ACTE II, SCÈNE I
Effeuillez lentement cette ignorance heureuse.
Si vous saviez quel tort se font bien des maris ,
En se livrant , dans l'ombre , à des secrets infâmes !
Pour le fatal plaisir d'assimiler leurs femmes
Aux femmes sans pudeur dont il les ont appris !
Ils ne leur laissent plus de neuf que l'adultère.
Si vous étiez ainsi , j'aimerais mieux Irus.
Rappelez-vous ces mois , qui sont dans l'IIespérus : « Respectez votre femme , amassez de la tei're >i Autour de cette fleur prête à s'épanouir; » Mais nen laissez jamais tomber dans son calice. »
SILVIO
Mon père, embrassez-moi. — Je vois le ciel s'ouvrir.
LAERTE
Vous êtes, mon enfant, plus blanc qu'une génisse ; Votre bon petit cœur est plus pur que son lait ; Vous vous en défiez , et c'est ce qui me plait. Croyez-en un vieillard qui vous donne sa fille. Puisque je vous ai j)ris pour lemplir ma famille , Fiez-vous à mon choix. — Je ne me trompe pas.
SILVlO.
Jja lumière s'en va de fenêtre en fenêtre.
LAERTE
L'heure va donc sonner. --Mon fils, viens dans mesbras.
158 A QUOI nÊVENT LES JEDNES FILLES.
SILVIO
Elle se perd dans l'ombre ; elle va disparaître.
LAERTE
Ton rôle est bien appris ? Tu n'as rien oublié ?
La lumière s'éteint.
LAERTE
Bravo ! l'heure est veimc.
Suivons tout doucement le mur de l'avenue. Allons, mon chevalier, sur la pointe du pied.
( Exeunt. \