UN TRIDUUM
tinuer leur vie d'’abnégation et de dévouement, D'un autre côté, les fidèles, témoins de ces solennités, participent à la joie et au bonheur de ces bons et pieux instituteurs, et remercient le ciel de
leur avoir fourni une nouvelle occasion de mieux
apprécier les services immenses qu'ils rendent à
leurs chers enfants.
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J'étais à causer, l’autre jour, avec un ami sur notre bon vieux temps de collège, ce second foyer paternel du jeune homme,
Bien des souvenirs relatifs aux personnes et aux chôses, se présentèrent à notre esprit durant 1 conversation: les événements plus où moins
hnportants qui avaient eu lieu durant notre cours
d'études, les promenades au Lars et les glissades À
la Croix, les tournois aux jeux de pauine et de burre, les séances académiques, entin les élèves qui s'étaient le plus signalés par leurs talents et par leurs succès.
Entre autres personnages dont nous aimions À évoquer le souvenir, était labbé Moreau, qui huure en tête de cet article. On s'accordait tous
deux, mon ami et moi, à dire que cet abbé était
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la figure peut-être la plus remarquable de coute:
celles qui ont passé sous le toit du séminaire de
Nicolet. Puis on regrettait cette mort prématurée
arrivée dans la force de l’âge et du talent. Quelle belle partie de sa carrière encore à parcourir Quel bien n’eût il pas fait dans l’espace de vincet ans! Un autre regret se mêlait à celui-là: on trouvait que cet homme si distingué n'avait pas encore reçu un hommage digne de sa valeur ct de son mérite. Quelques plumes avaient bien décerné à la hâte des louanges certainement justes mais ces notices manquaient d'ordre, n'avaient pas de vue d'ensemble, et plusieurs traits de la vie de l’illustre professeur du séminaire de Nicolet avaient été laissés dans l'ombre ou n'avaient éte qu'à demi dessinés.
À la suggestion pressante de mon interlocuteur ami, je viens donc essayer ici de remplir cette lacune.
Je ne le fais pas, toutefois, sans éprouver un sentiment d'inquiétude ; car, d'un côté, je connais
le haut mérite de notre cher ami défunt, et de
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entreprendre une pareille tâche. N'importe, je
tente l'aventure, guidé par un sentiment d'amitié
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L'abbé Moreau était un de mes contemporains de collège. Je me rappelle encore la sensation que hit son ceutrée dans Île séminaire. Il n'avait pourtant pas un extérieur bien imposant ; c'était le contraire plutôt qui se faisait remarquer. Mais il était reconnu déjà pour un élève inteiligent, même très intelligent, L'avenir confirma bientôt les dires de la renommée.
Il se plaça tout de suite à la tête de ses confrères, et fit deux classes en une seule année. Il répéta le même jeu l’année suivante, Dans ces deux années, il manifesta une intelligence supérieure dans l'étude et la connaissance des langues latine et orecque.
Arrivé en belles-lettres, il montra son aptitude pour la composition littéraire, et toujours, dans les concours hebdomadaires, il arrivait au premier rang, Aussi ses confrères avaient fini par ne plus compter avec lui. Ils tâchaient de lutter entre eux, et lorsque l’un d'eux s'élevait au second
rang de la classe, il se croyait au premier. Leur
condisciple était donc regardé comme tout à fait hors de concours.
En science, en philosophie intellectuelle surtout, notre ami donna la mesure de son intelligence distinguée. 11 dévora les cours classiques qui étaient dans les mains des élèves, :tfit voir bientôt à ses professeurs qu'il fallait À cette vaste intel. ligence des études plus étendues et plus sérieuse:
Son cours d’études fini et ayant décidé d’ertrer dans l’état ecclésiastique, les messieurs du séminaire s'empressérent de lui offrir l’enseignement dans une classe. Mais l'embarras était grand. Quelle classe lui donner ? Celle des lettres ou des sciences ? Il était extrêmement apte à enseigner dans les deux genres. On se décida pour la premiere, Il fut successivement professeur de belles-lettres et de rhétorique.
Ayant alors la liberté de regarder dans les grands cours de littérature de la bibliothèque du séminaire, 1l parcourut rapideraent tout ce champ des lettres : La Harpe, le: Batteux, Rollin, Blair, Quintilien, Mer Dupanloup, et plusieurs outres dont les noms m'échappent. Il apprit par cœuw une grande partie d'Homère, de Virgile, à Horace, de Cicéron, de Racine, de Corneille, de La Fontaine,
de Bossuet, de Fénelon, de Molière et de Boileau.
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Aussi, après deux ou trois ans d'enseignement, c'était prodigieux de’l’entendre disserter sur la littérature.
Les élèves qui ont fait sous sa direction leur cours de belles-lettres et de rhétorique, ne tarissent pas en éloges sur les explications eb les conférences quil leur donnait.
Avec cela notre abbé s'exerçait aux compositions en vers et en prose, Il écrivait à un ami aussi facilement dans la langue des dieux que dans celle des simples mortels ; et les vers latins, voire même les vers grecs, tombaient de sa plume comme Îles vers français.
Après une douzaine d'années d'enselonement dans les lettres, on jugea à propos de lui confier l'ensetenement important de la philosophie intellectuelle, Le vaillant professeur accepta volontiers la position nouvelle, et se livra avec un redoublement d'ardeur à l'étude de la philosophie. Après avoir jeté un coup d'œil sur les cours clissiques modernes et les avoir scrutés et analysés, il ne se sentit pas satisfait. Il lui fallait quelque chose de plus complet, de plus étendu, de plus élevé, Il ouvrit donc le livre du philosophe des philosophes, le livre du théologien des théologiens,
la fameuse Sonime de saint Thomas d'Aquin.
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