‹ Un système d'organisation socialeChapitre 24 sur 75 · ENSEIGNEMENT · texte numérisé non relu

ENSEIGNEMENT

Attendu (|ue toute éducation doit avoir pour but de former des hommes sociables, c'est-à-dire de bons citoyens du pays auquel ils appartiennent, et, de plus, de les rendre propres, par avance, aux relations qu'ils sont destinés k entretenir avec leurs contemporains étrangers ;

Attendu que l'instruction qui est donnée aujourd'hui dans presque toutes les écoles consiste principalement dans l'étude de langues et de mœurs anciennes dont l'usage est totalement perdu ; qu'au lieu de former la jeunesse k vivre selon l'époque présente, le mode vi-

cieux (le renseignement la livre h de fatales et tronn penses occupations, et lui prépare, à son insu, le plus sinistre avenir; qu ainsi, le double résultat attendu est ' tout à fait manqué ;

Attendu quMl convient de placer enfin au rang qu'ils doivent occuper chez les peuples modernes ces riches idiomes qui civilisèrent, il est vrai, l'Occident, après la trop longue domination des Barbares, mais dont VOccicident pourrait se passer aujourd'hui, grâce k Taccroissement de ses propres lumières ;

Attendu que, sans vouloir laisser tomber dans un ingrfll oubli ces chefs-d'œuvre respectables de l'antiquité chez lesquels nous avons puisé les nôtres, il faut, par une prudente disposition, en réserver Tétude aux jeunes gens qui doivent en faire leur spécialité, en se vouant soit au professorat, soit aux lettres, ou bien à ceux qui, ayant déjà une spécialité, voudront, par goût, dépasser les limites de l'instruction qu'elle a exigée ;

Attendu qu'il est inutile de contraindre les jeunes esprits à remonter le cours obscur des àge^, pour chercher des lumières qui s'échappent par torrents dans le siècle où nous vivons; que Tantiquité ignora presque toutes les sciences, ou vit seulement au berceau le peu qu'elle en connut, tandis que notre époque les possède toutes, que chaque jour leur fait faire un progrès, et que certaines touchent pour ainsi dire k la perfection ; qu'il est plus essentiel que les jeunes gens étudient leur propre langue et celles des Nations contemporaines qu'ils doivent fréquenter que des langues k jamais déchues et qui n'existent plus que dans les livres ;

Attendu que, si les siècles qui précédèrent le nôtre.

produisirent de brillants génies dans les lettres, les armes et les arts, nous avons aussi une foule d^intelligences supérieures, de belles âmes et de sublimes na« tures a proposer pour modèles ; que d'ailleurs une société bien organisée, c'est-à-dire, qui a pour but la paix entre tous ses membres, le bonheur particulier de chacim d'eux, et une fraternité de rapports avec tous les autres corps sociaux, doit bien plutôt chercher k se composer une postérité laborieuse et productive qu'une génération de capitaines, de poètes et d'orateurs ;

Attendu que, pour pouvoir se procurer une existence honnête et paisible dans une société quelconque, il faut d'abord s'y montrer utile, et que, pour cela, la connaissance des besoins, des ressources, des mœurs, des industries, en un mot, de toutes les choses présentes, est plus essentielle que la plus profonde érudition sur l'histoire de Nations éteintes, érudition qui ne saurait subvenir k la moindre nécessité de la vie ;

Attendu, enfin, qu'Athènes n'est plus au temps de Périclès, ni Rome a celui d'Auguste ; que la première de ces deux antiques maîtresses du monde commence k peine k sortir de ses ruines et de l'abrutissement dans lequel ejle est demeurée plongée durant tant de siècles de servitude ; que la deuxième, entièrement dégénérée, et réduite k la splendeur de son ancien nom, n'est plus que le siège d'un pontife, l'atelier du sculpteur et l'étape de l'étranger curieux ; que nos descendants ne sont pas d'ailleurs destinés k aller habiter leurs murailles relevées ; qu'il s'agit, k l'heyre présente, de fabriquer des hommes qui ne soient ni grecs ni latins, mais bien des hommes actuels et nationaux ;

ARTICLE PREMIER

Le système d'enseignement adopté jusqu'à ce jouf dans nos écoles est changé. Ce qui fut regardé par la routine scolastique comme la piètre fondamentale de réducation, n'en sera plus considéré désormais que comme une partie respective ou comme un ornement.

Toutes les connaissances que doit acquérir un homme forcé de jouer un rôle utile' dans son corps social deviennent les premiers et principaux objets des travaux gradués de Tenfance.

Les méthodes d'enseignement ne sont adoptées qu'en vertu d'une loi. Elles sont proposées k l'Assemblée Représentative par les membres de l'Académie suprême.

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