ACTE I , SCÈNE III
FRANK
Vous parlez de grandeur, et vous parlez de gloire. Aurai-je des trésors ? l'homme dans sa mémoire ,
Gardera-t-il mon souvenir ?
Répondez, répondez, avant que je m'éveille.
Déroulez-moi ce qui sommeille
Dans l'océan de l'avenir !
LA VOIX
Voici l'heure où le cœur libre d'inquiétude , Tu te levais jadis pour reprendre l'étude , Tes pensers de la veille et tes travaux du jour. Seul, poursuivant tout bas tes chimères d'amour, Tu gagnais lentement la maison solitaire Où ta Déidamia veillait près de sa mère. Frank , tu venais t'asseoir au paisible foyer. Raconter tes chagrins , sinon les oublier. Tous deux sans espérance , et dans la solitude , Enfans, vous vous aimiez , — et bientôt Thabitude Tous les jours , malgré toi , t'enseigna ce chemin 5 — Car l'habitude est tout au pauvre cœur humain.
FRANK
Esprit , il est trop tard , j'ai brûlé ma chaumière î
LA VOIX
Repens-toi ! repens-toi !
FRANK
Non ! non ! j'ai tout perdu.
LA VOIX
Repens-toi ! repens-toi !
FRANK
Non! j'ai maudit mon père.
LA VOIX
Alors , lève-toi donc , car ton jour est venu.
{Le soleil paraît ; Frank s^ éveille; Stranio , jeune palatin , et sa maîtresse Monna Belcolore , passent à cheval. )
STRANIO.
Holà, dérange-toi, manant, pour que je passe !
FRANK
Attends que je me lève, et prends jjarde à tes pas.
STRANIO.
Chien , lève-toi plus vite, ou reste sur la place.
FRANK
Tout beau , l'homme à cheval , — tu ne passeras pas. Dégaîne-moi ton sabre , ou c'est fait de ta vie. Allons , pare ceci.
{Ils se battent, Stranio tombe.)