SCENE XV
DARBERT, VERNEUIL, eriirant par le fond sans voir d'abord Darbert ; il tient un carnet ouvert sur lequel il écrit en se parlant à luimême.
VERNEUIL
C'est une observation pleine de justesse... je la développerai avec soin, avec coquetterie... je ferai ce que nous appelons du style ciselé... ( Voyant Darbert.) Ah! tu es là!
DARBERT.
C'est toi, Verneuil; qu'écris-tu donc?
VERNEUIL
Une pensée que je note.. . je travaille toujours... de tête... comme toi, qui réfléchissais à quelque spéculation...
DARBERT
Oui!
VERNEUIL, lisant sur son carnet.
«Quand une femme commence à craindre pour » son secret, il y a déjà long-temps qu'il ne lui » appartient plus. » Elles sont toutes de même : impénétrables tant qu'elles résistent, imprudentes dès qu'elles ont cédé à une passion réelle... c'est tout le contraire pour les hommes... A propos, sais-tu si ma femme est rentrée ?
DARBERT.
Je ne l'ai pas vue !
VERNEUIL
Je veux faire un cadeau à Aurélie... Je viens de promettre à mon libraire un roman... j'ai le sujet en tête. A compter de demain, je m'enferme, je travaille, et un mari qui griffonne depuis le matin jusqu'au soir, ça n'est pas trèsagréable... On m'a réglé en billets à trois mois de date, et je les ferai escompter par M. Fremyn.
DARBERT.
Pourquoi t'adresses-tu à lui?... Descends dans mes bureaux, et porte ces billets à M. Laville.
VERNEUIL
Laville, dis-tu?
DARBERT.
Emmanuel Laville, mon caissier.
VERNEUIL
Ce jeune homme que j'ai vu ce matin ?
DARBERT.
Oui... qu'as-tu donc î
VERNEUIL
Rien. C'est que la première fois que j'en ai entendu parler...
DARBERT.
On t'a dit que c'était un joueur?
VERNEUIL
Précisément... mais ta femme a répendu de lui...
DARBERT.
Ma femme!
Oui, .1 un bal chez M""* de Cermey oh lu n'es
MAGASIN THEATKAL.
pas venu... ce soîr-là, je n'ai pu aller que fort tard chercher Aurélie; mais elle s'était ennuyée de Di'attendrc, et l'ami Fremyn l'avait reconduite.
DARBERT.
Eh bien?
VBRNEUIL.
Eh bien ! quand je suis arrivé, on s'entretenait encore d'une aventure, d'un jeune homme qui avait joué et gagné des sommes considérables... J'entendais tout le monde parler de M. Emmanuel Laville. . Comme d'abord on ne savait pas son nom, on l'avait soupçonné d'être un fripon; heureusement pour lui, ta femme le connaissait.
DARBERT, à part.
Ah!...
VERNEUIL
Maison n'aplus eu desoupçons quand on les a vus causer ensemble et qu'elle lui a donné le bras.
DARBERT, à part.
C'était elle!
VERNEUIL
Je n'avais vu au bal ni M^' Darbert ni ce jeune homme, et ce matin, on ne l'a pas nommé devant moi... Mais qu'as-tu donc à ton tour?... ce que je te dis là ne doit pas t'étonner, puisque ta femme !e connaissait.
DARBERT.
Oui... oui... sans doute... je savais...
VERKKCIL, à part.
Il ne savait rien... oh! (Il regarde Darbert, qui reste immobile.) Il me fait de la peine, parole d'honneur I [Il écrit mr son carnet.) La scène du bal... quelle jolie exposition de roman!
On entend des éclats de rire.
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