ACTE I, SCÈNE IV. 1 4:J
Je resterai muet; — moi , je ne sais qu'aimer.
LAERTE
Les femmes cependant tiemaudent autre chose. Rien plus, sans les aimer, du moment que Ion ose , On leur plait. La faiblesse est si chère à leur cœur Qu'il leur faut un combat, pour avoir un vainqueur. Croyez-moi , j'ai connu ces êtres variables. Il n'existe , dit-on , ni deux feuilles semblables , Ni deux cœurs faits de même, et moi, je vous promets Qu'en en séduisant une on séduit tout un monde. L'une aura les pieds plats , l'autre la jambe ronde , Mais la communauté ne changera jamais.
Avez-vous jamais vu les courses d'Angleterre? On prend quatre coureurs, — quatre chevaux sellés ; On leur montre un clocher , puis on leur dit : allez ! Il s'agit d'arriver, — n'importe la manière. L'un choisit un ravin, — l'autre un chemin battu. Celui-ci gagnera s'il ne rencontre un fleuve , Celui-là fera mieux, s'il n'a le cou rompu. Tel est l'amour, Silvio; — lamour est une épreuve; Il faut aller au but , — • la femme est le clocher. Prenez garde au torrent, prenez garde au rocher; Faites ce qui vous plait , le but est immobile. Mais croyez que c'est prendre une peine inutile Que de rester en place et de crier bien fort : Clocher! clocher! je t'aime, arrive ou je suis mort.
SILVIO
Je sens la vérité de votre parabole.
Mais si je ne puis rien trouver, même en parole,
Que pourrai-je valoir, seigneur, en action?
Tout le réel pour moi n'est qu'une fiction ;
Je suis dans un salon comme ime mandoline,
Oubliée en passant sur le bord d'un coussin.
Elle renferme en elle une langue divine ,
Mais si son maître dort , tout reste dans son sein.
LAERTE
Ecoutez donc alors ce qu'il vous faudra faire. Recevoir un mari de la main de son père , Pour une jeune fille est un pauvre régal. C'est un serpent doré qu'un anneau conjugal. C'est dans les nuits d'été , sur une mince échelle , Une épée à la main , un manteau sur les yeux , Qu'une enfant de quinze ans rêve ses amoureux. Avant de se montrer, il faut leur apparaître. IjC père ouvre la porte au matériel époux , Mais toujours l'idéal entre par la fenêtre. Voilà, mon cher Silvio, ce que j'attends de vous. Connaissez-vous l'escrime?
SILVIO
Oui , je tire l'épée.
Et pour le pistolet vous tuez la poupée ,