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Depuis une vingtaine d'années surtout, notre catholique province de Québec offre à nos regards un spectacle nouveau rempli d'intérêt. Chaque année, au retour de la belle saison, nous voyons passer souvent sur nos voies ferrées de longs convois de chars, et sur notre majestueux Saint- Laurent des vaisseaux de toutes dimensions, portant les uns et les autres de nombreux pèlerins qui vont à notre sanctuaire national de Sainte-
Anne de Beaupré.
Outre l'intérêt religieux, outre l'intérêt spirituel qu'ils procurent tout naturellement à l'âme, ces pèlerinages ont le bon côté, grâce à la modicité des prix, de faire mieux connaître les beautés diverses de notre pays. Ici, c'est un coquet village qui se présente à la vue du pèlerin; là,
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c'est un large et beau pré ou une magnifique
plaine couverte de céréales. Nos villes surtout de
Montréal, Sorel, Trois-Rivières, la Pointe-Lévis, Québec, attirent l'attention des pieux voyageurs. Plus d’un bon vieillard, plus d’une bonne vieille, qui n'avait jusqu'alors connu que le clocher de son village et l’horizon de sa paroisse, contemple avec le plus vif intérêt ces cités plus ou moins historiques. Québec en particulier, Québec, le berceau de la patrie canadienne-française, séduit les regards de tous les pèlerins. Son rocher pittoresque, sa citadelle et ses remparts, ses églises, ses monuments captivent leur attention. Le villageois, le paysan au cœur patriote qui a souvent entendu parler depuis son bas âge de la cité militaire, et qui la voit pour la première fois,
cherche d’un œil ému les endroits fameux où nos
ancêtres ont versé leur sang pour la défense de la patrie.
Les scènes les plus variées se déroulent surtout
sur les deux rives du grand fleuve. Le gracieux et le sublime s’y coudoient et se succèdent tour à
tour. De verdoyantes îles semées ça et là; des
de vergers ; des rochers à fleur d’eau ; au loin, à
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l'horizon, du côté du nord, la chaine bleue des Laurentides ; l'île d'Orléans, la perle de nos îles ; la haute chute de Montmorency ; la côte en amphithéâtre de Beaupré; le majestueux cap Tourmente, forment autant de traits d’un vaste tableau digne d’être chanté ou peint par les poètes et les peintres. Aussi les étrangers affluent-ils au pays, chaque été, pour se donner le plaisir de contempler ces beautés naturelles qui font une des parties de notre apanage national.
Après avoir salué les Trois-Rrivières, et passé les trois branches du Saint - Maurice, qui ont baptisé la cité trifluvienne, le touriste ou le pèlerin n’est pas longtemps sans apercevoir sur les falaises de la rive nord deux églises d’une inégale grandeur, environnées de quelques maisons. (est le village du Cap de la Madeleine. L'une des églises, la plus grande, est évidemment de construction moderne. Elle est remarquable par l'élégance de ses lignes et par la beauté de son toit en ardoise coloriée. Si vous la regardez de près et en face, vous serez frappé de la distinction de sa façade qui ressemble à un beau dessin sur le papier. Ce travail délicat est dû à M. l'architecte Bourgeois, jeune Acadien de la
paroisse de Saint-Célestin. On remarque aussi
dans cette façade trois belles statues en pierre,
façonnées par le très habile ciseau de notre sculpteur national, M. Hébert : statues représentant saint Luzare et ses deux sœurs, sainte Marthe et sainte Madeleine, patronne de la paroisse. Enfin, comme couronnement, ce temple possède un carillon harmonieux dont l'origine est française.
Cependant, tout beau que soit ce temple, ce n’est pas lui que regardent tout d’abord, ce n’est pas vers lui que vont en premier lieu les étrangers qui abordent cette plage jadis solitaire. Tous les yeux se tournent du côté de l’humble sanctuaire situé en face du premier.
D'où vient cette préférence ? Est-ce que celui-ci a des qualités architecturales ou artistiques plus frappantes que l’autre ? Non, au contraire; sa construction est du genre le plus primitif au Canada. A l'extérieur, l’on ne voit que des pierres brutes recouvertes de chaux ; à l’intérieur, tout est simple et sans intérêt matériel, à l'exception toutefois d’une collection de petits tableaux en peinture à l'huile suspendus au mur du chœur.
Parmi ces tableaux, ies uns sont des copies des grands maitres,
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Dans la croix du petit clocher, se trouvent des fleurs de lys qui trahissent l’époque de sa
construction. De fuit ce modeste sanctuaire est
bien ancien et l’une de nos antiquités, comme l’atteste le document suivant que le lecteur aimera peut-être à lire, et que j'ai extrait des registres
de la paroisse :
‘Nous, Jean, évêque de Québec, dans le cours ‘ d’une visite pastorale... RONDS
‘ De plus, Nous avons déclaré aux habitants, à ‘la fin de Notre prédication, que Notre intention ‘* étaït qu’ils fissent paraître leur zèle en travail- ‘“ lant à une nouvelle église de pierre pour la bà- ‘‘ tisse de laquelle Nous avons promis de donner ‘abondamment, et que Nous espérons qui sera ‘{ faite bientôt si les habitants qui sont des deux ‘côtés de la rivière (le Saint-Laurent), y con- ““tribuent comme Nous les y exhortons pour ‘l’honneur de la grande sainte, leur patronne, et ‘‘leur avantage particulier, leur déclarant que ‘ Nous leur permettons volontiers la bâtisse d’une ‘nouvelle chapelle du côté de Bécancour, après ‘qu'ils auront fait paraître leur zèle pour la ‘‘ bâtisse de celle de Sainte - Madeleine qu'ils ‘doivent toujours regarder comme leur mère
‘ matrice.
ff JEAN, EVÊQUE DE QUÉBEC. ?”
‘13 mai 1714.”
Cet antique sanctuaire n’est pas cependant la première église qui ait été érigée au Cap de la Madeleine. Une autre, encore plus modeste, bâtie en bois, dont je n'ai pu constater la date précise de la construction, existait déjà en l’année 1653, Elle avait 30 pieds de longueur sur 16 de largeur. On voit encore, dans le comble du vénérable sanctuaire actuel, de vieilles peintures à fresque ayant appartenu à cette primitive église en bois.
Mais revenons à notre béni sanctuaire, l’objet particulier de cet écrit. Encore une fois, d’où vient la prédilection que l’on a actuellement pour lui, d'où vient le charme qui attire vers ‘ui les pèlerins en si grand nombre ?
Ce secret, le voici :
Messire Paul Vachon, premier curé de la paroisse du Cap de la Madeleine, ayant sollicité de Rome la faveur d'établir dans sa paroisse la confrérie du Saint-Rosaire, vit avec bonheur son vœu se réaliser, Un diplôme officiel de l’érectior. du Rosaire lui fut accordé, le 11 mai 1694, par le frère Antonin Cloche, général des Dominicains à Rome. Ce vieux document, quoique un peu victime des injures du temps, est encore bien
lisible. Il est signé par le général susdit, et
ependant la 1 Cap de la bdeste, bâtie late précise année 1683, de largeur.
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contresigné par le frère Antonin Massoulié, inqui- Siteur de Toulouse, et approuvé par Mgr de Saint- Vallier, lequel établit ou fit établir la confrérie le 4 octobre 1697. Il y aura donc juste deux cents ans, le 4 octobre prochain, que la belle institution du Rosaire à été érigée dans la première chapelle du Cap de la Madeleine. Il y a donc deux cents ans que la Vierge Immaculée regarde avec
complaisance, du haut du ciel, ce coin de terre où
des âmes pieuses viennent lui redire de temps à
autre la glorieuse salutation de l'ange Gabriel.
Que s'est-il passé là de particulier dans les
premiers jours de la confrérie, ou dans le cours
ides nombreuses années qui ont formé les deux
siècles, à l'exception des vingt ou vingt-cinq derniers ans ? S'est-il opéré des miracles, ou du : moins des guérisons merveilleuses ? Je ne saurais
le dire précisément, n'ayant rien trouvé dans les
1heur son * registres de la paroisse qui pût jeter quelque l'érectior. lumière à ce sujet. Je m'imagine cependant que 4, par le bien des fois une mère afligée, une jeune fille, un nicains à jeune homme désireux de connaître sa vocation, un peu un pauvre infirme languissant depuis des années, ore bien ‘ est venu trouver là le rayon de lumière ou le asdit, et i baume bienfaisant qu'il désirait.
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