SCÈNE CINQUIÈME
Le jariliu.
LAERTE , seul.
3IonDieu! tu m'as béni. — Tu m'as donné deux filles.
Autour de mon trésor je nai jamais veillé.
Tu me l'avais donné , — je te l'ai confié.
Je ne suis point venu sur les barreaux des grilles
Briser les ailes d'or de leur virginité.
J'ai laissé dans leur sein fleurir ta volonté.
La vigilance humaine est une triste affaire.
C'est la tienne, 6 mon Dieu ! qui n'a jamais dormi.
Mes enfans sont ii toi; je leur savais un père,
J'ai voulu seulement leur donner un ami.
Tu les as vu grandir, — tu les as faites belles. De leurs bras enfantins, comme deux sœurs fidèles. Elles ont entouré leur frère à cheveux blancs. Aux forces du vieillard leur sève s'est unie; Ces deux fardeaux si doux suspendus à sa vie Le font vers son tombeau marcher à pas plus lents.
La nature aujourd'hui leur ouvre son mystère. Ces beaux fruits en tombant vont perdre la poussière
Qui dorait au soleil leur parfum velouté. L'amour va déflorer leurs tiges chancelantes. Je te livre, ô mon Dieu! ces deux herbes tremblantes, Donne-leur le bonheur, si je Tai mérité.
( On entend deux coups depistolet.
Qui se bat par ici ? Quel est donc ce tapage ?
{Iras entre, la tête enveloppée de son mouchoir, Spadille portant son chapeau , et Quinola sa pcrrmiue.)
Que diantre faites-vous dans ce sot équipage , Mon neveu ?
IRUS
Je suis mort. Il vient de me viser.
LAERTE
Il était bien matin , Irus , pour vous griser.
IRUS
Regardez mon chapeau , vous y verrez sa balle.
LAERTE
Alors votre chapeau se meurt , mais non pas vous,
{Entrent Ninon et Ninettc, toutes deux vêtues en religieuses, ) Que nous veut à présent cet habit de vestale ? Sommes-nous par hasard à riiôpilal des fous?