GROIN
Oh, Culasse!... Qu'as-tu donc là, sur tes épaules?... Je n'ai jamais rien vu de tel, ou Dieu me damne!...
CULASSE
Qu'est-ce que vous voyez? C'est une tête d'âne, Peut-être?... C'est la vôtre!...
GROIN se sauve.
Rentre COING.
COING
Oh, comme je te plains, Pauvre Culasse!... Ensorcelé!...
// se sauve.
CULASSE
Que c'est malin !
Quel tour spirituel ! Vous voulez m*efîrayer
En me faisant passer pour un âne!... Essayez!
S*il faut vous détromper, mes amis, je m'en charge !...
Je vais me promener ici, de long en large;
Et pour vous faire voir que c'est moi l'attrapeur,
Je vais chanter, très haut!... Ecoutez si j'ai peur!...
// chante.
Le merle avec sa sombre jupe, Et sa chanson maussade, Le roitelet avec sa huppe, La grive et sa roulade....
TITANIA, s'éveillant.
Quel ange me réveille?... Et quelle voix limpide....
CULASSE, chantant.
La chouette qui n'y voit goutte,
La poule qui va pondre ;
Le coucou gris que l'on écoute
Sans oser lui répondre....
Qui s'occupe en effet d'un oiseau si stupide
Qui, quoique vous disiez, répond toujours '* coucou! "
TITANIA
O doux mortel ! Chanteur splendide, Chante encor ce chant plein de goût !
Ta voix captive mon oreille !
Et comment, désormais, te cacher que je t'aime,
Si mon cœur est ravi par ton mérite extrême
Et par ta beauté sans pareille ?
CULASSE
11 me semble, madame, — et sans cérémonies —
Qu*on voit peu les raisons de ce galant discours!
Mais, par le temps qui court,
La raison et l'amour
Vont rarement de compagnie !
11 est même fâcheux que d'honnêtes témoins
De ce trop long duel
N'aient pas essayé, tout au moins.
De rétablir entre eux un accord mutuel!...
Vous voyez qu'au besoin
Je suis spirituel!...
TITANIA Egale à ta beauté, ta sagesse est sans prix!...
CULASSE
Non, n'exagérez pas!... Mais si j'avais l'esprit
Qu'il faut pour sortir de ce bois.
J'en aurais juste à mon désir !
TITANIA
Ah, ne souhaite point de t'éloigner de moi !
Tu resteras! D'ailleurs tu n'as pas à choisir!
J'appartiens aux esprits suprêmes,
Et l'été que je te promets
Chez moi, ne finira jamais !
Viens donc, puisque je t'aime !
Mes elfes sont à ton service ;
Ils iront te chercher au fond des précipices
Des perles et des diamants ;
Bercé par la chanson des Fées,
Sur le sein des fleurs dégrafées,
Tu t'endormiras mollement;
Et, dépouillé bientôt des grossiers éléments
Dont ta forme mortelle est encore imprégnée,
Tu deviendras esprit sans poids.
Pur et subtil !...
Phalène ! Toile d'Araignée !
Grain de Moutarde ! Fleur des Pois !
Entrent quatre sylphes.
PHALÈNE Voici !
TOILE D'ARAIGNÉE Voilà !
GRAIN DE MOUTARDE Voici !
FLEUR DES POIS Voilà !