DE DIEU
Pour mieux fêter la Saint-Jean-Baptiste, elle it venir les costumes et les habits qui ont servi à là brillante cavalcade qui s’est faite à Montréal, il y à quelques années. Donc, grande fête religieuse à la chapelle le matin. Dans l'après-midi, procession autour de l'asile et dans le village de la Longue- Pointe. Le soir, réunion des sœurs, des gardiens et des patients autour des parterres et sous les bocages. Musique, chant, feu d'artifice, tout est mis à contribution.
Je considérais avec un vif intérêt tout ce spectacle, et J'admirais l'influence qu’exercent les sœurs sur ce monde désorienté… Cependant, je n'étais pas sans éprouver un sentiment d’inquiétude, S'il prenait fantaisie à tout ce monde-là de déguerpir et de prendre la clef des champs, ce serait chose facile : car l’espace est libre de tous côtés et les ténèbres de la nuit favoriseraient leur Fuite,
Je m'approche de la supérieure.
— Dites donc, sœur Thérèse, vous ne craiunez pas quelque mésaventure ?
Non.
Mais il se fait tard et les issues se présentent
partout,
— N'importe. je ne crains rien : Je connais mon
monde.
En effet, vers neuf heures, le signal de la rentrée
se donne, et tout le troupeau de rentrer au bercail comme des élèves de collège on de couvent apres l'heure de récréation. N'est-ce pas admirable ? De concert avec les sœurs de la Providence M. l’'aumônier de l'asile, le révérend M. Leclerc consacre sa vie au soulagement des pauvres ahénés. Homme sage et pieux, ses talents et ses connaissances auraient pu lui permettre de jouer un rôle plus en vue; mais il préfère couler ses jours dans cet humble poste. Dieu lui a fait le don rare de se dévouer pour les malheureux, de les traiter avec douceur et charité, de réaliser en sa personne la parole de Nôtre-Seigneur “Apprenez de moi que je suis doux et humbie de cœur.” Lui aussi doit souvent s'encourager par les paroles de Notre-Seigneur au Jugement dernier. La partie médicale est sous la direction de M. le Dr Bourque, premier médecin de l'asile et spécialiste distingué, Très intelligent, amant de
la science, laborieux et excellent chrétien, il eat
l'homme qu'il faut dans cette position si délicate
et si difficile.
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Il est assisté de M. le Dr Barolet, jeune médecin qui se distingue lui aussi par ses connaissances et son amour de l'étude.
Les gardiens, qui se composent d'un certain nombre de jeunes gens, jouent un rôle qui a aussi son importance. Ces jeunes gens ont fort bonne mine et se distinguent par leur conduite relisieuse et morale, Ce sont eux qui font les frais de la musique et du chant à la chapelle. Ils ont organisé parmi eux un Joli corps de musique et chantent des morceaux harmonisés.
Je termine par un mot sur une autre maison dirigée par les sœurs de la Providence, située à quelques arpents de l'asile, tout au bord du fleuve. Le touriste qui voyage à bord du (Québec ou du Montréal, regarde avec intérêt cette longue maison noyée dans la verdure. Elle a été fondée par le révérend messire Drapeau, ancien curé de la Longue-Pointe, pour y donner l'instruction aux jeunes filles de la paroisse, et pour recevoir les personnes en convalescence ou qui aiment à passer l'été dans la solitude, Sa proximité de l’eau en fuit une des positions les plus hygiéniques. De beaux arbres et de belles allées permettent À ses hôtes de se promener à torites les heures du jour,
en respirant le bon air du fieuve,
Cet établissement est sous la direction de là
révérende sœur Marie de la Charité, fondatrice
du couvent de la Providence des Trois-Rivières et qui a laissé dans cette ville un si bon souvenir
11 porte le nom de Providence Saint-Isidore.
Ricl honmd homineé artiste:
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Riches habitants de la ville de Montréal.
homes de professions, hommes de lettres, hommes de la finance, hommes du commerce, artistes, rentiers, vous tous enfin que la fortune
favorise, et qui pouvez vous donner des loisirs,
je viens humblement vous sugwérer le moyen de
vous procurer une douce et salutaire jouissance. Votre ville est belle certainement ; elle est crouillante d’affaires :
mas à tout considérer, et surtout dans cette
brillante de monuments,
chaude saison de l'été, elle n’est guère autre chose quun grand four. On y étouffe, on y meurt de chaleur, de poussière et de miasmes. Cette expérience est sensible lorsque l’on quitte la paisible et fraiche campagne pour aller passer
quelques heures au milieu de la tumultueuse cité.
Je le répète, je viens done vous offrir l'avantage eu
d'une délicieuse distraction.
Si donc ce soir, demain où après-demain soir,
vous remarquez, par l'aspect du ciel, que le lende
main sera un beau jour, veuillez avoir le couravr de vous lever de bonne heure, disons à trois heures du matin. Sellez un vigoureux Bucéphale emballez-vous dans une de vos élégantes et douces voitures, et prenez la direction de la Longue. Pointe, de ce joli village que le touriste, à bord du Québec où du Montréal, aime tant à regarder en passant.
Le long de votre chemin, bien pavé et bordé d'arbres, et qui rappelle au voyageur lantique voie Appia de Rome, vos yeux contempleront avec plaisir de superbes villas entourées de brillants parterres et de jardins potagcers. Arrivés à la Longue-Pointe, vous ne serez pas peu surpris ue voir deux grands et nobles édifices, d’abord l’asile de Saint-Jean de Dieu,* puis l’hospice des Frères de la Charité, deux monuments qui ne dépareraient pas votre splendide cité.
Vous serez peut-être tentés d'y entrer et de ies visiter: mais je ne vous le conseille pas pour le moment. L'heure est matinale, et le motif quimna
poussé à vous faire sortir de bonne heure de votre
* Il s'agit ici du premier asile,
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repos, est tout autre qu'une visite aux ouvrages de homme, C’est une contemplation des œuvres du Créateur que je désire vous offrir. C'est le ] tacle grandiose, émouvant d'un lever de soleil.
l'our cela, je vous conseille de vous rendre à la place de l'église paroissiale, pres du jardin du presbytère, C'est l'endroit le plus poétique de cette poétique contrée.
Léglise est un petit temple à la forme traditionnelle, dont Ia construction remonte à peu près à deux cents ans. Son intérieur est pieux et décoré à l'antique. IT est sous le vocable de saint François d'Assise. Une statue du célèbre religieux le représente parlant à la foule et semblant dire : Dieu désornais sert mon père, et la sainte
LLRUX. relé mon épouse. Je n'ai JŒMUS rien goûté
danssr délicieux que ces restes de pain noir que rot charité ire don ne...
De son côté, le presbytère offre, en son genre, le même caractère. C’est un de ces types de Maisons curiales que l’on voyait si nombreuses autrefois sur les bords de notre majestueux fleuve, et telles que décrites par Lamartine dans s:
charmante inspiration sur le Curé de canrpagne.
Sil n'était pas si matin, je vous aviserais bien
d'aller saluer le vénérable curé qui lhabite. Vous verriez un digne prêtre, instruit, zélé, et des plus aimables, Mais remettez la chose à plus tard.
Jetez à la hâte un coup d'ail sur l'ensemble du tableau qui se déploie devant vous: sur l'ile Sainte-Hélène, espèce d'émeraude sortie du fond du fleuve, sur les églises de Longueuil, de Boucherville de Varennes, de la Pointe-aux-'Trembles, sur le mirage des îles boisées de Boucherville, et entin sur la montagne de Belcœil, que Dieu a mise là en arrière exprès pour compléter la poésie du tableau.
Mais hâtons-nous, il n’y a pas de temps à perdre. Déjà les étoiles sont disparues du ciel, la lune même à pâli et l'aurore nous annonce l’arrivée prochaine de l’astre roi. Voyez comme elle est belle cette aurore ! comme elle mérite bien tous
les titres et toutes les qualifications que lui don-
nent les grands peintres de l'antiquité, Homère et
Virgile, l'aurore aux doigts de rose, ouvrant les portes de l'Orient...
Comme l’are-en-ciel, elle revêt successivement toutes les couleurs. Du jaune d’or, elle se transforme graduellement en un blanc éclatant, De
légers nuages, Hottant au-dessus de l'horizon, sont
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le lever prochain du soleil, Te firmament redouble d'éclat, on dirait les lueurs d'un immense incendie ; puis perce un rayon lumineux, et l’astre royal se lève avec majesté. L'espace s'illumine et resplendit de ses feux ; et le texte de la sainte Écriture se présente naturellement au souvenir: ÆExultet ul giqus ad currendain vin sum ;—comme un géunt qui se lève de sa couche, le soleil sort de l'horizon et commence à parcourir su longue currière.
À ce moment solennel, toute la nature semble séemouvoir. L'oiseau chante plus saiement dans le bocage, le poisson se joue à fleur d’eau, une petite brise s'élève rafraichissante, la feuille de l'arbre s’agite et semble saluer, avec ses sœurs les autres créatures, le grand serviteur de Dieu qui anime et vivifie la nature.
L'homme, à son tour, qui est si bien doué pour apprécier ce spectacle, qui à un cœar sensible et une intelligence raisonnable, entonne en lui-même un hymne d’allévresse et d'admiration. Il remercie le Seigneur d’avoir créé toutes ces choses pour lui, et lui demande la faveur d'être toujours sensible
aux opérations de la Providence, et de ne jamais
oublier avec quelle bonté et quel amour elle
s'occupe sans cesse de lui. Il s'écrie avec transport
Gloire à Dieu au plus haut des cieux ! IT répete avec plus de foi la belle prière enseignée par Notre-Seisoneur : Notre-Père qui êtes aux cieux, que votre nom soit sanctifié ! Que votre revne arrive! Que votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel !..
A votre retour, le long de la route, une petite méditation provoquée par le beau et œrand spec tacle que vous venez de contempler, complètera vos bonnes, vos salutaires impressions.
Vous arriverez au foyer dispos, de bonne humeur, l'estomac affamé, le cœur réjoui. Jamais le café et le fromage ne vous auront paru aussi bons. Si vous éprouvez tous ces heureux effets, Je m'en féliciterai avec vous, et je serai bien
récompensé du labeur de ma petite biuette.
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Ermitage de la Providence St-Isidore
L'heure de mon départ va bientôt sonner.
Je vais te quitter, à Providence Saint-Isidore !
Je ne le ferai pas sans te dire un mot d'adieu, sans exprimer le regret que j'éprouve en me séparant de toi.
Je te suis venu languissant dans l'angoisse,
en proie même déjà aux étreintes de la mort...
je m'en retourne guéri, rayonnant de santé.
Tu devais être (c'était mon intime, ma profonde conviction), tu devais être mon tombeau. et voilà qu'au lieu du tombeau j'ai trouvé un second berceau ! La vie renaît en moi, la vie avec ses douces jouissances, la vie avec le vert printemps, avec l'été serein, avec le riche automne. La vie renait en moi avec ses suaves perspectives du ciel,
la vie avec les douceurs de la prière, avec les