‹ Un spectacle dans un fauteuilChapitre 33 sur 82 · ACTE IV · texte numérisé non relu

ACTE IV

Oui, c'était ma pensée ; — était-ce aussi la vôtre, l^rovidence de Dieu, que tout allait finir ?

Et toi , morne tombeau , lu m'ouvres ta mâchoire. Tu ris , spectre affamé. Je n'ai pas peur de toi. Je renierai l'amour , la fortune et la gloire ; Mais je crois au néant, comme je crois en moi. Le soleil le sait bien , qu'il n'est sous sa lumière Qu'une immortalité , celle de la matière. La poussière est à Dieu ; — le reste est au hasard. Qu'a fait le vent du nord des cendres de César? Une herbe, un grain de blé, mon Dieu, voilà la vie. Mais moi , fils du hasard , moi Frank , avoir été Un petit monde , un tout , une forme pétrie , Une lampe où brûlait l'ardente volonté , Et que rien , après moi , ne reste sur le sable , Où l'ombre de mon corps se promène ici-bas ? Rien ! pas même un enfant , un être périssable ! — Rien qui puisse y clouer la trace de mes pas! Rien qui puisse crier d'une voix éternelle A ceux qui téteront la commune mamelle : Moi , votre frère aîné, je m'y suis suspendu ! Je l'ai tétée aussi , la vivace marâtre ; Elle m'a , comme à vous , livré son sein d'albâtre ; — Et pourtant, jour de Dieu , si je l'avais mordu? Si je l'avais mordu, le sein de la nourrice; Si je l'avais meurtri d'une telle façon

Qu'elle en puisse à jamais garder la cicatrice , Et montrer sur son cœur les dents du nourrisson ? Qu'importe le moyen, pourvu qu'on s'en souvienne;' Le bien a pour tombeau l'ingratitude humaine. Le mal est plus solide : Erostrate a raison. Empédocle a vaincu les héros de l'histoire , Le jour qu'en se lançant dans le cœur de l'Etna, Du plat de sa sandale il souffleta la gloire, Et la lit trébucher si bien , qu'elle y tomba. Que lui faisait le reste ? Il a prouvé sa force. Les siècles maintenant peuvent se remplacer j Il a si bien gravé son chiffre sur l'écorce Que l'arbre peut changer de peau sans l'effacer. Les parchemins sacrés poun-iront dans les livres ; Les marbres tomberont comme des hommes ivres , Et la langue d'un peuple avec lui s'éteindra. Mais le nom de cet homme est comme ime momie , Sous les baumes puissans pour toujours endormie , Sur laquelle jamais l'herlte ne poussera.

— Je ne veux pas mourir. — Regarde-moi, Nature. Ce sont deux bras nerveux que j'agite dans l'air. C'est dans tous tes néants que jai trempé l'armine Qui me protégera de ton glaive de fer. J'ai faim. — Je ne veux pas quitter l'hôtellerie. Allons , qu'on se remue , et qu'on me rassasie , Ou sinon je me fais l'intendant de ma faim.

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