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tions dans ma pénible carrière épiscopale. Il soulage et fortifie l’âme dans les jours mauvais que nous traversons. Comment ne pas bien augurer d’un pays dont les enfants sont si attachés aux institutions qui les ont formés ?
“ Nos institutions, vous le comprenez, nous le savons, mais néanmoins nous le répétons pour la satisfaction de notre cœur, nos institutions religieuses sont les artères par où l’Église catholique communique le sang et la vie à tout notre corps social ; ce sont les fontaines salutaires d’où
jaillissent sans intermittence les eaux rafrat-
chissantes de la piété chrétienne; ce sont les foyers brillants d’où s’échappent en mille éclats, sur toute la surface du pays, les rayons purs et régénérateurs de la vérité. Ce sont elles, nos institutions, qui, sous la main puissante de
la religion, ont fait notre patrie ce qu’elle est.
Tant que nous y serons aussi fortement attachés, nous n'avons rien à craindre pour notre nationalité anadienne. Si nous recevons quelques blessures, l’'Esprit-Saint, Esprit essentiellement vivificateur et réparateur qui anime le cœur de toute société catholique, se communiquant par ces solides artères aux parties blessées, les cicatrisera infailliblement. Tout notre malheur serait de blesser ces institutions elles-mêmes, d'ouvrir ces artères, d'éteindre ces foyers, de fermer ces fontaines bienfaisantes.
Dans des pays autrefois catholiques, on a osé se porter à ces excès, et aujourd’hui la société y
oît, pâle, consternée et défaillante. Le trouble et
la perturbation sont dans toute l’organisation
sociale: bien funestes mais infaillibles const. quences. Au reste, quel plaisir peut-1l y avoir pour des enfants de déchirer le sein de leur bienfaisante mère, d'une Alma Mater ? Nous ne comprenons pas qu'il puisse entrer dans leur âme d'autres sentiments que ceux du remords et de la honte, sinon celui de l’endurcissement ou de la perte de toute sensibilité du cœur. N'est-il pas mille fois plus agréable et plus doux de se réunir en son sein comme des frères, ainsi que nous le faisons aujourd'hui? Oui, nous le sentons particulièrement en ce moment, le bonheur est dans l'union et l'amour des frères et la pratique de la piété filiale.
‘* Aussi pouvons-nous à bon droit et dans une conviction profonde nous écrier avec le prophète royal: %Æcce quam bonum et quam jucundun habitare fratres in unum.— Qu'il est bon et qu'il est doux pour des frères d’habiter ensemble :;” et surtout, ajouterons-nous, quand c’est sous le toit maternel.
‘ Avant de terminer, j'ai une demande à vous faire, qui est sans doute déjà accordée: c'est aux gens du monde, aux pères de famille pour leurs amis et leurs enfants, et aux prêtres pour leurs ouailles, de leur communiquer l'attachement inébranlable dont ils animés pour maisons religieuses ; c'est enfin de conserver ce dont nous avons l'espoir, et en quelque sorte le
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garant dans l’éclatante manifestation de ce jour, c'est de conserver, disons-nous, toujours aussi vifs et aussi purs les mêmes sentiments dans vos cœurs, Par là nous pourrons obtenir de continuer tous ensemble l’aimable fête d'aujourd'hui, dans un lieu où rien n’est fugitif ici-bas. Cette fête est extrémement belle, mais excessivement courte, et d'autant plus courte qu’elle est plus magnique. Mais là la foi et l'amour nous réuniront dans un banquet permanent où nous n’aurons plus, comme en ce jour, le pénible devoir de nous séparer.”
Mais le genre de composition où le talent de notre abbé s’est révélé avec le plus d'éclat et d'originalité, est celui des publications périodiques, autrement dit du journalisme.
Ce nouveau genre de littérature demande, de la part du publiciste, outre le connaissance exacte du sujet qu'il traite, une grande facilité de rédaction, un coup d'ail élevé et rapide, de lintrépidité dans la lutte, du nerf dans le style et dans l'argumentation, une plume enfin qui soit au besoin pinceau, burin ou épée : or, ces qualités diverses, notre ami les possédait à un degré remarquable,
[avait un esprit éminemment philosophique,
et de bonne heure au séminaire il s’étuit exercé à
juger les hommes et les choses à la lumière des grands principes. Encore ecclésiastique et même écolier, il aimait, dans ses conversations comme dans ses écrits, à remonter des effets aux causes et à déduire toutes les conséquences qui dérivent des vérités primordiales. Il avait une vue : ette de l’ensemble des lois qui régissent le monde moral comme le monde physique. Dieu, Jésus- Christ, l'Église, l’économie de la religion en général, se présentaient aux regards de sa pensée avec tout l'enchaîinement divin que la révélation et l’histoire nous enseignent. Le successeur de Pierre, Notre Saint-Père le Pape, était surtout son guide suprême. Il aimait à se tenir près de cette Chaire sacrée d'où tombe sur le monde la parole infaillible qui l’éclaire et le vivifie. Il suivait san: relâche tous les documents qui émanent de cette source pure, et il en faisait avec la sainte Écriture son étude favorite. Aussi, placé sur ces hauteurs, il voyait juste et loin... Cette intuition de la vérité, jointe aux études qu'il avait faites sur les grandes questions sociales ou religieuses du temps, lui permit de prendre une part très large et très active dans presque tous les débats qui ont eu lieu au pays depuis une trentaine d'années.
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Le Journal des Trois-Rivières était son organe habituel. Sans vouloir diminuer le moins da monde le mérite de ses rédacteurs, je crois pouvoir avancer que le collaborateur qui lui a donné le plus de renom et lui a valu les éloges les plus flatteurs, est le grand vicaire Désilets.
On pouvait ne pas toujours partager sa manière de voir sur un sujet quelconque ; mais il fallait -dmettre son talent d'exposer une question et de défendre une thèse ; il fallait admirer les ressources qu'il déployait dans le soutien de sa cause ; il fallait bien souvent reconnaître la justesse de ses appréciations, la profondeur et la nouveauté de ses aperçus, sa Connaissance intime des hommes et des choses. Les grands journaux du pays, malgré les rudes coups qu'ils ont parfois reçus de lui, ont eu la générosité, en temps et lieu, de constater la vaillance et la valeur du polémiste trifluvien ; témoin ce qu'ils ont proclamé à l’occasion de sa mort.
[l y a quelques années, je voyageais à bord d'un bateau sur la rivière Richelieu, en route pour le Bassin de Chambly, où devait avoir lieu l'inauguration de la statue de notre grand
Salaberry. Les touristes étaient nombreux et
distingués. Dans un des principaux groupes, quelqu'un faisait à haute voix lecture d’une étude sérieuse qui paraissait depuis quelques sernaines dans le Journal des Trois-Rivières, Ce travail évidemment bien fait, provoquait des paroles d’admiration. Mais comme il n'avait point de signature, chacun faisait ses commentaires et ses conjectures sur auteur.
— C'est Sa Grandeur Mgr L.. disait l'un des touristes, je connais son style et sa manière de voir sur la question.
— Vous vous trompez, s'écriait un autre ; c'est un monsieur un tel, j'en suis sûr.
Un troisième touriste émettait une autre opinion,
Moi qui savais certainement mieux, je souriais dans mon coin ; je me disais intérieurement:
“Comme le vrai mérite est toujours reconnu, et comme mon ami Luc Désilets a du talent pour intéresser à ce point !”
Je compléterai peut-être l'intérêt qui se rattache à ce mérite littéraire de l'abbé Désilets en disant que, si ses écrits dans les journaux ou ailleurs étaient réunis, ils formeraient une dizaine de volumes d'articles très variés de forme et de
fond, et tous faits avec le plus grand soin.
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Mais c’est là le côté humain de la vie. Pour un homme sage, pour un chrétien, pour un prêtre surtout, la gloire et le mérite qu'il faut avant tout rechercher sont : la sanctification personnelle, le salut des âmes, la gloire de Dieu.
C'était aussi la devise de l’humble curé du Cap. Soit enfant au foyer domestique, soit élève ou ecclésiastique au séminaire, soit secrétaire ou curé, il a toujours paru vivement préoccupé du salut de son âme. Il s'acquittait de ses exercices spirituels avec une piété tendre et fervente. On le surprenait parfois à pleurer en faisant ses prières. Sa foi et son espérance en Dieu étaient des plus vives. Aussi l’on a constaté plusieurs fois que ces vertus si profondes lui ont valu de la part du ciel des grâces et des faveurs tout à fait merveilleuses.
Son esprit de pauvreté et son détachement des biens de ce monde n'avait d’égal que son humilité. Nommé curé du Cap depuis à peu près vingtcinq ans, et pouvant par ses talents, par ses mérites et par son âge, occuper une position plus rémunérative et plus en vue, il a plusieurs fois refusé les offres pressantes que lui en faisait son évêque.
Il aimait le site de son presbytère ; il aimait la lumière qui le baigne et les horizons gracieux qui d
l'entourent ; il aimait surtout sa petite église du
Rosaire, son beau temple neuf, st encore pardessus
tout ses chers paroissiens, qu'il connaissait tous, de.
puis l'enfant jusqu’au vieillard. C'était là des liens
étroits qu'il ne pouvait se résoudre de rompre.
Modeste dans son logis comme dans son vêtement,
il parlait rarement de lui-même, de ses affaires de
paroisse, de ses travaux littéraires, et surtout ne
faisait jamais parade de son talent d'écrivain.
Il se faisait encore remarquer par sa charité
pour le prochain et par son zèle pour le salut des
âmes. Presque tout son temps, surtout dans les
dernières années, était consacré aux intérêt: des
autres, qu'ils fussent ses paroissiens ou non. Le
pèlerin étranger trouvait en lui toute l'attention paternelle de son propre curé.
Sa figure, habituellement empreinte de douceur et de bonté, attirait les cœurs et la confiance.
I! avait aussi pour les malades et les malheureux en général un véritable cœur de mère. Souvent il s'est privé de nourriture et a souffert de la faim pour procurer à de pauvres malades les consolations spirituelles dont ils avaient besoin.
Relativement au culte divin, à l’ordre et à la morale, il était un prêtre modèle. Il avait une
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faim et une soif de parler de Dieu à ses ouailles, et il a, de l’aveu de tous, sous le rapport de la prédication, fait un bien immense dans sa paroisse, Il affectionnait beaucoup la prière publique : aussi, qu’il était beau, les dimanches et même les jours de semaine, de le voir réciter le chapelet à la tête de son peuple !
Mais la partie la plus saillante de son ministère, celle qui l’a mis en relief, c’est l'intérêt vif et constant qu'il a porté à la confrérie du Rosaire, établie dans sa paroisse depuis déjà deux siècles. Cet intérêt a été si grand que Dieu n’a pas tardé de le récompenser, et désormais le Cap de la Madeleine sera l’un de ces coins de terre bénie du ciel, et son vieux temple l’un de ces sanctuaires du monde si recherchés de la dévotion populaire. Plus encore que sa nouvelle et magnifique église, cet antique sanctuaire redira aux générations futures les vertus de ce serviteur de Dieu : son amour pour les âmes, s,a amour pour l'Église,
son amour pour Marie, son amour pour Dieu. Defunctus adhuc loquitur.
Quoique mort, il parle encore.
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Adresse
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Le phaéton d’une voiture à foin Vit son char embourbé. Le pauvre homme était loin De tout humain secours ; c'était à la campagne, Près d’un certain canton de la basse Bretagne, Appelé Quimper-Corentin.
On sait assez que le Destin Adresse là les gens quand il veut qu’on enrage, Dieu nous préserve du voyage !
Les lecteurs familiers avec le bonhomme La Fontaine savent que les vers qui sont ci-dessus forment le commencement de la fable du Charretier embourbé. On sait par cette fable que la France n'a pas toujours joui des beaux chemins et des belles routes qui la traversent aujourd’hui en tous sens. Du temps du fabuliste, il y avait de graves ornicres daus les chemins, et bien de la vase, bien
de la boue en certaines saisons, témoiu ces trois
vers de la susdite fable :
Ote d'autour de chaque roue Ce malheureux mortier, cette maudite boue, Qui jusqu’à l’essieu les enduit.
Mais aujourd'hui, encore une fois, tout est changé
là. Rien de plus beau, rien de plus carrossable (ue
ces routes impériales construites, ou du moins
commencées par l'empereur Nasoléon If. Elles
sont unies comme un plancher de marbre, et de
chaque côté courent de magnifiques rangées
d’ormes ou de peupliers, tous plantés et taillés
avec symétrie. Aussi l'on y voit passer à l'aise
les voitures les plus grosses et les plus lourdes.
Ces remarques historiques touchant les chemins
et les voies de notre ancienne mère patrie, ont peut-être ici leur actualité. Au printemps comme à l'automne, il est une époque appelée saison morte. On dit que cette époque est ainsi qualifiée à raison de l'intervalle de repos qui se trouve entre les travaux des semailles et ceux des
moissons. C’est possible. Mais cela veut-il dire
? , A PSC Q qu'il n’y a rien à faire alors pour le cultivateur, et qu'il ne lui reste plus qu’à passer ce temps à
fumer sa pipe ou à se promener ? Je ne le crois
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pas, eb c’est l'opinion des cultivateurs vaillants et intelligents. Si nous examinons leur conduite, nous remarquerons qu'ils ne sont jamais à rien faire, hiver comme été. Leur œil attentif découvre toujours quelque partie de leur propriété qui est en souffrance, et qui demande des réparations. Lei c'est une clôture, là une charrette, ailleurs un harnais, un fossé, un chemin souvent. On les voit mettre l'ordre partout autour de leur maison et de leurs dépendances, et c'est ce qu’ils appellent faire le ménage du printemps.
Hélas ! quelquefois il est considérable ce ménage, til exige du temps pour le bien faire. Aussi je ne veux pas entrer aujourd’hui dans tous les détails de ce ménage. J’aborderai seulement la partie qui regarde le soin des chemins ; certes elle nest pas la moins en souffrance, nous ne le savons que trop. Le mauvais état de nos chemins publics, de nos routes rurales, est proverbial, et quand un étranger, anglais ou américain, veut luire une comparaison odieuse, il se sert souvent du terme de chemins du Canada.
C'est triste! c'est bien triste! d'autant plus triste que la chose est vraie,
Nous sommes les premiers à le reconnaître ;
nous sommes les premiers nous-mêmes à déplore i cet état de choses, à maugréer, à pester contre le mauvais chemins de la campagne. Cependant l:8 printemps succèdent aux printemps, les étés aux@ étés, les automnes aux automnes, sans que cal
chemins s’améliorent pour la peine. On continue
de briser ses voitures, de blesser ses chevaux, de
se blesser et de s’estropier soi-même gravement, 4 Mais, en bonne vérité, je le demande à tous mes compatriotes cultivateurs, ce régime honteux va-t-il durer encore longtemps : Seronsnous toujours sous ce rapport en arrière de nos R
voisins les Américains et de nos concitoyens les È
Anglais d'Ontario et des provinces maritimes ? Est-ce qu'il n’y a pas quelque part un à ce mal ?
D'où vient qu'ailleurs, en Europe
surtout et aux Etats-Unis, les chemins sont si
beaux et si bien entretenus ?
Un ami qui a beaucoup voyagé et avec aui je f
causais l’autre jour de ce sujet pratique, ime dit
que le triste état de nos chemins ne changera
guère tant que la loi qui les régit ne sera point k
modifiée, Ailleurs, dit-il, dans les provinces svurs comme aux États-Unis, comme en Europe, les
chemins publics sont faits et entretenus par les
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exécutés avec méthode et intelligence, durent longtemps, et offrent une circulation des plus oréables et des plus avantageuses,
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Ici, en fait, l'entretien de nos routes rurales est laissé à la bonne volonté de chaque propriétaire.
Or, l’on sait ce que vaut en général cette bonne volonté. Elle se réduit pour un grand nombre à attendre les menaces d’un inspecteur officiel, ou les plaintes d’un malheureux qui aura brisé sa voiture ou estropié son cheval. Alors on ouvre les yeux et on se décide à mettre la main à l'œuvre. Mais, srands dieux ! quel ouvrage fait-on d'ordinaire! On se contente de prendre quelques pelletées de terre sur le bord d’un fossé presque tout rempli de broussailles, et de les porter sur les ornières coupables. Quelquefois même ces pelletées de terre ne sont qu'une espèce de vase...
N'importe, les trous pour le moment sont remplis, et le chemin est censé arrangé.
C'est à peine croyable, n’est ce pas ? Cependant, ce n'est souvent que la triste réalité. Les témoins sont là en grand nombre pour appuyer mon dire.
Sans doute il se rencontre d’'honorables exceptions :
il y a partout des hommes d'ordre, des hommes intelligents, qui ont réellement soin de leurs parts de chemins, comme ils ont soin de leur propriété en général. Mais malheureusement ces hommes, l'honneur des localités où ils se trouvent, se font trop rares au pays,et la généralité des propriétaires ne brillent pas par des qualités d'ordre et de propreté.
Que faire done / Quel remède apporter à cet état de choses ? Quels moyens prendre pour améliorer les voies et les routes de nos campagnes ! D'abord, il me semble que cette question des chemins à son importance réelle, et que nos péres conscrits devraient s'en occuper un peu plus souvent. C'est à nos législateurs à prendre ici les devants comme en bien d’autres choses, à se rendre compte du mal qui existe et à voir aux réformes à faire. Tant qu'une législation nouvelle ne sera point faite à ce sujet, nous en serons toujours aux jérémiades inutiles, nous continuerons de voyager dans des chemins parsemés d’ornières et de cailloux, et nous serons toujours l’objet des critiques et des railleries de l'étranger.
En second lieu, nos conseillers municipaux
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que leur confère la loi relativement aux chemins publics.
Désignés par leurs concitoyens pour pourvoir aux intérêts généraux de leur localité, ils doivent se regarder comme obligés en conscience de surveiller ces intérêts et d’éloigner tout ce qui peut leur nuire. Or, il faut admettre que les voies et les routes publiques doivent être mises au nombre des choses qui intéressent tout le monde, et qui réclament conséquemment la surveillance attentive des autorités municipales.
Cependant, chose triste à dire, que de négligence, que d’insoucrance sous ce rapport ! Que de retards dans l’exécution &e ce devoir !
Ainsi que nous le disions plus haut, souvent les autorités ne s’exécutent que lorsque Îles plaintes pleuvent sur elles ou qu'elles se voient empoignées par la justice.
Mais, monsieur l'écrivain, me dira peut-être ici certain lecteur, puisque vous vous mêlez d'écrire sur les chemins, et que vous demandez à grands cris des réformes, pourriez-vous nous faire des sugwestions sur la manière de les améliorer ? Connaissez-vous quelque méthode praticable pour la généralité des cultivateurs, dont les chemins sont formés d’une terre très argileuse ?
Vous savez comme nous que l’empierrement
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réalisable au pays, du moins dans la généralité des localités. Il est dispendieux et ne pourrait tout au plus se pratiquer que dans les paroisses aisées ou avoisinant les villes.
Ces remarques me paraissent justes. Il s’écoulera probablement encore des années et des années avant que nos campagnes soient en état de faire les dépenses exigées pour l'empierrement des chemins.
Mais il est un autre mode d'améliorer les chemins plus praticable que le macadam, surtout les chemins de terre forte. C’est l’ensablement et le fascinage. Ce genre d'ouvrage, qui donne les meilleurs résultats, est à la portée de tous les cultivateurs. Il y a du sable et des fascines partout, et avec de la bonne volonté, on s'en procure autant qu'il faut. Le point essentiel est de couvrir le chemin qui est en souffrance d’une très épaisse couche de sable et d’une quantité de fascines proportionnée. Ce sable et ces fascines se mêlent bientôt avec l'argile, et finissent par
former un chemin qui ressemble beaucoup au
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macadam pour la solidité. Avec cela, il va sans dire que les fossés qui longent ces chemins ainsi améliorés doivent être bien faits et toujours entretenus.
Je connais une paroisse où des chemins argileux laissaient autrefois beaucoup à désirer, qui à mis en pratique ce système d’ensablement et de fascinage. Aujourd'hui ces chemins font l'honneur de leurs propriétaires, qui s’applaudissent tous les jours du travail considérabie qu'ils y ont fait.
MORALE : Comme toutes choses, un chemin vaut ce qu'il coûte. S'il est mal fait et mal entretenu, il est cause de pertes de temps et d'argent ; s’il est oien fait et bien entretenu, il sauve beaucoup de temps et d'argent.
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Ne soyons pas si difficiles ;
Les plus accommodants, ce sont les plus habiles. J'étais justement à lire la fable intéressante d'où est tirée cette pa’ole du célèbre La Fontaine, lorsque m'arriva, ces jours derniers, une lettre d'un caractère tout particulier : c'était une gracieuse invitation qui m'était faite par la compagnie Québec et lac Saint-Jean d'aller visiter gratis la vallée du fameux lac. Pareille lettre, on le comprend, ne pouvait me laisser insensible:
Traverser les Laurentides et voir le lac Saint- Jean, et cela sans préjudice à ma bourse, il y avait à de quoi piquer l'imagination et remuer plus d'une fibre. Comme pour le héros de la fable en question, l& carpe et le brochet s'approchaient du bord de mu rivière, et je n'avais qu'à prendre.
Ajoutez à cela que je venais de sortir des labeurs de nos quarante heureset des fatigues d’une retraite donnée aux élèves de ma paroisse, et que la température, après des neuvaines de jours sombres et pluvieux, paraissait décidément prendre une touraure favorable.
Les raisons ordin..:s :+ ne point me déranver et de rester chez moi, se piientaient d’un autre côté vivement à mon esprit. Que de fatigues j'allais avoir ! Les douceurs du foyer sont si fortes ! La température en automne est si désagréable !..
Mais la leçon donnée par La Fontaine l’emporta et je fis mes mailles.
Grand bien m'en a pris, car j'ai fait l’un des plus intéressants voyages de ma vie.
Si vous me le permettez, je vous en ferai brièvement le récit, dans l'espérance qu’il pourra peut-être vous intéresser quelque peu, et vous inspirer l’idée de marcher sur mes traces quelque bon jour.
Des Trois-Rivières à Québec, le trajet est connu. Les touristes en général n’ont qu’à se féliciter de voyager sur cette voie rapide et commode. Québec, avec ses environs et ses points de vue, et l'aflabilité de sa population, n’est ignoré de personne.
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Venons donc tout de suite à la description de ce chemin de géants que l’on à construit à travers les Laurentides, entre la capitale et le lac Saint-Jean.
Ces fières et altières montagnes, jusque-là le repaire de l'aigle et de l'ours, ont dû être stupéfaites de voir l'homme oser les franchir avec ses chars de feu. Véritablement rien ne m'a mieux montré la orandeur et la puissance du génie de l’homme que ce travail gigantesque de soixante lieues. On dirait qu’il a voulu lutter avec le Créateur de courage et de hardiesse.
Le chemin de fer des Laurentides est surtout remarquable par sa forme à la fois ondulée et sinueuse. C’est un immense serpent de soixante lieues se glissant et fuyant tantôt d’une manière horizontale, tantôt d’une manière ondoyante ; longeant ici un lac où une rivière, là se frayant un passage à travers le rocher vif ; ailleurs volant pour ainsi dire dans l’espace au-dessus des arbres de la forêt, ou courant là-bas au fond d’une vallée étroite et encaissée entre deux montagnes,
En effet, l’on se figure aisément les obstacles de toutes sortes, et parfois en apparence infranchissables, qui se dressaient devant les intrépides
travailleurs. En certains endroits, il a fallu combler
LA
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des vallées ou des gorges de montagnes à une hauteur de 25, 30, 40 pieds, et peut-être davantage, jeter ailleurs la chaussée à travers Îles lacs qui bordent la voie, couper une pointe de rocher, ou sillonner le déclin même de la montagne, de manière que vous voyez d'un côté au-dessus de vos têtes des arbres et des rochers qui menacent de vous écraser, et de l’autre un abîme qui vous donne la chair de poule...
Plus d’une fois, le long de la route, en cons dérant tous ces obstacles et tous ces travaux, je me rappelais les impressions éprouvées jadis sur le célèbre chemir: qui relie Gênes à Pise, en Italie, sur le littoral de la Méditerranée. La voie, court à travers une série de rochers qui s'avancent dans la mer et qui sont percés en forme de tunnels comme au mont Cénis.
Une mesure propre à faire apprécier le travail colossal de ce chemin des Laurentides, c'est aue chaque mille, terme moyen, a coûté %25,000.
Or, sa longueur étant de 190 milies, calculez la somme quil a fallu jeter là. Les opérations ont duré sept ans.
Maintenant, si vous êtes artiste et tant soit peu
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passer devant vos yeux bien des scènes diverses et d'un intérêt saisissant. Les extrémités se touchent, dit-on; c’est bien le cas ici sous ce rapport. Le doux, le gracieux côtoie souvent le sublime, l’horrible, Si vous avez la bonne fortune de voyager comme moi par un beau soleil d'automne, cet ami obligé de toutes fêtes, tous ces paysages prendront une expression des plus frappantes. On semblerait croire que les messieurs de la compagnie des Laurentides se sont plu à choisir les endroits les plus pittoresques, pour prouver que les peintres ne font point de fiction ni d'exagérabion lorsqu'ils nous peignent ces scènes de la nature qui nous impressionnent si vivement. Les lacs Sergent, Saint-Joseph et Bouchette, entre autres, offrent aux paysagistes, dans le genre gracieux, les plus beaux sujets possibles. Les jours où nous les avons vus ils étaient Inondés de lumière, et les feuillages colorés des montagnes se miraient dans l’onde ciaire et limpide de ces lacs charmants. A propos de lacs, Jaime à dire qu'ils sont très nombreux et véritablement semés le long du chemin de fer. On en
compte trente-trois Toutes ces nappes d’eau de
formes diverses avec les rivières que traverse la
(£te) AU LAC SAINT-JEAN
voie, animent le paysage et contribuent beaucoup à exciter l'intérêt qui captive les voyageurs,
Une surprise agréable qu'éprouve le touriste
qui franchit pour la première fois cette larve
chaîne de montagnes, c'est l'aspect de la hauteur
| des terres où se fait le partage des eaux. J'en
connaissais bien le principe; mais Je n'avais pas
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jusqu'à ce point du trajet, toùtes les rivieres
vu de mes yeux.
{ qu'on longe ou traverse ont leur cours en sens contraire de notre marche: mais à partir de ce
point, elles changent de direction et paraissent essayer de lutter de vitesse avec le convoi rapide. Je dois aussi mentionner, comme choses intéressantes et qui attirent l'attention des voyageurs, les stations diverses où s'arrêtent les chars, Plusieurs dans la forêt se font remarquer par des habitations nombreuses, des pouvoirs d’eau, des moulins à vapeur.
Saint-Aimbroise surtout, Valcartier et Saint.
Raymond sont des villages d'un aspect tout à lait
fl intéressant. Quand nous sommes passés à Saint- }| Raymond, c'était le lendemain de la visite de M. le premier ministre, * à l’occasion de l'inau-
* L'honorable M. Mercier.
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euration du pont neuf, Ce beau village, qui repose Come au fond d'une verte corbeille de montagnes, se ressentuit encore de sa toilette de la veille. Il paraît plein d'activité ; et il est, dit-on, le rendez-vous de beaucoup de touristes et de
pr )HENneUrS,
La station du lac Edouard, qui se trouve aux
trois quarts de la route, offre aussi nn certuin intérèt aux visiteurs. On y remarque, entre autres choses, un joli restaurant où l’on aime à réparer ses forces gravement endommagées pur le mouvement osciilatoire des chars et la longueur de la route parcourue. On voit seulement l'entrée du lac, que l’on dit être très beau. Il est beaucoup fréquenté par les touristes durant la belle saison. On y voyait encore échelonnés sur le rivage deux yachts et une vingtaine de chaloupes qui avaient l'air attristés du départ de leurs gais hôtes. \lius la pièce de résistance, en fait de scènes tableaux pittoresques, c'est l'aspect que présente le lac Saint - Jean avant d'arriver à Chambord. Au lieu de dire, comme les compagnons de Christophe Colomb à la découverte de l’'Amérique: Terre! terre! les prisonniers du train
sécrient : Mer ! ner !
En ettet, c’est une véritable mer intérieure que ce lac Saint-Jean. Aussi quelle vive et douce impression il fait dans l’âme, lorsqu'on l’aperçoit pour la première fois à nos pieds, du haut des montagnes : Cet horizon étroit, dans lequel on à vécu durant toute une journée, s'élargit tout à coup, et nous arrivons en présence d'une des plus splendides vues qu'il soit possible de rencontrer
Le lac Saint-Jean couvre l’espace considérable de 14 lieues en longueur sur $ en largeur.
Le regard plonge avec avidité au loin et aperçoit tout autour des montagnes bleues dessinées en foume de festons. La voie ferrée se continue jusqu'à Foberval, qui est assis gracieusement sur les bords du lac. Le voyageur n'est pas peu surpris de trouver là un village considérable qui fi
favorisés des bords du Saint-Laurent.
gurerait avec avantage à côté des villages les plus Il se fait tout d'abord remarquer par l'activité qui y règne, et par l'apparence élégante de ses
constructions neuves. Évidemment, c'est une place d'avenir, qui sera ville bientôt,
Roberval est actuellement l’entrepôt de toute la vallée. Sa position favorable au terminus du
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l'autre avec les centres de la vallée du Saint- Laurent, cette position, dis-je, lui assure un avenir prspère et brillant.
L'établissement le plus en vue et qui honore davantage cette florissante localité, est le monastère des Ursulines. * On sait que ces religieuses sont établies là depuis une quinzaine d'années, Je crois.
Leur maison nouvelle, qui n’est que le commencement d'un édifice projeté, est construite en belle pierre, et s'élève déjà au coût considérable de vingt mille piastres. Comme la plupart des autres maisons de Roberval, ce couvent se dresse majestueusement en face du lac Saint-Jean. Cest donc un site favorable et éminemment propre à la iméditation et à la contemplation. Aussi Jimagine que souvent les habitantes de ce cloître, soit dans les splendeurs d’un beau jour, soit dans
là clarté d'une nuit étincelante, se rappellent le
‘ Dépuis que ceci à été écrit, les révérendes dames Ursulines ont 6té cruellement éprouvées par lincendie de leur établissement en 1896, incendie dans lequel plusieurs religieuses perdirent la vie,
tableau sublime tracé par saint Augustin dans sa
célèbre conversation avec sa mère à Ostie, sur les bords de la mer. Leurs âmes doivent s'élever oraduellement vers les hauteurs des cieux et monter jusqu'au séjour de la félicité où Dieu règne avec ses anges et ses saints.
Maintenant, le lecteur aimera peut-être à savoir quelles impressions j'ai remportées de mon voyage relativement à la colonisation de Ia vallée en question. Toute cette vallée est-elle cultivable ! En reste-t-1l encore quelques parties à exploiter ! Quel est le climat de cette contrée ?
Voilà des questions que l’on me pose et dont on désire connaître la solution. Il faut admettre d'abord que la possibilité de coloniser avec succès la vallée du lac Saint-Jean n’est plus un problème.
La solution en a été manifestement donnée par l'établissement prospère des paroisses actuelles. qui sont déjà nombreuses, on le sait,
Quant aux parties qui attendent encore la cul: ture et l'exploitation, je dois avouer tout de suite que ma courte promenade ne m'a point permis de constater la chose pur moi-même. Mais, ayant eu homines
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que MM. les curés de Roberval et de Saint- Prime, et le R. P. Laporte, de la Pointe-Bleue, j'ai appris d'eux qu'il existe encore un large territoire susceptible de culture. La vallée cultivable tout autour du lac varie de 12 à 15 lieues de rayon.
Relativement au climat, ces messieurs, qui résident là depuis bon nombre d'années, disent qu'il offre à peu près les mêmes conditions que les environs de Québec, et même des Trois-Rivières. Ils m'ont fait observer que tout le comté de Charlevoix, qui se compose de belles paroïsses en crande partie établies sur le bord des Laurentides, est loin de jouir d’un climat aussi doux que celui du lac Saint-Jean.
D'apré ces données, il faut donc conclure
que la vallée du lac Saint-Jean mérite plus que
jamais l’attention des hommes d'Etat, Ils doivent
seflorcer de diriger là le courant de l’immigration française, Ces montagnes et ces vallées du Nord seront un jour comme en Europe habitées par de nombreuses et vaillantes populations.
(ue voit-on en effet en Europe aux mêmes tout à fait
boréales ? Presque plus de forêts. Les montagnes
latitudes et même aux latitudes
dénudées d'arbres se couvrent annuellement de
74 AfT LAC SAINT-JEAN
ihes moissons, Avec le temps, les Laurentides subiront un pareil sort. Tâchons que cette future
population soit catholique et canadienne-française,
Si le Canada français en cénéral est considéré comme un des citadelles de l'Église catholique. les Laurentides deviendront peut-être le boulevard de la patrie aux mauvais jours. Les peuples du Nord ont toujours été & - peuples forts, couraseux, indomptables.
Je ne terminerai pas ces impressions de voyase sans offrir à M. Lizotte, curé de Roberval, à M. Bellay, curé de Saint-Prime, et au R. P. Laporte l'expression de mes meilleurs remerciements pour l’'affabilité et la courtoisie avec lesque" es ils n'ont accueilli.
J'aime aussi à me rappeler tout le plaisir que Jai éprouvé dans la compagnie :‘iéressante de M. le comte de Louvières, consui de France à (Québec, et de M. Werner, un érudit à rendre jaloux ceux qui ont l'avantage de faire sa con naissance,
Et si jamais quelque artiste lisant ces lignes se décide à faire comme moi une excursion au lac Saint Jean, qu'il ne manque point de lier con-
naissance avec M. Carrier, le conducteur des