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cultivé dans une certaine mesure, je dirais même dans une bonne mesure. Ses écrits, ses discours, entre autres sa réponse à l'adresse des anciens élèves du séminaire de Nicolet en 1866, et son discours sur saint Thomas d'Aquin, dénotent un talent considérable pour la composition Httéraire. Son discours sur saint Thomas donne la mesure de son savoir-faire en ce genre. Le fond et la forme ont une grande distinction. Seulement on sent que labbé manquait de pratique. On y entrevoit un travail et un effort qu'un auteur exercé ne laisse pas voir d'ordinaire.
En effet, il est regrettable que cette plume n'ait pas écrit davantage. Elle aurait laissé un bon nombre d'ouvrages qui auraient été à l'honneur du pays et à l'avantage de la jeunesse canadienne Nourri des productions des grands maitres du
XVII siècle et des meilleurs écrivains de nos
jours, il avait ce qu'il fallait pour atteindre aux
linites dans l'art d'écrire.
Il a peu figuré, il est vrai, dans la chair sacrée, Cela est dû, je crois, à une timidité naturelle et À un sentiment de modestie qui lui faisaient fuir les grandes assemblées. Il n'avait peut-être pas
non plus toutes les qualités qu'il faut à l’éloquence
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solennelle. Mais, avec un peu de courage, il aurait excellé dans le genre de la conversation oratoire telle qu'était l'éloquence de M. Thiers en chambre, Ses brillantes dissertations dans les conférences ecclésiastiques et les cercles d'amis sont un témoignage à l'appui de mon avancé.
7 8 deux auteurs modernes qu'il affectionnait part “ulè'ement et avec lesquels 11 avait pius d'un point d'affinité : c’'étaient Lacordaire et Louis Veuillot. Il avait dans son style de l'éclat comme Lacordaire et de la souplesse comme Veuillot, de la sensibilité, de l'élévation et de l'ampleur comme les deux maitres.
Mais les auteurs français qu'il prisait avant tout étaient les écrivains du siècle de Louis XIV c'étaient là pour iui les maîtres de la langue francaise, Bossuet, Fénelon, Pascal, Massillon, Bourdajoue, La Bruyère, Corneille, Racine, Molière, Boi. leau, La Fontaine, étaient des écrivains immortels et chez qui la nation française ira toujours chercher ses modèles en l’art de bien écrire. Bossuet surtout était son maitre homme. Ilen citait souvent des passages, et apres la citation, 1l disait avec adm: ration: “C’est splendide !” Pour lui, Bossuet sous tous rapports, était de la valeur de saint
Augustin et de saint Thomas.
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C'est le temps maintenant de dire que l'abbé Moreau brillait autant par les qualités du cœur que par celles de l’esprit.
[avait d'abord l'esprit de son état. Il s'acquittait régulièrement de ses devoirs religieux, faisant sa méditation, célébrant sa messe et récitant son bréviaire aux heures voulues.
[Il añnait à parler d’ascétisme. Saint François d'Assise, sainte Thérèse, Catherine Emmerirk, Gorres et Marie d’Acréda lui étaient aussi fai ivrs que saint Thomas.
À la piété notre ani joignait un grand fonc de charité, de tendresse pour les pauvres. IC nnait en aumônes à peu près tout ce qu'il recevait d'honoraires. Aussi est-il mort pauvre.
Il avait, comme complément de ces hautes qualités du cœur, beaucoup de gaieté dans le caractere. Aux heures de récréation pleuvaient les bons mots et les saillies brillantes.
Il se complaisait dans la société des ecclésiastiques et des jeunes prêtres. TT profitait de ces conversations pour glisser un bon conseil, pour donner avec délicatesse une direction dans l'exercice du ministere, pour inspirer et raviver
le goût des fortes études,
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En résumé, il était un excellent prêtre, un prêtre modele pour la régularité, l'étude et la piéte.
[l vit en conséquence, quoique relativement jeune, arriver la mort avec calme et confiance, Avant appris que j'étais de retour d'un voyage en bas de Québec, où j'avais été en vain lobjet des soins les plus attentifs de la part d'un ami dévoué, fidèle, il vint me faire visite. Je le trouva bien changé, Je lui en fis délicatement la remarque et lui demandai la cause de son mul.
— Je meurs, répondit-il, victime de l'étude.
Et en même temps une larme brilla dans su paupière,
—— Est ce qu'il vous coûte de mourir !
— Non, si le bon Dieu le veut. Mais je le prie de me purifier avant de me citer à son tribunal.
On voit bien ici sa foi vive et sa profonde humilité. Quinze jours après cette entrevue, il remettait son âme à Dieu.
Mais Je termine. Je ne le ferai pas sans exprimer le regret de ne pas voir exister encor un travail plus complet sur le mérite de lillustre prêtre qui fait l'objet de cet écrit. J'espère qu'une autre main amie recueillera bientôt les écrits épars
de Pabbé Moreau et en fera, avec sa b'ographie
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un livre des plus intéressants. Je connais, dans un certain séminaire, deux plumes, jeunes il est vrai,
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La valeur n'attend pas le nombre des années,
Jeux plumes, dis-je, taillées exprès pour l'exécution de ce monument : le talent, l'amitié et la reconnaissance, trois forts mobiles pour bien faire cette chose.
Maintenant, cher ami, à qui Je viens de rendre un agréable et dernier hommage, Jouissez là-haut de la gloire et du bonheur dus à vos mérites. Jouissez de cette lumière divine que les yeux de votre âme ont cherchée ici-bas. Jouissez de cet amour qui déjà vous enivrait sur cette terre et qui vous captive maintenant dans l’extase éternelle.
Priez pour ceux qui sont encore dans l'arène. Nous, de notre côté, nous aimerons à penser à vous, nous aimerops à nous rappeler les beaux exemples que vous avez donnés, par votre vie, à
la jeunesse studieuse et à la tribu sacerdotale.
P, S.— L'abbé Moreau naquit à l'Isle-Verte, le 26 septembre 1839. “A neuf ans, dit le journal te Monde, il allait demeurer auprès de son oncle, feu l'abbé J, Moreau, curé de Saint-Thomas de Pierreville, et missionnaire des Abénakis de Saint-Francois du Lac, C’est pendant son séjour chez son oncle
qu'il se familiarisa avec la langue abénakise,”
ivVéstit
rencontré quelque part rouvrage de l'abbé Lebre-
thon sur la Somme, vous avez dû remarquer avec
intérêt dans le troisième volume un beau portrait de saint Thomas, pris sur un antique tableau conservé à Naples, dans la chambre même où il a composé son immortel ouvrage, SI vous con nuissez en même temps notre célèbre abbé, vous avez dû être frappé de la ressemblance sensible qui existe entre lui et l’angélique docteur : même figure, même regard doux et pénétrant, même attitude calme.
[Il me reste un vœu à exprimer: les anciens élèves du séminaire de Nicolet, qui sont si nombreux aujourd'hui, devraient former entre eux une souscription pour ériger un monument Commun à la gloire des deux prêtres homonymes qui se sont signalés au séminaire, chacun dans leur genre: l’anci n directeur Thomas Caron, et le récent professeur Thomas Moreau. On pourrait baptiser ce monument-là du nom de “ Monument
des deux Thomas.”
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