ACTE I, SCÈNE IV
FLORA
Mettez-le , s'il vous plait , Dans ce petit coin-là , sur votre cœur , ma belle. [Elle le lui met dans son sein.)
\ NINON
Tu sais donc ce que c'est?
FLORA
Moi, non, je n'en sais rien.
{Ninon sort en courant.)
NINETTE
Qu'as-tu dit à ma sœur , et pourquoi s'en va-t-elle ?
FLORA, tirant un autre billet.
Tenez , lisez ceci.
NINETTE
Pourquoi ? Je le veux bien.
Mais qu'est-ce que c'est donc ?
FLORA
Lisez toujours, ma chère.
Mais prenez garde à vous. — J'aperçois votre père ; Allez vous enfermer dans votre appartement.
NINETTE
Pourquoi ?
Vous lirez mieux , et plus commodénienl. (Elles sortent. Entrent Laerte et Silvio.)
Je crois que notre abord met ces dames en fuite. Ah ! monseigneur, j'ai peur de leur avoir déplu.
Bon, bon, laissez-les fuir, — vousleur plairez bien vite. Dites-moi, mon ami, dans votre temps perdu N'avez-vous jamais fait la cour à quelques belles? Quel moyen preniez-vous pour dompter les cruelles?
Père , ne raillez pas, je me défendrais mal.
Bien que je sois sorti d'un sang méridional.
Jamais les imbroglios, ni les galanteries.
Ni l'art mystérieux des douces flatteries ,
Ce bel art d'être aimé , ne m'ont appartenu.
Je vivrai sous le ciel comme j'y suis venu.
Un serrement de main, un regard de clémence ,
Une larme , un soupir , voilà pour moi l'amour ;
Et j'aimerai dix ans comme le premier jour.
J'ai de la passion , et n'ai point déloquence.
Mes rivaux, sous mes yeux, sauront plaire et charmer.