PILATE
Accusateur, poursuivez votre office !
Le tribunal écoute : éclairez 8a justice !
GAIPHB.
emporterai
instrument, Isiv S'est supposée rhonnêur de rinitialive.
Oui , Seigneurs, grâce à nous, le voilà dans les fers Ce chef qui méditait tant de forfaits divers , Qui, cette nuit, sur.vous portant sa main hardie. Devait de la révolte allumer rincendieî Vous le tenez! Eh bien! arbitres de son sort , £n le jugeant, songez qu'il tramait votre morl! Songez que l'ordre exige une justice prompte! Et que c'est par la peur que le peuple se dompte.
{Se tonrnant vers Jésus»)
"Vous le savez, Jésus : c'est seulement sur vous Que nous voulons.: des lois appeler le courroux. C'est contre l'inventeur de cette théorie Qui n'admet ni pouvoir^ ni parents, ni patries, Qui , sans cesse, annonçant un meilleur avenir, Promettant un bonheur imposfibU» à tenir, Par l'effroi qu'ont jeté ses adeptes sriMvages, A, déjà, sur l'Egypte amassé ta.it trora.ires, C'est, dis-je, contre vous «]iie nous vouio.is >: \ir. Les pauvres, quV-n secret voi.s ^ùIl's a-servir. Demeurent innocents d<i vos projets sii»i5.lri s : Ils n'en eussent été que les. grossiers miiii»lres. • Vous seul , en vous plaçant au-dessus de la loi , De ces infortunés pervertis>ant la foi , Des dieux leur enseignant à nier l'existenrp, Et vous-même 4'un dieu vous donnant rinfluence; Vous seul , de l'ordre humain insolent contempteur, Osant du monde entier vous poser rédempteur, Devez, en attaquant et les cieux et la terre, Du sacré tribunal redouter ki colère.
Quoi ! vous ne respectez ni sentiments ni droilt^? Vous nommez les plus sainte des préjtigés élroil&-? La gloire du pays, l'amour de la fam.lle.
La richesse, llionnetir, enfin, lout ce gui brille, Ne parait, à vos yeux, que vaine illusion, Que prodNÎt de l^irgueil et de l'abjecUon; Qu'effet de la misère et de la tyrannie ?
Vous voyez dans les rangs une infâme ironie?
L'ordre actuel vous semble établi sur Terreur ? Vous excitez le serf à se faire voleur?
Vous proclamez qu*il doit, pour sortir d'esclavage, Procéder par le feu, le fer et le pillage?
Et ce n'est point assez d'employer le discours. Au fait vous préteniez, vous-même, avoir reco|iFS? Ne vous a-t-on pas vu, dans vos accès de rage. Des paroles, parfois, en venir à Toutrage ?
Enfin, n'écoutant plus qu'un transport criminel, N'avez-vous pas, un jour, armé d'un fouet cruel. Et, passant tout à coup, du précepte à l'exemple , Avec mépris, chassé tous les marchands du temple? Quelle audace ! Quel crime à jamais odieux !
Et quel forfait plus grand nous menaçait ! 6 Dieux ! J'en frémis; et je viens, au nom de la justice. De la croix, contre vous, réclamer le supplice.
{Se tournant vers les juges).
Oui, Seigneurs, il importe au salut d'Israël Que vous rendiez bientôt un arrêt solennel, li importe à nos dieux, à César, à vous-mêmes, De l'bo.neur ici-ba«» véritables emblèmes, Il importe au commerce, à là propriété, A la famille, enfin, à la société.
Que ce Juif dangereux, que ce rêveur féroce, Sur la croix attaché, rende son âme atroce.
Condamnez à la cf-oix Jésus de Nazareth !
Ainsi le veut, Seigneurs, le commun intérêt. ' "^"^
J'ai dit.
^ fllIàTjB.
Nazaréen, vous pouvez vous défendre^ Répondez au discours que vous venez d'entendre ! Mais, parlez sagement! Surtout, n'oubliez pas Le respect rigoureux qu'on doit aux magistrats! On vous écoute.
JÉSUS, se levant.
A quoi peut servir la défense A l'accusé qu'on a condamné par avance?
Ce semblant de justice est une lâcheté.
Dans vos esprits mon sort n'eM-il pas arrêté? Ma cause est-elle donc une cause ordinaire?
Pour vous, Jésus est-il vn scélérat vulgaire ?
Non. Vous le savez trop, Scribes, Pharisiens : Ici-bas, pour quiconque ose attaquer vos bit* ns, Et prétend, défenseur des droits sacrés de rbomme. De vos palais dorés aux humbles toits de chaume, Faire passer un jour Tinflexible niveau.
Il n'est point de justice : il n*est que le poteau ! Gangrenés, en naissant, par un vu égoîsme, Comme tyrans futurs, dressés a\i despotisme, Vous avez tant vécu sous le culte du mal,
Su'j^ vos yeux, aujourd'hui, le bien est anormal, n vain vous paile-t-on des lois de la nature. Des saints droits départis à chaque créature : Un sordide intérêt aux plaintes vous rend sourds ; Pour les ouïr, d'ailleurs, vos instants sont trop courts.
Si, faisant, toutefois, trêve à vos jouissances, Si, laissant librement parier vos consciences, Vous daigniez consentir, du haut de vos grandeurs, Â consulter dVn bas les poignantes douleurs.
Peut-être, le remords agissant sur vos âmes, Trouveriez-vous, S igneurs, mes projets moins infâmes; Ou^sî, ToBil toujours sec, le cœur atrophié.
Devant un tel tableau vous restiez sans pitié. Peut-être, ayant peu foi dans les destins fragiles, Rendriez-vous, des ce jour, les combats inutiles ; £t, dans son désespoir, craignant le genre humain^ * Par prudence, du moins, lui tf ndriez-vous U main.
Riches j en ce moment, Ifs maîtres de la terre, Des pauvres, vos martyrs, contemplez la misère! Voyez combien de maux sont sur eux déversés !
Examinez, d'abord, dan» les champs dispersés. Aux plus rudes labeurs voués, sans intermèdes. Ces innocents colons, sorte de quadrupèdes.
Que la peine, avant Page, a courbés vers le sol! Bétail humain conquis par l'astuce et le vol, Outils vivants qu*cn paix exploitent quelques traîtres, Meubles de chair s'usant au service de maîtres^ Par quel crime ont-ils donc, en irritant le ciel. Mérité d'accomplir un destin si cruel?
A moins qu'au brusque appel des trompettes guerrièrcF, Contraints d'abandonner leurs lointaines chaumières, Ils n'aillent, queic^ue jour, transformés en soldats, . Par un sang prodigué dans, de hideux combats, De leurs fiers oppresseurs défendre la puissance, Et cimenter, aini^i, leur propre dépendance.
Les voilà, presque nus dans toutes les saisons^ Enchaînés, à jamais, aux mêmes horizons.
Ayant, pour tout abri, des cabanes malsaines, Ou la pluie et les vents, filtrant par mille veines. Attaquent, à l'envi, leurs membres barrasses ! Les voilà, sans espoir d'être, un jour, délassés,
Par un travail con3tant attachés à la terre.
L'arrosant, sans prolH, de leur sueur amère, Venant bientôt, bêlas 1 à bout de leur^ efforts, , Ne pouvant la fouiller, reogr.aifiser de leur corps ! De cette terre, enfin, quand leur force succonobe» Les voilà posi^édant Tespace d'Une tombe !
Il semble que leur vie est bornée aux besoins De la plante ou du bœuf, leurs tacites témoins ; Qu'ils furent condamnés, dans leur carrièro inculte^ A pousser et grandir par cette sève occulte Dont la nature, aux soins constamment avfsës; A pourvus, en secret, les corps organisés; Car, la chair des troupeaux sortis de leu^s étabîes» Et la saveur des fruits qui surchargent vos tables^ Sont, en tout temps, d'un prix trop élevé pour eux. Et doivent substanter leurs maîtres paresseux. Sans les rares épis qui tombent de la gerbe, Combien on en verrait réduits à brouter Tberbe ! Infortunés t Ils n*ont dans leur isolement.
Que les tristes douceurs d'un \\\ accouplement* Les spectacles qu'au ciel figureiit les nuages^ Le fracas des torrents qu'eufantepi les orages, Le murmure des bois, le .«ilence oés nuits, De la nature, enfin, les calmes onj^ bruits Les viennent, seuls, distraire en l^r carrière active* Pour tout savoir ils ont la raison |ftimitive. Le vieux monde, pour eux, est encore au berceau; La lumière languit sous le grossier boisseau. De l'école, en efftît, leur race étant bannie. Comment comprendraient-ils les progrès du génie? De la machine, hélas I jouaut le rôle d>scor, Ignorants du passé, sans espoir du futur, Me pouvant réfléchir à leur dignité d'homme* Fascinés par les noms de César et de Rome, Courbés craintivement sous le glaive de lois Qui, même à leur îu.nu, les accablent parfois ^ d^oumis avec respect, aux volontés du maître, Tremblants devant des dieux, dont un avide bré(re Cherche à' les effiayer,dans leur destin fatal, ' Quel bien retirent-ils de T^lat social.
De cet état fondé par peur de l'esclavage ?
Mieux eut valu, pour eux, l'existence sauvage ! Car les droits naturels que chacun a perdus^ Lui resteraient, du moins.
caIphe, $e levani brvsquemenU
Seigneurs!
LB PEUPLE, avec iramporl.
Tive Jésus !
gaTpiv,
Stfignenrs, si riâa ne doii eol^aver U défende, , RicQ ne «aurait, non plus, endormir la prudence. Des débats elle veui que j'aiTéti* le cours.
VoHS pouvez de Jtsus entendre les discours :
Sa parole, pour vous, n'a nul danger, sans do^. Il n en est pas ainsi du peuple qui l'écoute. Cet élan spomiané, qui s'échappe à propos, Voys prouve assez, Je croi^, l'urgence du hiÙS-blOS. Jésus peut achever ce qui lui rt^sle i> dire; Hais, je requiers qu'avant le peuple se retire. .
paA^B, t^rêi avùir prit favit 4t$ jugt*.
Cardes, éconduisez ce public indist^l!