‹ Un système d'organisation socialeChapitre 12 sur 75 · HOMMES DE PEINE · texte numérisé non relu

HOMMES DE PEINE

Balayeurs.

B»lise)irs.

Bardeurs.

Bateliers.

Calfats.

Camioneurs.

Charretiers.

Chauffeurs.

Cochers.

Colporteurs.

Commis. ^

Commissionnaires,

Concierges.

Conducteurs.

Courriers.

Crieurs.

Crocheteurs.

Croque-morts.

Éclusiers.

Emballeurs.

Expéditionnaires.

Gardes.

Gardiens.

Geôliers.

Halliers.

Huissiers.

Infirmiers.

Magasiniers.

Mesureurs.

Peseurs,

Piqueurs.

Pompiers.

PostiHpns.

Ramoneurs.

Soldats.

Valets.

Veilleurs.

Voituriers.

Voyageurs.

12e GATltoORIE D*|£lEGTEURS.

HOSIHES d'amusements.

Acrobates.

Écuyers.

Ministres des cultes.

Àéronautes.

Gagistes.

Musiciens.

Allumeurs.

Jongleurs.

Ouvreurs.

Balldnniers.

Maîtres de danse.

Saltiml^nques.

Chanteurs.

Maîtres de natation.

Souffleurs.

Choristes.

Ménétriers.

Quand les masses seraient ainsi divisées par corporations respectives^ depuis le laboureur jusqu'à Thomme de science^ il faudrait procéder à leur dénombrement dans tous les départements de France, afin que le chiffre des candidats que chacun devrait fournir dans chaque catégorie, comme représentants directs de ses intérêts, fût arrêté d'une manière juste, c'est-à-dire proportionnelle.

Les corporations qui ne seraient pas assez nombreuses pour avoir des députés s'adjoindraient à celles qui auraient le plus de rapport avec elles. Il serait, au reste, fort aisé, au moyen d'un tableau de statistique qu'il m'est impossible de consiiller en ce moment, d'indiquer aux diverses catégories d'industiie, d'après le dénombre-

ment de leur population, le chifTre exact des représen* tants qu'elles devraient élire.

Puis, les élections auraient lieu dans la forme suivante :

Tous les individus faisant partie d'une même corporation, ou adjoints à une autre, pour le motif indiqué plus haut, s'assembleraient, au jour fixé, au chef-lieu de canton, afin de donner leurs votes a un ou plusieurs des citoyens qui se seraient le plus distingués dans la partie des sciences, lettres ou arts k laquelle appartient leur spécialité, de telle sorte, par exemple, que les laboureurs, incapables par eux-mêmes de preodre part aux travaux du corps représentatif, choisissent leurs députés parmi les citoyens qui se seraient le plus recommandés dans leurs divers départements par leur savoir dans la chimie, la géologie^ enfin toutes les autres branches de l'histoire naturelle qui peuvent se rapporter k l'agriculture. Les votes tCMninés, les présidents, qui seraient les doyens d'âge, en feraient le recensement, le publieraient et enverraient la liste aux directeurs d'arrondissement qui, après avoir fait k lem* tour le recensement total des cantons, et l'avoir rendu public, en remettraient la liste aux directoires de département.

Enfin , ceux-ci , après les mêmes formalités , enverraient la liste générale au membre du pouvoir exécutif chai*gé des suffrages. (En attendant que ce pouvoir fût constitué , le dépouillement aurait lieu dans chaque chef-lieu de département, et la presse, pour cetle première et unique fois, tiendrait lieu du fonclionnaire encore innommé.) Puis, le recensement général aurait lieu k l'Assemblée nationale; et ceux-lk seraient pro-

clamés députés qui auraient obtenu plus de voix de leurs corporations, proportionnellement au nombre 4es membres dont elles seraient composées. Ainsi, par exemple, s'il fallait dix députés dans une corporation, ce seraient les dix candidats qui auraient proportiQniiellement et successivement obtenu le plus de suffrages dans toute rétendue de la France, qui seraient proclaaiés.

Je sais bien qu'on ne manquera pas de s'élever contre ce nouveau mode d'élections, et d'alléguer à la fois l'ignorance des représentants dans les spécialités dont les intérêts leur seraient confiés, leur nombre prodigieux, et enfin cet intérêt respectif des corporations. Mais il ne me sera pas difficile de répondre.

D'abord, ainsi que je Tai déjà dit, les corporations ne pourraient reposer leur choix que sur les capacités les plus distinguées dans la partie scientifique, littéraire ou artistique de laquelle dépendraient leurs spécialités, et ces capacités seraient toujours assez ouvertes d^ailleurs, pourvu qu'elles conçussent bien les intérêts des individus et des lieux qu'elles auraient été appelées a protéger. A coup sûr, ces nouveaux représentants seraient plus instruits sous ce rapport, et, par conséquent, mieux a leur place que la plupart de nos centriers d'aujourd'hui, dont toute la science, en fait d'économie politique, se borne k l'exploitation du budget, à la défense de vieux privilèges et au morcellement de toqtes les libertés. S'ils n'avaient pas, du reste, dès leur entrée dans la carrière, toute l'instruction désirable dans la spécialité dont ils seraient appelés à défendre les intérêts, cette instruction se compléterait d'autant plus vite que les fonctions de représentant excluant toutes les

autres, les études pourraient être plus continues et plus spéciales. Prévenus, entln, que leurs enfants seraient un jour peut-être appelés à remplir le mémo rôle qu'eux, ces représentants veilleraient avec sollicitude à ce qu'ils profitassent de l'éducation que la Nation, leur donnerait gratuitement, comme on le verra tout à l'heure.

Quant a l'inconvénient *du nombre, je me contenterai de dire, pour l'écarter promptement, que les élus, fussent-ils trois mille, payés cinq mille francs par an chacun, le total de leurs dépenses ne composerah pas plus de la moitié d'une liste civile ordinaire.

Enfin, pour ce qui est de Tintérét respectif des corporations, je demanderai si les meilleures lois (on verra, du reste, par la suite, qu'il n'en faudra pas beaucoup pour régir une société comme celle que je vais édifier) ne sont pas celles qui protègent le plus les intérêts particuliers, et si quelqu'un au monde est susceptible de mieux connaître ceux de chaque corporation que les citoyens spéciaux qu elles se sont choisis elles-mêmes. On pourrait être assuré que tous ceux qui obtiendraient les honneurs de la députation, non-seulement représenteraient les intérêts de leurs mandataires, mais qu'ils représenteraient, en outre, ceux de la société tout entière, puisque ce serait de l'ensemble des suffrages des corporations respectives que dépendrait l'élection.

Dans la certitude réciproque où seraient alors les représentants d'avoir été choisis par la volonté libre de la totalité des corporations, et non par telle ou telle intrigue, et que, par conséquent, chaque collègue serait homme de mérite et de bonne foi, ils appeleraient la

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confiance k leurs assemblées. La crainte des déceptions, des fourberies, des colères, des vengeances, en un mot, de tout l'attirail dont se fait suivre l'agiotage ministériel, disparaîtrait de leur cercle ; et la raison et le sens, c'est- k-dire l'indépendance prendrait la place de la ruse, de Tastuce, du mensonge et de la nullité qui siègent aujourd'hui.

Puis, j'ajouterai que, par ce nouveau système d'élections, la Nation entière, et non une fraction benjamine, étant vraiment représentée, puisque chacune des corporations dont se composent les douze catégories, nommerait ses députés particuliers , pourrait se considérer alors comme positivement souveraine. En outre, la corruption, si habile k se glisser partout, ne saurait, sous un semblable mode, trouver ni instrument ni objet. Toutes les fonctions administratives étant, ainsi qu'on le verra tout k l'heure, distribuées au concours, au lieu d'être, comme aujourd'hui, k la disposition du pouvoir exécutif, les votants resteraient dans l'indépendance la plus complète ; et les disproportions de fortune devenues fort rares, ou du moins fort peu considérables, ainsi que je le démontrerai plus bas^ il n'existerait d'autre moyen de captation que celui de la supériorité de tialent, de la prééminence de mérite.

Voilk comment je souhaiterais que débutât la Nation, après son triomphe sur le pouvoir actuel ! Et quand le corps représentatif aurait été ainsi organisé, ce serait k lui k agir ; car, tout ce qui sortirait de ses mains serait désormais légitime.

Et d'abord, je voudrais qu'il s'occupât de faire une Constitution dans laquelle fut k tout jamais garantie la

souveraineté populaire; qui, non-seulement énonçât, mais encore rendît mévitable l'Egalité sociale, par suite des conventions organiques et explicatives dont elle serait composée ; car, les articles de loi ne sont qu'un amas de caractères typographiques, quand les modes d'exécution leur manquent.

N'est-ce pas, en effet, une véritable dérision aujourd'hui de prétendre que le Peuple est souverain, tandis qu'une immense partie de ce Peuple n'a droit de faire connaître sa volonté sur aucune question ; tandis qu'il y a k la tète de ce Peuple un homme appelé président qui, sans prendre d'autre avis que le sien propre ou celui d'une majorité aristocratique, dispose k toute heure des forces de terre et de mer, nomme directement les membres du pouvoir exécutif, dont il n'est censé pourtant que le chef, les préfets, les sou&-préfets , un grand nombre d'autres magistrats, et indirectement, c'est-k-dire, par l'influence de ses ministres, la totalité des fonctionnaires subalternes ; tandis que cet homme, souverain bien réel de TEtat , malgré l'article de la Constitution qui adjuge la puissance suprême k un autre souverain constamment muet et méconnu, reste parfaitement le maître de diriger la chose publique k son caprice, nanti qu'il est de tous les moyens d'exécution et de coercition ?

Je voudrais que le pouvoir représentatif, devenant pouvoir constituant, s'occupât, avant tout, k dresser un nouveau contrat social ; que ce contrat renfermât, nonseulement renoncé de la souveraineté nationale, mais indiquât et consacrât, comme lois organiques, les trois moyens de rendre cette souveraineté a jamais impéris-

sable, c'est-k-dire que la Nationalisation du sol, la Classification des citoyens, et enfin Flnstruction gratuite devinssent les clauses essentielles de cette nouvelle Constitution, comme étant les seuls et infaillibles agents de TEgalité sociale et partant de la souveraineté populaire. Je voudrais, enfin, que les articles de cette Constitution, sauf les considérants, les réflexions ou les explications dont je crois devoir les faire précéder ou suivre, fussent à peu près rédigés comme on va le voir dans le chapitre subséquent.

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