‹ Un royaume de DieuChapitre 5 sur 34 · PROLOGUE DANS LE CIEL · texte numérisé non relu

PROLOGUE DANS LE CIEL

éteintes, les cœurs inoccupés. Et l'arbre, jadis fier et haut, avait fini par devenir ce sapin pourrissant, si triste dans l'im mense plaine, avec ses branches qui se courbent jusqu'à terre sous le poids de tant de choses sans vie, de tant de brindilles accumulées par tant d'automnes d'autrefois, de tant de mousses qui épuisent sa sève, de tant de toiles d'araignées que depuis des siècles et des siècles ont tissées sur lui les Docteurs.

« Non! dit le Seigneur, j'ai bien voulu que le Temple ftît détruit, Jérusalem renversée et tous ses habitants passés au fil de Tépée ou dispersés par le monde; j'ai bien voulu que mon peuple d'Israël conntit des tribulations sans nombre, qu'il soit humilié, calomnié, qu'il devienne dans Tunivers l'objet de la dérision, de la haine et du dégoût, comme Job lui-même, mon

serviteur bien-aimé; j'ai voulu tout cela, afin de faire éclater aux yeux que ce peuple était mon peuple, que ces Juifs étaient mes Juifs. Mais je n'ai pas voulu que leur cœur devienne semblable à l'épine, et qu'ils n'entendent plus mon tonnerre qu'à travers la poussière des livres et les criaiileries des rabbins ! »

Alors le Seigneur, l'Éternel, étendit sa main puissante, et dans les forêts des Carpatbes, où sous les arbres centenaires habitent ensemble l'ours et l'abeille, sa droite alla chercher un pauvre bûcheron, le plus ignorant des hommes de ces agrestes contrées. L'ayant empli de son esprit, il le transporta en Pologne sous le grand sapin poussiéreux, et lui donna le métier de voiturier, qui ne peut être que le métier d'un Juif dépourvu de tout savoir, car il oblige celui qui le pratique à passer son

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