‹ Un secret de familleChapitre 9 sur 33 · MAD. DE LUCY, MAD. D'AUBRAY, LÉO- NARD. CÉCILE, LÉOPOLD · texte numérisé non relu

MAD. DE LUCY, MAD. D'AUBRAY, LÉO- NARD. CÉCILE, LÉOPOLD

CATHERINE, annonçant et se retirant tout de suite. Madame d'Aubraj'.

MAD. DE LUCY. Ah!... (y/ part.) Et elle ne sait pas enclore... pourquoi vient-elle si tôt?

MAD. d'audray, entrant. Ma chère Clarisse... [Elle l'embrasse.) El vous aussi, ma bonne Cécile... Que viens-je d'apprendre en arrivant chez toi ?.. Cécile mariée!.. Et loi, Clarisse... oh! comme lu as l'air souffrant; assieds-toi donc... lu semble:» avoir peine à te soutenir.

MAD. DE LUCY, s'asseyant, Ce n'est rien; l'émotion... le plaisir de te revoir.

MAD. d'aubPiAY. Absente depuis plus d'une année, j'arrive à Paris hier, je te fais savoir mon retour, et loi, tu ne m'instruis pas de ce qui se passe ici.

MAD. DELUAY. En elFet, j'ai vu par ton petit billet de ce matin que tu n'as pas reçu mes dernières lettres.

MAD. d'aubray. Pas une seule depuis plusieurs mois.

MAD. DE LUCY. Oh! tant pis!...

MAD. DE LUCY. Enfin, je viens d'apprendre le niariagc de Cécile en entrant; il vaut mieux tard que jamais... Mais où est donc ton gendre? que je le voie, que je le félicite...

MAD. DE LUCY, fort troublée. Il est ici!

Elle fait un mouvement pour parler bas à madame d'Aubray, et retombe sur souiauteuil.

MAD. d'aUDRAY. Ah ! ici ! ( Elle se retourne j aperçoit Léonard, et se penche à foreille de madame de Lucy.) Comment? si vieux!.. {^S' adressant à Léonard.) Uecevez, monsieur, mes sincères complimiens.

LÉOlVARD. Vos complimens!.. et de quoi donc, madame?

MAD. d'aucray. Mais sur votre bonheur d'avoir obtenu pour compagne une femme aussi jeune, aussi jolie que ma chère Cécile.

LÉONARD. I\îoi! j'ai obtenu!., ah ça!

qu'est-ce qu'elle dit donc?

CÉCILE. Quel quiproquo!., vous vous trompez, ma bonn*^ amie : monsieur est mon oncle Léonard.

MAD. d'aubray. Ah!

CÉCILE. Et voici mon mari, quicstpour vous une ancienne connaissance.

Léopold salue gravement.

MAD. d'aubray. m. Léopold! votre mari!., est-ce possible?

LÉOlVARD. Comment, si c'est possible?

c'tîst tellement possible que ça est.

MAD. d'aubray. Ah! pardon! mais j'avais pensé...

LÉONARD. Oui, vous avicz pensé que c'était moi!., et celte idée ne vous avait arraché aucune exclamation!., il y avait de quoi se récrier pourtant.

CÉCILE. Mon oncle a raison, ma bonne amie; d'où vient donc votre étonncment?

MAD. d'aubray, jetant an conp-d'œil furtifsur madame de Lucy., dont le regard sapplaint semble lui commander le silence. Ohi il est facile à expliquer. Tous les jours, vous le savez, on arrange des mariages dans sa têtC;, et j'avais songé à un autre...

Lfi MÂCASIIf THÉÂTRALE

CÉCILE. Un autre!

MAD. d'aubray. Pour vous , Céoile.

CÉCILE. Pour moi, un autre mariage !

A mon tour, je puis bien dire : est-ce que c'est possible? mais lequel donc ?

LÉOPOLD, avec impatience, à part. Quel, supplice!.. ^

MAD. d'aubray. Ma petite Cécile com-.

prendra que maintenant il ne m'est plus permis d'en parler; mais, depuis quand at-il été décidé que M. Léopold de Banneville serait votre mari? quelles circonstances?

LÉONARD. Tiens, c'est vrai; je ne m'en étais pas encore informé, moi, et pourtant je désire beaucoup le savoir.

CÉCILE. Je ne demande pas mieux que de vous le dire : c'est une longue histoire. LÉOPOLD. Mais, Cécile, est-il convenable , en ce moment ?

LÉONARD. 11 est très convenable que je sache comment vous êtes devenu mon neveu , vous, mon cher monsieur, qui très probablemenl serez mon héritier. Justement, voici Catherine qui nous fait apporter le thé ; asseyons-nous, et écoutons.

Catherine entre avec des domestiques, qui approcljent une table et dressent le thé dessus.

MAD. d'aubray. Clarisse semble souffrante, et peut-être...

MAD. DE LUCY. Non, que Cécile parle...

{A part à madame d'Aubray qui s'assied près d'elle.) tout te sera expliqué...

LÉONARD. Allons, mon enfant, racontenous riiistoire de vos amours.

LÉOPOLD, d part. Cruelle situation !

CÉCILE. Ça remonte à ma sortie de pension, il y a six mois.

LÉONARD. Six mois! peste c'est quelque chose dans une vie de seize ans!

CÉCILE. Quand j'arrivai ici, la première personne que je vis assise près de maman, ce fut Léopold, ot, je ne sais pourquoi, l'idée me vint presque tout de suite que c'était là le mari qu'on me destinait. Ses soins empressés, pour ma mère et pour moi, ne me laissèrent bientôt plus de doute. Il était si facile de voir qu'il m'aimait, quoiqu'il ne me le dit pas, sans doute parce que maman , me trouvant trop jeune encore pour me marier, le lui avait défendu; mais je ne fu^ pas long-temps à deviner tout cela.

LÉONARD. Et à quoi donc, s'il vous plaît ?

CÉCILE. A la différence des regards et des manières de Léopold quand ma mèl-e

UN SECRET DE FAMÎtLÉ.

était près de nous, ou lorsqu'elle n'y était pas.

LÉONARD. Voyez-vous le coup-d'œil de ces jeunes filles, comme c'est juste!..

CÉCILE. Oh , c'est que la différence était grande ! quelquefois même, mais toujours quand ma mère était là , il me traitait avec une brusquerie, une impatience telles que si cet amour, qu'il avait fait naître dans mon cœur, ne m'eût rendue clairvoyante, j'aurais cru qu'il avait de la haine pour moi, et peut-èti-c de l'amour pour une autre.

MAD. DE LUCY, avec trouble. Pour une autre?.. Cécile, une telle pensée...

CÉCILE. Oh, rassure-toi, maman , elle ne durait qu'un insant; car, dès qu'il croyait n'êti'e pas aperçu, il me regardait, et d'une façon qui me tranquilisait bien vite. Une fois aussi, par malice, je parlai devant lui de la possibilité de mon mai'iage avec un autre... Léopold devintpTde, mais pâle... [J Léopold.) Pardon, mon ami, vous avez dû bien souffrir en ce moment , et cependant, moi, je fus bien contente.

LÉONARD, riant. Méchante enfant! {Regardant madame de Lucv qui vient de passer son mouchoir sur sa figure.) Mais tu es bien pâle aussi, Clarisse !.. est-ce que tu continues de souffrir?

MAD. DE LUCY. C'est peu de chose ; je crains seulement que tout ce bavardage ne vous faiigue.

LÉOrtARD. Du tout, du tout, moi, qui n'ai pu assister à la cérémonie . je liens essenlicllement à connaître lesprrliraiuaircs; et puis, il y a tant de souvenirs pour tout le monde dans ces histoires-là!.. Une tasse de thé, Catherine!..

CÉCILE. Vodà que j'ai fini... Un jour, maman était Sortie... oh! ce fut un grand jour, celui-là! {Madame de Lucy se retourne sur son fauict'.i/ , et cherche à cacher sa figure ; C'xiie reman/'i.cce mouicinent.)\oi\'i^ avci peut-êire trop cliaud, maman; voulez-vous que j'ouvre la fenêtre!

iiîAD. DE LLCY , faisant an effurt sur ellemênw. Non! achève, Cécile, achève!

CÉCILE J'étais dans le salon ; Léopold entre : il y avait bien long-temps que nous ne nous étions vus seuls une minute, je rougissais, j'étais tremblante!.. Pauvre Léi'pold! il était prcs(|ue aussi troublé que moi. ..11 voulut sortir; mais il remarqua sans dou'.e combien je souffrais, car il resta... « Cécile, me dil-il, vous ne pouvez «douter de mon attachement; je vous aime • comme une sœur! »

LÉONARD. Ah? ah! voilà une drôle dé déclaralion... Briolet, une tasse de thé!..

CÉCILE. jS'est-il pas vrai que c'était étrange? Aussi, ma figure dut exprimer quelque chose de bien extraordinaire, car ils' rrêta, détourna ses regards des miens, et moi qui pensai tout à coup que je m'étais trompée, je sentis m^i force m'aban- (lonner, j'allais tomber... quandilme soutint dans ses bras, en attachant ses yeux sur moi, avec un trouble, une tenJressesi vive, qu'à l'insiant même ce nom de sœur, qui m'avait fait tant de mul, ne laissa plus de traces dans mon esprit.

LÉONARD. A la bonne heure, ça se raccommode.

CÉCILE. Je me disais : « Ma mère eût-, elle ainsi placé Léopold près «le moi, meût-elle permis de le voir tous les jours, m'eût-elle laissé prendre de l'amour pour lui, si elle n'eût espéré qu'on mariage nous rendrait heureux?» C'était bien raisonné, n'est-ce pas, mon oncle?

LÉONARD. Parbleu! sans cela c'eût été une grande imprudence I

MAD. DE LUCY, à part. Hélas!

CÉCILE. Et pourtant, je vois bien que Léopold n'avait pas compris tout cela, qu'il s'imaginait que ma mère ne consentirait jamais à notre union.

LÉONARD. Bah!., et pourquoi?

CÉCILE. Je n'en sais rieo, mais je lui dis : Et si ma mère y consentait?.. A ces mots, il tressaillit; entraine, mais encore incrédule, sa i)0!iehe venait de baluutier qu'il serait le plus heureux des homaaos,; lorsqu'un cri se fit entendre ; c'était ma mère!., elle était là, immobile, près de nous, elle avait tout écouté ; courir à elle, lui demander le bonheur avec celui que j'aimais, ce fut l'affaire d'un instant; bonne mère!., aussi tremblante que moi, pleurant comme moi, à peine si quebjues paroles inintelli;fibles pouvaient sorta- de ses lèvres!., enfin, unpeu pluscalme : «ioyez heureux, dit-elle à Léopold, puisque votre bonheur dépend de Cécile, il ne sera pas dit que, moi, j'aurai mis oljstacle à ce que vous désirez tous les deux; je vous donne ma fille!..» Vous comprenez bien que je tombai dans les bras de Leopolli.. niais quand je me retournai pour chercher ma mère, elle avait disparu!..

MAD. d'aubray, à part. Pauvre Clarise !

LÉONARD. Disparu!., oh, oh, ma nièce, c'est particulier !

MAD. DE LUCY , très agitéç. Mon deycir

était accompli : c'était un époux que je laissais près de ma fille.

LÉONARD. D'accord, mais pourquoi t'en aller? pourquoi (aire une scène de roman dans une affaire si simple.

MAD. DE LUCY, troublée. Mon oncle!

LÉONARD. Au reste, quand la fin du roman est heureuse, on est jamais assez tôt à la dernière page, n'est-ce pas?.. Ah ça, M. Léopold, vous ne dites rien, vous avez l'air de bouder là, dans votre coin!., oh, que je suis bête! voici la fin de la soirée, et moi je ne pense pas... allons, allons, c'est juste!.. Catherine, Briolet, des flambeaux ! il faut que chacun rentre chez soi; c'est moi qui tiendrai le flambeau de l'hymenée.

MAD. d'auBRAY, d part. Quel événement!

Catherine et Briolet apportent des flambeaux.

LÉONARD, d madame de Lucy. Ah! il n'y a pas à dire, c'est à toi de... hein!., hein!..

Air de Fra Dlavolo. (" Final du 1"=' acte

de madame d'Egmont.) Allons , tu ne peux t'en défendre, Il faut accomplir ton devoir :

Bcgarde comme il a l'air tendre l Avance , et comble son espoir.

UAD. DE Lucv , sc levant.

0 douleur ! c'en est fait , il le faut ! MAD. d'aubrey, bas.

Du courage I cÉciLB à sa mère.

Ma mère, bénissez notre heureux mariage I Il m'a duoné sa foi.

UAD. DE Lucr, la repoussant Je souffre , laissez-moi 1

CÉCILE, é<on «ce.

Quels regards, quel effroi!

Elle souffre , et pourquoi ?

/et, le chant s'arrête, madame de Lucy fait un effort sur elle mcmc et fuit un ptx 'our remettre Cécile à Léopiild ; mais t ul a coup elle tombe sans connaissance dans les bras do madame d'yJubray en poussant un cri étouffe.

MAD. DE LUCY Ah !

LE MAGASIN THÉÂTRAL

CÉCILE , LÉOPOLD , etc. Ciel !

LÉONARD. Quand je le disais qu'elle était malade !

CÉCILE. Ma mère, ma bonne mère!

LÉONARD. Il faut la conduire dans sa chambre.

Tout le monde s'empresse autour de madame de Lucy.

CÉCILE. Oh , je ne la quitte pas qu'elle ne me soit rendue.

LÉOPOLD, à part. Malheureux que je suis !

LÉONARD, d Léopold. Voilà un évanouissement qui vient mal à propos pour vous, mon cher ami.

Le chant reprend sur un mouvement plus vif.

ENSEMBLE

LÉOnAHD.

Vite, à sa chambre il faut nous rendre,

La soigner est notre devoir; Vraiment , je n'y peux rien comprendre , Mais bientôt je veux tout savoir.

MAD. d'aubbay.

Vite, à sa chambre il faut nous rendre, La soigner est noire devoir; {A part.) Quand Léopold devient son gendre, Je comprends tout, son désespoir.

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