‹ Un séjour dans l'ile de CeylanChapitre 24 sur 34 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

ANURADHAPURA SOUS LES ROIS CINGHALAIS (1)

Les travaux de Turnour. — Les livres sacrés des Cinghalais.

— Origine des Cinghalais. — Le fondateur de la dynastie cinghalaise. — La fondation d'Anurddhapnra. — Le roi Tissa.

— Un missionnaire royal. — L'origine du bô sacré. — Les Malabars. — Elala et Dutugemunu. — L'époque chevaleresque. — La mort d*un roi. — Le paratonnerre chez les anciens Cinghalais. — Les deux dynasties. — Un roi errant «

— La Messaline cinghalaise. — Les rois fainéants. — I^ secte wytulienne. — Le dernier du Mahawanso. — La deai sacrée. — Un voyageur chinois. — Un roi parricide. — Les suites tragiques d'une énigme. — L*ère de PoUonarua. — Le déclin delà monarchie cinghalaise.

Pour comprendre Anuradhapura et ses ruines énigmatîques^ il faut lire, dans les chroniques cinghalaises, l'histoire des rois qui édifièrent la ville géante, disposant d'un pouvoir aussi ab-

(1) G. Turnour's Mafiawanso, — Rajawali. — Rajaraina^ cari. — G. Turnour, Epitome ofthe History ofCeylon. — Sir James Emerson Tennent, Ceylon. — S. M. Burrows, Tke buried cities of Ceylon. — Davy's Ceylon, — Pridham, An

solu qu'on peut l'imaginer. Cette histoire, qui remonte à vingt-quatre siècles, aTétrangeet troublante saveur des choses très vieilles et très authentiques : enfouie dans un long oubli, elle a résisté au temps, et, comme celle de la vieille Egypte, elle a revu le jour grâce aux travaux el au génie d'un héros de la science.

On a cru longtemps que les annales cinghalaises n'avaient, comme celles des Hindous, aucune valeur historique et n'étaient qu'un tissu de fables et de légendes. Telle était Topinion des écrivains portugais, et elle ne se modifia point à l'époque de la domination hollandaise, comme on peut le voir dans l'ouvrage publié par Valentyn vers 1725. Cette opinion fut acceptée par tous les historiens qui écrivirent sur Ceylan antérieurement à 1833 ; ne connaissant pas la langue indigène, ils ne pouvaient que persister dans l'erreur de leurs devanciers.

historical, polUiccd and statistical Account ofCeylon. — For- BES, Eleven years in Ceylon, — Valentvn, Oud en nieuo Oost-Indien, Landbeschryving van fEiland Ceylon. — Fa- HiAN, Foè Kouè Ki (Descriptlou des royaumes bouddhistes), trad. de Rémusat.

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A George Turnour revient l'honneur d'avoir découvert la longue série de chroniques écrites par les historiographes officiels, des rois de Geylan depuis le règne de Dathu Sena, dont l'avènement eut lieu en l'an 459 après Jésus-Christ. Ces chroniques racontent non seulement l'histoire authentique de Ceylan, mais jettent aussi un eer^ tain jour sur celle de l'Inde. Né à Ceylan en 1799, et entré au civil service en 1818, Turnour s'appliqua à l'étude des langues indigènes, et aussi du pâli, la langue primitive connue seulement de quelques rares initiés appartenant au clergé houddhiste. Avec l'aide de ces initiés, il découvrit la clef du livre sacré des Cinghalais, le Mahawanso, et en entreprit la traduction en langue anglaise. Le premier volume de sa traduction parut à Colombo en 1837; prévoyant que les sceptiques douteraient de l'authenticité d'une découverte aussi importante, il joignit à sa version anglaise une reproduction en caractères latins du texte pali. Mais ces travaux de bénédictin minèrent sa santé; il mourut à Naples, au cours d'un voyagr en Europe en 1843, laissant

inachevée la traduction du second volume du livre qu'ilavait exhumé dePoubli. Heureusement, cette seconde partie du Mahawanso n'a pas la valeur delà première partie : écrite à une époque de déchéance de la littérature cinghalaise^ elle a tous les défauts des œuvres d'une période de déclin. Le Mahawanso est la principale source de l'histoire ancienne de Ceylan. Mais il existe encore d'autres chroniques, telles que leRajawali et le Rajaratnacari, qui ont été traduites par Corneille Wijesinha.

On ne possède aucune donnée précise sur l'origine des Cinghalais et sur celle, encore plus incertaine, de la race aborigène qu'ils supplantèrent dans l'ile de Ceylan. Une obscure tradition, appuyée par les premiers historiens portugais et par Pridam, attribue aux Cinghalais, et peut-être aussi aux aborigènes, une origine malaise ou siamoise; mais comme cette tradition ne repose sur aucun fondement sérieux, il est permis d'adopter Thypothèse plus vraisemblable que les premières races qui peuplèrent l'île étaient venues de l'Inde continentale, la contrée la plus

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proche. Tout ce qu'on peut affirmer avec certitude, c'est que les premiers aborigènes de Geyian, que les chroniques désignent sous le nom de a démons )) , étaient une race grossière qui n'a laissé aucun monument ni aucune histoire . II est probable que les conquérants cinghalais les réduisirent en esclavage et leur imposèreni de dures corvées. Le plus grand nombre fui graduellement ^absorbé par la race dominante ; mais d'autres résistèrent longtemps à cette absorption, et, pour se soustraire à l'esclavage, se réfugièrent dans les forêts, où l'on en trouve encore de rares vestiges dans la race presque éteinte des Veddahs.

La dynastie cinghalaise fut fondée en 543 avant Jésus-Christ, par un prince Wijeyo, qui était venu, suivant une antique tradition, de h vallée du Gange, et qui débarqua avec sa suite dans le voisinage de la ville actuelle de Putlam< Turnour a signalé la curieuse analogie entre l'histoire de ce débarquement , telle qu'elle est narrée dans le chapitre vu du MahawansOj et le récit que nous a laissé l'auteur de

POdyssée du débarquement d'Ulysse dans Pîle de Circé. La ressemblance est tellement frappante, qu'il est difficile d'admettre que l'écrivain cinghalais ignorât l'œuvre d'Homère. Le débarquement de Wijeyo eut lieu vraisemblablement vers le temps oii Gautama parvint, par sa sainteté, au rang de Bouddha. 11 subjugua les indigènes grâce à l'influence de la fille d'un de leurs princes qu'il avait épousée et qu'il répudia plus tard pour prendre la fille d'un prince indien. Il établit sa capitale à Tamana Neuera, et, comme sa race passait pour être issue d'un lion, a sinha » , il donna à son royaume le nom de a Sinhala j» , où l'on retrouve l'origine du nom des Cinghalais et de Ceylan (Seylan). Ce royaume devint, grâce à ses efibrts, « habitable à l'homme » . 11 régna trente-neuf ans, et la civilisation qu'il apporta à Ceylan devait être déjà assez avancée, si l'on en juge par la dagoba de Thuparama, érigée cent cinquante ans après la date de Pinvasion.

Son neveu Panduwasa lui succéda en 504 avant Jésus^Christ. Il s'allia avec une princesse indienne, qui établit dans l'île ses six fi-ères,

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entre autres le prince Anuràdha, fondateur de la ville qui porte encore son nom. Le roi fit de cette ville sa capitale^ désignée par Ptolémée sous le nom à! Anurogrammum. Cette multiplicité de petits royaumes, tolérés par les premiers rois dans le but de favoriser la colonisation de l'île, amena, à la longue, des dissensions et de désastreuses guerres civiles.

Panduwasa eut pour successeur son petit-fils Pandukhabayo, en 437 avant Jésus-Chrisl. Ce roi s'appliqua à agrandir et à embellir la fameuse Anurâdhapura. On trouve dans les chroniques de curieux détails sur les règlements administratifs de ces temps reculés. Le roi, pour améliorer Tétat sanitaire de sa capitale, institua une corporation de cent cinquante gardiens du cimetière, et une autre de cent cinquante hommes affectés au transport des cadavres. Il y avait en outre deux cents vidangeurs, une véritable armée de balayeurs, et une compagnie d'agents de police et de veilleurs de nuit. Les Veddahs furent relé-i gués dans un faubourg spécial, près de la ville, et d'autres faubourgs furent réservés aux men-

diantSy aux fakirg et aux « castes de païens ». A ce sage administrateur succéda, en 307 avant Jésus-Christ, le pieux roi Devenipiatîssa, plus connu sous le nom de Tissa, et c'est de ce règne que date, sinon Tintroduction du bouddhisme à Ceyian, du moins le nouveau dogme dont cette île devint le foyer, sous l'influence des prédications du zélé missionnaire Mahindo, prince de Magadha. Le Mahawanso raconte en termes pompeux l'arrivée du royal missionnaire, son extraordinaire voyage dans les airs, et sa descente sur la plus haute cime du Mihintalé, la montagne sainte qui domine la ville sacrée d'Anuràdhapura; il raconte comment le roi, étant à la chasse, fut miraculeusement attiré, dans la poursuite d'un cerf, vers le lieu où Mahindo était assis, et comment Mahindo exposa la nouvelle doctrine «au maître du pays, qui, après avoir entendu son discours, reçut la lumière de la foi avec ses quarante mille partisans i) . • Ce qui acheva la conversion de l'île, ce fut l'arrivée de Sanghamitta, sœur de Mahindo, qai apporta de l'Inde une branche de l'arbre à Tom-

AlVURADHAPtJRA SOtJS LES ROIS CINGHALAIS 213

bre duquel Gautama avait atteint la perfection de Bouddha. Le Mahawanso consacre deux chapitres au récit d'une cérémonie qui forme un des plus curieux épisodes de ce livre de si étrange saveur. Comme il eût été sacrilège de mutiler Tarbre, la branche se détacha d'elle-même et alla d'elle-même plonger ses racines dans la terre parfumée qui lui avait été préparée dans un vase d'or. Le vase, transporté par mer à Ceylan, fut reçu en grande pompe par le roi Tissa, qui planta la branche à Anuràdhapura, au lieu même où, après vingt-deux siècles, elle forme le bô sacré vénéré par les peuples bouddhiques. Le roi, dans son zèle pour la religion, consacra la plus grande partie de son règne à édifier des temples, des monastères, des monuments gigantesques. Le Thuparama, l'isurumuniya, et la plupart des constructions de Mihintalé, attestent la piété et la muniGcence de ce monarque, qui mourut en odeur de sainteté après un règne de quarante ans.

Les rois cinghalais, à raison de l'inaptitude des indigènes pour le métier des armes, eurent

su UN SÉJOUR DAMS L'ILE DE CEYLAN

de bonne heore Thabitade de prendre à leur solde des troupes mercenaires pour la protection des côtes et de Fintérieur de l'île. Ces mercenaires, recrutés parmi les Malabars, furent les précurseurs de ces invasions qui graduellement expulsèrent les Cinghalais des provinces du nord. Sous ce nom de Malabars, qu'il ne faut pas confondre avec les Malabars actuels, il faut entendre les peuples de toutes les parties de la péninsule : si le Mahawanso désigne les envahisseurs sons le nom de « Damilos » ou Tamils, c'est que de tout temps le sud de l'Inde fournit les plus gros contingents; mais il en vint aussi des provinces septentrionales. 11 se produisit ainsi des jalousies de races, qui provoquèrent de fréquentes collisions, et aboutirent finalement au renversement de la dynastie de Wijeyo et à la chute de la suprématie cinghalaise.

Dès l'an 237 avant Jésus-Christ, deux généraux mercenaires trahirent la confiance du roi SuraUssa, dont ils se défirent par l'assassinat pour s'emparer du pouvoir suprême, qu'ils détinrent pendant vingt ans, jusqu'à ce qu'ils furent mas-

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sacrés, à leur tour, par les adhérents de la dynastie légitime. Toutefois, leur succès détermina la première grande invasion de Ceylan quelques années après; un prince malabar de Tanjore, l'illustre Elala, débarqua dans l'île en 204, tua le roi Asela, usurpa le sceptre, et réussit à se maintenir sur le trône pendant quarante ans. Ce long règne fut-il la récompense d'un gouvernement juste et sage, ou simplement la conséquence d'un acquiescement tacite de la part d'un peuple peu guerroyeur? C'est ce que ne dit point le pieux chroniqueur, qui reconnaît toutefois que l'usurpateur infidèle a administra impartialement la justice aussi bien envers ses ennemis qu'envers ses amis, et, tout hérétique qu'il était, et voué comme tel à la perdition, sut, en évitant l'impiété et l'injustice, conquérir un pouvoir surnaturel n . Sur ce point le Mahawamo n'est nullement d'accord avec les autres livres cinghalaiii, le Rajawali et le Rajaratnacari, qui représentent Elala comme le profanateur des monuments et le destructeur des temples.

Mais la royauté légitime, qui avait conservé

dans la personne du prince Datugemunu un de ses pins nobles représentants, résolut de reconquérir la couronne. En Tan 164 airant Jésus- Christ, rhéritier du trône livra bataille à Elala pour rentrer dans ses droits usurpés. Les deux armées se rencontrèrent sous les murs d'Anurâdhapura, et, comme l'on ne savait de quel coté penchait la victoire, l'un des princes proposa d'éviter une plus grande effusion de sang et provoqua son adversaire à un combat singulier. La lutte entre les deux rivaux, digne des plus beaux temps de la chevalerie, se poursuivit, comme celle des Horacesetdes Curiaces, en présence des deux armées; et si Ton songe qu'ils montaient de magnifiques éléphants, on comprend ce qu'il devait y avoir de grandeur et de noblesse dans ce tournoi dont un royaume était Tenjeu. Le prince légitime défit et tua l'usurpateur, et fut proclamé roi sur le champ de bataille. En prince généreux et magnanime, il honora la mémoire de son rival par un superbe tombeau, devant lequel il voulut que les rois eux-mêmes descendissent de leurs palanquins.

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Dutugemunu^ qui fut un grand soldat, fut aussi un grand pénitent. Pour racheter le sang qu'il avait versé, il consacra son règne à de magnifiques travaux, et, comme il en fit l'aveu à son lit de mort, il fut V a esclave du clergé » . Avant de toucher à sa nourriture, il ne manqua jamais d'en afiecter une part aux prêtres, et quand, dans son âge mûr, il se souvint qu'un jour, dans son enfance, il avait négligé cette pratique, il se soumit à une pénitence pour expier cette impiété. C'est à ce pieux roi qu'Anuràdhapura doit les prodigieux monuments sacrés dont les vestiges étonnent aujourd'hui encore les voyageurs, la dagoba de Ruanweli, le palais d'airain aux seize cents piliers et aux neuf cents chambres, la dagoba de Mh'itswettiya, le canot de pierre. Sa mort, telle qu'elle est racontée dans le Mahawamo, est touchante. Sentant sa fin prochaine, il se fait transporter sur un lit placé en face du Ruanweli, dans un endroit que marque aujourd'hui encore une plaque de granit, afin de pouvoir contempler de son œil mourant son œuvre ta plus grandiose. Étendu sur sa couche, il s'en-

tretient avec un de ses anciens compagnons d'armes qui s'est voué à la vie religieuse. « Autrefois, lui dit-il, avec l'aide de mes dix capitaines, j'ai soutenu maintes batailles; aujourd'hui, livré à mes seules forces, j'entame ma dernière bataille avec la mort ; il ne me sera pas donné de vaincre mon adversaire, n Le prêtre, pour le raffermir en face de la mort, déroule devant le maître des hommes l'énumération de ses nombreux actes de piété et de munificence. tt Tous ces actes, répond le monarque, que j'ai accomplis dans mes jours de prospérité, ne suffisent pas à rassurer mon âme; mais deux offrandes que j'ai faites lorsque j'étais dans l'adversité et l'affliction, sans me soucier de ma misère, sont les seules dont le souvenir me réconforte à cette heure suprême, w Et le prêtre lui donne sa bénédiction et lui ferme les yeux. N'est-ce pas une fin digne d'un chrétien?

Au temps deDutugemunu, mort en 157 avant Jésus-Christ, les Cinghalais avaient atteint un haut degré de civilisation. Les monuments de cette époque attestent un art avancé^ et maints

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indices permettent de conjecturer que le développement des sciences marchait de front avec le progrès des arts. On peut induire de certaines allusions des livres sacrés de Ceylan que, dès ces temps reculés, les Cinghalais avaient la notion de la nature électrique des éclairs et protégeaient leurs édifices par des paratonnerres. Le Mahawanso contient sur ce point un texte bien frappant. Le passage se rapporte à la construction de la grande dagoba de Ruauweli que le roi Datugemunu éleva à Anurâdhapura. Il ne put terminer son ouvrage avant sa mort^ mais il l'acheva jusqu'au chapiteau carré qui devait supporter la flèche, et sur chaque côté duquel était représentée Timage du soleil. A sa mort, le roi chargea son frère et successeur Saidaitissa d'achever l'édifice. Le Mahawanso rapporte que, conformément au vœu du défunt, Saidaitissa compléta le pin^le auquel le chapiteau carré servait de base ; or, le DipawansOj chronique pi us vieille d'un siècle et demi que le Mahawanso, donne une minutieuse description de cette partie du travail, et rapporte que le pinacle, érigé

entre les années 137 et 119 avant Jésus-Christ, était construit en verre. Un roi postérieur, Amanda, en Tan 20 après Jésus-Christ, fixa à la flèche un chaita, imitation du parasol blanc qui est l'emblème de la royauté. Deux siècles plus tard^ Sanghatissa, qui régna de 234 à 246 après Jésus-Christ, « fit dorer ce chatta et fit placer, au centre des quatre emblèmes du soleil, quatre pierres précieuses dont chacune coûtait un lac D . Ici se trouve le passage qui fait une allusion directe, quoique obscure, à la nature électrique de la foudre : « U plaça de même un pinacle de verre sur la flèche, pour servir de protection contre la foudre, m Ces derniers mots ne peuvent laisser aucun doute sur le but de l'appareil qui surmontait la flèche de la dagoba. On peut donc en conclure que déjà à cette époque reculée les Cinghalais avaient remarqué que le verre possédait la propriété d'isoler l'électricité et avaient été amenés ainsi à croire que ce corps pouvait préserver de la foudre. Si leur croyance dans l'efficacité du verre comme paratonnerre était erronée, il n'en est pas moins remarquable

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qu'ils aient eu l'idée du paratonnerre des milliers d'années avant Franklin.

Après le règne fameux de Dutugemunu, plusieurs princes se succèdent dont l'histoire offre peu de faits saillants. La longue liste des souverains se divise en deux classes distinctes : ceux du Maha-^anso ou de la a haute généalogie » , issus de Wijeyo, qui régnent de 505 à 302 avant Jésus-Christ, et ceux du Sulu-wanso ou de la u généalogie inférieure » , dont la race est moins pure, et qui détiennent le pouvoir jusqu'à la conquête de Tîle par les Européens^ au seizième siècle. C'est à la première dynastie que Ceylan doit l'efQorescence de sa civilisation , son système de ^gouvernement, son culte national et l'art de l'agriculture. Mais les souverains de cette dynastie ne parviennent pas à se concilier la fidélité de leurs sujets. Des cinquante et un rois delà race de Wijeyo, deux sont déposés par la nation, dix-neuf sont mis à mort par leurs successeurs. Leurs travaux se bornent généralement à l'édification d'une dagoba ou à la construction d'un étang, et ils ne s'illustrent pas par de plus

nobles exploits que les meurtres auxquels ils doivent la couronne^ qu'ils gardent jusqu'au jour où ils sont eux-mêmes victimes d'une conspiration.

Le plus vaillant champion du bouddhisme après Dutugemunu fut Walagambahu, qui monta sur le trône en 104 avant Jésus-Christ. Sous son règne eut lieu la deuxième grande invasion des Malabars. Réduit à prendre la fuite pour se soustraire à la poursuite de ses ennemis, il se cacha dans les montagnes les plus inaccessibles, vivant secrètement dans des cavernes ou dans des fentes de rochers, et lorsque, après quinze années de vie errante, il put reconquérir le trône, il transforma les grottes où il avait trouvé un asile en temples merveilleux, tels que ceux de Dambulla. C'est dans un de ces temples, FAluwihara, près de Matalé, que le roi convoqua les prêtres en l'an 90 avant Jésus-Christ, et fît transcrire en langue pâli les livres bouddhiques qui, enseignés oralement par Mahindo, s'étaient transmis jusqu'alors par la tradition. Ce fut le même roi qui édifia la dagoba d'Abhayagiriya

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(montagne du salut), le plus gigantesque ouvrage de Ceylan, dont le fidte s'élevait à cent vingt mètres du spl.

Il serait fastidieux de raconter le règne de tous les radjahs qui s'assirent sur le trône d'Anurâdhapura. La plupart n'eurent d'autre ambition que d'éclipser leurs prédécesseurs par leurs ouvrages d'irrigation, ou encore ils eurent à repousser les incursions répétées des Malabars ; nombre d'entre eux terminèrent par une mort violente une existence peu glorieuse. L'irrigation, la lutte contre les Malabars, l'assassinat sont les principaux faits qui caractérisent chaque règne. Parmi les rois des deux races, vingt-deux furent assassinés par leurs successeurs, et six par des mains étrangères; treize périrent à la guerre, quatre se suicidèrent, onze furent détrônés.

La monotonie n'est rompue que par les méfaits d'une femme qui parvint à conquérir sa place dans la liste des monarques de la grande dynastie. C'est celle que le Mahawanso appelle r« infâme Anula », la Messaline des annales cinghalaises, très experte dans l'art de se débar-

rasser par le poison des amants qu'elle tira soccessivement des plus basses conditions pour les élever au trône. Un fils du roi Tissa mit fin à ses turpitudes en Pan 41 avant Jésus-Christ, et releva le prestige de la monarchie.

A dater de cette époque se succèdent pendant deux siècles une série de rois fainéants qui ne se distinguent que par leur servile soumission au clergé. Le bouddhisme était alors très florissant et s'étendait au loin. De vastes districts, fertilisés par les eaux captées des rivières et par les canaux, sont appropriés à l'usage du clergé ; parfois lïn étang, avec les milliers d'hectares qui bordent ses rives , est affecté à l'entretien perpétuel d'une dagoba. L'imagination peut à peine se représenter le nombre incroyable de ces prodigieux ouvrages d'irrigation. Chaque roi en construisait de quinze à trente, et les annales cinghalaises les énumèrent à côté du nom de chacun d'eux. A l'origine, ces travaux sont exécutés « pour le plus grand avantage du pays ^ , et « par compassion pour les créatures vivantes » ; mais, dès le premier siècle de l'ère chrétienne, la

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coutume s'établit de construire des étangs avec la pieuse intention d'attribuer au clergé les terres qu'ils fertilisent. Le Mahawanso mentionne un fait qui donne une idée de ces largesses extravagantes. Le même roi qui, un jour, fit faire un tapis de sept milles de long, <c afin que les pèlerins pussent marcher sans se souiller les pieds » , récompensa une autre fois un prêtre qui lui avait offert une gorgée d'eau en lui allouant une terre d'une contenance d'un demiyoyana (huit milles).

La troisième invasion des Malabars eut lieu vers 106 après Jésus-Christ. Ils emportèrent un énorme butin et emmenèrent douze mille captifs cinghalais. Mais le roi Gajabahu, en 112, fit une expédition sur le confinent, délivra les captifs, et en captura un nombre égal qu'il amena à Ceylan.

Cependant , un autre ennemi menaçait l'île.

Dès le commencement du troisième siècle, une secte schismatique y introduisit la doctrine connue sous le nom d'hérésie wytulienne ; mais la tentative échoua par deux fois, et les héré-

tiques furent ignominieusement punis. Les chroniques ne disent point en quoi consistaient les dogmes de cette hérésie; mais il est probable que les brahmanes de l'Inde tentèrent d'extirper le bouddhisme de Ceylan par la même tactique qu'ils avaient employée avec tant de succès sur le continent. Sous le règne de Gothàbaya (248 après Jésus-Christ), cette secte voulut s'imposer de nouveau, et un de ses secrets adhérents se fit nommer tuteur des deux fils du roi. Le plus jeune, Maha Sen, profita des leçons de son maître, et lorsqu'il monta sur le trône, en l'an 275, il entreprit aussitôt de substituer la foi nouvelle aux anciennes croyances. 11 interdit de faire des offrandes aux adhérents de la vieille religion, que la faim força ainsi de fiiir dans le sud de l'île ; il rasa jusqu'aux fondements le palais d'airain et plus de trois cents autres édifices, et en affecta les matériaux à l'érection de sanctuaires du culte nouveau. Mais le peuple était très opposé à ces innovations. Moins heureux que Henri VIII, le roi, par une rétractation opportune et complète, évita la me-

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nace d'une insurrection générale, non sans avoir sacrifié à la frénésie populaire son tuteur et son principal auxiliaire, Sanghamitta. Il rebâtit ensuite les édifices qu'il avait détruits, rappela les prêtres, et consacra le reste de son règne à l'érection de gigantesques monuments conformes à sa nouvelle orthodoxie. Le plus remarquable de ces monuments était la dagoba de Jetawanarama, dont les ruines massives sont encore les plus pittoresques d'Anurâdhapura ; elle avait originairement 96 mètres de haut et s'élève encore à 76 mètres. Son travail le plus utile fut le grand étang de Minnéria, qui avait 32 kilomètres de circonférence. Il construisit encore seize autres étangs et répara de nombreux temples. Le Mahawanso dit de lui a qu'il eut après sa mort une destinée digne de ses mérites » .

Quantité de fables et de superstitions s'amon^ celèrent autour du monarque défunt, qui est appelé dans les chroniques le a dernier du J/aAawamo » . Après sa mort, le pays fut éprouvé par ane série de mauvaises saisons et d'épidémies

désastreuses; le peuple invoquait la mémoire du puissant radjah , implorait sa protection ou appelait sa colère par des prières et des offrandes ; la maladie et la famine s'apaisèrent graduellement; ses adorateurs reconnaissants le vénérèrent comme l'incarnation de Kartikeya, le Mars indien, et son sanctuaire à Minnéria fut l'objet d'une grande dévotion.

Le règne suivant fut marqué par l'arrivée à Ceylan, en 311 après Jésus-Christ^ de la fameuse relique Dalada, la dent sacrée de Bouddha. Le roi de Kalinga, la moderne Orissa^ ne pouvant la défendre contre le fanatisme des brahmines, pour la mettre en sûreté, l'envoya à Ceylan sous la garde de son fils et de sa fille, la princesse Kalinga, qui la tint cachée dans sa chevelure. La relique fut déposée dans le sanctuaire voisin de la dagoba de Thuparama , et plus tard un autre sanctuaire la reçut à Pollonarua, lorsque l'ancienne capitale fut abandonnée.

Sous le règne de Mahanama, qui monta sur le trône en 410, Anurâdhapura fut visitée par le célèbre voyageur chinois Fa-Hian, dont les

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écrits confirment singulièrement la vérité des chroniques cinghalaises. Il décrit les larges rues droites, les beaux édifices publics, les monuments bouddhiques grands comme des montagnes, l'aspect du Bô, dont la description est encore presque littéralement applicable aujourd'hui, et les cérémonies qui accompagnaient l'exhibition de la dent sacrée. C'est aussi vers ce temps que Geylan noua des relations politiques avec la Chine et paya tribut à cette contrée pendant plus de cent ans. Les relations avec rOccident n'étaient pas entièrement inconnues à cette époque. Ammianus Marcellinus (lib. XX, c. vu) assure qu'une ambassade fut envoyée de Ceylan à la cour de Tempereur Julien, sous le règne d'Upatissa II, prédécesseur de Mahanama; et Pline (lib. VI, c. xxiv) fait mention d'une ambassade encore plus ancienne, qui fut envoyée en Italie sous le règne de Chanda-Mukha-Siwa^ ea 44-52 après Jésus-Christ.

La mort du roi Mahanama est suivie d'une nouvelle invasion des Malabars, qui infligent au pays une longue oppression ; le roi Dathu Sena,

moQlé sur le trône en 459, réussit à chasser les envahisseurs après une lutte prolongée. Sa fin tragique es( un des épisodes des annales cinghalaises qui font le mieux ressortir le mélange de barbarie et de raffinement de ces lemps lointains; le sombre drame, si horrible qu'il soit, est d'une authenticité absolue, car il est rapporté par un témoin oculaire et un historiographe officiel, le prêtre Mahanamo, l'oncle du roi, et le premier écrivain du livre sacré, le Mahawanso^ dont la rédaction devait se poursuivre dans la suite des siècles jusqu'à la mort de Mahasen. Le roi avait deux fils et une fille ; il avait donné sa fille à son neveu, lorsqu'il apprend que celui-ci Ta grossièrement insultée « en la faisant fouetter sans qu'il puisse lui reprocher la moindre offense )) . Le roi indigné se venge en faisant brûler la mère du coupable. Son gendre et son fils aîné, Kasyapa, s'unissent contre lui, le font prisonnier, et le pressent de leur révéler ses trésors cachés. Le roi y consent, à condition qu'il pourra visiter encore une fois le grand étang de Kalàwewa, son œuvre la plus chère, et

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avoir un entretien avec son vieil ami le prêtre Mahanamo. On l'y conduit sous escorte, dans un mauvais chariot aux roues brisées. Arrivé à destination, il reçoit le confort spirituel du prêtre et le confort corporel des eaux de Pétang, et, montrant le prêtre et l'étang, il s'écrie que ce sont là les seuls trésors qu'il possède. On le ramène dans la capitale, et Kasyapa, soupçonnant qu'il dissimule ses richesses en faveur de Mogallana, son second fils, donne ordre de l'exécuter. Mais, avant l'exécution, il va le voir dans sa prison ; et le roi, devinant sa pensée, lui dit avec douceur : a Maître des grands, j'ai la même afiection pour vous que pour Mogallana. » Pour toute réponse, l'usurpateur sourit en secouant la tête. Et alors le roi est dépouillé de ses vêtements, chargé de chaînes et enseveli vivant, la face tournée vers l'Orient, dans un mur dont la maçonnerie se referme sur lui. « Après cela, observe le chroniqueur, quel homme sage envierait richesses et prospérité?»

Son forfait accompli, Kasyapa ne réussit pas à asseoir sûrement sa domination. Après avoir

vainement tenté d'assassiner son jeune frère Mogallana, qui se sauve dans l'Inde, le parricide, redoutant le séjour d'une capitale ouverte, se réfugie sur le rocher presque inaccessible de Sigiri, s'y fortifie, y dépose ses trésors et s'y construit un palais. En vain il cherche à expier son crime par les largesses qu'il fait aux temples et par les mortifications qu'il s'impose; en vain, tourmenté par le remords et la crainte d'une autre vie, il se soumet au plus rigoureux ascétisme. Mogallana, qui a juré de venger le meurtre de son père, après dix-huit ans d'exil, revient de l'Inde à la tête d'une armée et provoque le parricide à lui livrer combat hors de sa forteresse. Le roi accepte le défi, et les deux frères se rencontrent à Ambatthakolo. Au cœur de la bataille, Kasyapa détourne son éléphant pour éviter un marais; à cette vue ses soldats, croyant qu'il prend la fuite, jettent leurs armes, découragés, et son frère, profitant de la confusion, lui tranche la tête, remet l'épée au fourreau et va prendre possession de la capitale.

Le successeur de Mogallana, KumâraDas (51 5),

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meurt également d'une fln tragique. Une nuit, chez une courtisane, il écrit une énigme sur la maraille, promettant à celui qui la devinera d'accomplir le vœu qu'il exprimera. Le célèbre poète indien Pandita Kalidas visite la maison de la courtisane et donne la réponse de Ténigme ; mais la courtisane, ambitionnant pour ellemême le prix, tue le poète, l'ensevelit sous sa maison, et se proclame l'auteur de la réponse. Le roi, incrédule et soupçonneux, fait faire des perquisitions ; le corps de Kalidas est découvert ; la criminelle courtisane est mise à mort, et on allume un grand bûcher pour brûler les restes du poète. Lorsque les flammes s'élèvent, le roi, pris de remords à la pensée d'une perle irréparable, se précipite sur le bûcher et meurt dans les flammes, et son exemple est immédiatement saivi par ses cinq femmes, qui périssent avec lui.

Les règnes qui suivent sont marqués par de continuelles discordes civiles et par les empiélements des Malabars. En 769, Aggrabodhi IV, pour fuir l'invasion, décide d'évacuer Anuràdha-

para, et établit sa nouvelle capitale à Pollonarua. Des rois antérieurs avaient choisi ce lieu comme résidence temporaire; en Pan 368, le roi Upatissa II avait construit, dans le voisinage immédiat, l'étang de Topawewa; en 650, le roi Siri Sangabo II y avait édifié un palais. La nouvelle ville fut bientôt pourvue de travaux d'irrigation et ornée de vastes édifices religieux; mais le changement de capitale ne servit qu'à accroître l'influence et la force des Malabars. Chaque nouveau monarque tenait les rênes du pouvoir d'une main plus faible ; la disette et la famine décimaient la contrée, le bouddhisme déclinait. Enfin, en 1023, les Malabars s'emparèrent de la personne du monarque régnant, l'emnienèrent dans l'Inde avec sa femme et ses trésors, et établirent à Pollonarua un vice-roi malabar.

La fortune de la monarchie cinghalaise était au plus bas, mais devait se relever encore pour la dernière fois. La famille royale s'était réfugiée à Rohuna, dans le sud de Pile, et un prince du nom de WijeyoBahu y fut couronné roi de Ceylan en 107 L Avec une énergie martiale, il réunit des

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troupes^ marche contre PoUonarua, défait les

Malabars et emporte la ville d'assaut. 11 travaille

à embellir la capitale^ à réformer le clergé, à

rétablir Tordre et la justice, lorsque son œuvre

est interrompue par une nouvelle attaque des

Malabars, qui, victorieux cette fois, reprennent

la ville et rasent le palais. Mais l'intrépide

monarque les assiège derechef, les chasse vers le

littoral, et envahit même le pays de l'ennemi

Uéréditaire. 11 mourut en 1126.

Son pelit-fils Prakrama Bahu, qui fut proclamé roi en 1153, est presque le seul personnage remarquable de l'ère de Pollonarua. La première partie de son règne est marquée par une série de luttes avec les ennemis du dedans, luttes dont il sort triomphant. Ayant conquis la souveraineté, il retourne dans sa capitale, où il se voue aux arts de la paix, à la restauration de la religion, au développement de l'architecture. Comme les prêtres de rang élevé ont presque entièrement disparu de l'ile, il en fait venir du Siam ; il réunit un concile pour fixer les questions religieuses controversées; il resiaure les édifices sacrés

d'Anuràdhapura et construit d'innombrables a wiharas » , des salles de prêche, des temples creusés dans le roc; le plus remarquable de ces temples, le Galwibara, subsiste encore à Pollonarua à peu près dans son état primitif, tel qu'il est décrit dans le Mahawanso. Il fortifie les côtes, élève un mur autour de la capitale, dont TenceinJe couvre un espace de 12 milles de large sur 30 de long, établit aux quatre portes des aumôneries pour les pauvres, édifie un palais de 4,000 appartements, construit 1,470 nouveaux étangs et en répare un grand nombre d'anciens. Une rébellion l'appelle de nouveau sur le champ de bataille, et il célèbre sa victoire finale par une magnifique procession semblable aux triomphes romains. Le ciel même sourit à ses succès : un violent orage éclate au milieu de la cérémonie, mais les torrents d'eau qui inondent toute la contrée environnante épargnent comme par miracle le lieu où s'avance la procession. Il tourne ensuite ses armes contre les rois du Cambodge et de l'Arramana, qui avaient pillé ses marchands et insulté ses ambassadeurs. Dans une bataille rangée, son

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général tue le roi du Cambodge, s'empare de sa capitale, et soumet la contrée à son royal maître. Une autre expédition est envoyée ensuite contre les monarques alliés de Soli et de Pandi, dont le quartier général se trouve à Madura, dans le sud de l'Inde. Le succès favorise encore une fois les armes cinghalaises; l'ennemi, en dépit du nombre, est repoussé dans sept grandes batailles ; Rameswaram et les six districts voisins tombent entre les mains du vainqueur, et Pandi paye tribut à PoUonarua.

Le récit des exploits du dernier grand prince d'une race affaiblie nous donne l'idée de la prospérité et de la densité de la population d'une contrée qui n'est plus aujourd'hui qu'un désert de jungles stériles habité par des villageois minés par les fièvres. Prakramabahu mourut en 1186, dans la trente- troisième année de son règne. Il reste de lui une statue taillée dans un rocher isolé à environ une demi-lieue au sud de la ville à laquelle il donna tant d'éclat. Le roi a le dos tourne à la ville, et tient, ouvert dans la main, le u livre de la loi » , comme pour laisser entendre qu'il

t88 Vfi SÉJOUR DANS L'ILE DE GEYLAN

y a plas de consolations à puiser dans les méditations religieuses que dans la construction de tant de monuments.

La puissance et le prestige de la monarchie cinghalaise finissent avec le règne de ce grand monarque. Le roi Kirti Wissanga^ qui monta sur le trône en 1142, dut son renom à Pattention quMl donna aux édifices religieux. Il répara et agrandit les temples souterrains de Dambnlla, et fil transporter de Mihintalé à Pollonarua, sur une distance de plus de quatre-vingts milles, l'énorme Galpota ou pierre écrite, longue de huit mètres. Après sa mort, d'épaisses nuées d'envahisseurs se répandirent sur le malheureux royaume. En 1 219, une puissante armée de vingtquatre mille hommes, venue du nord, inonde le pays, décerne la royauté à son chef, torture et mutile les habitants, détruit un grand nombre de monuments bouddhiques, faisant de l'île, suivant l'expression de la chronique, « comme une maison dévastée par les flammes et les voleurs » . Jamais plus ils ne purent être expulsés. En 1240, le siège du gouvernement est transféré

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à DambadoDiya, puis à Yapahu, à Kurunegala^ à Gampola, à Kandy, finalement à Gotta, près de Colombo.

C'est dans le voisinage de cette dernière localité que la nouvelle parvient au roi qu'un navire a jeté l'ancre près de Colombo, contenant une race d'hommes d'une blancheur et d'une beauté remarquables, a portant des bottes etdes chapeaux en fer, mangeant une pierre blanche, buvant du sang, et possédant des fusils qui peuvent briser un château de marbre » • Lorsque les Portugais débarquèrent à Ceylan, au commencement du seizième siècle, la monarchie cinghalaise n'existait plus que de nom.

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