‹ Un siècle de musique françaiseChapitre 9 sur 21 · I06 UN SIÈCLE · texte numérisé non relu

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veillés font chorus. L'ivresse les gagne tous, l'ivresse de la science et de ses secrets conquis. Plus de médecin malgré lui : entraîné par sa découverte, par son succès, Sganarelle même finit par se croire et se vouloir médecin tout de bon. Il Test de toute son âme, et se proclame tel de toute sa voix. Le mouvement se précipite, les triolets sifflent et le presto vertigineux achève cet ensemble dans un éclat de rire rossinien.

On a dit que M. Gounod était un musicien littéraire. Le mot est juste et n'a rien que de flatteur. Dans une page comme ce sextuor, il y a plus que de la musique pure : il y a Tintelligence parfaite et comme philosophique de l'idée, l'expression renforcée par la musique, non-seulement d'une situation comique, mais d'un caractère moral, de ce que Tart purement littéraire de la comédie cache de plus difficile à rendre.

Mireille^ le tendre poème de Mistral, devait séduire le plus tendre de nos musiciens, mais, par une singulière disgrâce, ne l'inspirer qu'à demi. La partition de M. Gounod, qui renferme plus d'une page excellente, n'est pas le chef-d'œuvre qu'on pouvait espérer ; et qui relit tour à tour le compositeur et le poète s'étonne de ne pas plus trouver leurs deux âmes sœurs. Sans doute, le premier acte de Mireille est fort agréable : le

:hœur des magnanarelles est gai ; si la valse est ane concession regrettable au goût du public ou des cantatrices pour les vocalises, le duo de Mireille et de Vincent est caressant et s'achève poétiquement ^ur une reprise lointaine du chœur. Mais noussommes loin du second chant du poème provençal, la Cueillette^ que ce duo résume un peu trop brièvement, Mireille et Vincent sont assis >ur les branches d'un mûrier qu'ils dépouillent. Partout chantent les magnanarelles, et les deux enfants devisent en travaillant : « Elle n'est pas .aide non plus, ma sœur, ni endormie, dit Vin- :ent ; mais vous, combien êtes-vous plus belle ! ■— Là, Mireille, à moitié cueillie, laissant aller sa Dranche : — Oh! dit-elle, ce Vincent ! « Chantez, chantez, magnanarelles ! . . . .

Comme une libellule de ruisseau^ ma sœur est encore grêle ; pauvrette ! elle a fait dans un an :oute sa croissance... Mais, de l'épaule à la hanche, tirons, ô Mireille, il ne vous manque rien ! — Laissant de nouveau échapper la branche, Mireille, :oute rougissante, dit : — Oh ! ce Vincent !..

» En dépouillant vos rameaux, chantez, chantez, [nagnanarelles... »

Le voilà, le duo, mais autrement savoureux et presque aussi harmonieux en poésie qu'en musique.

Cette musique est pourtant élégante, le contour mélodique en est distingué. Ce qui lui manque ici, c'est le caractère et comme le parfum. La poésie de Mistral, au contraire, est si odorante, la couleurj locale y rehausse si bien l'humilité du sujet etdonm tantde relief au récit de ces naïves amours! Chaque! épisode est comme une aquarelle éclatante et douce; la musique est venue et tout semble pâli.| Le grand air de Mireille est un peu froid d'abord, puis un peu vulgaire. Vulgaire aussi, le duo final et la scène des Saintes Maries. Par quoi donc vautj l'œuvre? Par trois ou quatre pages, qui font, sur l'ensemble un peu terne, comme des taches de lumière. Le duo de Magali^ devenu fameux, méri-| tait de le devenir. M. Gounod n'a rien écrit de plus achevé ni de plus personnel; voilà bien lej sentiment et le style qu'il a créés. Autant qu'une' églogue de Virgile, les Muses auraient aimé cettej chanson dialoguée de printemps et d'amour Amant alterna Camœnœ.

Pourquoi supprimer, à la représentation de MiA veille^ deux scènes qui sont belles : le Val d'enfer et le Rhône ? Ce n'est pas alléger, c'est mutile] l'œuvre, dont ces prétendues longueurs pourraieni bien être les vraies beautés. On entendrait avec! plaisir le prélude du Val d'en/er, écrit dans le style aérien et légèrement fantastique du Songe-]

Vune nuit d'été. Le duo qui suit, entre Ourrias et ;on rival, contient la plus belle phrase peut-être le la partition, un cri de détresse jeté deux fois Dar Vincent à travers la nuit. Enfin, la scène du naufrage est dramatique, surtout dans sa seconde partie. Sous la barque qui porte le meurtrier, le Rhône grossit peu à peu : par milliers montent à la lueur des étoiles les morts qui peuplent Teau profonde. M. Gounod a rendu tout cela avep puissance : un mouvement très lent, des crescendos brusquement réprimés comme de grands ioupirs, des chœurs à l'unisson, soutenus etgraves. Le fleuve s'anime tout entier : des sables de son it aux remous scintillants de sa surface, il s'emplit ie rumeurs. Sous les flots clairs passent en chan- :ant de blanches formes de femmes : jeunes filles lélaissées, pâles fiancées du Rhône, qui garde eurs amours trahies. Est-ce leur plainte qu'on intend ou celle du vent dans les roseaux, du :ourant contre les rives? La musique ici mêle la ^oix des morts à ces voix de la terre, des eaux^ [ui sont les voix de la vie universelle; elle ledou- )le l'effroi des mystères surnaturels par Tefiroi des nystères nocturnes de la nature.

La nature! Même à l'Opéra-Comique, les maires savent la rendre. M. Gounod excelle à faire hanter les bergers. Si le chevrier de Saplio et

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celui de Mireille ont presque la même chanson aux lèvreSj l'enfant grec et le pâtre provençal n'ontils pas un peu du même sang dans les veines et^ sur leurs têtes brunes, un peu des mêmes rayons? Voilà enfin un tableau où rien n'a pâli des couleurs du poète; au contraire : « Il y avait, dit Mistral, un vieux puits tout revêtu de lierre, où les troupeaux allaient boire. Murmurant doucement quelques mots de chanson, un petit garçon jouait sous l'auge, où il cherchait le peu d'ombre qu'elle abritait; près de lui, il avait un panier plein de blancs limaçons. » C'est un coin de paysage, un premier plan sans lointain. Mais si vous écoutez la cantilène d'Andreloun et la Musette qui Tencadre, aussitôt la perspective recule et l'horizonse découvre. Ces quatres pages, avec celles que nous avons louées, suffiraient à l'honneur de Mireille. Ce hautbois, cette voix d'enfant perdue dans la solitude, disent ce que dans Mireille aucune voix n'avait dit encore : le pays provençal, sa terre poudreuse et son ciel flamboyant, la langueur des journées brûlantes et, dans l'ombre étroite des cyprès, la sieste des pâtres allongés sur leurs vêtements roux. Ce que toute une partition n'avait pu faire, une mélodie le fait en quelques mesures. La poésie d'une contrée, la beauté d'un ouvrage peut donc tenir dans une chanson^

comme une|^roseraie de Provence dans un flacon de parfum !

Il est deux ordres de sujets dont s'est inspiré volontiers l'opéra comique moderne : la mythologie et l'Orient, Nous devons à la Grèce Philcmon et Baucis de M. Gounod et Galathée de Victor Massé; à l'Orient : Lalla-Rotikh^ de Félicien David, la Statue^ de M. Reyer, et Je Caid^ de M. Ambroise Thomas.

M. Gounod a l'intelligence et le goût de l'antiquité : certains chœurs à' Ulysse^ l'invocation à Vesta, de PoIyencte^Xo^s stances de Saplio^ sont des fragments de marbre grec. Philémon et Baucis est une charmante pastorale, qu'on voudrait seulement plus courte. Le premier acte suffisait à cette douce légende de vieillesse; le second l'alourdit et la dénature. La dernière moitié de l'ouvrage, pour reprendre le mot de je ne sais quel critique avisé, gagnerait beaucoup à être supprimée. Baucis rajeunie et retrouvant des vocalises d'écolière, Baucis faisant la gentille avec Philémon et la coquette avec Jupiter, n'a plus rien pour nous charmer. Elle était autrement touchante avec ses rides et ses cheveux blancs.

L'amitié modéra leurs feux sans les détruire, Et par des traits d'amour sut encor se produire.

Voilà la nuance que le poète indique et qu'il eût fallu garder partout. Le musicien Ta délicieusement rendue dans le premier duo, familière causerie des deux vieillards qui rentrent au crépuscule en parlant de leur longue tendresse. Leurs deux voix sont presque toujours unies; si par hasard elles se séparent, l'une achève la phrase par Tautre commencée. Ils devisent doucement, les bons petits vieux, et leur double chanson se mêle comme leur double vie.

Avec la sérénité de leur entretien, le chœur des bacchantes fait un admirable contraste. Il exprime bien la joie antique, celle des vierges de Virgile foulant les sommets duTaygète.

Ce chœur mêle une note éclatante, le retentissement des cymbales grecques, au premier acte àe Philémon^ dont le ton général est recueilli, où Lesprit même est discret, distingué, témoin la phrase de Jupiter : St Vénus à la légère. Là, comme dans la douce romance de Baucis, dans le petit quatuor du repas, dans l'incantation tout olympienne de Jupiter faisant descendre le sommeil sur ses hôtes pieux, partout se rencontre le contour élégant des mélodies de M. Gounod, la justesse du sentiment et la pureté de la forme.

Hélas ! on ne saurait parler de l'antiquité dans la

nusique sans être contraint de rappeler la Galalice de Victor Massé.

Les Athéniens d'aujourd'hui ne tolèrent, dit-on, ur leurs théâtres, ni Orphée aux enfers^ ni la 3elle Hélène, C'est GalaiJiée qu'ils en devraient )roscrire; c'est le pastiche équivoque, plus que la ranche parodie, qui pourrait blesser chez eux le )ieux respect de leurs légendes passées et de leurs livins mensonges. Pygmalion épris de la vierge l'ivoire! la fable n'imagina jamais de mythe plus gracieux; Vénus jamais ne consacra de plus déaies amours. Il fallait ici un autre maître que 'auteur de la Nuit de Cléopâtre. Qui nous refera 3^/(^/7//^? Qui donnera la véritable vie à la statue? [e voudrais que M. Massenet reprît ce délicieux ;ujet: qu'il le traitât soit en opéra comique, soit m scène lyrique, comme ses esquisses antiques ie Narcisse et de Bihlis, Lui du moins saurait faire :ourir sur les flancs de Galathée le frisson voluptueux, mettre dans ses yeux comme dans ceux d'Eve l'étonnement du premier regard, sur ses lèvres le désir du premier baiser. Il exprimerait la soudaine effusion de l'âme entrant comme en un temple dans ce corps si beau; il traduirait les vers d'Ovide :

dataque oscula virgo Sensit, et erubuit; timidumque ad luiiiina lumen AltoUens, pariter cuiii cœlo vidit amantem.

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Massé ne connut jamais les délicatesses de la pensée, surtout de la pensée antique : il n'était pas de ceux qui s'inquiètent de la blancheur des marbres. Son œuvre est plus qu'un contre-sens : presque un sacrilège ; elle offre, au lieu du type idéal delà femme, le type grossier de la fille. Il fallait avoir bien peu l'intelligence de la fable et l'instinct de la beauté pour mettre sur des lèvres à peine écloses une chanson à boire. Sur quelles lèvres, et quelle chanson ! Si Massé tenait à faire boire sa Galathée, comment la laisser boire ainsi? La malheureuse s'enivre, ou plutôt se grise sans que son ivresse atteigne même à la [grandeur de l'orgie antique. Si du moins elle avait du vin l'enthousiasme et le délire sacré, si elle chantait le dieu, si elle chantait :

Evoë, Bacchus et Thyonée, Et Dyonise, Evan, lacchus et Lénée, Et tout ce que pour lui la Grèce eut de beaux noms!

Mais, de ce sujet. Massé a tout dégradé, tout profané. L'air fameux de Ganymède : Ah! qiCil est doux de ne rien faire ! n'est qu'un long bâillement. Le loisir antique ne ressemblait guère à cette lourde paresse. Dans Galathée^ le style est digne delà pensée; la forme est aussi vulgaire que

î fond. Le rythme est toujours trivial, l'harmonie idigente, le comique bas. Cependant, cette œuvre ù manquent Tesprit et la poésie, plaît à la foule. a Bruyère aurait dit : « Elle est le régal de h\ maille ! »

Le chef-d'œuvre de Félicien David, Lalla Roulilu 5t, au contraire, le mets des plus délicats. Cet péra comique est le premier, le seul peut-être, ù domine le sentiment de la nature. On pourrait appeler un paysage musical. Son originalité et sa eauté tiennent à cette couleur pittoresque, à i genre descriptif, dont le musicien du Désert it le précurseur, et qui, jusqu'ici, n'a pas trouvé e messie.

Un opéra comme les Huguenots^ un opéra 3mique comme le Pré-aiix-Cleres^ expriment : caractère, donnent l'impression d'une époque, autres œuvres : V Africaine ou Lalla-Rottkh , ous révèlent non plus un siècle, mais un pays, a patrie de Sélika, c'est une contrée indéterminée, resque surnaturelle : dans ce vague Orient créé ar son génie, Meyerbeeratout agrandi. L'Orient de alla-Rotikli est plus familier. Ceux qui l'ont visité ^trouvent à l'audition la fidèle vision du pays, trange aptitude de la musique à rendre ce qui se oit par ce qui s'entend, des spectacles par des armonies! Lalla-Roukli est un exemple unique

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peut-être au théâtre de ce phénomène d'impressions transposées. Ce que Félicien David a reproduit, ce n'estpas telle ou telle mélodielocale, lanotation bizarre, ou même barbare, d'un chant de muezzin ou d'une danse d'aimées; ce n'est pas tel mode extraordinaire ou telle tonalité baroque, c'est l'ensemble des mille sensations qui constituent l'âme elle-même de la nature orientale.

L'honneur de Félicien David est d'avoir trouvé, pour exprimer cette âme, une note nouvelle, d'avoir ajouté une corde à la lyre. Il fut paysagiste à ce point, le mélodieux rêveur, que dans son opéra comique les figures n'ont pas plus d'importance que sur une toile de Ziem. De Lalla Roukh^ toute intrigue, presque toute action, est absente; les sentiments n y sont guère que des sensations, l'amour y est moins une passion qu'une voluptueuse langueur.

De plus grands maîtres ont rendu la nature avec plus de puissance. On peut appliquer à la musique ainsi qu'aux autres arts la théorie de M. Taine, cette loi de l'échelle des valeurs, qui veut qu'une œuvre d'art soit d'autant plus belle que le caractère reproduit par elle est plusgénéral. Si, par exemple^ la Symphonie pastorale est le plus beau paysage musical, c'est que Beethoven n'y a pas exprimé tel ou tel aspect local, mais les manifestations univer-

îUes de la nature, et, comme son essence ellelême, prise dans toute sa simplicité, presque dans i banalité sublime.

L'ouvrage de Félicien David n'a pas cette imper- Dunalité. Le charme en est, au contraire, très parculier, spécial au maître qui l'a écrit comme aux Dutrées qui l'ont inspiré. Mais, cette réserve faite, Liel chef-d'œuvre que cette exotique partition! Mil elle paix et quelle sérénité s'en dégagent ! Grâce l'auteur du Désert et de Lalla Roiilili^ l'Orient, ui n'était que le pays de la lumière, est devenu le ays des sons; et, là-bas, quand lesoirteintederose 3urlet de sable du désert, quand les étoiles s'alluentau ciel velouté, quand lesfemmes descendent IX fontaines, les mélodies de Félicien David se lè- 3nt en chantant sur les pas du voyageur qui cheine sous les palmiers.

L'Orient a plus d'un caractère : avec des paysans recueillis il offre des scènes animées. Hors la lie, la chaleur endort la nature silencieuse ;mais ins l'ombre fraîche des ruelles fourmille la vie opulaire. Les enfants sortent en se gourmant de ^cole; les ânes passent au trot, montés par des Lires sérieux; les marchands d'eau crient et font nter leurs tasses de cuivre ; de leurs pieds nus et ^ancs, les vieux tisseurs d'or donnent le branle a

roue où tourne Técheveau de soie, et, dans la

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poussière étincelante, le sifflement du dévidoir semble la vibration de l'air lumineux.

Certains chœurs de la Statue rendent très heureusement ce nouvel aspect de l'Orient, la gaîté des bazars et des quartiers turbulents. L'opéra comique de M.Reyer est distingué, trop distingué peut-être, en ce sens qu'il est trop fin pour le théâtre. Des recherches qui nous charment au piano nous échappent à la représentation; la valeur scénique de l'œuvre ne répond pas à sa valeur musicale. Et puis, un poème véritablement insipide g2ite la Statue \ on ne lit jamais la partition sans plaisir, mais on ne saurait voir la pièce sans ennui.

Rien, en revanche, n'est moins ennuyeux que le Caid^ de M. Ambroise Thomas. Encore un opéra comique oriental ; mais de quelle réjouissante façon l'Orient est traité dans cette bouffonnerie ! L'Algérie du C<^/(^ est un peu l'Algérie de Tartarin, l'Algérie sans palmiers, sans lions; le muezzin de M. Thomas n'est ni plus sérieux, ni moins comique que le héros de M. Daudet, invitant luimême les musulmans à la prière. Sévère ou plaisant, M. Thomas n'est rien à demi; et même du Barbier à Guillaume Tell il y a moins loin peutêtre que du CdidzHamlet, L'Opéra Comique, trop rarement comique aujourd'hui, de>^ait faire avec

? Caid des lendemains piquants à Mignon, Le laître aurait ainsi double triomphe, et croyez ien que son visage ustère ne se défendrait pas u rire d'autrefois. Il est si franc et si français, le re du Caid ! M. Ambroise Thomas a finement lisi là certain côté de notre esprit national et srtain aspect de l'Algérie. Nous avons toujours- ) goût des soldats, des parades, des revues et de , musique du dimanche. En Algérie, cette symathie pour l'armée est plus cordiale encore. Sur liiQ terre, qui n'a vu que nos victoires, le sousnir de nos malheurs est moins présent et laisse [tact le prestige de nos troupes. L'Algérie reste

pays de l'uniforme et du panache, où se con~ rve, avec le respect de l'armée, l'amour du militaire ». Ce chauvinisme héroï-comique, ces 2;ures aujourd'hui quasi-légendaires du tambourajor amoureux et martial, de la lingère de Paris

de l'ardente Algérienne; cette gaîté française li jette dans la vie arabe une note brillante comme îlle des pantalons rouges dans les paysages Afrique, ce vague souvenir de Paul de Kock et î Béranger, voilà ce qui fait du Ca'idlc plus spituel de nos opéras bouffons contemporains. Toutefois n'allons pas oublier pour lui le plus •irituel de nos opéras comiques : le Roi Va dit,, î M. Léo Delibes.

On sait le mince sujet de cet opéra comique : le marquis de Moncontour est présenté à Louis XIV : « Vous avez un fils^ lui dit le Roi ; j e le veux voir. » — Et voilà le pauvre marquis, père seulement de quatre filles, en quête de cet héritier par ordre. qu'il faut trouver sous peine de disgrâce. 11 le trouve heureusement, ou plutôt on le lui trouve, en la personne du naïf Benoît, l'amoureux de h servante Javotte. Le benêt se déniaise vite, trop vite : il prend des allures de gentilhomme, faii des dettes et maltraite les petites gens. Il tire di couvent ses quatre prétendues sœurs, en promei deux à des jouvenceaux qu'elles aiment, et me dehors les fiancés officiels qu'elles n'aiment pas Bien plus : il se bat en duel avec les soupirant! éconduits, et fait le mort à la première passe. Or le croit tué, et le marquis reçoit les condoléances du monarque. Il avait un fils, il n'en a plus; cett( fois encore, le Roi Ta dit. Le fils artificiel redevieni Benoît comme devant, et ne se fait pas prier poui épouser Javotte.

Sur ce livret léger et très plaisant, M. Delibes 2 composé une délicieuse partition. L'aimable musicien ! Qu'il pense et qu'il écrit finement ! Comme il a retrouvé sans copie ni pastiche la veine de notre vieil opéra comique! Sa musique est bier française : elle a la clarté, l'élégance et le goût

Elle ne tombe dans aucun excès : ni dans la mièvrerie, ni dans la trivialité; toujours elle est spirituelle sans caricature, facile sans négligence. Elle a le ton libre, mais jamais libertin; elle reste de bonne compagnie.

Dans le Roi Va dii^ le sentiment n'alanguit pas l'esprit. Les amours n'y sont qu'amourettes; on >'aime un peu, beaucoup peut-être, jamais passionnément; on ne s'embrasse pas à grands bras, plutôt en pincettes. Chacun est joyeux; personne le se chagrine ou ne fait effort, sauf à propos d'une •évérence perdue et vite retrouvée. Tout est clair, gai : partout des rires et des voix de femmes. Il y 1 sept rôles féminins dans la partition, et ce caquet iùté lui donne quelque chose de vif et de dégagé, .a soubrette, les quatre petites pensionnaires roses ît bleues, les deux amoureux travestis font le plus loli ramage. Le finale du second acte : Alil qii il 'st doux d^ avoir un frère ! est sous ce rapport une )age de tout point exquise. Le contour de la nélodie est élégant, l'expression en est câline. De plus, ridée est traitée avec une souplesse, une légèreté de main qui ajoutent à sa gnice et lui donnent des ailes. Elle voltige sur tout ce finale; îUe se dérobe pour reparaître par d'ingénieu- ;es rentrées, toujours aimable et toujours bien 'enue. Cette musique est écrite du bout des

doigts, pour être chantée du bout des lèvres.

Le second finale est le plus agréable; mais les deux autres ne sont pas loin de le valoir. Le premier contient une réj ouissante imitation des chœurs fugues de Bach ou de Haendel; le dernier est plein d'esprit.

Nous aurions encore plus d'une perle à citer : au premier acte, la scène de la révérence et le chœur plaisamment solennel de la chaise, les couplets de Jacquot; au second, le trio de Benoît et des petits beaux-frères, avec ses deux mouvements, très jolis tous deux, et reliés par d'exquises ritour nelles. Tout cela constitue une œuvre ténue, mais élégante ; un roseau peut-être, mais il y a des roseaux pensants. On pourrait dire, en modifiant un peu le mot de Lucain : Humamim parvis vivit genus. L'esprit humain ne vit pas que de grandes choses. Il y a de petits chefs-d'œuvre, et le Roi l'a dit en est un.

Le talent de M. Delibes rappelle un peu celuid'un compositeurplusancien,mais charmant aussi, dont l'Opéra-Comiquea trop perdu le souvenir et négligé les ouvrages : Albert Grisar, l'auteur de Gilles Ravisseur ^ du Chien du jardinier ^ des For citerons et de cette délicieuse bouffonnerie : Bonsoir^ monsieur Pantalon !

Nous ne faisons que le nommer, un peu

JT» Mànnerchôre ohne Begleitting»

Jé ^

^nnianu^ Cari.

0. 2. Herbes Scheiden. „0 wie herbe ist das Sclieiden." Volkslied aus dem Kinzigtliale. Part. u. *St. zus. — 75

0. 3. Vor ihrer HUtte. „Hab' oft die g-anze Naclit." Volkslied aus Oberbayern. Partitur u. *St. zusammen . — 75

0. 4. Herzeleid. „Mei Mutter mag mi net." Volkslied aus Schwaben. Partitur u. *Stimmen zusammen . . . — 75

0. 5. Das Lied vom Scheiden. „Schatz, mein Schatz." Volkslied aus Hessen. Partitur u. *Stimmen zusammen — 75

b. 6. Das Madchen vom See. „Im Friihling, wo die Veilchen." Volkslied v. Kaiserstuhl. Part. u. *St. zus. — 75 81. Sieben deutsche Volkslieder.

b. 1. Frau Naehtigall. „NachtigaIl, ich hôr' dein Singen." Volkslied vom Schwarzwald. Part. u. *St. zus. — 75

b. 2. ,,So viel Flocken, als da flimmern.** Volkslied aus dem Oberelsass. Partitur u. ^Stimmen zusamm. — 75

b. 3. ,,Ich hôrt ein Sichlein rauschen.'* Altes Volkslied aus Schlesien. (Hochdeutsch von G. Scheur.) Partitur u. *Stimmen zusammen — 75

0. 4. Des Buab'n Herzeleid. „Da steh i hier oben." Volkslied von der schwàbisch-bayrischen Gvenze. Partitur u. *Stimmen zusammen — 75

0. 5. Naclitstèlndchen. „Verstohlen geht der Mond.'* Altes Volkslied vom Mittelrhein. Partitur u. *St. zus. — 75

0. 6. Der Sunta Bua. „Am Sunta g'schwind.'^ Volkslied aus dem bayrischen Hocligebirge. Part. u. *St. 7.us. — 75

0. 7. Flug der Liebe. „Wenn ich eiu Voglein war!" Allgemein bekanntes Volkslied. Part. u. *St. zusammen — 75

Uerzige, innige Melodien^ den KoschaVschen Weisen nicht nachehendt àber originell erdacht. Durchaus leicht ausfûhrbar.

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