ACTE TROISIÈME
Le théâtre représente le Jar^ dès Oliviers.
JUDAS, seul.,
JUDAS
Ils n'y sont point. En \ain, pour découvrir leur trace»
Du jardin, en tout sens, j'ai traversé respace ;
Nul n'a paru... Peut être ils me soupçonnent tous ?....
Peut-être, en n'assignant fe lieu pour rendez-vous.
De moi;, par un mensonge, ils voulaient se défaire ?...:
trahison ! Eh quoi ! je perdrais mon salaire?
Ces beaux deniers comptant que m*a promis Malebus
•M'échapperaient? Non, non; il me les faut, Jésus)
C'est assez que, tantôt, dans son humeur rebelle,
flérode, avec dédain, t^il repoussé mon zèle ;
Ce zèle, par un autre, à la fin, mieux compris,
Doit, car le ciel est juste, avoir Fon digne prix.
En attendant Tépoque où, connu de Tibère,
Je pourrai des faveurs parcourir la carrière.
Et jusqu'au ^eih des cours hasarder mon début.
Percevons aujourd*hui notre premier tribut !
Quun seul mot, qu'un seul geste indiquent leur retraite î
Que leur cbef soit livré! ma récompense est prête.
C'est ainsi convenu. Mais il faut me bâter.
Déjà le capitaine attend pour rarréter.
11 veut, sur mon avis, prompt à saisir le traître,
Du complot avorté, dans une heure, être ma!(re.
Ne perdons point de temps! Abandonnons ces lieux !
Découvrons, au plus têt, l'endroit mystérieux
Où ces fous, espérant tromper ma vigilance,
On^pu se réunir! .. Vers moi qui donc s'avance?
C'est Magdeleine! ê Ciel! ne nous éloignons point !
]ifagdeleine au jardin ? Jésus n'en est pas loin !
Il l« /^((Ç derrière t^n mamf et écoute.
ScàNE Xt.
JtDAS cacW, MAGéÊLElNE, SARAH.
VAGDELEINB.'
J'ai failli mi trahir. De ma trop vive flamme
Le secret, malgré moi, s'échappait de mon An-e.
Un seul instant de plus, s'il se fût arrêté, Sarah, c'en éiait fait ma honte eut éclaté* La crainte des périls irù sa vertu l'engage, L^espoir qu'un- tendra aveu retiendrait son courage, Sans cesse , dominant la voix de U pudeur, De mes feiix m'excitaient à déceler Tardeur.
11 est si douloureux d'aimer et de le taire !
• SÀtAH.
Sans doute ; mais, madame, il est si doux de plaire - Et, pour y réussir, quand on n'a qu'à vouloir. Quand on peut, d'un coup d'œil toujours sûr d'émouvoir, Transformer en bonheur sa muette souffrance, Doit on se plaindre ?
XAGDBLBIFni.
En^nt, tu me crois la puissance De fléchir, d'un regard, la mâle austérité D'un cœur qui, pour suffire à son immensité.
Dédaignant sur la femme une conquête vaine.
Comprend dans «on amour toute la race humaine, Embrasse et le présent et la postérité.
Enfin veut l'infini pour sa captivité?
Sur un tel cœur,- dis-mor, crois-tu que Magdeleine, Une... fille du peuple... une Samaritaine Puisse, à sa volonté, prendre quelque crédit. Exercer quelque droit ?
SARAH
Je vous l'ai déjà dit :
Oui, madame, je crois que le bonheur suprême A, depuis bien longtemps'!, dépendu devoùs^néolQ. J'ignore qui de nous en une âme lit mieux.; Mais ce héros n'est point indomptable à mes yeul. ' J'ai reconnu de l'homme à travers sa eagesse ; Magdeleihe, à coup sûr, en secret l'intéresse ; . ' Et, certes, comme vous, si je savais- bharmer,. J'ordonnerais, sans peur, que l'on eût à m*aimer. •- Ici, dans un instant, le raattré va se rendra ;
Essayez un soupir ! Il saura le Comprendre.
jvvxSf à part.
J entends. Ici, bientôt, le mattre doit venir. Le capitaine attend : courons le prévenir !
Il êorifiirlivemenié
sqànrx nx.
MAGDELËINË , SARÂH.
1ÎÀGDELEINS.
Que dis- ta, ma Sarah > qoeHe erreur est la tienne ? Par quel enchantement veux-tu que je parvienne^ A dominer ee- chef qui, ployant tout sons lui, ' «. De la liberté smile est esclave aujourd'hui ? Emmanuel n'est pas de ces héros vulgaires Que peuvent enchaîner des attraits ordinaire?, Qui, soumis, par instinct, à de fougueux désirs^ Né cherchent dans Tamour que de grossiers plaisirs. Pour lancer à son cœur l' électrique éQncelle, Plût à Dieu, ma Sarah, qu'il suffit d*élre belle I Magdeleine^ pem-élre^ aurait droit d*espérer; Mais..
Que vous manque-t-il ^our vous faire adorer?
- HAGI>ELEUVE.
Sarah ! «[uel aveu tu më forces à faire !
A Jésus, dis-le moi, puis-je espérer de plaire?
Crois-tu qu'en m'injectant son fébrile poison^
L'amour, avec la paix^ m'ait ôté la raison ?
Ai-je donc oublié (fatale destinée ! )
Que je fus à ^'opprobre, en naissant, condamnée ;
Que ropprobr:e e^t jaa route, et qu'en vain de Thomievr
Li^-fibce n'est point morte et vibre dans mon cœur?
Qu'importe que je sois aujourd'hui chaste et purel
Du fAssé rien ne doit effacer la souillure.
Bien plus que .|a .vertu ïe^ préjugés sont forts !
Eh! quê.peuvea^ les. pleurs ? nul ne. croit aux remords.
S'il est yï9^, cependant, que du cœur vient H Çaute,
Qui,.plVftque pipi,. pourrait marcher la tête haute?
Quand ai-)e. été coupable?... Ah! souvenir cruel !
A peine je aortai^ du. giron maternel., A peine, succédant aux grâces enfantines.
En moi se dessinaient j^s focmes féminines ; A peine au tendre lys de la virginité Se mariaient les fleurs dei la -nubilité ; Déjà d'affreux conseils, ui\e atroce licence, -. Polluant, par calcul , ma timide innocence, Etouffaàenit dans non xœiif. jusqu'à l'insiinct du bien , Et me persuadaient que la vertu n'est rien.
Sous le tb)tipa(erael> au foyc^ dé Camille, ■ . Dans cet à^ile saint qù îbonneur d*UDe ûiiè, Sûr de trouver un bras orèl k le protéger, Doit, dit-on, s*abriter à 1 heure du dan^r, Moi, je ne rencontrai que Técole du vice.
De ma perte chacun se taisait. le complice.
Je ne trouvais partout qtié pièges séducteurs, Que discours outrageants , qu'exemples corrupteurs. Tantôt, pour mieux capter mon enfonce incrédule, Des vertus esquissant un portrait ridicule,
. Qq. osait, à mes yeux, flétrir la obastelé. C'était la triste part des vierges sans beauté Qui, jamais d'un assaut n'ayant connu ia gloire, Maudissaient, dans leur cœur, une fausse victoire* Tantôt, pour m'iuspirer les goûts capricieux Qu'étale hardiment un sexe glorieux.
On faiiiait, devant moi, scintiller les parures I|ont s'ornent, sans rougir, ces triste» créatures Qui, Uvranl à l'encan leurs plus secrets trésors;, 'A l'orgueil de l'habit ont dévoué le corps. * V ;^.. Tantôt, enfin, Sarah, sur mon &me enoer neuve
'^La f rièrè exerçait sa dangereuse épreuve.
Be$ tendres sentiments on prenait le moyen* De la famille, alors, on vantait le lien. Pouvant, s'il me plaisait, rendre la mienne heureuse> M'étais-jè pas ingrate, eU restant ver tseuseï? A ceux dont je tenais le souffle animateur Ne devais-je pas toutp
SARAH
Oh ! langage imposteur !
Mais, pourquoi ne pas fuir cette idiput'e atmosphère ?
ÉAGDÊLEIMB.
Où pouvais-je porter mes pleurs et msl'fni$èi*e ?
Mon sort dut s'accomplir, lin marché criminel
Fixa de mes refus le tértadkbtennel.
A Porç|re.méprisé,suc(;^da la menace.
Tremblant^, à deux genouic^ en.^ain j'implorai gràc^ :
La débauche à mon seuil se présenta squdaip^..'; .
L'œil en feu, le teint biéme, et ^elor dans b^mâwi»
Aux serres du vautour que peut une colombe ? \ .
Dans sa lutte tMgfile il faut qu^ém ^uecombe. . .
Mes prières, me^ cns« mes plaintes, mes efforl^i . «
Att lijeu de; tempérer ses lubriques traôspor.lpj'
De rinDImé acheteur dont je'devins la proie^^ ; '^ ." ',
Paraissak^ ayivior tes ardeurs et U jo^*}.^
A la rosé, à la fin^ le Iftche ayatit recours» * ' ' '
D*an perfide breuvage emprunta le secours ; Et, pendant le sommeil d*une Innocente ivresse, D*un dieu que j'ignorais je devins la prétresse ! Ma Sarah, tu gémis à ce récit cruel :.
Mon destin t'attendrit.
SARAH
Hélas ! le mien fut tel.
Oui, lee mêmes complots, une pareille lutte, De nia vertu, madame, ont préc-édé la chute.
 peine je fus vierge. Un noble, un grand seigneur; De mes attraits naissants, dont il briguait la fleur, ^ Par le cœur, ayant vu la conquête impossible, Usa d'un talisman au pauvre irrési>tib)e.
De cet or, dont jamais le timbre dangereux Des miens n*avait troublé les pénates heureux. Ne pouvant triompher des dédains de U fille, Le serpent essaya de tenter la famille, Et n'y parvint que trop. Oh ! que d*affreux combats ' Furent aftrs livrés ! Mais, comme vous, hélas ! Je résistais en vain. Par un noir artifice.
Comme vous, je me vis traînée au sacrifice!
MAGDBLBINB.
ciel ! ï ton insu s*accompllt ton malheur ?
SARAH
<)ui, madame.
* MAGDBLKllfB.
Et quel fut ton ; cruel séducteur ?
SARAH
Le croiriez -vous?... Judas.
MAGDBLBIKB.
Qui ? Ce Judas itifàiue i)ont le seul souvenir bouleverse motil ànie ? - Ce Judas qui, jadis, soiis un nom plus puissant/ Affectait dans Sion un luxe éblouissant^ £t qui, depuis, usé par le crime et Torgie^ Des Césars n'ayant ^Itis une seule ef$gle, ' . Du milieu fortuné des terrestres élus ' Est tombé dans un rang d'où l'on ne tombe pltl^ ? Ce Judas qui, partout, pour le perdre peut-être, ,^ En pécheur dégui>>éj suit aujourd'hui le maître ? .
8JlRtH.
Lui-même.
MAGDELBINB.
Eh bien! Sarah, ma compagne^ ma sœur, Ce fut aussi ce lâche et crîiel ravisseur Qui,, lorsqu'un doux nectar me tenait endormie, Sans me donner l'amour, me donna l'infamie*
SARAH
crime ! Et voilà donc la justice aujourd'hui ! Aux plus vils scélérats elle prête un appui; Et, sur un seul soupçon, aux pauvres prolétaires. Pour un fétu volé fait ouvrir ses galères I
MAGDELBINB.
Oh î Si Jésus pouvait, dans toute sfi noirceur, - Connaître oe Judas qui me fait tant borreor i Il ignore à quel point cet homme est misérable*
8ABAH.
Madame, à tous les |;rands, moi,, je le crois semblable. .
SI l'on pouvait ouvrir le cœur l^barisien,
Peut-être, sans y voir un scrupule de bien,
Y découvrirait-on ^tous les maux de la terre.
Le vol, l'assassinat, le rapt et l'adultère.
Judas me fait frémir, mais ne m'étonne pas ;.
Tous les grands, à mes yeux, $ont autant de judas.
Quand le sort contre lui nous aurait abritées.
Eussions- nous, par quelque autre, été plus respectées?
Sitôt que dans la vie elle prend son essor,
La beauté prolétaire, éphémère trésor,
Par cent pièges brillants vers sa perte entraînée,
Doit, hétas .' tôt on lard, subir «a destinée :
Heureuse si, parfois, son ravimur. discret,
O'un triomphe brutal conservant le secret,
La laisse devenir, par ses baisers meurtrie,
Da l'artisan trompé, la compagne flétrie 1
MAGDELRIIfB.
Sarah, de nos maux l'horrible idendité.
Te rend plus chère encore à mon cœur attristé.
Our, c'est vrai, dans le peuple il est peu de familles
Dont for pharisien n'ait perverti (es fiHes.
Nos seigneurs éhontés's'en vanteht dans leurs. jeux.:
La beauté qui natt pauvre est un hochet pour eok.
SAftAH.
Hélas! toujours placée au bord. du précipice , Elle n'a pour s'enfuir titxe lie' Sentier du vice !
|Ii.ÇDKLElNE.
Par moî-m.éme,ît'est yi^aj/je l'ai trop liîîeir tppHs.
Depuis ce j(fnr fataî où mon honneui* sûtrii^ns Me fit, aux yeux de tous, coupable et non victime, Que n'aî^je point tenté pôtrr' sortir de Tabime? En vain,:je demandai, frappant à l*a,telier, 4 vivre saintement d'un bonnéie métier;. . ' ^ L*ateUer .repoussa mon ardéntf prière- Quel salaire a, d'ailleurs, une jeune ouvrière?. Le vil prix qu'on accorde à ses rudes efférts De son être, avec peine, entretient les ressorts. En vain, le désespoir pie rendant énergique, . J'impJorai, ma Sarah, la charité publique} '■ La charilé se tut. Oui, juor hosieur» €% vaki ^ Aux riebes, à geftonx , me. fit teikdre la nnaliK Les riches rarement consentent à l'aumône :
Ils veulent que leurs éma passent par la matrone ! Hélas ! combien de fois, dans l'ombre, au pied des murs, J'ai, tremblante, affamée^ iirvoqaé cereoBUrs tjhkré! - Gomme la jeune fleur' dbnt la tige est bleôlsée,' Et qui, près de mourir^ tiédi la tête baissée/ - En attendant du ciel ttri suc réparateur.
Que de temps, sans loucher l'avare spectatiebr, J*ai lanpuf dhasta-honte t... 6ma SafaH fidète., ■' Je ii'-efiKterais plus, si je n'eusse été béUe !
De ces temps orageux .chassons leisonvenir, . Madame !. et ne songfBons qjj'au bonheur à venir ! " Parlons de cet^ amourajyyourd'Aui votre mailfi^ '!
Hélas l j'ai cru longtemps ne le: 'jamais conndfà^é* Mais un jour que, livrée à' l'horreur de m(m* sort, ' Je suppliais le ciel d^ m'envoyer la mort , J'entendis (soit l'effet a'o'n' rêve, soit mystère I) Une voix qui me.jditJ « Jille d'Eve,: espère ! -. < » Espère 1 11 esi ttn:]l«j?me à.t/outes les douleurs. . : 9 Le Oiéu qfiè|t« mi^u4is yjiendra .sécher tes pleurs^ » La vierge foe lai rusa-et la daim ont perdue ,> » Ifar l'amour, au hpniheur, un jour, ser^. rendue» »-' Et jce. beau jour 9 hiL l l^puis au'ËmiDai^iuifljt. A jeté sa pensée aux pauvres d'Dsram * '
J'ai senti , recueîUanl sa parole de flamme , •
Par un baume divin cicatriser mon àme.
Dans cette &9i«, ea un mot,.ràroour s'est élancé ;
Et j'ai béni ee Dieu <fui m'était annoncé^j
Ce Dieu qui, jusqu'alors, à mes yeux si terrible»
M'arnit, sur son autel» reconnue impassible.
€e '.que jamais ni l'or, ni les traits enchanteurs »
Ni Ms serments outrés de mille adorateurs
N'avaient pu, d'un coup d'oeil, sans doute involontaire >
D'un seul mot, prononcié sans le dessein de plaire ,
Emmanuel le fît., le frémis à sa voix ;
Mon «OBur se révéla pour la première fois ;
J'ainuii !••• Mais,.i6 crois pas, toi qui connais ma vie>
Que désormais plus loin je poiusse mon envie !
Non. C'est là, ma Sarah, que s'arrêtent mes vœux.
Le bonàeur d'aimer seule est le seul que je veux 1
Peut-^tre, Emmanuel, da^s sa haute sagesse ,
Rougirait^ se. sacbaat l'objet de ma tendresse.
Quelque innocent qu'il soit^ par cela qu'il est mien »
Ce cœur n'a plus le droit de s'adresser au sien :
Le passé dqmI entre eux un étemel obstacle. ,
C'est ainsi , ma Sarah , que j'explique l'oracle !
Voir, entendre, adorer secrètement Jésus .•
M'est Assex de bonheur, et je n'en veux pas plus. ~
De mon amour, qui sait? L'horrible confidence
Le pourrait éloigner ! Ah !. gardons le silence 1
Le voici ! Viens! Fuyons sous ces iouffes de fleurs !
Il m'intecregerait : dérobons-kii mes pleurs i
JÉSUS, LES APOTRES, «{ceepîé Judm. '
JÉSUS
Venez , amis ! Venez recevoir'l* lumière !
Soyez bien attenUfe à ma leçon 'dernière!
' PIERRB.
Parlez, maHrelPaclez, sauveur du genre humain 1 \ Du bonheur icHb^efrayez-DOtts le chemin, j .. ./
... JIÊBIJSU '
Ayant pour lui le droit , la force et le courage
Un^pi" -'" — ^ '* "^"' ~ ''"*■" -"—'—'
Mais,
Frères, ce n'est pas tout que combattre avec gloire ; Il faut connaître rart d'exploiter la victoire. Ëh f Qu'importe, en effet, que, lassé de son sort, Pour le changer, un peuple os^ invoquer la mort ? Qu'en héros furieux s'élahçant de rahtme.
Il tente, au grand soleil, une lutte sublime ?
eu'il attaque, en bras nus, les hordes des tyrans ?. ' u'il proclame ses droits sur des corps expirants ? Qu'il triomphe, en un mot ? Si sf»n règne éphémère Passe aussi promptement que sa sainte colère ; Si , quand son désespoir l'a rendu souverain, Quand le glaive étincelle ou fume dans sa main, Quand il tient sous son pied ses pâtes adversaires. Se laissant déss^rmer par des serments vulgaires , Vainqueur trop ignorant, à des fers toujours prêts H livre, de nouveau, ses robustes |)olgnets ? Son mal n'est pas détruit : il n'a fait que le vaincre. Du remède, avant tout, sachez donc vous convaincre! . Sachez par quels moyens un peuple révolté Doit, après le combat, sauver sa liberté !
Frères , vous le voyez, la destinée humaine ' De soucis dévorants n est qu'une longue chaîne. Depuis que, reniant leur propre dienité.
Les mortels ont entre eux détruit régaHté, Tel' qu'un affreux vautour, s'élançànt sur la terre, Le mal les a saisis dans sa puissante serre.
A peine ce saint droit par le sang établi^ Ce niveau fraternel fut chez eux aboli; Que tout, s'armant dors d'une juste vengeance, Sembla vouloir punir leur lâche déchéance.
Cette terre, autrefois séjour délicieux, Où chacun vivait libre, en attendant les cieux, N'offrit plus désormais, planète désolée, Qu'un enfer où gémit leur race étiolée.
L(*s nobles sentiments s'envolèrent soudain, £t le vil intérêt resta seul souverain!
Un essaim parasite, un groupe sacrilège, Transformant la justice en adroit privilège, :- " Sous sa trompeuse égide ardent spéculateur^ : Ayant tout envahi, se fil conservateur; El changeant, grâce aux loisique vous allez combattre, Notre mère commune en injuste marâtre, Parvint, par ses larcins légalement transmis ; • •; ' - A diviser iê sol en deux camps; enneoMS.
Dans l'un, toujours bercés sur des fluts d'abondance , Les Césars et tous ceux qui flanquent leur puissance, . Au milieu des festins, des spectacles, des jeux, Traversant Texistence ainsi qu'uni songe heureux,' Des langes au linceul n'oift qu'iuie longue ivreèse»' ' La débauche, Torgueil, le loié, la paresse, - - '
Là, toujours, protégés par de vivants remparts, Des trésors d'iei-bas tout, eux-mêmes, Ivurs parts :
Dans l'autre, sous 4es traits ûétris par la misère ,* Toiîs les fiU affamés de la race. ouvrière , Battus par les chagrins, brisés par les travaux. Attendent que la mort meite fin à leurs maux ; Car les maux seuls formant leur inique partage^ Il tarde a ces martyrs d'achever le voyage.
Les uns, comme tributs d'usuraires crédits , Ont les droits, les honneurs, les titre.'i, les profits, Les délices du coeur et de rintelligence.
Ces aimables loisirs qui doublent Texistence, Les palais élégants, tes meubles fostueux , Les vivres délicats , jés habits somptueux , Les chevaux, et les chars, et les serfs, et les femmes, Tout, hormi la vertu transfuge de leurs âmes :
Les autres ont, pour prix de leurs constants labeurs» Le spectacle de ceux qu^engraissent leurs sueurs.
Encore un coup,annis, la famjl.le mortelle, Depuis qu'elle a faussé cette loi fraternelle, A subi, jusqu'à nous, de si grands cbaoKements Qu'elle enferme, à la fin, deux êtres différents, Deux types bien distincts, deuxjraces opposées, Par les moeurs, l'intérêt et le sort divisées, Dont Tune v4t, goûtant les biens do paradis.
Dont l'autre meurt^. traînant la chaîne des maudits. Qui, loin de s'avouer un seul peuple de frères, S'eslimanl rejetons de tiges étrangères, Pensent que, de tout temps, un sévère destin, D'après l'ordre actuel classa le genre humain.
rh bien ! à tant d*orgueil, à tant de flétrissure» A ce.bonteux écart des lois de la nature, A ce désordre enfin de la société.
Il n'est qu'un seul moteur : C'est la Propriété ! Elle seule, attisant l'instinct de l'égoïsme. Par peur de réaoilé, soldant le despotisme.
Concentrant la lumière et la félicité.
Entretient le fléau de rinégalilé*
C'est donc sur elle, amîj, que^ d'un zèle uniforme. Il vous faudra, d'abord, appliquer la réforme. '
Sitôt qu'à la merci de l'esclave en courroux. Trop lâches pour mourir, et tombant à genoux, Les tyrans garrottés imploreront leur grâce ; Dès que le peuple, enfin,. seul maître de la place, Pourra, sûr les débris du trône ensanglanté.
Debout et l'arme au poing, dicter sa volonté, Qu'il soit formé, soudain, un conseil directoire Composé des héros surgis danç la victoire !
Que, sur son prompt appel, le peuple tout entier. De monarque, à son tour, exerçant le métier.
Pour tromper les efforù d'une aristocratie.
Habile à profiter de son impérilié,
Prêt à nomner les chefs de fi^n nouveau destin;
Par corps d^at rangé, se présente au scrutin!
Et, pour anéantir un parti trop \ivace,
Qiie chacun soit tenb decAiOisir dans sablasse!
Ainsi, le peuple aura de vrais représientants,
Et de ses intérêts des défeliseurs constante.
Qu'aux dépens du trésor, la nouteUe «ssemblée» Au siège souverain une fois rasstttablé^, Pour rendre son pouvoir plus simple et plus actif, J ' ,' Choisisse, dans ses rangs» nu froupé'exécutif ; De ses faits contrôlés le rende .res|^dtoble, \ Et se montre, en tout temps, son juge impitoyable! ' -^ Unhommeseulpourraitj'piacédans'UDtel'raifg, ^
Essayer, quelque jour, de se faire tyran ; * Il vaut mieux, prévenant la mortelle faiblesse. Empêcher du pouvoir la dangereuse, ivresse. -
Qu'enfin, prêt à passer, ainsi constitué, A l'œuvre pour laquelle il fut institué, €e sénat tout-puissant, car il est léf^time.
Montant à là hauteur de son mandat subtime, Déclare que le soi, nourricier général.
De la famille humaine est le vaste arsenal, Que les droits sont communs sur la terre comfnme^ Qu'il n'existe, en un mot, qu'une seule lortune!
Pour atteindre ce but, sans bouleversémenl.
Modérant, toutefois, un juste empressement-, Il doit, avec lenteur préparant son ouvrage, Abolir cette loi qu'on nomme d'héritage.
Laissant chacun jouir tout le temps qo'iL vivra,, ^
Du bien de ses aïeux, pirisque un jour il mourra* ' - ^ A tout ce qui respire épargnant la olessure.
Qu'il n'adresse ses coups qu'à la race future ! -'
Cette race est sans droits. L'enfant,d'ailleurs,]^ltt0ftBrdS ; En arrivant au monde, y trouvera sapà^. '
En attendant l'époque oii la race actuelle ^ ^''^ Ayant toute subi la sentence mortelle, ' ' ■*
Le sol, du joug privé chaque jour affranchi , . '
N*aura d'autre exploiteur que l'Etat enrichi, *
Que l'Etat, s'emparant des biens de la couronne, Rançonnant, sans pitié, les favoris du trône. Enfin, sur tous les grands levant de lourds impôts» Du nouveau souverain assure te repos !
Que, par lui, Vexistence, aujourd'hui si précaire. Soit, d'abord, garantie au peuple prolétaire^ . [
Et qu'au pauvre, à qui l'âge intendit le progrès, Le pain soit octroyé par les premiers décrets ! ' '[
Pour chasser Tignerance et ses Croyances folles; " [ Qu'il ouvrO; sans tarder, d'innrembrablea écoles ! ' *:*
Car la lamière est tout ; et la postérité , Jamais, sans sdb flariibean, n^aurait l'égalité* .
Que des métiers, des arts, des lettras, éts stteiMeA» Sagement gradués pour les intetligenoes, Par ordre, le talent détermine le choix , .
Et que le seul mérite assigne les emplMS ! = . Libre de parcourir leur échelle infime^ . Chacun devra son sort à son propre génie,* Et nul, à quelque rang qu'il se.travve claasé,- . N'aura le droit, ainsi, de se dira^hlîissé*
Quand l'Etat, héritier de la famille éteinte, Sera du sol en lier 'possesseur sans contrainte. Qu'il serve alors de père à tous les citoyens. Et de la vie à tous dis;^ense les moyens I Qu'unique détenteur des matières premières , Assurance traVafil aux masses «uvrières, Fournissant les outils, élevant les cbantiersy ■ \ Se proclamant patron de tous les ateliers , Tarifant la main-d'œuvre, en soldant le salaire, Et des divers produits restant propriétaire^^ Dans des bazards brillants du luxe industriel, Il devienne, lui seul, marchand oniverseU
scisMs ▼.
LES MÊMES, Judas t Malehuêyêoléalêf êf cachant derrière
les massifs ei écoutanL
JÉSUS
Alors, les nations, détruisant leurs frontières^ Remplaçant , ^ar Tamotir, les guerres meurtrières, . Entre çlles cimentant de fraternels rapports , Et de leur industrie échangeant les trésors.
Sous un gouvernement fondé par des lois ^ges^ Goûteront le bonheur commun aux premiers âges. Alors, ce globe obscur, où tout paraît abject, Reprendra , sous le ciel , son riche ël noble aspect. Alors, Thomme, affranchi d*tftf intérêt profane,'^ '>
Par le palais bientôt remplaçant la cabane , Fertilisant le sol, en étanchant ses eaux, Rendant l'air plus salubre, en creusant des canaux ^ Des liqueurs et des mets produifs en abondance Sachant analyser la saine l)ienfaîsance.
Surveillant des tissus l'exquise propreté , Avivant les plaisirs par leur variété , Enfin, par son génie, fhépuisable mine.
Au travail de ses bras condamnant la machine ,
i^gmentant, par la paix , la somme de ses jours , Et do progrès des arts accélérant le cours , Refera de la terre une planète heureuse.
L'existence, en un mot, y sera si joyeuse, Par la Fraternité, par Tamour, par rhvmen , Que chacun se croira roi d'un nouvel Lden !
MALCHUS, paraisiant nvee êes soMati et Judas qui court em-
broêser Jésus,
Oui. Mais, en attendant l'époque énijgmatique Où chacun sera roi sur cette terre antique , Vous le savez, Jésus , il est un empereur, • Dont il faut qye chacun respecte la grandeur; £t , puisque trop pressé de /raochir la distance , Vous osez de CéFar oublier la puissance , Par son ordre, à l'instant , je viens vous arrêter,
PIERRB, iaisissant Malchuê et le désarmante L'arrêter ? Vil esclave, (^e donc le tenter !
XALCHUS, se débattant.
A moi, soldats!
JÉSUS, s* interposant entre les apôtres et les soldats qui en
viennent aux mains,
Ârois !
PIERRE, aux apôtres qu'il excite en désignant Jésus.
Voulez-vous qu'il périsse ?
JÉSUS, à Pierre, au milieu des apôtres, qui se ^mêlent aux soldats et cherchent à les désarmer»
Calme-toi, Pierre! il faut que mon sort s'accomplisse. Si les Pharisiens m'immolent sous leurs coups , Qu'importe ! Mon esprit restera parmi vous.