‹ Un siècle de musique françaiseChapitre 10 sur 21 · Fiinf deutsche Volkslieder · texte numérisé non relu

Fiinf deutsche Volkslieder

0. 1. ,,Ade zur guten Nacht.** Volkslied aus der Rheinpfalz. Partitur u. *Stimmen zusammen . . . . — 75

0. 2. O kehre bald zurtick. „Fort zog^ die Liebste.'* Volkslied aus dem goldenen Grund. (Taunus.) Partitur u. *Stimmen zusammen — 75

Verlag von

lESoTo. I^orToergr in. Leipzigr-

a) Leicht und mittelschwer uusfUhrbare»

Pittîg, Cari.

Op. 124. EineKehr, die nîttrihkt. Part. u. *St. zus. 1 - Op. 125. Der Gamsenjager. Mit Jodier. Part. u. *St. zus. 1 -

Reizende gemûthvolle Volkslieder^ tvelche sich bei ihren Erschemen sofort viele Freunde envorhen.

O-raaner, DES.

Op. 112. Spatz und Spâtzin. Humor. Mânnerchor mit

Tenorsolo. Partitur u. Stimmen zusammen 2 -

(4 Chorstimmen apartà25<^, Ténor I Solostimme à 25^).)

Isenmann, CarL

Op. 43. Vier Lieder im Volkston.

No. 1. ,,KeinHerz ist so enge*^ Gediclit vonH.Francke.

Partitur u. * Stimmen zusammen — 1

No. 2. Behut' dich. Gott î „Und muss ich von dir schei-

den.'* Gedicht von E. Veit. Partitur u. *Stimmen zus. . No. 3. 5,Auf dieser Welt hab' icb. kein Freud!"

Altd«utsches Volkslied. Partitur u. *Stimmen zusammen No. 4. ,,Zu Coblenz auf der Brticken. Volkslied vom

Niederrhein. Partitur u. Stimmen zusammen .... Op. QQ. Fiinf MânnerGhôre im Volkston.

No. 1. "Wiederkehr. Gedicht von Osterwald. „Da die

Stunde kam". Partitur u. * Stimmen zusammen . . . No. 2. Waldeinsamkeit. Ged. von Fr. A. Muth. „Wie

still, wie weit." Partitur u. *Stimmen zusammen . . . No. 3. „Die Erde braucht Regen.'* Gedicht von F.

Hesse. Partitur u. * Stimmen zusammen

No. 4. Fruhling. Gedicht von H. Heine. „Leise zleht

durch mein Gemûth." Partitur u. * Stimmen zusammen No. 5. Roth-Rôslein. Gedicht t. Hôpfner. „ïch weiss

im Thaï ein Roslein bliih'n.*' Partitur u. *Stimmen zus. Deutsche Volkslieder: Op. 77. Sechs deutsche Volkslieder. No. 1. Abendlied. ,,Die Vôglein, sie sangen." Volkslied vom. Niederrhein. Partitur u. * Stimmen zusammen

(Sing stimmen zoerden in heliebiger Anzahl auch apart abgegeben, Der F \ einer der 4 Çuartettstimmen ist bei den mit * bemerkten Stimmen à 15 1\ bei den mit ** bezeichneten à 25 Pfg. Abweichungen hiervon sind bei ^ betr. Chôren besonders angegfiben,)

ard peut-être, parce que de notre sujet nous ne )rétendons pas tout étudier en détail; mais il faut lu moins le nommer. On a très bien dit de Grisar ju'il avait le don, si rare en musique, du sourire, ^'auteur du Roi Va dit sourit avec la même malice ; es deux musiciens sont de même race et de même 'amille.

L nous faut analyser une dernière partition, et non l'une des moins glorieuses : Carmen. Molière a raison : la mort rajuste bien des choses. — Mort, le pauvre Bizet laisse au public plus de regrets que vivant il ne lui donnait d'espérances. Je le vois encore, ce public des premiers soirs de Carmen : indifférent, pour ne pas dire hostile; étonné parfois, effarouché même, et criant au scandale quand il aurait dû crier au miracle. C'en était fait, à l'entendre, des traditions musicales et des mœurs littéraires de TOpéra- Comique; on ne verrait plus déjeunes filles dans la salle puisque l'on mettait des fdle sur la scène. — Mon Dieu ! que la Carmencita ne soit pas l'idéal de la jeune fille, on le savait depuis Mérimée; mais, à tout prendre, et pour discuter ce grief d'indécence, le troisième et le quatrième acte

de Rigoletto^ l'acte du jardin de Faiist^ ne seraient pas bons non plus à montrer aux demoiselles. Aussi bien, dans cet ordre de choses, les crudités sont peut-être moins à craindre que certaines douceurs. Que les mères se rassurent : quand leur fille verra Carmen grignoter des dragées, s'asseoir sur une table, jouer des castagnettes avec une assiette en morceaux, et changer d'amoureux deux fois en trois actes, elle n'en sera pas troublée. Elle se demandera simplement, comme l'héroïne d'Arvers :

Quelle est donc cette femme?... et ne comprendra pas

Cet excès de pruderie explique, sans le justifier, l'accueil plus que réservé que reçut à l'origine l'œuvre qu'on fête aujourd'hui. Dédaignée, presque chassée comme un enfant par une mère injuste, elle s'est réfugiée chez nos voisins, chez nos ennemis même. Tous lui ont fait fête, et quand elle nous est revenue « triomphante, adorée », notre tardif hommage ne pouvait plus ajouter à sa gloire. De la froideur, de l'ingratitude, certains musiciens savent rire, comme Rossini; d'autres s'en irritent comme Berlioz ; d'autres en meurent. Bizet pourrait bien être de ceux-ci.

« Il a été parmi les siens, et les siens ne l'ont

oint connu. » Qu'il était nôtre cependant, le auvre jeune maître! Comme il venait à nous vec nos dons heureux : le sentiment scéniue, l'abondance, le naturel, la clarté ! S'il n'y a as de fumée sans feu, il y a souvent en France du îu sans fumée : le génie de Bizet avait la flamme laire. Je ne dis pas gaie, ou toujours gaie. Mais sr^it-ce une raison pour refuser à Tauteur de larmen l'héritage de ses ancêtres, pour l'exclure e la glorieuse lignée des musiciens de l'opéra omique? Ne les avons-nous pas toujours vus, os vieux maîtres, tristes aussi bien que joyeux? Lvec le don du rire n'avaient-ils pas le don es larmes? Le mot de Rabelais n'est pas toute 1 vérité, et, même à l'Opéra-Comique, pleurer st aussi le propre de l'homme. Si Carmen st déplacée à l'Opéra-Comique, ôtez-en donc 'ampa^ dont le dénoûment n'est guère moins ramatique; ôtez-en le Pré-aiix-Clercs^ moins iolent, mais plus touchant peut-être; ôtez-en la )ame blanche^ qui mouille bien des yeux; ôtez-en i moitié du Déserteur et de Richard Cœur-de- /<9w; bannissez l'émotion et la mélancolie. D'ailîurs porterez-vous Carmen à l'Opéra, sans reconaître que tout l'en éloigne, ses proportions et son yle, même quand il s'élève le plus ? Tous les hefs-d'œuvre ne sont pas de la même taille, et

Carmen serait trop au large dans le cadre de Guillaume Tell et des Huguenots. Voyons donc Topera comique de Bizet tel qu'il est : œuvre de demi-caractère et de juste milieu, faite àla mesure et pour la gloire du théâtre où elle est née.

Mérimée n'est décidément pas facile à mettre en scène. Les librettistes du P ré-aux-ClercsV 2iY2i\QX\i déjà compris ; et ceux de Carmen^ bien plus hardis, ont cependant adouci les personnages, atténué certaines situations. Par respect pour les convenances et pour la poétique du théâtre, ils ont créé des figures d'opéra comique : Micaëla, Escamillo, Ils ont supprimé le mari de Carmen, ce hideux Garcia le Borgne, tué par José dans une lutte au couteau plus sauvage encore queleduelde Comminge et de Mergy; la Carmencita de l'opéra comique est demoiselle. Q,uant au dragon José, MM . Meilhac et Halévy Tout fait moins noir que celui de Mérimée, mais plus niais : vrai « canari d'habit et de caractère », qui n'aurait eu, pour se tirer d'affaire, qu'à bien entendre, au lendemain de sa première équipée, cette leçon de Carmen: «Ecoute, Joseito, t'ai-je pas payé? D'après notre loi, je ne te devais rien, puisque tu es un payllo ^ ; mais tu es un joli garçon et tu m'as plu. Nous sommes

1. « Les Bohémiens désignent ainsi tout homme étranger à leur race. » (Mérimée.)

quittes. Bonjour! » Voilà la moralité ou, si l'on veut, rimmoralité de l'histoire.

Malgré ces retouches, la pièce est bien faite : ni les situations ni les tableaux ne lui manquent. En empruntant presque partout le dialogue de Mérimée, les auteurs ont fait preuve de modestie et de goût.

On a très justement comparé Bizet et Regnault. Morts tous deux en plein talent, ils devraient dormir côte à côte, et la Jeunesse^ à leur double tombe, attacherait une seule branche de laurier. Tous deux avaient même fougue, même éclat juvénile, et si la musique de l'un est colorée, la peinture de Tautre est presque sonore. Comme Regnault, Bizet aimait l'Espagne. Il la comprit comme lui, comme Gautier ou Mérimée, c'est-à-dire autrement qu'Auber ou M. Scribe. Il la vit chaude de soleil et un peu rorge de sang. Le court prélude de Carmen résume cette vision d'ensemble. On en a critiqué la violence : musique de foire, ont dit les délicats. Non, mais musique de combat, et de combat sauvage. On n'excite pas les taureaux avec des romances, et l'effet saisissant, presque tout physique d'une corrida^ est bien rendu par l'explosion de cette foudroyante fanfare.) e ne la voudrais en vérité ni moins brutale ni moins voyante. Comme elle sonne! Comme elle est d'aplomb ! Bizet obtient parfois du

rythme seul des effets merveilleux ; il scande et frappe sa période musicale comme une strophe lyrique, témoin cette phrase serrée, que ramène un trille perçant et qui se brise sur un accord sec.

C'est bien un démon que la gitanilla. Elle a tout du diable, même la beauté. La voilà qui vient, avec sa jupe courte et ses bas troués, une fleur sous son bandeau noir, une au coin de ses lèvres rouges. Elle s'avance, effrontée et coquine, « se balançant sur ses hanches comme une pouliche du haras de Cordoue ». Dès les premières mesures, le type musical est fixé. Comme le balancement des hanches est marqué par cette mesure onduleuse, ces ports de voix, ces dégradations chromatiques ! Sauf la dernière mesure du refrain, toute la habanera n'est qu'un frisson voluptueux, une caresse féline. Les yeux à demi clos, tournant mollement sur sa taille flexible, la provocante bohémienne laisse chanter ses compagnes et pose seulement au-dessus du chœur des notes languissantes ; mais tout à coup elle reprend ellemême le couplet et le lance comme un coup de griffe. Les Italiens appelent Carmen un opéra verista^ réaliste. En vérité, je connais peu de musique aussi franchement caressante, aussi ouvertement câline, que cette enjôleuse chanson ; tout y est rendu : l'intention, et presque le fait. Je ne sache

ruère que le duo àe Faust où certain ordre de sen- ;ations soit rendu avec cette vérité : « Vous y croye:^ kre vous-même. »

Le chromatique, comme l'appelait Molière, est lécidément le mode voluptueux : le procédé et 'effet de la habanera se retrouvent à la fm du prenier acte, à la dernière reprise de la séguedille. Jne perle encore, cette chanson moqueuse, deux ois interrompue parles récits passionnés de José, ;lissant à travers les modulations serrées et s'en légageant toujours; tantôt ralentie, tantôt préci- )itée, et, quand on ne l'attendait plus, reparaissant riomphante, pour s'achever dans un éclat de rire.

Ily a dans Carmen^^i dèsl'ouverture on l'entend, me phrase singulière : elle reparaît sans cesse au ours de la partition, dont elle est comme l'essence t l'âme. Tous ceux qui sont familiers avec l'œuvre onnaissent ces quelques notes étranges, qui tou- )urs annoncent Carmen ou la suivent ; mélodie bstinée et fatale qui prend tous les mouvements t toutes les expressions, tour à tour plaintive ou lilleuse, âpre comme un sanglot, ou sifflante omme un coup de fouet. Son efl'et strident est dû

la succession de deux quartes conjointes, dont hacune a pour type la première quarte descenante de notre gamme chroma cique mineure : 'est le ;;/6>^^^5è^/;^ des Arabes, ou mode du diable.

Cependant il ne s'agit ici que de la gamme à sept notes : en réalité le mode asheïn comporte huit notes, soit Toctave de la tonique, et les deux quartes successives, toujours empruntées à la gamme descendante mineure, sont disjointes.

Ce mode est appelé mode du diable, et voici pourquoi : lorsque le démon eut été précipité du ciel, son premier soin fut de tenter l'homme. Pour y réussir, il recourut à la musique et à la révélation des chants célestes, privilège des phalanges divines. Mais Dieu, qui voulait le punir, lui retira la mémoire, et le démon désormais ne sut enseigner aux hommes que ce seul m ode, dont l'effet est si extraordinaire.

Telle est la légende arabe, en faveur de laquelle on excusera, nous l'espérons, l'aridité de ces explications techniques ^.

Habaneras, séguedilles, rythmes populaires et danses nationales, c'est quelque chose sans doute ; mais ce ne serait pas assez, et Carmen est mieux qu'un recueil de mélodies espagnoles. Bizet a fait quelques emprunts à la musique du pays^ assez

1. Ces détails sont tradviits d'un article publié par M. Galli dans un journal italien : // Tcatro illustrato (mars 1884), et intitulé Del Melodramma attraverso la storia, e delV opéra verista di Biiet,

our brosser le décor de son œuvre, mais voilà )ut. Derrière la couleur locale, il a trouvé la ncire humaine et ses passions : chez don José, l'alour, la jalousie ; chez Carmen, le caprice sensuel, i haine de toute contrainte, l'impudence et l'imudeur, et malgré tout, devant la mort, un mépris, ae grandeur sauvage, qui justifient le dernier hélistiche de l'épigraphe donnée par Mérimée à sa ouvelle :

YiaaoL yuv?] y^oXoç Igtiv* êyzi ô'àyaGàç ôùo copa^ T/jv [fla-j év 6aXà[JLCp, tyjv pav h GavocTco.

L'avant-dernier hémistiche se justifie également : DUS nous en sommes expliqué à propos de la abanera.

L'amour a toujours dans Carinen quelque chose un peu libre et presque libertin. Avec le grand Lio du second acte, nous voilà loin des duos accouunés, des chastes entretiens et des extases psy chines; il n'y a là qu'une donzelle dansant devant un ragon : le tête-à-tête était scabreux. Sans rien icher cependant, la musique n'a riensouhgné, elle est gardée de la pruderie et du cynisme. Certes ous ne sommes pas à ces hauteurs de sentiment à nous portent seulement les génies sublimes, izetn'y atteint pas ici, et n'y aspirait point. Mais

nous ne descendons pas non plus à la vulgarité dej amours grossières. Carmen commence à peine s^ danse, que les clairons sonnent au loin. Si l'or craignait une scène équivoque, qu'on se rassure l'intérêt se relève et s'ennoblit. Le chant de Carmer et l'appel des clairons se combinent avec aisance Marquant le pas du talon et des castagnettes, h bohémienne veut soumettre au rythme de sa dans( cet orchestre inespéré; mais la retraite sonne plu* haut, et José, qui l'entend, parle de partir. Alon Carmen s'emporte; elle étouflfe de ses insulte* une plainte éloquente du jeune homme, un cri d( douleur et d'amour outragé ; puis haletante elh s'arrête. Alors un admirable catitabile se dessine très humble au début, soutenu par une basse veloutée qui chante aussi. José n'a encore rien obteni de Carmen; pour une fleur qu'elle lui avait jetée il Ta laissée fuir, il s'est laissé lui-même emprisonner. Mais, sous sa veste d'uniforme, la petite fleur sent toujours bon. Elle l'a pénétré tout entiei de ses effluves maudits, et, quand il la retire de s^ poitrine, on dirait que l'air s'emplit de parfums. Les yeux de José se troublent et son sang s'allume L'orchestre frémit et bouillonne, le chant éperdi se poursuit avec des sursauts, des secousses de passion. On le croit achevé, et voilà qu'il se relèv( pour s'épanouir encore plus large. Les violoncelle

émissent à se briser ; ils soulèvent avec angoisse harmonie serrée qui les oppresse, et lorsque José )mbe à genoux, quelques notes moelleuses de cor [iglais achèvent dans un soupir cette ardente suplication d'amour.

Carmen l'écoute à peine. Dans le malheureux u'elle affole, elle ne voit qu'une recrue pour ses ^mpagnons de bohème. Soudain son œil s'éclaire t sa voix s'adoucit. 11 faut que José la suive là-bas^ i-bas sur la montagne^ et, d'un nouvel essor, le lerveilleux duo reprend son vol. On ferait des péras entiers avec cette partition de Carmen, Les lées y éclosent comme des fleurs dans un gazon 'avril. Quelle abondance et quelle variété ! Quelle ocilitédel'inspirationaux situations changeantes! ul ne résisterait à cette phrase insidieuse, tour à )ur alanguie par les voluptés enfin promises, et •émissante d'un souffle de liberté sur la montagne, ulle exagération, nul tapage : sauf un élan deboémienne vers la vie aventureuse et vagabonde, tout ela se murmure à voix basse. La sollicitation obsnée de Carmen monte, monte toujours. Les refus e José, qui coupent si heureusement la phrase mé- )dique, ne la retiennent bientôt plus. Vainement îs violons se débattent sous la sourdine. L'œuvre e séduction est consommée, et toutes les voix qui arlent aux heures d'épreuve et de combat se sont

tues, comme à l'ordinaire, devant une petite voix de femme.

Tqv [JLLav £v 9aXà[jicp... — Deux actes d'amour, deux actes de mort, voilà presque toute la partition. La mort ! Carmen la lit dans les cartes. Deux bohémiennes jouent auprès d'elle, et s'enchantent des promesses du hasard. Leur refrain s'enlève avec désinvolture, avec cette grâce de Bizet toujours facile et jamais négligée, avec cette perfection de style qui, même en musique, fait les écrivains sans reproche. Carmen, à son tour, prend les cartes ; toutes la menacent. Cette page est chargée de tristesse et de colère. Malgré son audace, la gitana se trouble : une vague terreur passe sur sa rêverie Va-t-elle enfin s'amollir une fois, et pleurer au moim sur elle-même? Non : une larme brille dans sei yeux, mais n'en tombe pas. Elle reste sans remords, presque sans regrets. Plus sa main nerveuse amèn( des présages de mort et de sang, plus elle s'irrit( et se révolte. Sa plainte devient rauque et sifflante, elle insiste avec violence; elle appuie sur les sons comme pour les écraser, et de note en note s^ voix descend à des profondeurs funèbres.

Sainte-Beuveappelait Alfred de Musset un poèt( des choses du sang et de la vie. Bizet était un mu sicien de même race, et le quatrième acte de Car 7neit promettait à la musique de théâtre un maîtr<

de génie. J'aime les œuvres dont la dernière impression reste la plus puissante, les œuvres à fin glorieuse comme une apothéose ; Robert^ V Africaine ^ Sapho^ Carmen,

Mérimée a traité le dénoûment avec plus de sobriété que Bizet, mais avec plus d'horreur et de dureté. Le José de la nouvelle emporte sa maîtresse en croupe dans un ravin perdu. Tous deuxmettent pied à terre, résolus tous deux, l'un à tuer, l'autre à mourir. Une dernière fois, José adjure Carmen de revenir à lui; elle refuse. Alors, lui laissant quelques minutes de réflexion, il va prier un ermite voisin de dire la messe pour une âme qui va paraître devant Dieu. Lui-même s'agenouille en dehors de la chapelle. Puis, il revient auprès de Carmen et la poignarde. Tout s'est fait sans témoins, presque sans bruit, et Carmen en tombant n'a pas même crié.

L'eff'et est tout différent au théâtre. Bizet a voulu

pour sa Carmen la mort au grand soleil, en pleine

fête presque en plein triomphe. C'est une radieuse

apparition que celle de l'insolente créature au bras

de son torero. Elle est saluée par les cris de la

foule, par un chœur général qui redouble encore

la crudité de la fameuse fanfare. Q,ue voulez-vous?

Il fallait bien ici peindre à grands coups de brosse,

obtenir une intensité, et comme une outrance de

sonorité égale à l'outrance lumineuse de pareilles journées. Chaque reprise du chœur tombe d'aplomb comme le soleil de midi; des traits suraigus de violons pétillent comme des flammes, et l'unisson final ébranlerait les murs d'un amphithéâtre.

Toute la ville entre dans le cirque : en quelques mesures singulièrement expressives et tremblantes d'inquiétude, les comp gnes de Carmen l'avertissent que José n'est pas loin. Elle-même, à travers la dentelle de son éventail, l'aperçoit et reste pour l'attendre. Ce dernier duo, ce duel, est une des plus belles pages du théâtre lyrique contemporain. Dès les premiers récits, on sent la douleur chez José, chez Carmen l'impatience. Ce n'est d'abord qu'un dialogue rapide, sec comme un premier frôlement d'épées. Mais voici que la lutte s'engage. Notons chez Bizet, dans ce début, une tendresse, unepitié que ne connaît pas Mérimée. Le premier chant de José est moins une menace qu'une suprême prière; par deux fois, l'infortuné adjure Carmen de l'aimer encore. Sa voix finit par se traîner sur des notes déchirantes, sur une phrase haletante, éperdue. Le voilà, le musicien des choses du sang et de la vie! Les maîtres sont rares aujourd'hui, à qui se sont révélées ainsi les douloureuses harmonies de la soufî'rance. Merveilleuse puissance du

;énie! Il n'y a là qu'un homme qui pleure, et, ie la poitrine de ce misérable, à genoux devant ette fille pour la prier d'amour, une plainte monte i poignante, qu'elle semble le cri de toute une [umanité.

Carmen reste inflexible, et, pour la fléchir, la lusique trouve toujours de nouveaux sanglots. )es triolets hachés précipitent le mouvement, le ang bat plus vite aux tempes de José. Maintenant 1 voix tonne au-dessus de l'orchestre. Brusquelent, la fanfare éclate dans l'arène : Carmen s'émce. Mais José, hors de lui, bondit avant elle sur îs degrés du cirque. Exaspéré par ces cris de •iomphe, par cette odeur de sang et cette musique e mort, il lève le couteau. Vous vous rappelez L phrase qui naguère, sur la petite place, un jour 'été, annonçait l'entrée delà joyeuse fille. Elle reient encore, mais sinistre, mais vengeresse, haiiant trois fois la furieuse imprécation de José, rois fois elle s'abat sur Carmen, impitoyable Dmme les rapides et claires visions des minutes jprêmes; et, quand tout est fini, quand le meurier s'est agenouillé près de la morte, c'est par la hrase implacable que semble s'exhaler cette âme idomptée.

Voilà l'œuvre dans sa force ; s'il falhiit la regarer dans sa grâce, nous ne finirions pas. Nous

trouverions dans Carmen de petits tableaux de genre, lumineux comme des aquarelles, précis comme des gravures : le choeur des gamins et la querelle des cigarières au premier acte ; au second, la vertigineuse chanson dansée des bohémiennes. Les entr'actes, surtout le premier, Tétincelant quintette du second acte, tous les chœurs du troisième, sont des accessoires délicieux, des pages pleines de nouveautés heureuses, de trouvailles harmoniques et instrumentales. Une orchestration pittoresque, originale sans bizarrerie et simple sans indigence, mille détails de facture musicale ou de sentiment scénique trahissent une science consommée, mais toujours modeste, sans ostentation ni pédanterie.

Malgré son dénoûment tragique, l'œuvre dans son ensemble garde bien le ton et le style de Topera comique; de Topera comique moderne, docile à Tesprit, aux procédés de la musique contemporaine, mais différant néanmoins du grand drame lyrique, comme la Micaëla de Carmen diffère, tout en lui ressemblant, de Théroïne de Robert le Diable. Etudiez Tune et l'autre figure, écoutez Micaëla, puis Alice, le charmant duo du premier acte de Carmen^ puis l'auguste récit du premier acte de Robert : O mon prince I Ô mon 7naître !Uune des deux messagères vous apparaîtra

:omme une fille gracieuse et douce ; l'autre, comme une vierge inspirée et libératrice.

Voilà comment Carmen demeure pour nous un opéra comique. C'est, depuis le Faust et \q Roméo de M. Gounod, le dernier chef-d'œuvre de notre école française, et d'un genre qui, nous l'espérons, ae périra pas. Les faveurs de la Providence sont, comme ses rigueurs, soudaines. Puisse-t-elle nous rendre bientôt un maître à la place de celui qu'elle nous a enlevé !

Les

Poésies de Henri Heine

Les

Poésies de Henri Heine

ES Lieder de Heine sont moins fimiliers à notre pays que le reste de son oeuvre. En vain, du vivant et sous la direction de 'auteur, des écrivains distingués, tels que Gérard le Nerval, donnèrent aux lecteurs de la Revue des Oeux-Mondes des traductions fragmentaires du 3ueli der Lieder, En vain Heine lui-même publia a plupart de ses recueils dans notre langue, qu'il .ppelait la langue maternelle du bon sens et de 'intelligibilité universelle. Ce qu'on a lu, ce qu'on it surtout en France, ce sont les Relsebilder, c'est '.iiteee^ c'est la Fraiiee: on connaît moins VIuenne{{0 ou la Mer du Nord.^otve'âdmh'inioa qui

se prodigue au prosateur se marchande au poète. Singulière injustice, qu'expliqueraient peut-être ces quelques lignes trop modestement placées par Henri Heine en tête desonlivre(préface de 1837) : «Je demande humblement l'indulgence du public en luidonmntle Livre des chants. Puisse la faiblesse de ces poésies être rachetée par mes écrits politiques, théologiques et philosophiques ! »

D'où venaient au poète cette timidité et ce dédain de sa poésie? Pourquoi parler si bas de sa muse? Avait-il donc oublié les transports où le jet a son premier baiser? Qu'il la remercie plutôt, la muse allemande, car il lui doit sa première et peut-être sa meilleure gloire. Il l'a souvent délaissée, souvent méconnue, mais il n'a pu rebuter son amour. Surtout dans les mauvais jours elle lui est demeurée fidèle. Elle a consolé ses peines, suivi son exil et relevé ses défaillances. Jamais elle ne Ta trahi, même dans la pauvreté, la muse allemande, « la bonne fille »; c'est elle qui lui a mis au front le premier rayon, et qui garde éternellement vert le laurier de son tombeau.

Heine fut poète d'abord, et son génie précoce se révéla sur la lyre d'or qu'il devait plus tard, comme l'Apollon qu'il invoque, quitter pour l'arc nerveux et les flèches mortelles. Toute l'Allemagne s'émut aux premiers accents de cette voix. Elle

sentit que le feu divin avait touché ces jeunes lèvres. Elle ne prévoyait pas que Tironie et la haine les flétriraient si vite, et que de cette bouche harmonieuse s'échapperaient un jour les railleries et les blasphèmes.

Il faut se hâter de le dire, pour l'honneur, ou du moins pour l'excuse de sa mémoire; il faut le dire, car on l'ignore trop en France, Henri Heine, le grand rieur, a commencé par les larmes, et par des larmes si abondantes, que souvent son sourire en est resté trempé. Derrière sa raillerie la plus âpre on retrouve encore l'écho de l'ancienne souffrance, et la douleur mord le poète aucœur, comme la bête captive mordait l'enfant de Sparte, sous les plis de son manteau. Cette douleur, profondément ressentie et sincèrement exprimée, suffit à sauver au moins la jeunesse de Heine des reproches de sécheresse et d'insensibilité que mérite trop le reste de sa vie

Un de nos poètes a dit :

Malheur aux insensés qui rient !

Oui, malheur à l'insensé qui rit de la croyance et de la passion! Malheur à vous qui riez des autres et de vous-mêmes, des souvenirs du passé, des espérances ou des craintes de l'avenir! Malheur à

VOUS qui dans vos yeux secs n'avez jamais trouvé une larme pour la pitié, l'enthousiasme ou l'indignation! Malheur à vous qui ne pleurez pas, car toutes les grandes âmes ont connu les pleurs, et Dieu même les a bénies : « Bienheureux ceux qui pleurent», a dit Jésus. Il a pleuré lui-même sous les oliviers de Gethsémani, et, depuis, les larmes sont saintes.

Il y a des siècles dont l'histoire n'est qu'une longue plainte, et Dante, le grand affligé, nommait amèrement notre terre : icrrala^rimosa, La tache qui restera sur quelques hommes, même parmi les plus grands, c'est de n'avoir su que rire; l'honneur, ou du moins l'absolution de quelques autres : « C'est d'avoir quelquefois pleuré. »

Heine, nous l'avons dit, eut ce douloureux honneur. Sa tête plia d'abord sous le souffle de tristesse qui passa sur les premières années de notre siècle, et courba tant de nobles fronts. Chateaubriand, Byron, Leopardi, Alfred de Musset, pour ne parler que des poètes ! Que de noms glorieux et mélancoliques, consacrés par le génie et par la soufl*rance ! Les fils de cette époque troublée furent la proie d'un vague malaise et d'une étrange détresse. Alors, comme l'a dit l'un d'eux, sur un monde en ruines s'asseyait une jeunesse soucieuse qui payait de son découragement

et de ses larmes l'insouciante folie des générations passées. Gœthe et Byron dévoilaient à l'humanité la profondeur de sa souffrance, et « rassemblaient à plaisir tous les éléments d'angoisse et de douleur répandus dans l'univers ». Ils détachaient les peuples de toute croyance, et leurs amères leçons faisaient entrer le doute et la désespérance au cœur des hommes nouveaux.

Henri Heine fut parmi les plus incrédules et les plus désolés de ces hommes.

« Chez lui, écrit Edgar Quinet, tout se convertit en un fiel de colère et de haine. Nés dans des climats différents, ses chants n'en gardent point le caractère. Il y a de ces poèmes éclos dans la pure Toscane, sous le ciel de Lucques, qui n'ont rien gardé de l'odeur des orangers ni des myrtes, et ne sentent que l'absinthe. On dirait que le poison voluptueux des Maremmes s'est insinué dans ces vers, de sorte qu'en fermant ce livre, si frivole en apparence, toute la nature semble vide, le ciel désert, et tous les fruits du grand arbre de vie ont été souillés l'un après l'autre d\m noir aiguillon : le ver les ronge. »

La critique est plus que sévère : injuste. Nous ne nions pas que dans son ensemble, dans son esprit général, l'œuvre de Heine encoure de tels reproches. Le souffle de cette bouche, devait

troubler plus d'une source pure, flétrir plus d'une noble fleur. Mais, comme il le dit lui-même quelque part, Heine est un sphinx étrange : avec les grifles d'un lion, il a le cœur d'une femme. S'il eut trop souvent des audaces impies, des hardiesses sacrilèges, quelle douceur parfois, et quelles caresses ! L'homme désabusé fut d'abord un enfant crédule dont le cœur, avant de s'éteindre, avait brûlé de flammes saintes. Il n'abandonna ses dieux que parce que ceux-ci le trahirent, et s'il a beaucoup haï, c'est qu'il avait beaucoup aimé. Ses poésies en témoignent; elles sont pleines de son amour et de sa souffrance.

Plus d'une nous a rappelé les vers douloureux de la Nuit d'octobre^ plus d'une dénonce et maudit une femme, Loreley, la vierge perflde, assise, au soleil couchant sur un rocher qui domine le Rhin. Elle peigne sa chevelure d'or avec un peigne d'or et chante une étrange chanson. Le batelier que descend le fleuve écoute la voix enchanteresse; il oublie les écueils, et s'y brise. « Et voilà ce que Loreley a fait avec son chant. »

Nous avons rappelé Musset, parce que, de touSj nos poètes, lui seul peut donner quelque idée de Henri Heine. Heine aimait une insensible; Musset une mfldèle. i

Tout le monde connaît l'ardente et brune Lélia,

cette « belle amazone littéraire » dont Heine luimême a fait quelque part le portrait. La moitié de notre siècle est remplie de sa gloire ; sa liaison et sa rupture avec Musset ont soulevé de retentissantes querelles. La passion de Henri Heine fut moins bruyante. Elle fut aussi plus chaste : et, quand la jeune fille choisit un autre fiancé, le pauvre poète, en perdant Tespérance, ne put même garder la consolation du souvenir. Son amour, plus sentimental que sensuel, vivait d'une fleur séchée, d'un ruban décoloré, d'une boucle de cheveux. L'âme allemande offre des contrastes étranges. Ce peuple, parfois brutal et dur, cache au fond de son cœur une exquise poésie. Grossier et délicat, il boit dans les tavernes et chante des romances ; il aime la guerre et la rêverie sous les tilleuls.

C'est ainsi que Heine, à la crudité de sa race, unit une grâce charmante. Nul souffle n'exhale plus purs les parfums d'Allemagne ; ses Licdcr embaument comme des violettes de Souabe.

On pourrait donner pour épigraphe au Livre des chants les vers qui commencent VI}ifenue{io. « Dans ce livre j'ai mis mon tourment et ma peine. O vous qui l'ouvrez, vous ouvrez mon cœur. » Oui, c'est bien le cœur du poète que renferme ce livre mélancolique, comme le vase funèbre ren fer-

mait le cœur des anciens héros. Un sentiment intime, délicat, inspire ces chants. Pas de cris, pas d'exagération ni de violence. Le poète nous fait à voix basse sa douloureuse confidence. D'une main tremblante il découvre sa blessure, et ses plaintives chansons coulent Tune après l'autre comme des larmes ou des gouttes de sang.

Dès la première page du Livre des chants appa- Jj raît cette gracieuse image :

« Voici la forêt des vieilles légendes, em^baumée du parfum des tilleuls. La merveilleuse clarté de la lune enchante mon cœur.

» Je marchais, et, tout en marchant, j'entendis chanter sur ma tête. C'est le rossignol ; il chante l'amour et le mal d'amour. »

Tel est bien en effet le Biich der Lieder, Comme la forêt des vieux contes, il est plein de senteurs et de rayons. Une voix mélodieuse n'y chante que l'amour et la peine d'amour. N'est-ce pas là; d'ailleurs l'éternelle chanson, et, depuis Orphée, quel poète a cessé de répéter : Eurydice ! Eury-, dice !

On a dit de Henri Heine que c'était un Grec : au fond, rien n'est plus faux. Si, par la correction, par la pureté de la forme, il se rapproche des'j anciens, il s'en éloigne par le caractère essentiellement moderne de son inspiration. Plus qu'aucun

autre, il a la délicatesse raffinée, la sensibilité neri^euse de l'âme contemporaine. Le dernier des Srecs fut André Chénier. Ce qu'il avait ïà^ c'était a dernière flamme du génie antique. Le charmant snfant de Byzance avait retrouvé la voix de Théo- :rite et de Méléagre dans l'écho des vagues d'Iolie. UOarystis^ la Lampe et tant d'autres ravissantes idylles, ont la beauté un peu inquiétante ies marbres de Praxitèle ou des fresques de Pompéi. Cette poésie, d'une sensualité exquise, d'une grâce voluptueuse et délicate, nous reporte aux siècles païens, aux jours éclatants où, sous le ciel de la Grèce, les déesses ouvraient leurs bras blancs aux mortels ; où sur les bancs de mousse, à l'ombre des grottes fraîches, les nymphes s'abandonnaient librement aux jeunes hommes. Ils sont passés, ces jours de faciles plaisirs. Nos passions modernes se sont spiritualisées, nos sentiments se sont compliqués. L'amour aujourd'hui s'empare de tout notre être. Il nous prend corps et âme, et Heine lui-même, dans un de ces chants, prononce la déchéance de la Vénus antique.

i « Je te reconnais aussi, dit-il, Aphrodite, autrefois aux cheveux d'or, maintenant à la chevelure îd'argent. Tu es encore parée de ta fameuse cein- ;ure de séduction ; cependant ta beauté me cause une certaine terreur, et si, comme d'autres héros.

je devais posséder ton beau corps, je mourrais d'angoisse, Vénus Libitina ! »

Dans l'amour tel que nous le comprenons, tout est changé, la joie et la souffrance ; les plaisirs sont plus délicats et les douleurs plus profondes. Ce caprice éphémère, ce jeu charmant des jeunes années est devenu la passion redoutable, qui arrachait déjà ce cri à Dante : Ecce deiis fort i or me ! Voici un Dieu qui me domptera !

11 a dompté, ce dieu, l'âme de Heine, cette âme de colère et de mépris, rebelle à l'émotion, inaccessible à l'enthousiasme. Ses compatriotes, ses contemporains, l'art, la religion, tout a été honni, bafoué par ce persifleur sans respect ; mais de son amour blessé il n'a pas ri. Sur les ruines de cet autel, le seul que ses mains hardies n'aient pas ébranlé, il a pleuré toute sa vie, et la secousse dut jl être terrible pour faire jaillir les larmes d'un aussi dur rocher.

Le coup qui frappa le poète a dans son livre unj long retentissement. La préface nous avertit déjà qu'une même idée inspire tous ses chants :

«Je dois faire remarquer, dit-il, que mes œuvres poétiques, comme toutes les autres, sont le fruit d'une seule pensée, et qu'on ne peut condamner^je les unes sans refuser toute bienveillance aux autres. Je me permets encore un avertissement : si Ton 2

a que ma pensée avait subi dans mon âme une érieuse transformation, c'est là une opinion eronée que je regrette, que je dédaigne. Certains sprits bornés seulement ont pu prendre l'adoucisement de ma voix ou mon silence forcé pour ne abdication de moi-même. Tout au plus pourait-on m'accuser d'un peu de fatigue, mais j'ai ien le droit d'être las !... »

Heine a raison, au moins en ce qui concerne le ^uch der Licder. Ce livre est né tout entier de la lême pensée, ou plutôt de la même douleur. Seu- ^ment peu à peu cette douleur s'émousse et la oix s'adoucit. Les sanglots s'éteignent en soupirs, t le désespoir des premiers jours finit par ne plus îter qu'une ombre de tristesse et comme un reflet e mélancolie.

Les premiers chants des Jtiiigc Lciden (Jeunes oufïrances) sont des hallucinations fantastiques. )e funèbres visions hantent l'esprit troublé du oète, la fièvre brûle son sang. Si le soir il passe ar le cimetière, il voit les morts se lever en foule t danser autour de lui jusqu'au matin; la nuit il ntend clouer les planches de son cercueil. Ses îves sont d'effroyables cauchemars. On en peut iger par les deux pièces qui suivent :

Page 1