SOCIÉTÉ ROYALE DU CANADA
M. de Bernières venuit donc parler des petites écoles du Séminaire au gouverneur, et il fut accueilli avec bienveillance, Après les compliments d'usage : “ Que puis-je faire pour vous, lui dit Frontenac ?” —M. de Bernières lui expose aussi brièvement que possible l’objet de sa visite : “ Monseigneur, dit-il, pourrait peut-être nous indiquer un bon professeur de lecture et de grammaire pour nos petites écoles ?—Je crois avoir l’homme qu'il vous faut, répliqua Frontenac après un instant de réflexion. C'est un de mes soldats ; il est justement de garde en ce moment.” — Et il fait venir Joseph Deniau. Celui-ci entre en pourparlers avec M. de Bernières ; le marché est conclu, et le jeune Angevin devient professeur au séminaire de Québec.
Il ne le fut pas longtemps, cependant. Il allait à confesse chez les récollets, les protégés de son maître, Frontenac. I} ne manqua pas de s'ouvrir à son directeur de conscience, et de lui faire part de ses aspirations à l'état ecclésiastique. Comme chacun prêche pour son clocher, le bon récollet persuada Deniau de se faire religieux et d’entrer dans son couvent. Le conscrit ne se fit pas prier ; il entra au monastère des récollets de Québec, sous le n:m de Frère Chérubin, prononça quelque’ temps plus tard ses vœux solennels, et le 3 décembre 1700 réçut l'ordre de la prêtrise des mains de MF de Laval, dans la chapelle du séminaire, en l'absence de MF de Saint-Vallier, qui venait de partir de nouveau pour l’Europe. Il fut ordonné en même temps qu'un autre récollet, le P. Potentien Je Viviers, et M. Jean-Baptiste Gauthier de Varennes, fils du gouverneur de ‘'frois-Rivières et petit-fils do Pierre Boucher, ancien gouverneur de la même ville!
On ne retrouve nulle part ses actes antérieurs d’ordination. Ont-ils été perdus ? ou bien le jeune homme était-il passé en France avant d’être ordonné prêtre, et reçut-il dans son pays natal les ordres qui précèdent le sacerdoce ? U’est une question que nous n’avons pu élucider.
Du reste, à partir de 1700, on ne connaît pas grand'chose de frère Chérubin. C’est à peine si l’on retrouve sa trace à deux endroits, où il ne
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Filorier : les deux paroisses de Beaumozt et de Saint-Michel de la Durantaie étaient alors desservies par le même prêtre ?; à Longueuil, où il signe également Deniau dans \ss registres ?, et dessert la cure à partir Cu 17
1 Archives de l’archevêhé de Québec. 2? Archives paroissiales de Beau, 1ont. 3 MSS de Jacques Viser.
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[Gosse] UN SOLDAT DE FRONTENAC, DEVENU RÉCOLLET 63
mars jusqu'au 16 avril 1730, ‘ faisant les fonctions curiales en cette pa: roisse dans l’absence de M. Isambart, curé,” prêtre de Saint-Sulpice!
Voici l'acte de sépulture de notre récollet, tel qu'il se trouve dans les registres de Notre-Dame de Montréal :
“ Le 12 janvier 1733, a été porté dans cette église le corps du R,. P. Chérubin Deniaux, Récollet, âgé de 65 ans, décédé le jour précédent dans l'Hôtel-Dieu. Après l’absoute faite, dans cette dite église, il a été reconduit par le clergé dans celle des RR, PP. Récollets, où il a été inhumé après que le clergé fut retiré. Présents, M. Normant, vicaire. général d'à diocèse, qui a fait la levée du corps, Bouffandeau, prêtre, et Déat, faisant les fonctions curiales, (Signé) Normant, Déat, Bouffandeau.” *
D'après cet acte, le F, Chérubin Deniau serait né vers 1668 : il avait trente-trois ans lorsqu'il fut ordonné prêtre à Québec,
1 Archives paroissiales de Longueuil.
? Archives paroissiales de N.-D, de Montréal.—Mer Tanguay, dans son Répertoire général du Clergé canadien, p, 74, dit : ‘* 1] mourut à Montréal, le 11 janvier 1732..., et fut inhumé dans l’église paro'ssiale.” D'après l'acte que nous venons de citer, c'est le 11 janvier 1738 uu'il mourut, à l’Hôtel-Dieu de Montréal, et il fut inhumé *ans l'église de son ordre, l'église des récollets. Le service seul ent lieu à la paroisse. —On nous écrit de l’Hôtel-Dieu de Montréal : ‘ Nous n'avons dans nos archives aucun registre qui remonte à cette époque (celle où mourut Deniau) : nos mémoires les plus anciens datent de 1756.”