‹ Un spectacle dans un fauteuilChapitre 24 sur 82 · GUNTHER · texte numérisé non relu

GUNTHER

Seigneur, mon cher seigneur, pourquoi ces regards sombres ': Le vin coule et circule. — Entendez-vous ces chants? Des convives joyeux je vois flotter les ombres , Derrière ces vitraux de feuxiesplendissans.

LE CHOEUR , à lajenclre.

Frank, pourquoi tardes-tu? — Gunther, si notre troupe Ne fait pas , sous ce toit , peur à vos cheveux blancs, Soyez le bien-venu pour vider une coupe. Nous sommes assez vieux pour oublier les ans.

GUNTHEK .

La pâleur de la mort est sur votre visage , Seigneur. — D'un noir souci votre esprit occupe Méconnaît-il ma voix? — de quel sombre nuage Les rêves de la nuit Tont-ils enveloppé?

FRANK

Fatigué de la route et du bruit de la guerre ,

Ce matin de mon camp je me suis écarté :

J'avais soif j mon cheval marchait dans la poussière j

Et sur le bord dun puits je me suis arrêté.

J'ai trouvé sur un banc une femme endormie.

Une pauvre laitière , un enfant de quinze ans ,

Que je connais', Gunther. — Sa mère est mon amie.

J'ai passé de beaux jours chez ces bons paysans.

Le cher ange dormait les lèvres demi-closes. — ■

(Les lèvres des cnfans s'ouvrent, comme les roses,

Au souffle de la nuit). ■ — Ses petits Lras lassés

Avaient dans son panier roulé les mains ouvertes.

D'herbes et d'églantine elles étaient couvertes.

De quel rêve enfantin ses sens étaient bercés ,

Je l'ignore. — On eut ditqu'en tombantsur sa couche,

Elle avait à moitié laissé quelque chanson ,

Qui revenait encor voltiger sur sa bouche ,

Comme un oiseau léger sur la fleur d'un buisson.

Nous étions seuls. — J'ai pris ses deux mains dans lesmienm

Je me suis incliné , — sans l'éveiller pourtant. — '

0 Gunther ! J'ai posé mes lèvres sur les siennes ,

Et puis je suis parti , pleurant comme un enfant.

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