SCÈNE I
BLAVEAU, M** BLAVEAU, GODIVET.
(Au lever du rideau, ces personnage* sont en scène.
Blavcau et sa femme sont assis autour du guéridon : Godivct, debout, sert le déjeuner.)
M™* BLAVEAU.
Qu'as-tu donc, mon cher Anténor? depuis que nous demrurons dans ce vilain quartier, dans cette horrible rue Mouffetard..., tu es triste... morose... tu ne mauves pas... ce matin, surtout, moi qui ai passé plus d'un quart-d'heure à préparer le thé et à te Taire des rOties.
BLAVEAU.
Merci , ma bonne Amélie , merci... que veuxut ! j'ai la mâchoire d'uo lourd élira) ail! . et incapable de fonctionner !
M" BLAVEAU.
Tu parais souflrant! je suis sûre que tu travailles trop... c'est toi qui expédies tontes les affaires, tandis que ton maître-clerc apprend à jouer du cornet à piston, et fait des vers pour la rue des Lombards !
BLAVEAU , vivement.
Est-ce que tu connais mon nouveau maltrcdere?
M"' BLAVEAU.
Et comment veux-tu que je le connaisse? ne sois-je pas séparée de l'étude par quatre étages et une longue cour ? ce qui , du reste , est assez désagréable...
BLAVEAU, très sérieusement.
Apprenez, M** Blaveau, que rappartement d'un huissier doit être un sanctuaire impénétrable à tous les yeux... j’en excepte cependant ceux du jeune Godivet, mon saute ruisseau , (Godivet
salue) ici présent , eu égard à sa moralité , (a part) à son physique, et surtout à son peu de mollets.
GODIVET.
Oh ! patron, la moralité et moi nous ne faisons qu'un... (Prenant la théière.) Voulez-vous que je vous verse ?
BLAVEAU.
Du thé?., non, Godivet, non, mes nerfs ne sont déjà que trop agacés.
xt“* BLAVEAl* , allant à son mari.
Ta tête est hrùlautc, mon ami, et tu dois avoir les pieds froids... Godivet, vite lachancelière à Monsieur...
GODIVET , cherchant.
La chancelière? (a part.) Ab! Je m’en souviens, nous n'avons pas de feu à l’étude , et je l'ai descendue pour la satisfaction personnelle de mes pauvres petits pieds! (Haut.) Voici un coussin , c’esi plus chaud et moins commun.
(11 met un cousrin sous les pieds de Blaveau.) !!“• BLAVEAU , à son mari en lui enfonçant son bonnet grec Jusqu’aux oreilles.
Couvre-toi bien la tête , enveloppe-toi dans ta robe de chambre... je vais envoyer chercher le docteur...
BLAVEAU.
C'est inutile, ma bonne amie, je me sens nn peu mieux... quelques instans de repos me remettront entièrement.
M"* BLAVEAU.
Je te défends de reparaître aujourd'hui à l'étude... on viendra te parler ici... je vais moimôme donner des ordres...
BLAVEAU.
Non, non , je ne le veux pas... songe donc,
UN SERVICE D’AMI
quatre t'tages à descendre , une cour immense à traverser... Godivet nous rendra ce service : il a des jambes taillées pour grimper les escaliers... va, mou garçon, va!