‹ Un spectacle dans un fauteuilChapitre 34 sur 82 · ACTE IV · texte numérisé non relu

ACTE IV

i'reiuls-y garde; je pars. — N'importe le chemiti. — Je marcherai , — j'irai — partout où l'ame humaine Est en spectacle, et souffre. — Ah ! la haine , la haine ! La seule passion qui survive à Tespoir ! Tu m'as déjà hanté, boiteuse au manteau noir. Nous nous sommes connus sous la maison de chaume j Mais je ne croyais pas que ton paie fantôme , De tous ceux qui dans l'air voltigeaient avec toi, Dût être le dernier qui restât près de moi.

Eh Lien ! haise-moi donc , triste et fidèle amie. Tu vois , j'ai soulevé les voiles de ma vie. — Nous partirons enseniLle ; — et toi qui me suivras , Comme une sœur pieuse , aux plus lointains climats , Tu seras mon asile et mon expérience.

Si le doute , ce fruit tardif et sans saveur , Est le dernier qu'on cueille à l'arbre de science , Qu'ai-je à faire de plus , moi qui le porte au cœur ? Le doute ! il est partout , et le courant l'entraîne Ce linceul transparent, que l'incrédulité Sur le bord de la tombe a laissé par pitié Au cadavre flétri de l'espérance humaine ! —

0 siècles à venir ! quel est donc votre sort? La gloire comme uneombi'e au ciel est remontée. — L'amour n'existe plus; — la vie est dévastée , — Et l'homme , resté seul , ne croit plus qu'à la mort.

Tels que dans un pillage . en un jour de colère ,

On voit , à la lueur d'un flambeau funéraire , Des meurtriers courbés clans un silence affreux, Egorger une vierge, — et dans ses longs cheveux Plonger leurs mains de sang. — La frêle créature Tombe comme un roseau sur ses bras mutilés : Tels les analyseurs égorgent la nature Silencieusement , sous les cieux dépeuplés.

Que restera-t-il , enfans de nos entrailles , Le jour où vous viendrez suivre les funérailles De cette moribonde et vieille humanité ? Ah ! tu nous maudiras, pâle postérité ! Nos femmes ne mettront que des vieillards au monde. Ils frapperont la terre avant de s'y coucher; Puis ils crieront .î Dieu : Père , elle était féconde. A qui donc as-tu dit de nous la dessécher?

Mais vous , analyseurs, persévérans sophistes. Quand vous aurez tari tous les puits des déserts , Quand vous aurez prouvé que ce large univers N'est qu'un mort étendu sous les anatomistes j Quand vous nous aurez fait de la création Un cimetière en ordre, où tout aura sa place, Où vous aurez sculpté , de votre main de glace , Sur tous les monumens la même inscription ; Vous, que ferez-vous donc , dans les sombres allées De ce jardin muet? — Les plantes désolées Ne voudront plus aimer, nourrir, ni concevoir; —

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