APPENDICE
En 1874-, M. le docteur Lortet, aujourd’hui Doyen de la Faculté de Médecine de Lyon, me suggéra l’idée de prendre part au Congrès d’Archéologie Préhistorique qui devait tenir sa septième session à Stockholm ; à mon tour, j’y engageai un jeune ami, M. Edmond Roman, et nous nous joignîmes pour faire ce voyage à un groupe d’archéologues lyonnais, MM. Ernest Chantre, Auguste Chabrières, de Loriol, Emile Guimet, etc. Nous y rencontrâmes toute sorte d 'attractions : d’abord un vif et puissant intérêt archéologique à voir les nombreuses traces qu’a laissées l’Homme primitif dans ces régions septentrionales du Danemarck et de la Suède ; puis un non moindre intérêt à visiter ces contrées toutes neuves pour nous et ces populations si affables à notre égard, enfin la satisfaction de créer à cette occasion d’agréables relations et d’y former de sérieuses amitiés.
Aussi acceptâmes-nous de grand cœur l’invitation qui nous fut faite séance tenante de participer à la huitième session du Congrès qui devait se tenir en 187G à Buda-Pesl ; le représentant de la Hongrie nous promettait une cordiale réception, que sa modestie ne pouvait lui faire espérer aussi brillante que celle de la Suède, mais qui s’efforcerait de s’en rapprocher autant que possible, nous disait-il. L’événement confirma pleinement ou, pour mieux dire, dépassa la promesse et nous rencontrâmes à Buda-Pest les mômes agréments
qu'à Stockholm, aussi bien au point de vue de la science que de la cordiale hospitalité : les amitiés ébauchées en 1874 s’y confirmèrent et s’y affermirent, sans préjudice des nouvelles. De plus, au lieu de deux nous étions partis cinq de Dieulefit et notre toute petite ville eut l’honneur de fournir, après Paris, le plus fort contingent de membres du Congrès qu’ait envoyés à Buda-Pest une ville française.
On comprendra qu’après ces deux sessions si bien réussies, nous ayions mis de l'empressement à nous rendre à la neuvième session à Lisbonne : malheureusement notre groupe de cinq s’est réduit à trois, deux d’entre nous ayant été empêchés, l’un par des circonstances de famille, l’autre par les exigences du service militaire. Le récit qui précède ces pages dit assez que nous avons éprouvé à Lisbonne tout autant de satisfaction que dans les deux voyages précédents : même empressement de la part de nos hôtes, même intérêt scientifique, même plaisir à voir du nouveau, enfin même bonheur à retrouver des amis devenus d’anciens amis.
Nous nous réjouissons d’avance de prendre part, si Dieu le permet, à la dixième session, qui se tiendra on ne sait où encore; et qu’il me soit permis de donner un conseil à ceux entre les mains de qui pourront tomber ces lignes : c’est celui d’y prendre part aussi.
Ainsi que moi, ils pourront se trouver un peu étrangers aux questions qui y seront agitées; ils ne seront peut-être que des comparses dans les discussions qui auront lieu : ils ne sauraient prétendre à la place importante qu’y tiennent des Quatrefages, Broca, Henri Martin, Hildebrand, Evans, etc. ; mais ils auront le privilège d’une situation plus modeste, celui de ne pas être attachés par la grandeur au rivage, de prendre part aux séances en tirailleurs indépendants, de quitter les rangs quand il leur plaira et de se permettre des sorties inter-
dites aux chefs ; ils reviendront bien certainement enchantés de leur voyage, et qui sait? peut-être quelqu’un d’entr’eux sera-t-il reconnaissant envers moi du conseil donné ici, comme je le suis moi-même envers M. le docteur Lortet et M. Ernest Chantre, de m’avoir initié à la science et aux Congrès Préhistoriques.
Adolphe MORIN.
Dieulelit, 31 octobre 1880.