‹ Un secret de familleChapitre 32 sur 33 · SCENE YII · texte numérisé non relu

SCENE YII

CÉCILE, arrivant doucement par le fond, au moment od il est entré dans la chambre, et regardant par la fenêtre,

La voiture est partie! c'est lui qui s'éloigne!.. Oh, que ce bruit m'a fait mal! et pourtant je ne voulais pas le revoir, je ne le devaispas; mais parti! partipourtoujours ! Il était là, il n'y a qu'un instant ! Qu'entendsje ? (Ju bruit dans cette chambre? [Elle regarde.) C'est lui! il ne s'est pas éloigné... Ah, fuyons!.. [Elle va vers le fond.) Ciel! quelqu'un !..

Elle !>e cache dans la pièce de gauche.

SCEISE VIII.

LÉOPOLD sortant de la chambre de droite, BKIOLET entrant par le fond et tenant une lettre , C ÉC ILE cachée.

LÉOPOLD. C'est encore toi?., que me veux-tu ?

BRIOLET. C'est une lettre qu'un domestique vous portait à Paris ; au village voisin il a appris que vous étiez ici, il a rebroussé chemin, il m'a chargé de vous la remettre.

LÉOPOLD. Donne et laisse-moi. (Briolet sort.) Une lettre... que vois-je?.. c'est l'écriture de Cécile!..

CÉCILE, à part. Ma lettre de ce matin.

LÉOPOLD. Ah! lisons... Peut-être?..

(// Ut,) a Léopold, je n'ai jamais douté de

Dvotrc loyauté et de votre délicatesse: Si «j'avais pu concevoir quelques craintes à ace sujet, les paroles que vous avez pro- «noncées lors de notre dernière entrevue nies auraient dissipées,

CÉCILE, à part. Oh oui!..

LÉOPOLD, lisant « Mais ce serait abuser n de la triste situation où vous vous êtes «placé que de prendre auprès de vous des )i droits que votre cœur n'a point sanctionnés. Je ne suis encore qu'un enfant, et je » m'étais étrangement abusée sur vos senti- «niens. Dès l'instant que la vérité m'a été B connue, tout a été changé; et ce qui ') m'avait semblé le bonheur est devenu un u sui>plice pour moi comme pour vous.

CÉCILE, à part. Je souffrirais trop de ses regrets.

LÉOPOLD, Usant. « Je n'accepterai point «des offres que je ne devrais qu'à la géné- «rosité de votre cœur, à votie pitié , ou au «sentiment d'un devoir, dont mon devoir »à moi est de vous affranchir; et je deman- »de comme une grâce qu'on ne trouble «pas la solitude à la quelle désormais rien «ne pourra m'arracher. «

CÉCILE, à part. Hélas!..

LÉOPOLD. Comme elle est froide et cruelle cette lettre!., ah, oui, tu seras exaucée, Cécile !.. ton repos ne sera plus troublé!..

CÉCILE, à part. Ah!.. Il va partir!..

LÉOPOLD , jetant ta lettre sur la table. Tout est fini !.. le dernier lien est rompu ! 11 ouvre sa valise.

CÉCILE , à part. Que fait-il ? (Léopold prend un pistolet.) Des armes! oh, mon Dieu, que signifie?..

LÉOPOLD , (/ui s'est assis et qui est resté un instant immobite. Adieu, Cécile!

CÉCILE, poussant un cri. Ah!..

Elle court à lui, l'entoure de ses bras, et le serre avec force contre son cœur.

LÉOPOLD , étonné ; le pistolet tombe de sa main. Cécile !..

CÉCILE. Mon Dieu!.. Léopold!.. qu'allicz-vous faite?

LÉOPOLD. Me délivrer d'une vie importune.

CÉCILE. Parce qu'elle est unie à la mienne!.. Non, c'est à vous de vivre... à moi de mourir!..

LÉOPOLD. Que dites-vous?

CÉCILE. On ne m'aime pas, moi!..

LÉOPOLD. Cécile!..

CÉCILE, avec exaltation. Ecoute, Léopold... ce n'est pas toi qui dois mourir.,,

LE MAGASIN THEATRAL

regarde-moi... vois comme je suis changée... j'ai tant souffert!., écoute... je suis malade, l>éopold, bien malade! attends!.. LÉOPOLD. Oll!..

CÉCILE. ïu n'as pas cru que je vivrais séparée de toi, n'est-ce pas? pourquoi donc as-tu voulu te tuer? moi, je ne peux pas vivre... ne te tue pas! attends !..

LÉOPOLD. Quelle horrible idée, Cécile!

CÉCILE. Mais, avant que je meure, dis que tu pardonnes.

LÉOPOLD, eaaminant son visage et reculant arec effioi. Que je pardonne ?..

CÉCILE. Dis que tu ne m'en veux pas!

LÉOPOLD. Qu'entends-je, Cécile ?

CÉCILE. Tu hésites?..

LÉOPOLD. 'le pardonner?., à toi, chère et doute enfant, te pardonner?., à toi qui n'eus jamais un tort. Cécile... ces mots, ce n'est pas toi qui dois les prononcer.

CÉCILE, avec une eac pression de joie. Comment ?

LÉOPOLD, la regardant e loin. Toi, lu ne connaissais que le bonheur, tu étais joyeu.'^e, IVaîche et jolie; l'espoir et la gaîté brillaient dans tes yeux; à présent, tes yeux sont remplis de larmes, tes belles couleurs sont effacées, ton bonheur est perdu! Ton amour, si pur, si naïf, il s'est éteint dans tes pleurs... Cécile, écoute... tu peux m'en croire , à ce moment solennel, le dernier peut-être où ma voix viendra jusqu'à toi , le premier où mon cœur te sera connu tout entier... J'en atteste le ciel!., je t'amie '..

CÉCILE, (tvrc joie. Il m'aime!..

LÉOPOLD .le t'aime avec amour, avec tendresse! Des toits... pardonne, (>écile.. c'est un secret cruel oublie-le, oubliele !. Va , crois-en celui qui jure par ton amour... garde ton cœur pur et innocent; ne te souviens pas!.. Le niallieur, tu n'en as pas senti les peines les plus hoiribles; tu n'as pas fait le désespoir de tout ce qui t'aimait; tu n'as pas vu, comme moi, ce qui t'était si cher s'enfuir à ton approche, refuser d'entendre tes prières'., lu ne l'as

pas vu trembler à ton aspect, te repousser, te mépriser peut-être... et te haïr!..

CÉCILE. Te haïr! oh! tu ne le crois pas!

LÉOPOLD. Cécile... ne m'as-tu pas dit tout à l'heure que tu voulais mourir?

CÉCILE, se jetant dans ses bras. Je ne savais pas que tu m'aimais.

LÉOPOLD. Ah I qu'il y a de bonheur dans cette parole !

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