SCENE YIl
FREMYN, DARBERT.
D.\RBERT.
Nous sommes seuls, qu'avez-vous à me dire?
FBEMV>'.
Je vous ai toul-à-l'heure entendu faire l'éloge de ce jeune homme, de votre caissier...
DARCEIIT.
Oui, il le mérite... je lui ai donné maconfiance, et je le traite même en ami...
FREMVN.
■Vous 1 ceonnaissiez avant qu'il entrât chez vous ':"
DABltEUT.
Nullement; c'est un de mes confrères, Fréville, chez lequel il élaitemployé, et qui en se retirant des affaires me l'a recommandé... Mais pourquoi...?
FRE.MVN.
C'est un joueur!
DAKBERT.
Lui!
Je le crains du moins.
DARHERT.
■Vous vous trompez.
FRESJVN.
Je l'ai parfaitement reconnu... lui-même, il a paru se troubler à mon aspect.
DARBEKT.
Mais où l'avez-vous vu?
FREMVN.
11 y a six ou sept mois, chez M''" de Ccrmoy;
à la fin de l'hiver dernier, elle a donné un grand bal pour le retour de son frère.
«ARIiERT.
Oui. je me rappelle, ma femme a été à cette fêle sans moi, accompagnée par un de ses oncles ; c'est le lendemain même de ce bal que ce jeune homme est entré ici.. . Continuez.
FREMVN.
Il y avait foule dans les salons... Vers le milieu de la nuit, je m'assis à une table de jeu ; je pris les cartes contre un jeune homme, votre caissier, qui avait déjà gagné des sommes importantes, et qui jouait avec un bonheur étrange... Je m'entêtai, comme beaucoup d'autres, et je perdis pour ma part deux mille francs... Il avait devant lui des piles d'or et des billetsde banque; cette veine formidable était loin d'être épuisée, car vingt minutes plus tard je le \is encore assis à la même place... Tant de bonheur avait attiré 1 attention sur lui ; on se demanda qui il était, personne ne le connaissait, personne ne put dire son nom. . Il parut remarquer qu'on l'examinait, et il se troubla... Le bruit se répandit que c'était peut-être un de ces chevaliers d'industrie qui s'introduisent dans les grandes réunions, et qui savent enchaîner la fortune... Ce qui est certain, c'est qu'un joueur de profession pouvait seul risquer d'aussi fortes sommes... Nous nous disposions, quelques amis et moi, à éclaircir ce doute, mais je fus obligé de partir avec unedame que j'avais accompagnée, etquivoulait quitter le bal... Depuis, je n'en ai pas entendu parler... je n'avais pas revu ce jeune homme; mais, je vous le repète, je l'ai reconnu.
DARBERT.
Positivement?
FREMVN.
Oh 1 je suis certain de ne pas me tromper... [Darberi soiiue.) Que faites-vous?
Un domestique paraît au fond.
DARBERT, OU domestique.
Priez M. Emmanuel de monter.
Le domestique sort.
FREMYN.
Je désire ne pas être |)résent.
DARBERT.
Restez , au contraire.
FREiMYN.
Non... j'ai cru devoir vous donner cet avis important... Dans la position où est ce jeune homme chez vous, il faut éclaircir de pareils soupçons, fondés en apparence du moins; mais je n'ai pas su la suite de cette affaire, et je ne jjuis pas renouveler en sa présence une accusation dont il s'est peut-être déjà justifié... Inlerrogez-le, et s'il nie, vous pouvez être sûr qu'il se sent coupable, car c'est bien lui, c'est contre lui que j'ai perdu, et alors je le lui dirai en face... Il va venir, je vous laisse, et j'entre chez madame... je reviendrai aujourd'hui même savoir...
DAURKIIT.
Merci de cette confidence.
Ille reconduit jusqu'à la porte de rapparlpincnt <\e Fannj .