SCÈNE IV
destination... (Haut.) PermeUez qu'un camarade, car je suis de l'École de Saumur, vienne à votre secours.
MAXIME, prenant les billets, A la bonne heure, voilà un homme!... (Allant au fond, et jetant la somme aux recors , qui tendent, en échange, un dossier.) Tenez, vous autres... arabes!., bédouins].. (Bedescendant la scène.) Ahçà! ce n'est pas le tout : je vais vous faire mon billet, et quand je serai en fonds...
PAUL. Lieutenant, vous pouvez vous acquitter envers nioi tout de suite.
MAXIME. Que faut-il faire?... parlez.
PAUL. Emmenez-moi en Afrique.
HENRIETTE. Par exemple!...
PAUL. C'est un beau pays.
MAXIME. lien est un plus beau encore: Paris!... Paris, ville de délices, d'enchantements, à laquelle on rêve sans cesse quand on l'a quittée!... Tel que vous me voyez, je n'ai pas toujours eu ce parler sans façon, ces formes heurtées, ces traits brunis, hâlés par le soleil de la Numidie... Il y a quelques années, j'étais l'un des héros du Café de Paris... J'avais alors vingt-cinq ans et trente mille livres de rente... J'étais renommé pour les agréments de ma figure, l'élégance de ma taille, les charmes de mon esprit... On citait le luxe de mes écuries et le nombre de mes maîtresses... La belle, la joyeuse vie!,.. Mais, hélas! à force de l'illustrer de jolies femmes, de courses de chevaux, de petits soupers et de parties de lansquenet, je me réveillai un beau matin avec le même nombre d'années... même plus, mais avecinfînimentmoins de rentes.
PAUL. Vous étiez ruiné?
MAXIME. Razzia complète... Plus rien, qu'une ûuéedeces affreux moustiques appelés créanciers; si bien, qu'un autre matin il fallut aller saluer tes naturels de l'Afrique... Arabes pour arabes, j'aime mieux ceux-là... On peut les rosser, du moins!
PAUL. J'envie votre sort, vousvousêtes battu!...
MAXIME. Mais oui, assez souvent; et, là-bas comme ici, j'ai toujours donné plus que je n'ai feçu.
HENRIETTE. Vous n'avez jamais été blessé?
MAXIME. Une seule fois, mais d'importance... Vous me rappelez là un souvenir I... Pauvre Gaïella!... je lui dois la vie.
PAUL. Gazella... une femme?
MAXIME. Non, ma jument.
PAUL. Contez-nous donc ça.
MAXIME. C'était à la prise de la Smala... Lancé trop en avant, je me voyais entouré d'un gros de cavalerie ennemie... Déjà le sang coulait de ma poitrine, et plusieurs coups de feu avaient déchiré les flancs de ma monture, qui fléchissait sous la souffrance... Une fois à terre, j'étais
erdu,., lorsqu'à un cri jeté par moi, le noble ani-
mal se relève avec fierté, part avec la rapidité d'une flèche, et me Irousporle vers mes camarades, les spahis, qui accoura.ent bride abattue.
HENRIETTE, vivemeut. Les spahis!...
MAXIME. C'était un dernier effort, un dernier acte de dévouement, car la pauvre Gazella expira aussitôt, en tournant vers moi «on œil éteint, comme pour me dire adieu... Moi, je pleurais, oui, je pleurais comme un enfant... et, tout entier a la perte que je venais de faire, je n'apercevais pas, dans la mêlée, le bras d'un grand diable de cavalier rouge qui s'apprêtait à me pourfendre d'un coup de yatagan... Par bonheur, un autre bras vint à mon aide, et me sauva d'une mort imminente, celui du maréchal des logis Lucien Duval.
HENRIETTE. Mon frère!...
MAXIME. Votre frère!... (Il Vembrasse vivement.)
HENRIETTE, toute confuse. Ah! Monsieur...
PAUL. Permettez, lieutenant; une telle liberté...
MAXIME. C'est une dette que j'acquitte, et, pour celles-là, je suis toujours en fonds... Oui, j'ai promis au petit maréchal des logis que, si le hasard me faisait rencontrer sa sœur, je l'embrasserais pour lui... Je crois même qu'il m'a chargé de deux baisers.
PAUL. Lieutenant, finissez donc votre histoire.
MAXIME. Mon Dieu, vous savez tout... Pour le moment, on ne se bat pas, ou peu; et nous nous ennuyons à périr... C'est alors que les souvenirs de Paris reprennent le dessus... On en parle jour et nuit...
kïv d'Une Fille d'Eve.
Ayant mené trop plantureuse vie, Plus d'un dandy comme moi s'éclipsa; Si bien qu'en somme, on est eu Algérie Pas mal de Gand, pas mal de l'Opéra.
L'esprit tient bon, la démarche est agile. Et le passé se rappelle en riant; Bref, c'est Paris, oui, c'est )a grande ville. Moins le plaisir, hélas 1 et moins l'argent... Bref, c'est Paris, oui, c'est la grande ville, Moins le plaisir, et, surtout, moins l'argent!
On s'exalte, on se monte la tête les uns les autres... Je dépérissais à vue d'œil... Mes chefs m'ont accordé un congé de convalescence, et je suis parti sur-le-champ... J'avais hâte de revoir les petits cabinets de la Maison-d'Or et d'entendre l'orchestre de Musard... Musard le Grand!... Mais, à peine de retour, une ancienne dette allait me faire perdre ma liberté, quand vous êtes venu à mon aide avec un entraînement, une cordialité que je n'oublierai de ma vie.
PAUL. Ne parlons plus de ça, lieutenant.
MAXIME. Si fait, parlons-en... Vous ne me connaissiez pas... et quand même vous m'eussiez connu... Savez-vous ce que le lieutenant Maxime
UN SPAÏlï,
Grandier possède en ce monde?,.. Sa solde, ci... ceci,
HENRIETTE. Une trcsse.
MAXIME. Faite avec In crinière de Gazella... Pour me séparer d'elle, il faudrait je ne sais quoi... Mais c'est assez parier de moi; parlons de vcu.s, mes amis... vous m'avez permis de vous donner ce titre?
PAUL ET HENRIETTE. Oh! de tOUt CŒUf.
MAXIME, à Paul Et, pour commencer par vous, savez-vous que vous m'étonnez... Gomment, vous êtes jeune, vous avez de l'argent, et vous voulez quitter Paris!...
PAUL. Un désespoir amoureux...
MAXIME. J'en ai eu terriblement dans ma vie, mais ils n'allaient pas jusque-là. (Se tournant vers Henrieife.) Ne rougissez pas, ma jolie demoiselle... je me doutais déjà de la chose, et je me doute encore que les obstacles ne viennent pas de vous.
HENRIETTE. Oh! non.
PAUL. Mais de mes nobles parents, le comte et la comtesse de Rochebrune, qui trouvent cette alliance disproportionnée.
MAXIME. Ah! oui, je devine... Toujours la môme histoire. (Tranquillement.) J'arrangerai cela.
PAUL, avec joie. Vous avez donc du pouvoir sur mon oncle?
MAXIME. Je ne le connais pas.
HENRIETTE. Sur madame la comtesse?
MAXIME. Pas davantage... Mais, Henriette, j'ai promis deux choses à votre frère en le quittant : la première, de vous embrasser...
PAUL, vivement. C'est fait!
MAXIME. Ah! oui... c'est fait. La seconde de contribuer à assurer votre bonheur... ça se fera.
HENRIETTE. Ah ! VOUS êtcs un excellent homme!...
Air nouveau de M. Charles de Dufort.
Douce puissance
De l'espérance !
Lorsque tout, ce matin, Était douleur, chagriu,
Une voix amie
Vient, nous fortifie; La peine disparaît, f Près (le vous on renaît !
ENSEMBLE