‹ Un spectacle dans un fauteuilChapitre 25 sur 82 · SERVITEURS · texte numérisé non relu

SERVITEURS

Que l'on apporte ici les cierges et la bière. Souvenez-vous surtout que c'est moi qu'on enterre , Moi , capitaine Frank , mort hier dans un duel. Pas un mot, — ni regard, — ni haussement d'épaules ; Pas un seul mouvement qui sorte de vos rûlcs.

Songez-y. — Je le veux.

( Les serviteurs s'en vont. ) Eh bien ! juge éternel, Je viens l'interroger. J^es transports de la fièvre N'agitent pas mon sein. — Je ne viens ni railler. Ni profaner la mort. — J'agis sans conseiller. Regarde, et réponds-moi. — Je fais comme l'orfèvre Qui frappe sur sa touche une pièce dargent. Il reconnaît au son la pure fonderie ; Et moi je viens savoir quel son rendra ma vie, Quand je la frapperai sur ce froid monument. Déjà le jour paraît ; — le soldat sort des tentes. Maintenant le bois vert chante dans le foyer ; Les rames du pêcheur et du contrebandier Se lèvent , de terreur et d'espoir palpitantes. Quelle agitation , quel bruit dans la cité ! Quel monstre remuant que celte humanité ! Sous ces dix mille toits, que de corps, que d'entrailles ! Que de sueurs sans but , que de sang, que de fiel ' Sais-tu pourquoi tu dors et pourquoi tu travailles , Vieux monstre aux mille pieds , qui te crois éternel ? Cet honnête cercueil a quelques pieds , je pense, De plus que mon berceau. — Voilà leur différence. Ah ! pourquoi mon esprit va-t-il toujours devant , Lorsque mon corps agit ! Pourquoi dans ma poitrine Ai-je un ver travailleur , qui toujours creuse et mine ,

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