I.E PRINCE, l'arrêtant
Non , laissez-moi... j'ai plus de sang-froid que vous... je le persuaderai...
Persuadé ou non, il faudra bien...
LE PRINCE
Allons , doucement , je vous prie... (ri s'approche de Gabriel.) Mon ami , vous nous mettez là dans un grand embarras.
GABRIEL
Je Je crois. (Bas au Prince avec ironie.) Vous, particulièrement.
LE PRINCE, bas.
C'est la vérité. Mais si vous comprenez la situation pénible dans laquelle votre refus nous plonge.
GABRIEL , avec un mépris profond.
Vous vous y êtes bien plongé vous-même!
LE PRINCE, de même.
C'est encore vrai... mais plus bas.... je vous en conjure!.. Il est des circonstances, vous le savez, où l'on n'est pas maître... GABRIEL, de même.
A votre âge!.. Mais on est Espagnol... On a vécu sous un ciel brûlant... et les femmes...
LE PRINCE
Monsieur, ces insinuations me blessent... elles deviennent injurieuses pour ma maîtresse elle-même...
GABRIEL
Sa maîtresse!., il l'avoue!..
•- LE PRINCE . à part.
Dieu!., me suis-je trahi !..
GABRIEL, à part, regardant Ferdinand avec compassion. Pauvre colonel!., malgré son grade!
FERDINAND , s'approchanl de nouveau.
Savez-vous que je suis las de vos airs de pilié... vous expliquerez-vous enfin catégoriquement?
GABRIEL
Oui, je m'explique : Il y a ici un complot dirigé... je m'abstiendrai de dire contre qui... (Montrant le Prince.) Monsieur que voilà voudrait m'y faire tremper les mains... mais ma réputation...
LE PRINCE
Elle ne peut qu'y gagner !
GABRIEL
Bien obligé... je n'en veux pas à ce prix-là.
LE PRINCE
Mais le prix , monsieur... le prix n'est rien... je vais droit au fait... on vous paiera ce qu'il faudra.
GABRIEL, hors de lui.
Me payer!., ah! c'est hideux... hideux... hideux!., de l'or à moi!
FERDINAND, au prince.
Mais, prince, je ne comprends pas...
U; PRINCE
Moi non plus, je ne comprends rien à cet homme... (A Gabriel.) Comment! ces souliers...
GABRIEL, très baut.
Ces souliers, monsieur, ne prouvent rien!
LE PRINCE, bas.
Silence! au nom du ciel!.. Je sais qu'ils sont mal faits...
GABRIEL, toujours très haut.
Si mal faits, monsieur... qu'ils s'en faut d'un pouce pour qu'ils aillent à son pied! *
LE PRINCE
Vous en êtes sur?
* Le Prince, Gabriel, l-erdinand.
•2-2 MUSEE DRAMATIQl'E.
FERDINAND, s'approchant.
Qui t'a dit cela?
GABRIEL
Tu l'as vu comme moi... un pouce de diCféreDce avec la semelle... LE l'RiNCE, ébahi.
Coramentl il le tutoie maintenant!.. Quelle semelle?
GABRIEL , très sévèrement.
Celle du domino rose, monsieur!
FERDINAND
Mais ce domino rose?..
GABRIEL
C'était M"' Céleste elle-même... elle vient de me l'avouer ici... il n'y a (lu'un instant... Je te demande maintenant, mon cher colonel, si je peux me permettre d'épouser...
FERDINAND, furieux.
Ah!.. Il faut enfin que cette mystérieuse affaire s'éclaircisse... (Regardant à droite.) Justement, voici ma mère... *
LE PRINCE, à part, regardant Gabriel.
« Son cher colonel... Epouser!.. » Ah ça, mais ce n'est donc pas?.. Cet homme est un protocole vivant auquel je ne comprends pas un mot... Je crois que je ferai bien de m'en aller.. (il se dirige vers la porte.)
FERDIN.4.ND, lui offrant un fauteuil.
Restez, prince... vous nous aiderez de vos lumières.
LE PRINCE, à part.
Mes lumières... dans une affaire où je ne vois goutte. (il s'assied.)