LES MAINS
— Ses mains, d’une malité à peine veinée, longues un peu, aux doigts effilés, avec des ongles d’un rose éteint, semblaient, en l’exquisité de de leur distinction, n’exister que pour caresser des âmes...
— Avant d’être nées, en leur forme d’attente, elles avaient sûrement appris aux anges à broder sur des feuilles de roses...
— De leur chair imprécise, sans opacité, émanait une tiède blancheur diaphane qui les ambiantait.
C’est qu’elles respiraient, ces mains;
Un £iècïe de Tarisiennes.
c’est qu’elles entendaient, parlaient, voyaient !...
— Aussi, un jour, et comme II était peintre, il fit le portrait de ces mains ; de Ses mains seulement, à Elle, et elle sourit doucement, comprenant!...
— En les fixant sur la toile, ces mains, l’une abandonnée dans l’autre, posées sur le velours noir de la robe, ainsi que deux lys renversés, Il pensait :
... « L’Aimée va mourir, demain peut-être, et je n'aimerai jamais plus; mais ses mains vivront et je l’aurai toute !... je l’aurai toute sans que désormais nul autre que moi ne la voie! Ses mains sont le total d’elle!
Qu’ai je besoin de peindre son regard, ses lèvres? Son toucher n’aura- t-il pas été l’entier poème indéfloré par
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la parole ? En me masquant la nuit de la terre, ses mains, sur mes yeux, ne m’auront-elles pas ouvert les infinis ?... »
— Alors il fit un pur chef-d’œuvre...
— Mais, bientôt après, les Mains, fatiguées de leur essai de vie, s’en retournèrent au pays des Visions... et appelèrent à elles l’ami.
— ... et le chef-d’œuvre alla droit au marchand de bric-à-brac.
— Presque en se moquant, des gens regardaient cette admirable chose, sans comprendre... que dis-je, sans comprendre? sans sentir, car il est préjudiciable à la sensation même qu’elle nous soit trop prouvée par la compréhension.
— Et la sotte multitude n’apercevait pas que ces Mains avaient eu
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des yeux profonds, de teinte sombre, avec, au fond, déjà l’adieu prochain... ; que leurs cheveux avaient été d’un blond de mystère ; que la bouche, incapable d’esquisser plus d’un demisourire, avait gardé, au coin, le doux et inconsciemment triste petit pli de la résignation des extatiques ! Ils n’apercevaient pas, ces sots, que de la minceur du cou jusqu’au silence des pieds, tout avait été rythme, en ces Mains! et qu’Elles avaient passé sur terre en des ondulations d’algues!...
— Un jour, cependant, et bien que la toile fût toute salie, il arriva qu’un passant vit tout cela et, pour quelques sous, emporta l’inestimable chef-d’œuvre.
— C’était un meurt-de-faim, peutêtre bien un mauvais poète? Dans
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son grenier, il s’agenouilla devant les Mains, mais, sachant bien quelles étaient restées fidèles, il leur demanda pardon pour les avoir adorées un instant, puis mit le feu à cette toile,..
Et ce délicat vit alors, dans la flamme, les deux mains se détacher l’une de l’autre en lui traçant le geste d’un baiser..., baiser fraternel et de reconnaissance !
La Robe? Toute la matière d’un poème, d’un poème infiniment plus intéressant à écrire que celui de la
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Henriade , et dont chaque année fournirait une nouvelle page.
Il y a des robes pour toutes les heures du jour, il y en a pour toutes les heures de la vie.
Entre la pelisse du baptême qui est déjà une robe, et la douillette de la grand’mère, qui en est une dernière, tient tout le roman de l’existence de la femme.
Il y aura eu entre ces deux pôles celui de l’arrivée et celui de l’adieu, la robe de première communion et la robe de mariage, blanches toutes deux ; l’une offrant à Dieu la virginité de l’âme, l’autre offrant à la créature de Dieu — l’homme — la virginité de son chef-d’œuvre.
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Puis seront venues toutes les robes du long et rapide voyage d’amour !
Je m’explique. La femme, par le principe d’amour, se pare pour celui qu’elle aime, pour tous ceux qu’elle ne saurait aimer, pour l’oiseau qui passe !
La femme flirte avec les fleurs et tient à se sentir de la famille; plus même, à les soumettre, à les asservir à son caprice. Elle les associe à sa beauté, Rien ne plaît autant à une femme comme de sentir une fleur agoniser dans les frivolités du corsage, d’en recueillir le dernier toucher, d’en ensevelir quelques pétales dans la trou-
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blante tiédeur de la fosse que leur creusent les seins, — agonie qui, je l’ai toujours pensé, ne dojt pas déplaire à la fleur...
La robe, me dira-t-on toujours, n’est pas tout le costume. C’est vrai. Mais les chapeaux, les manteaux, la chaussure, tout en restant en intime collaboration avec elle, ne sont que de très intelligents fonctionnaires toujours révocables.
Le gouvernement absolu, c’est la robe. A elle seule incombe la direction de la politique générale. Elle seule a pu, comme il y a des années, s’amuser à exagérer intentionnellement certaines
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formes de l’académie féminine ; donner par exemple aux hanches un développement de convention que le marbre ne saurait admettre, et qui fait ressembler les femmes à des Vénus Callipyges, sans pour cela, cependant, que l’œil cesse d’être intéressé par la tromperie, certain qu’il est que la fantaisie mensongère ne peut nuire à l’harmonie des réalités.
Capricieuse, il lui plaira demain à cette robe, d’abandonner ce subterfuge, mais, aussitôt, elle fera appel à une exagération contraire, la vérité étant ce qui, d’instinct, est le plus antipathique à la femme.
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Alors la robe visera à l’effacement des formes. Telle une amoureuse plante parasite enserre élégamment un arbre, elle s’ajustera au corps, semblera en absorber le parfum, cherchera à le comprimer, à le réduire.
Cette robe devient l’antithèse de la précédente, mais comme, pas plus qu’elle, elle ne veut être sincère, voici que, sinueuse, elle indique avec la plus scabreuse indiscrétion des trésors que les simples, seuls, penseraient qu’elle songe à dissimuler.
Axiome: la robe est une invite ou elle n’est pas — seulement elle a tant de façons d'inviter avec grâce 1
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Son rôle est de tamiser les regards, de les changer en rayons X, et de les transmettre aux épidermes en en faisant des caresses dont la plus rigoureuse pudeur ne saurait s’offenser — autrement elle perd sa qualité maîtresse et redevient tout simplement un vêtement.
Avant de terminer cette rapide causerie, ne convient-il pas de faire l'hommage d’un pieux souvenir à la robe d’amazone, la reine des robes... la robe des reines?
On en rencontre encore, mais combien peu ! Bientôt la femme aura complètement abandonné le costume qui, depuis des siècles, avait su faire d’elle
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la déesse de l’ère chrétienne, une déesse vêtue, mais qui pouvait en deçà des temps donner la main à ses sœurs aînées de l’Olympe païen.
Encore un peu et cette superbe vision aura vécu. Ce ne sera plus sur sa bête, sur la jument amie dont elle caressait le col de sa main gantée, qu’en une grâce aristocratique on verra désormais la châtelaine s’avancer dans la grande allée du parc ; c’est à bicyclette qu’elle en franchira la petite grille, et la grande, celle d’honneur, restera désormais fermée!...
Je ne veux pas faire ici le procès de la bicyclette, beaucoup de mes lectrices m’en garderaient rancune. C’est
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une monture plus docile, je le reconnais, et qui supprime les gens de maison ; mais qu’il me soit permis de conserver en moi le culte de l’image qui disparaît, de l’image qui nous montrait la femme en une noblesse d’allure qui ne supportait que la noblesse du désir.
Il eût été imprudent de dire à une amazone tout ce que peut entendre une bicycliste.
Ici le costume, en rapprochant les sexes, les unifie moralement. Il est libre, ce costume, parfois même assez suggestif — alors il légitime les familiarités de la camaraderie, et je crains bien que dans un temps assez rapproché il n’y ait plus que des hommes... de sexes différents... Espérons pour nos descendants que cette crainte restera toute chimérique.
Dans les successives transformations du costume féminin, où vont les préférences des véritables adorateurs de la femme ? — A tout ce qui lui donne la troublante attirance du mystère; à à tout ce qui lui garde, même dans la grâce la plus correcte, la plus chaste, le sentiment absolu de sa féminité ; enfin, à tout ce qui, bien qu’en fortifiant le désir, lui fait faire antichambre un moment pour donner le pas à l’admiration.
Admiration et désir de la femme 1 si ce sont là de gros péchés, je me présenterai donc grand pécheur devant l’Éternel, mais j’aurai droit aussi,
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il me semble, au bénéfice de la parole évangélique : à ce qu’il me soit beaucoup pardonné ?
J’essayai même dernièrement, cet été, au bord de la mer, de me fortifier dans cette douce espérance en me confiant à un mien ami, un abbé d âge sérieux; ayant beaucoup connu le monde, ce qui le rend plein de miséricorde pour les promptitudes de l’esprit et les faiblesses de la chair. Alors il me pria de lui adresser ma confession en une forme qui puisse m’être favorable, ce que je fis en toute sincérité de cœur en ces termes :
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