‹ Un spectacle dans un fauteuilChapitre 78 sur 82 · XL VIII · texte numérisé non relu

XL VIII

Ah ! cest un grand malheur quand on a le cœur tendre ,

Oue ce lien de fer que la nature a mis

Entre lame et le corps , ces frères ennemis !

Ce qui m'étonne, moi , c'est que Dieu l'ait permis.

Voilà le n(ieud gordien qu'il fallait qu'Alexandre

Rompît de son épée, et réduisît en cendre.

Lame et le corps , hélas ! ils iront deux à deux. Tant que le monde ira, — pas à pas, — côte à côte, — Comme sen Tont les vers classiques et les bœufs. L"un disant : « Tu fais mal ! » et l'autre : « C'est ta faute ! Ah ! misérable hôtesse , et plus misérable hôte ! Ce n'est \raimcnt pas vrai que tout soit pour le mieux.

tl2

Et la preuve , lecteur , la preuve irrécusable

Que ce monde est mauvais , c'est que pour y rester

Il a fallu s'en faire un autre, et l'inventer.

Un autre ! — monde étrange , absurde , inhabitable .

Et qui, pour valoir mieux que le seul véritable ,

N'a pas même un instant eu besoin d'exister.

Oui, oui, n'en doutez pas, c'est un plaisir perfide Que d'enivrer son ame avec le vin des sens; Que de baiser au front la volupté timide , Et de laisser tomber , comme la jeune Elfride , La clé d'or de son cœur dans les eaux des torrens. Heureux celui qui met dans de pareils moraens,

Page 1