nombre la

(1) École talmudique.

(2) Les cinq livres de Moïse.

vie et la pensée d'Israël. Avec une ardeur insensée, le front penché sur le Talmud, ils tournaient sous leurs doigts fiévreux ces paj^es lourdes de toutes les chaînes dont les rabbins depuis des siècles avaient chargé leur esprit. Un à un, ils s'arrachaient tous les poils de la barbe dans leur effort pour se conduire à travers ce labyrinthe d'une logique extravagante, avec toujours l'espoir secret de faire briller leur esprit, d'ajouter une argutie à tant d'autres arguties, une ronce à tant d'autres ronces, un problème de plus à tant d'autres problèmes, dont rien en vérité ne saurait donner une idée que la lecture des in-folio de ce vieux grimoire bizarre. Et dans cette poursuite acharnée, sans doute l'esprit de tout ce monde avait gagné, au cours du temps, une agilité prodigieuse, mais toutes les âmes étaient mortes, les imaginations

Page 1