‹ Un scrupuleChapitre 1 sur 4 · BOURC · texte numérisé non relu

BOURC

PAUL BÔURGET

VV^ SC'RJJ'PVIE

(Deux nouveaux fragments du journal de François Vernantes.)

%A ShCaurice 'Barres.

Vous m'avie^ demandé, mon cher Barrés, voici longtemps, s'il ne restait pas dans les papiers de mon regretté François Vernantes quelques pages que je pusse joindre à celles publiées déjà sous le titre de Madame Bressuire dans les Pastels, et de Marcel dans les Nouveaux Pastels. Vous aviex, éprouvé, me disie:^-vous, quelque plaisir à ces frag-

vtents d'un monotone journal intime, qui me paraissaient, je l'avoue, manquer un peu de large et vivante humanité. Il convient d'ajouter que je ne suis pas un très bon juge, ayant passé des années à essayer de guérir ou d'atténuer en moi la maladie morale dont mon vieil ami a tant souffert, cet Hamlétisme sentimental qui l'a rendu incapable d'une passion complète, d'une volonté suivie, d'un talent définitif. Peut-être la grande loi physiologique du balancement des organes estelle plus vraie encore Aans l'ordre de la psychologie. Nous ne possédons qu'une somme limitée de force vitale au service de nos facultés d'âme, et Vernantes avait usé, lassé, comme tari toute la sienne dans ut étrange abus de la nuance qui fut sa volupté préférée. Les travaux du Conseil d'État auxquels sa jeunesse s'astreignit n'étaient pas d'un intérêt suffisant pour développer en lui l'ambitieux. Ses dispositions très réelles, mais très moyennes, pour la littérature auraient exigé l'aiguillon de la nécessité pour aboutir à une véritable œuvre, — et il était riche. D'ailleurs, homme d'action ou homme déplume, eût-il goûté la

vie avec une acuité de délicatesse égale à celle qu'atteste ce journal de ses mièvreries, de ses avortements, de ses hésitations, mais aussi de sa constante demi-griserie sentimentale?

Cette question, je me la suis posée une fois de plus en relisant les nouveaux fragments que je vous envoie, mon cher ami, et qui sont encore l'histoire d'une r raison pour ne pas aimer », comme Madame Bressuire et comme Marcel. Vernantes avait jugé lui-même que ces deux morceaux formaient une façon de petit roman, car il avait w« ces feuillets dans une chemise de papier blanc avec cette double inscription : Un Scrupule ou La petite sœur de la grande Aline, fai maintenu le premier de ces deux titres et n'ai supprimé de cette confession que vingt-cinq lignes d'un caractère trop vif. Notre ami — laissex^-moi lui donner du notre, quoique vou^ ne Vayex, pas connu, puisque vous l'aime:^ — n'avait jamais été un libertin; mais son sentimentalisme se doublait volontiers de sensualité, comme chei tous ceux qui pratiquent l'art de se troubler profondément le cœur, et dans ces pages intimes, il ne reculait pas toujours de-

vant des notations qui ne supporteraient point Vimprimé. C'est une preuve de plus qu*iî tenait vraisemblablement son journal pour lui tout seul. Cette incroyable excentricité méritait d'être signalée, quand ce ne serait que pour justifier la longueur, les répétitions et l'incohérence de ces deux fragments, dont je souhaite qu'ils vous plaisent autant que les précédents. Et excuse;^ les fautes du copiste qui a dû déchiffrer, pour les transcrire, un griffonnage presque aussi illisible que celui de Beyle. Demandei-en un spécimen à l'archiviste du Stendhal-Club, l'aimable Casimir Stryienski!

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