‹ Un songe de nuit d'été. Version de Paul SpaakChapitre 9 sur 24 · GROIN · texte numérisé non relu

GROIN

Oh, Culasse!... Qu'as-tu donc là, sur tes épaules?... Je n'ai jamais rien vu de tel, ou Dieu me damne!...

CULASSE

Qu'est-ce que vous voyez? C'est une tête d'âne, Peut-être?... C'est la vôtre!...

GROIN se sauve.

Rentre COING.

COING

Oh, comme je te plains, Pauvre Culasse!... Ensorcelé!...

// se sauve.

CULASSE

Que c'est malin !

Quel tour spirituel ! Vous voulez m*efîrayer

En me faisant passer pour un âne!... Essayez!

S*il faut vous détromper, mes amis, je m'en charge !...

Je vais me promener ici, de long en large;

Et pour vous faire voir que c'est moi l'attrapeur,

Je vais chanter, très haut!... Ecoutez si j'ai peur!...

// chante.

Le merle avec sa sombre jupe, Et sa chanson maussade, Le roitelet avec sa huppe, La grive et sa roulade....

TITANIA, s'éveillant.

Quel ange me réveille?... Et quelle voix limpide....

CULASSE, chantant.

La chouette qui n'y voit goutte,

La poule qui va pondre ;

Le coucou gris que l'on écoute

Sans oser lui répondre....

Qui s'occupe en effet d'un oiseau si stupide

Qui, quoique vous disiez, répond toujours '* coucou! "

TITANIA

O doux mortel ! Chanteur splendide, Chante encor ce chant plein de goût !

Ta voix captive mon oreille !

Et comment, désormais, te cacher que je t'aime,

Si mon cœur est ravi par ton mérite extrême

Et par ta beauté sans pareille ?

CULASSE

11 me semble, madame, — et sans cérémonies —

Qu*on voit peu les raisons de ce galant discours!

Mais, par le temps qui court,

La raison et l'amour

Vont rarement de compagnie !

11 est même fâcheux que d'honnêtes témoins

De ce trop long duel

N'aient pas essayé, tout au moins.

De rétablir entre eux un accord mutuel!...

Vous voyez qu'au besoin

Je suis spirituel!...

TITANIA Egale à ta beauté, ta sagesse est sans prix!...

CULASSE

Non, n'exagérez pas!... Mais si j'avais l'esprit

Qu'il faut pour sortir de ce bois.

J'en aurais juste à mon désir !

TITANIA

Ah, ne souhaite point de t'éloigner de moi !

Tu resteras! D'ailleurs tu n'as pas à choisir!

J'appartiens aux esprits suprêmes,

Et l'été que je te promets

Chez moi, ne finira jamais !

Viens donc, puisque je t'aime !

Mes elfes sont à ton service ;

Ils iront te chercher au fond des précipices

Des perles et des diamants ;

Bercé par la chanson des Fées,

Sur le sein des fleurs dégrafées,

Tu t'endormiras mollement;

Et, dépouillé bientôt des grossiers éléments

Dont ta forme mortelle est encore imprégnée,

Tu deviendras esprit sans poids.

Pur et subtil !...

Phalène ! Toile d'Araignée !

Grain de Moutarde ! Fleur des Pois !

Entrent quatre sylphes.

PHALÈNE Voici !

TOILE D'ARAIGNÉE Voilà !

GRAIN DE MOUTARDE Voici !

FLEUR DES POIS Voilà !

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