SCENE PREMIÈRE
M" DE LUC Y, endormie, CÉCILE.
CÉCILE. Oh mon Dieu ! moi qui étais si heureuse il y a deux jours !.. et depuis ce temps, je n'ai pas cessé de voir souffrir ma pauvre mère !.. comme elle a été malade ; la fièvre ne l'a pas quittée, elle ne me reconnaissait plus sans doute, car elle me repoussait quelquefois avec colère.
Air de Téniers.
Ma voix sur elle est sans puissance ,
Je la contemple avec effroi ,
Et tâche envain d'adoucir la soufFranee
Qui semble l'éloigner de moi :
Puise-t-elle être passagère!
Il faut , hélas , je tremble en y songeant,
Qu'un mal cruel trouble une mère
Pour que ses bras repoussent son enfant !
Sa figure habituellement si douce, avait une horrible expression de douleur; Léopold n'en pouvait soutenir la vue, il s'éloignait! on! moi je ne la quitterai pasi [Ici madame de Lucy fait un mouvement.) Elle se plaint ! . pourtant , elle dort encore, ah! cela fait mal! [Elle s'est levée et regarde autour d'elle.) Personne!.. Léopold est sorti... il ne pouvait respirer. Ma mère, mon mari, tout m'est enlevé par cette maladie cruelle.
MAD. DE LUCY , endormie. Léopold , Léopold!..
CÉCILE, s'' approchant. Qu'ontends-je ?..
MAD. DE LUCY, endormie. Léopold! que ma fille soit heureuse !
CÉCILE, Bonne mère!..
MAD. DE LUCY, endormie. C'est tout ce que je demande, aimez-li... toujours !..
CÉCILE. Que dit-elle?., a t-elle donc des craintes pour moi?., oh non! c'est le mal qu'elle éprouve qui la trouble ainsi; moi, je suis la femme de Léopold... je ne puis pas être malheureuse.
Elle reste immobile , les regards attachés sur sa
mère qui prononce encore quelques mots inarticulés.