IMPRIMEURS-ÉDITEURS
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UN
« Livre de Guerre contenant soixante plans, qui par leurs figures représentent les cinq principales actions militaires, qui sont le camper, marcher et combattre, attaquer et deffendre les places, ensuite un estât gênerai de toutes les choses nécessaires dans une place; avec une supputation des munitions de guerre et de bouche qui s'emploient ordinairement durant le temps d'un siège. Dédié au Roy par le sieur d'Aurignac, mareschal de bataille. A Paris, 1663. »
Un second manuscrit, portant exactement le même litre, se trouve à la Bibliothèque de la Section technique du Génie (1) ; la date seule diffère : 1664 au lieu de 1663.
Si Ton compare le texte des deux manuscrits, on voit que celui de la Bibliothèque nationale est Toriginal présenté au Roi, tandis que celui du Génie est évidemment une copie postérieure. Cette copie a sans doute été exécutée vers la fin du XV1I« siècle ; elle contient en marge des notes écrites de la même main que le texte, et qui n'existent pas sur l'original; ces notes se rapportent au sujet, elles ont très souvent beaucoup d'intérêt, en ce sens qu'elles complètent et précisent la pensée de l'auteur; souvent aussi elles sont destinées à appuyer par des exemples la théorie exposée; celle de la page 44, relative à l'opportunité qu'il y a à livrer ou non une bataille, se termine par ces mois : « M. le maréchal de Crequi fit de même; il en coûta 11,000 [hommes] pendant la campagne de 1677 à M. de Lorraine, outre la ruine de sa réputation. » Ce seul détail indique bien que la copie a été exécutée après 1677. Le texte et les annotations ont été écrits par la même main et à la même époque : ou bien le copiste écrivait au fur et à mesure, en marge, les réflexions que lui suggérait l'ouvrage, ou bien il reproduisait un manuscrit déjà annoté; cette seconde hypothèse est la plus vraisemblable, parce que les notés ne sont pas toujours bien placées en face du texte auquel elles se rapportent, et parce qu'elles contiennent parfois certains mots en blanc que le copiste n'a sans doute pas pu lire sur Foriginal. Ce manuscrit original annoté, s'il a existé, est aujourd'hui perdu ou égaré; serait-cç celui de
(1) Ms. Sî« in-f*», n* U6.
UN TACTICntN DU XVII» SIÈCLE. 7
d'Aurignac lui-même, et les notes seraient-elles de Tauteur? il n'est pas possible de le dire, en particulier parce qu'il faudrait savoir si le maréchal de bataille vivait encore en 1677.
Les deux manuscrits contiennent des dessins h la main, en couleur, qui se rapportent au texle. Dans le manuscrit de la Bibliothèque nationale, ces dessins sont bien à leur place, intercalés dans l'ouvrage en regard de la rédaction correspondante. Dans le manuscrit du Génie au contraire, ils sont rejetés à la f]D, et plus difficiles à consulter au cours de la lecture ; ils se trouvent d'ailleurs mélangés à quelques dessins postérieure au texte, égarés là par hasard, et qui ne se rapporlent pas à Touvrage (1); mais ils ont l'avantage d'avoir été exécutés par un homme fort expert, et d'être plus soignés.
Avant d'analyser le Livre de Guerre^ il serait intéressant de connaître l'auteur et les détails de sa vie, car il n'est pas un écrivain banal. Mais ses contemporains ont peu fait attention à lui (2); ce qu'on sait de plus précis sur lui-même et sur ses œuvres, c'est ce qu'il en veut bien dire dans sa préface adressée au Roi, rédigée en ces termes :
« Au Roi,
« Sire, N'étant plus en état de servir Votre Majesté ni de mon épée ni de ma personne, à cause de l'infirmité où mes blessures et mes grandes fatigues m'ont réduit; du moins, Sire, il me reste dans un malheur si grand celte douce consolation, que j'aurai encore cet avantage de la servir à l'avenir et de ma plume et de mon génie, ne le pouvant plus de la
(i) Telle est la feuille 38, intitulée: « Ordre de bataille de Turenne à Einsheim, le A oot. 1674. »
(2) Il ne nous a pas été possible de retrouver son nom chez les auteurs de mémoires ou les écrivains militaires du XVII*' siècle, malgré des recherches assez longues dans leurs ouvrages.
On rencontre seulement, dans la Cotlection des lettres et mémoires trouvés dam les porte- feuilles du maréchal de Turenne, par le comte de Grimoard, Paris, t. I, 1782, in -fol., à la Table des personnes, le nom ^Orgnac; mais nous ne savons qui est ainsi désigné, n'ayant pu découvrir dans l'ouvrage la pièce qui contient ce nom.
première manière, comme j'ai fait autrefois; et pour en donner des marques véritables à Votre Majesté, j'ai l'honneur de lui présenter aujourd'hui un Livre de Guerre, où les cinq actions générales sont assez bien déduites et chacune dans son ordre; dont les deux dernières, qui est l'attaque et défense des places, sont tout à fait de mon invention.
« Et si Votre Majesté trouve le tout à son gré, je prendrai de là la liberté de lui présenter encore sept autres livres, qui n'ont pour tout sujet que celui de la guerre, lesquels joignant à ce dernier (1) et à l'exercice général de la cavalerie que j'eus l'honneur de donner l'année passée à Votre Majesté, Elle pourra connoître par ce grand travail que ce n'est pas dans un cabinet seul, où j'ai puisé toutes ces connaissances, mais bien dans un service continuel, durant l'espace de trente années consécutives.
« Et de là j'espère, Sire, que Votre Majesté aura la bonté de recevoir favorablement ce traité que mes longues occupations ont produit, et si je suis si heureux, que de pouvoir mériter cette grâce, je m'estimerai après, le plus glorieux des hommes, que mon travail se soit trouvé digne de plaire au plus grand monarque du monde. Et c'est toute ma passion. Sire, avec celle d'être connu de Votre Majesté en qualité. Sire, de son très humble et très obéissant et très fidèle sujet et serviteur.
d'Aurignac (2). »
(1) C'est-à-dire au Livre de Guerre,
(2) Ms. fr. 4269, Dédicace. — La signature n'est pas celle de Tauteur lui-même, telle qu'elle existe dans les actes notariés qui existent aux Arch, hist. du Min. de la guerre et en V Elude de M^ Flamand-Duval, actes qui seront cités plus loin ; d'Aurignac a certainement fait calligraphier son ouvrage par un copiste pour le présenter au Roi.
Le fac-similé de la signature originale du maréchal de bataille est le suivant :
UrcA. hist. guerre, vol. 131, pièce 68, parchemin.)
Ainsi d'Aurignac n'a pris la plume qu'après avoir posé l'épée, lorsque ses trente ans de service continuel, ses fatigues et ses blessures l'eurent condamné à la retraite. Gommé il écrivait cette préface en 1663, et que Tannée précédente, en 1662, il avait déjà présenté au Roi un ouvrage sur la cavalerie, on peut déduire de là qu'il était entré au service vers Tannée 1632.
Ses origines sont difficiles à connaître, et le Cabinet des titres de la Bibliothèque nationale ne fournit aucun détail sur sa famille (i). Ses descendants, s'il en a eu, n'ont pas laissé de traces profondes dans Thistoire, car ce nom ne se fit pas remarquer jusqu'au début du XX« siècle.
La vie qu'il mena reste assez obscure.
Durant ses trente années de service, il dut participer à bien des opérations militaires; mais,. dans les ouvrages techniques qu'il écrivit, il parle beaucoup de la guerre en général, presque jamais de sa personne. Cependant, il est quelques événements qu'il cite en exemple dans le Livre de Guerre et auxquels il parait, par la manière dont il parle, avoir assisté.
Après avoir donné des plans des batailles de Leipzig et de Lutzen, il s'exprime en ces termes : « Je continuerai à parler ensuite de celle d*Avein, que nous avons donnée contre les Espagnols, Tan 4635, où ils observèrent un ordre tout-à fait désavantageux (2). » Cette bataille fut livrée par les maréchaux de Châtillon et de Brezé au prince Thomas de Savoie,, le 20 mai 1635, à Avein dans le pays de Liège, et le prince fut complètement vaincu.
Ayant en un autre chapitre h montrer la supériorité des forts isolés bien défendus, sur des lignes continues de retranchements, il cite un exemple emprunté au siège d'Arras, en 1640, par une armée française sous les ordres des maréchaux de Châtillon et de La Meilleraie : « De notre temps, i640^ dit-il.
(t) On trouve comme seule indication, au ms. fr. 2»634 (Pièces originales 2150), la mention des armes comme suit : « Origoac (d'). D'or à deux léopards, 48.844, av. de M. Le Labour. )> £t en face le blason grossièrement figuré : deux léopards superposés. Il n'est d'ailleurs pas certain qu'il s'agisse du maréchal de bataille ou d'un de ses parents.
(2) Ms. Si« fol. 146 de la BihL du Génie, p. 67.
iO UN TACTICIEN DU XVII« SifcCLF.
les ennemis auroient sans doute secouru Arras. sans le fort de Ranseau, qui donna le temps, pendant qu'on Tattaquoit, et que les ennemis s'y retranchoient, à i 2,000 hommes qui étoient sortis des lignes pour aller au devant du convoi, de revenir promplement sur leurs pas. Et cependant notre iofanterîe, après son retour, regagna ensuite le fort, et en chassa glorieusement les ennemie, lesquels après cette perte, furent conlrainls de se retirer honteusement; et la place se rendit ensuite (1). »
Ailleurs, comme il conseille de « ne camper jamais en aucun lieu, sans savoir auparavant où sont les ennemis », il ajoute : « La défaite de M. le mareschal de Ransceau devant Tutelingue en Allemagne est un exemple assez ressent ; il se trouva plustot enveloppé par les ennemis, et pris ensuite qu'il ne sut seulement leur marche (2) . . . » Cette défaite est celle des Français du maréchal de Rantzau par les Impériaux du duc Charles de Lorraine, à TuUlingen, en i64S.
Enfin, il décrit les dispositions qu'avaient prises les Impériaux et les Bavarois pour la bataille quand, le 10 octobre 1646, ils forcèrent les Français et les Suédois à lever le siège d'Augsbourg (3); il intitule ce paragraphe de son ouvrage : a Ordre de bataille de l'archiduc Léopold, lorsque nous levâmes le siège devant Augsbourg, l'an 1646 (4). » g. Tous ces extraits ne prouvent pas d'une manière absolue que d'Aurignac ait directement participé aux événements dont il parle; c'^st du moins une hypothèse probable.
Un fait qui est certain, c'est qu'en 1647, il servait à Tarmée d'Allemagne en qualité d'aide de camp auprès du marquis d'Hocquincourt ; ce dernier avait été nommé par le Roi, au commencement de 1646, « lieutenant général en l'armée d'Allemagne en l'absence et sous Tauttorité
(1) Ms. Si* fol. 146 de la Bibl. du Génie, p. 22.
(2) Jbid,, p. 25, 26.
(3) « 1646. JO octobre. Lhb François et les Suédois lèvent le siège d' Augsbourg, à rapproche des Impériaux et des Bavarois. » {Mémoires vour servir à Vhistoire universelle de V Europe depuis 1600 jusqu'en 1716, par le P. d'Avrigny, Pariff, 1757, in-12, 1. 11, p. 429.)
(4) Ms. S»« in-fol. 146 de la Bibl. du Génie, p. 68.
de Monsieur le maréchal de Turenne (1) », et se distingua dans différentes circonstances (2), particulièrement en s'em* daranfc de Tubingen, le 17 mars 1647, après moins de vingt jours de tranchée (3). C'est à ce siège de Tubingen, ou à quelque autre opération de cette époque, que d*Aurignac sut mériter la faveur do son chef, puisqu'il fut signalé à Turenne; le Maréchal le connaissait sans doute fort peu, car, dans une lettre du 8 mai 1647, il en parlait à Mazarin en ces termes : « Monseigneur,... M. d Hocquincpurt m*a prié de recommander ô Votre Éminence un nommé Dorignac^ qui servait d'aide de camp sous lui et qui a été blessé (4) ». Le cardinal prit
(1) ^rch, hisL du Min. de la guerre, vol. 99 (transcrits des dépêches du ministère Le Tellïer), p. 39 : « A M. d'Ocquincourt, pour luy donner advis du choix que le Roy fait de sa personne pour la charge de lieutenant général en Tarmée d'Allemagne en l'absence et sous l'âuttorîté de M. le maréchal de Turenne^ du 6 février 1646. »
(2) Voir la Chronologie hittorique^militaire, par Pinard, t. II,
Pars, 1760. A la page 67*8 :
« Charles de Monchy, marquis d'Hocquincourt Employé dans
la même armée (d'Allemagne), par lettres du 5 lévrier 1646, il contribua à la prise de SchorndorfF au duché de Wirtemberg.
<( Dans la même armée en 1647, il se trouva à la prise de Biblingen, de Tubingen au duché de Wirtemberg, de Stenhcim, de Hocst sur le MeJD, de Darmstatt, de Guermsheim, de Virton dans le Luxembourg, du château de Manguin. »
(3) Voir VEist. mil. du règne de Louis le Grande roy de France, par le marquis de Quincy, Paris, 1726, t. I, p. 82 : Prise de Tubingen.
C^ Abrégé de Vhist. de France, par le P. Daniel, t. IX, Paris, 1731, p. 16 : « An 1647, 17 mars. Le marquis d'Hocquincourt prend Tubinguo en Allemagne après dix- neuf jours de tranchée. »
Cf. Mém. pour servir à Vhist, univers, de l'Europe depuis 1600 jmqu'en 1716, par le P. d'Avrigny, t. II, Paris, 1757, p. 433 : « 1647, 17 mars. Le château de Tubingen pris en dix-sept jours par d*Hoc^ quincourt. »
Cf. Hisl. du vicomte de Turenne, t. II, Paris, Mnzières, 1736 : Mémoires du vicomte de Turenne ^ 1646, p. 45: « M« de Turenne Gt prendre par M. d'Hocquincourt le château de Tubingen. »
(4) Arch. des Aff, étrang,, Allem., vol. 88, fol. 233. I^ous devons la connaissance de cette lettre à Tobligcance de M. le lieutenant Sautai.,
néanmoins bonne note de ce que lui avait écrit Turenne, puisqu'il lui répondit, dans une lettre datée du 22 mai : (( J'auray soin de faire quelque chose pour Dorignac, que vous me recommandez (i) ».
Les nombreux volumes des Archives du Ministère de la Guerre fournissent peu d'indications sur lui; deux pièces seulement le mentionnent, parmi toutes celles relatives à la période s'étendant de 1630 à 1670.
La première, datée du 17 janvier 1651, prend acte de la démission de « François Dorignac escuyer capprtaine d'une compagnie d'infanterye au régiment de Champagne, demeurant à Paris rue de Beauvais en la maison de la Croix blanche l'Agnel », au profit du lieutenant de cette compagnie; la signature apposée au bas est bien d'Aurignac (2).
(1) Arch, des Aff, étrang,, Allem., vol. 88, minute. — Copie du temps dans le ms. de la Bibl. MazarinCy n« 1719, t. IF, fol. 223 ▼<>. — Imprimée dans les Lettres du cardinal Mazarin pendant son ministère, recueillies et publiées par A. Cheruel, t. II, Paris, Imp. nat., 1879, p. 43S : « A M. de Turenne (Amiens), 22 may 1647. »
{t)Arch, hist. Min. guerre, voL 13 i, Expédit. 1651 ^ pièce 68 (parchemin) :
« 17 janvier 1651.
« Pardevant les notaires gardenoltes du Roy notre sire en son Chastelet de Paris soubsignés, fut présent en sa personne François Dorignac escuyer cappitaine d*une compagnie d'infanterye au régiment de Champagne, demeurant à Paris rue de Beauvais en la maison de la croix blanche Tagnel soubs le bon plaisir du Roy s'est volontairement desmis et desmes par ces présentes de sad. charge de cappitaine au régiment de Champagne pour et en faveur de Charles Indres s' de Gharlinville lieutenant de lad. compagnie, et non d'autre. Consentant et accordant toutes lettres de retenue et autres à ce nécessaires luy en estre expédiées et dellivrées. i)t pour ce faire et consentir, a faict et
constitué son procureur le porteur des présentes Faict et passé
au palais royal rue St-Honoré, Tan mil six cens cinquante un le dix septième jour de janvier après midy et a signé :
« d'Aurignàc, de Beàuyàis, de Bbàufort. »
Au vo, alià manu :
« Desmission du s' Daurignac, cappitaine au régiment de Champagne. Expédiée le XVIII* janvier. »
La seconde pièce est un ordre du Roi, daté du 30 août 1653, et accordant au « sieur Dorignac, sergent major du régiment d'infanterie de Monsieur le Cardinal Mazarini », une paye de soldat par compagnie ; cet ordre signé du Roi, expose que cette faveur est accordée à d'Aurignac (i) en considération de ses services, et pour lui donner les moyens de les continuer dans sa charge (2).
Les archives des notaires parisiens qui ont succédé à M^^ de Beaufort et de Beauvais, c'est-à-dire celles de M®' Flamand- Duval et Chevillard (1904), ne fournissent pas non plus grands détails sur la personnalité de d'Aurignac (3). On acquiert du
(1) Dans cet ordre, comme dans l'acte précédent, le nom qui figure dans le texte est bien Dorignac. Mais Tintéressé signe d'Aurignac ; comme d'autre part, dans un acte notarié cité plus loin, son nom est écrit Daurignac, et qu'il signe encore d'Aurignac, il y a lieu d'adopter cette dernière orthographe. L*apostrophe n'avait d'ailleurs aucune importance à cette époque; certains la mettaient, d'autres pas, le d de la particule étant généralement majuscule.
(2) Arch. htst. Min, guerre, vol, i38, expédit. 1653, pièce 334:
« 30 août 1653.
Le Roy YouUant traicter favorablement le s' Dorignac sergent major du régiment d'Infanterie de Monsieur le cardinal Mazarini en considération de ses services, et luy donner moyen de les continuer en lad. charge. Sa Majesté a accordé et accorde au dit Dorignac une paye de soldat pour chacune des comp*«» dud. régiment, veult et entend qu'il en soit payé à chaque monstre, demie monstre et prest qui seront faicts aud. régiment sur de simples quittances, mandant Sa Majesté aux trésoriers généraux de l'extraordinaire de ses guerres ou leurs commis de faire ainsy sans difficulté en vertu de la présente. A la charge toutes fois que led. Dorignac informera Sa Majesté par chacun mois de Testât et de la force au vray dud. régiment a peine de decheoir de la présente grâce. Faict à Paris le XXX« aoust 1653. »
f< Louis. »
Au v^ (Uià manu :
« Ordre d'une paye de soldat par comp. pour un sergent major d'un rég. d'Inf. »
(3) C'est grâce aux aimables indications de M. Jean Lemoine, bibliothécaire du ministère de la guerre, que nous avons pu retrouver ces
moins, en les fouillant, la conviction que cet officier ne devait p«ft être né à Paris, et qu'il ne s'arrêtait dans cette ville que par occatsioBL» lorsque ses affaires personnelles ou militaires l'y appelaient (4)»
On trouve bien, dans le répertoire des minutes du notaire Pierre de Beau fort, la trace de Tacte de démission de François Dorig^nac, au mois de janvier 1651, sous le titre « Traité d'office », mais les minutes du premier semestre 1651 sont perdues ou égarées; cela importe peu, puisque I^àete lai-même, sur parcheminj est conservé aux Archives de la Guerre (i).
Il existe par contre, dans cette étude, une minute îotéressanté à plusieurs points de vue; elle montre comment « François Daurignac, escuyer, cappitaine major dans le régiment d'infanterye de Son Eminence », fit, assisté de son capitaine aide-major, Jean-Jacques de Roux, écuyer, sieur delà Rocquc- Galande, une convention avec deux Parisiens, pour la levée de trente fantassins. Cet acte prouve qne d'Aurignac avait à s'occuper, en timt que capitaine-major, du recrutement des hommes de son régiment, et il éclaire de leur vrai jour les mœurs militaires de l'époque ; aussi mérite-t-il d'être reproduit en partie :
sources. M^* FiainaDd-Duv«al et C)ieviUard ont bien voulu mettre à notre disposition leurs registres de minutes, et nous leur adressons nos sincères remerciements.
(1) Les répertoires des minute^ de M'' de Beauvais, de i65l à 1664 (étude actuelle de M® Ghevi|lard), ne nous ont rien donné sur d'Auriguac, pas plus que ceux de son successeur M^ Simon Moufle le jeune, à partir de novembre 1664. Nous avons très consciencieusement fouillé les années 1651 à 165i incluse et 1664 à 1667 excluse ; nous avons examiné plus rapidement les autres.
Les répertoires des minutes de M'' de Beaufort, de 1625 à 1658 et de son successeur M^ Pierre Gigault, de 1658 à 1675 (étude de M*' Flamand- Duval), dépouillés entièrement, ne nous ont fourni que deux actes, dans l un desquels il est dit que d'Aurignac était « de passage ».
(î) Voir p. 12, note (2).
La mention de l'acte au volume qui contient les répertoires des minutes de 1625 à 1658, est ainsi rédigée :
« Traité d'ofûce. François Dorignac à Charles Indres. >»
« VIII aouftt 1663.
« Pareus presens en leurs personnes : Charles Locques, bourgeois de Paris sieur de Saincte-Marie, demeurant rue Maubué,
paroisse Sainct-Mederic Sainct-Lauverîn ; Claude Carlier
sieur de Sainct-Germain, demeurant àParis rue deMontmartre paroisse Sainct-Eustache, d'une part; François Daurignac, escuyer, cappitaine major dans le régiment d'infanterye de Son Eminence et Jean Jacques de Roux, escuyer, sieur de la Rocque Galande, cappitaine ayde major aud. régiment, estans de pass. à Paris, logés rue des Peititz Champs chez le sieur Du Pré, paroisse susd. Sainct-Euslache, d'autre part; lesquels
sont volontairement c'est assavoir que lesd. sieurs de
Saincle-Marie et de Saincl-Germain ont promis, promettent solidairement aux d. bieurs Daurignac et de la Rocque Galande, de faire à leurs despcns vendredy (1) prochain une levée de trente hommes de pied pour servir aud. régiment de Son Eminence, lesquels lesd. sieurs de Saincle-Marie et de Sainct-Germain seront tenus mener et conduire à huit ou dix lîeues
hors de la ville deParis au lieu qui leur sera désigné par lesd. sieiirs Daurignac et de la Roeque Galande ; et cependant jusques aud. rendez-vous, les nourrir, faire subsister aussy, et leur faire mesme auparavant que de partir, qui sera led. jour vendredy au matin, fournir auxd. hommes leurs des chausses, souliers, espées et baudriers, auquel rendez vous lesd. sieurs Daurignac et de la Rocque Galande ou l'un d'eulx s'y trouveront ou y feront trouver officiers pour recevoir lesd. soldalz, lesquels seront auparavant leur département aggreez promptement par iceulx sieurs cappitaines comparans ou Tun d'eulx, et que moyennant ces raisons de unze livres pour chacun desd. hommes, sur lequel prix lesd. de Sainct-Marie et de
Sainct-Germain lesd. sieurs d'Aurignac et de la Rocque
Galande qu'il leur ont baillé, compté et delUvré, présens les notaires soubsignés, en louis d*or et d'argent et monnoye, le tout bon, la somme de cent soixante-cinq livres (2) dont quittance,
(i) Il y avait : « dans liuict jours »; ces mots ont été barréii, et en marge les quatre intéressés ont signé, sous le renvoi « vendredy ». (2) Ce membre de phrase : « la somme de cent soixantensinq livres »
et quant au surplus nous ont promis cent soixante-cinq livres pour led. nombre entier de trente hommes, iceulx sieurs Daurignac et de la Rocque leur présentent déposez ez mains deDeBeaufort soubsigné en pareilles espèces, pour eslrepar luy baillez et dellivrez auxdits de Saincte-Marie et de Sainct-Germain à leur retouc de la conduite desd. soldatz en apportant chartifficat desd. sieurs Daurignac et delà Rocque ou de l'un d'eulx comme ils auront remis lesd. soldatz, ou bien chartifGcat du juge des lieux où iceulx sieurs Daurignac ou de la Rocque
ne s'y trouveroient pas, selon nombre desd. soldatz
amenés, que sy celluy de trente sy trouveroit; puis il ne leur sera payé que proportion desd, bommes qui auront esté amenés, etc »
Deux billets épingles sont entièrement de la main de d'Aurignac et portent sa signature.
Le premier est ainsi rédigé :.
« Monsieur de Beaufort donnera au sieur de St~Germain la somme de soixante livres.
« Fait à Paris le 15» aoust 1653.
« d'Aurignac. »
Le second est conçu en ces termes :
« Monsieur de Beaufort ne fera difficulté de donner le reste de largent qu'il a ez mains au sieur de St-Germain de qui je suis conten et satisfait et aussi de la Roque de mesme, de la levée qu'il nous a fait.
« Fait à Paris le i6e aoust 1653.
« d'Aurignac (1). »
C'est la preuve que les trente hommes avaient été amenés à destination dans les conditions stipulées.
avait été oublié; il a été ajouté en marge, et les quatre intéressés ont signé.
(i) Archives de M« Fiamand-Duval, notaire, 24, rue Lafayette.
On voit donc que d'Aprignac s'occupait activement de recruter des hommes pour le régiment du cardinal et que cette mission rentrait probablement dans ses attributions de sergent-major {{).
Mazarin eut d'ailleurs l'occasion d'apprécier d'une manière toute particulière les services que d'Aurignac lui rendit; dans une lettre du 26 mai 1656, envoyée de Paris, le cardinal témoignait sa satisfaction à cet officier du soin qu'il avait pris des fortifications de Gondé ; il l'engageait à continuer à y travailler « avec plus de loisir et moins de dépense », et lui envoyait des fonds pour le payement de trois mois d'appointements des officiers, l'assurant qu'il ne l'oublierait pas à l'occasion (2).
François d'Aurignac eut donc une carrière qui peut être jalonnée de la manière suivante : Entré au service dès 1631 ou 1632, il se trouvait, en 1647, aide de camp du marquis d'Hocquincourt à l'armée d'Allemagne ; sa manière de servir et une blessure le firent signaler à Turenne et à Mazarin dès ce moment. En 1650, il était capitaine d'infanterie au régiment de Champagne, mais il démissionnait en janvier 1651; entré ensuite dans le régiment d'infanterie du cardinal
(1) L'acte notarié dit « cappitaiae major », mais ce terme est équiyalent à celui de sergent-major, qui est plus exact au point de Yue militaire.
(2) Cette lettre est analysée dans les Lettres du cardinal Maiarin^ éd. par Cheruel, ouv. cité, t. VU, Paris, Imp. nat., 1893, p. 624. — Elle est tirée des Arch. des Aff. étrang,, Pays-Bas, t. XXXVII, fol. 369, et est bien adressée « A Monsieur d'Aurignac » :
« De Paris, le 26 mai 1656.
« Je suis fort satisfait des soins que vous avez pris pour la fortifica-> tion de Condé, et du bon état où est la place. Il est vrai qu'elle a beaucoup coûté, et que j'aurois souhaité qu'on eût pu y apporter plus d'économie. On y pourra travailler à présent avec plus de loisir et moins de dépense, les ennemis n'étant pas en état de nous faire rien craindre. On envoie un fond pour le. paiement de trois mois des appointements des officiers, dans lequel sont compris les vôtres, et quand il y aura lieu de faire quelque chose de solide pour vous, je vous assure que je ne vous oublierai pas. »
i$ rx TAcncaa se xth* siIbcls.
Mazario, fl s'j tioaTait f^igcaDt-flutjor il; eo aoftl i€S3; il fot, en iK6f chargé de roller aox foitiâcalioiis de Goadé ei donoa sur ce point toute fatHfartioa ao cardinal Maxarin; enfin il se relira rers I6fô comme maréchal de bataille.
D*Anrignac eut ainn la bonne chance de remplir sa carrière dans les conditions les mrinenres pour le dérdoppement de son instruction militaire. Les fonctions de capitaine d'une compagnie loi avaient en effet donné rhabitnde de la troupe, celles de sergent-major et de maréchal de bataille, si semblables aax fonctions de nos officiers d'étatHnajor actoeb, loi permirent ensuite de se familiariser avec les manœuvres d'ensemble.
I! faut se rappeler en effet ce qu'était cet office de sergentmajor d'un régiment d'iofanterie; le sergent-major, recevant la même solde qo'nn capitaine (2), était en réalité l'officier le plus important du régiment (3), celui qui commandait à tous les autres (4;. Il devait connaître l'art militaire aussi bien dans la théorie que dans la pratique (5), et être avant tout un tacticien (6) .
(1) Ce grade était à cette époque un des plus importants du régiment; on donnera par la suite quelques détails sur les fonctions qu'il comportait, (â) Ms. fr. 652 de la Bihl. naL, fol. 118 r« : « Memoyre des payementz qui se font en France des gens de pied » (non daté) : 'Les capitaines cinquante escus ; Sergent major cinquante escus ; L'adjudant du sergent m^jor TÎngt-cinq, etc..
(3) t( L'ofûce du sergent-major est un des plus impbrtans qui soit à l'armée, et dont arrive plus de bien si un homme capable en a la charge. »
Suite des principes de tart militaire, où il est amplement traicté des devoirs, du sergeni-major, par L de Billon, escuyer, sieur de la Prugne, Uouen, Berthelin, 1630, p. 119.
(4) « 11 faut qu'il soit prompt et industrieux, et qu'il imprime de longue main l'obéissance» et les autres choses à tous les officiers» afin qu*au besoin il soit obéy» autrement quelque expert qu'il soit, il ne pourroit rien faire de bon. » Ibid.
(5) M II faut que le Sergent Major aye la pratique pour exécuter promptement et avec facilité. El la Théorique pour faire parfaitement les choses, et luTenter tou&jours. » Ibid., p. 123.
(6) « Le Sergent Major doit estre fort expérimenté Capitaine, et
UN TACTICIEN DU XVII« SIÈCLE. fd
On s'aperçoit, en lisant l'œuvre de d'Aurignàc, qu'il po8SÔ« dait toutes ces qualités, développées sans doute par l'exercice de ses fondions, el par la charge plus élevée qu'il obtint ensuite, celle de maréchal de bataille. Celte charge faisait en effet, de celui qui la remplissait, un Inspecteur des troupes en temps de paix (i ); en temps de guerre, c'est lui qui choisissait, avec les maréchaux des logis, le quartier de Fiafanterie et la place de bataille ; qui veillait à ce que les sergents^majors aient bien installé les corps de garde aux points indiqués par les maréchaux de camp; enfîn c'est lui qui, en cas d'alarme, devait se rendre à la place de bataille pour faire le nécessaire (3). Ces fonctions demandaient ainsi de Texpôrience, du coup d'œil et du savoir.
Comme il prenait soin de le dire en adressant son Livre de Guerre au Roi, d'Aurignac n'a pas écrit d'après ses méditalions du cabinet, mais d'après l'expérience acquise au service du Roi. Il a d'ailleurs beaucoup écrit, puisqu'il disait lui-même avoir sept livres à publier.
Un seul de ses ouvrages fut imprimé, celui {elatif à la
sçavant en tout ee qui est de sa ch&rge ; mais principalement à tous les ordres qu'on peut imaginer. » Ibid.^ p. i54.
(1) i( Ordonnance du Roj pour le mareschal de bataille >i, dans m Les Principes de l'art militaire^ par I. de BiUon, escuyer, sieur de la Prugne, Rouen, Berthelin, 1636. )>
Celte ordonnance (p. 78-79), non datée, n'a pas un caractère général, mais s'adresse au sieur de Miramont ; elle débute en ces termes : « Premièrement ira en toutes les Tilles, où il y a des garnisons establies
les faire mettre en bataille, pour toir si les capitaines etc, »
(2) « Autre règlement pour la charge du Mareschal de bataille. » Ibid,^ p. 79 et 80). Ce règlement a un caractère général, mais n'est malheureusement pas daté.
On peut aussi consulter Le Maretchal de bataille, par le sieur de Lostelneau, Paris, Migon, 1647; à la page 51 et suif., les devoirs du maréchal de batarlle sont exposés avec beaucoup de détails.
Lostelneau était « mareschal de bataille des camps et armées de Sa Majesté et sergent-major de ses Gardes françaises. » Son ouvrage est remarquable, mais est loin de présenter l'intérêt de l'œuvre de François d'Aurignac. On voit qne ces deux auteurs avaient eu une carrière analogue.
fUmOÊm Uni TttrL lin», étmjAsmtêr ocnaçes ^ trjt fottf de caiyagar, redûvifs.
de pliiHf I ■ a-ctr»
niqoe. Axée mmt WÊt&hsidt â aîiée à jaSîçxr mr le tanin, qo'oD peot «Bs ■&!> ài^xsîLxk Vz^^^nmàn de aoj-mesnie, sans aulie Lulractiûii çse la lecture de ce fine. A la fin doqn^ est Tattaque des places de trois lË^ernles BiaBkfes, {(Ht adrantageoses: et tout de ImveBtioo de l'antliciir. Dédié an Boj. Par le sieor d'Annnac, maiesdial de bataille. A Paris. Et se rend chez l'antheor, niê TraTersÎDe, proche les Qninze-Yingts, à limage S. Benoist, t67a Avec pmîl^ da Roy i\). » Ce titre détaillé indique snlIisamiBent le ecntenn de roorrage ; mais, qnoiqn*fl n*ait été imprimé qu'en 1670, le priril^e datait da ¥i octobre 1664. La raison pour laquelle ee Tolome attendit si longtemps son impre^on, celle aussi sans doute pour laquelle les autres ne parurent pas, est implicitement contenoe dans la rédaction du privilège : Fimpression du texte et la gravure des planches étaient une grosse dépense (2;, et la Tente ne devait pas rémunérer Fauteur de ses peines ; au XYII® siècle pas plus qu'an XX*, les écrivains militaires ne tiraient grand profit de leurs ouvrages.
Le Livre de toutes sortes de fortifications^ qui parut donc en 1670, était précédé d'une dédicace an Roi qui était en grande parlie la reprodaction de celle écrite en léte du manuscrit de
(1) Cet ouTrage existe à la BibL du Min, de la guerre, A I g 826; il se troQTe auggi à la BibL nat., Y. 9292, mais figure au catalogue alphabétique 80 us le nom de : ÀTrignac (d*).
(2) « Nostre cher et bien amé le sieur d*Aurignac mareschal
de bataille de nos eamps et armées, nous a fait remontrer qu'il a composé un livre intitullé: Livre de toutes sortes de fortifications méchaniques; plan et figures, qu'il désireroit donner au public, avec un compas de poligone de son invention. Mais il craint, qu'ayant fait la despence de l'impression et des planches gravées, d'autres voulussent imprimer ledit livre et contrefaire ledit compas, ce qui le priveroit du fruit qu'il s'est promis de son travail s'il no luy estoit pourveu de nos lettres de privilèges sur 00 nécessaires, » Privilège du Roy, en fin du volume»
1663; l'auteur y avait cependant introduit l'idée nouvelle que son ouvrage devait être lu avec profit par les jeunes (1). Dans son « Advertissement », écrit probablement au moment môme de Timpression du volume, d'Aurignac, après être revenu sur l'idée que son œuvre pouvait être utile aux débutants (2), et leur éviter de longs tâtonnements (3), nous apprend qu'il est l'inventeur d'instruments de précision permettant de simplifier les opérations : « J'ay inventé, dit-il, un compas de poligone, qui sert pour former les figures sur le terrain. Avec un raporteur de corne transparante, pour les former de mesme, sur le papier (4) » ; il donne en effet, dans les premières pages de l'ouvrage, une description détaillée, avec des figures à l'appui (5).
Son livre étudie surtout la manière de tracer et de fortifier les figures régulières ou irrégulières, et l'influence exercée à cette époque sur Tart militaire français par les étrangers, est sensible par ce détail, que Tauleur parle souvent de fortifier (( selon la façon bolandoise et espagnole (6) » ; il explique la manière de construire les différents ouvrages; puis il termine par une partie qui est contenue dans le manuscrit du Livre
(1) (' J'ay employé le plus fort de mon génie, pour les réduire
(les forlilications) dans un ordre si facile dans leur pratique, que la seule lecture de ce livre, avec attention, est suffisante pour y devenir aussi intelligent, que ceux mesmes qui les professent de si long temps. » Livre de toutes sortes de fortif.y p. 4.
(2) « La Feule lecture de dix jours, avec application, est suffisante pour y devenir aussi intelligent, que moy mesme, qu'il y a de trente ans que Je pr^atique. » Ihid,, p. 7.
(3) (( Après une estude de dix ou douze années consécutives,
je me suis trouvé aussi sçavant à la fio, comme si je ne les avois jamais aprises, ce qui m'a donné lieu, de chercher Tinvention de les réduire dans un ordre très facile à opérer. Ou j'ay heureusement réussi. Mais, ce n'a pas esté sans beaucoup de peine et de travail^ pour oster cet embarras de mille supputations mathématiques, qui ne servent qu'a porter la confusion dans leurs pratiques ordinaires. » Ihid,, p. 7 et 8.
(i) Ihid., p. 8.
(5) Ibid., p. \U à 22.
(6) Ihid.y p. 3*, 35, 36, 37, 38, 39.
"rar ?:jifcrs9SB3r jxt xt!^ soêclxl
m.^ Irmii» tn «lI»» ds. XTH'* aeniit, bob î a ta toe ia^t
4^. = .çi«, et afl» ^arec çse ^Aiikam seniEàs'a»-
P^mrmi^^iUii J3»p'% î^ dri ée s vie a di^mâe dTastcw, #A«f|§Mii ecpérail fûre ispriser se asires irm^ass, et fl ré^^eiait ^a ees i&'Af «oa «eurre i la date de IS70 :
» Oier J^eteqfy je te prie de reeerDir farorabje amit ce Lhre, que foet Longues oeenpatiofis ont produit, en attcndaBi que je fmîme l'en doooer bieo-ost einq antras. et tous sur le sujet de U guerre. Dont le premier, iraîtte de diiq principales actions rnililaires. Le second, de tootes ks actions, tant gerteralleSf qoe partîcolieres de la caralerie, aTcc Texercice
(1/ JM, p« 97 à 107. L'aoteor a teoa sans doute à imprimer ces fr^ïjre», prr^ qu'il les eonsidérait comme étant plus particulièrement son mutf^pi:rwoanel\e:
V 01114 h§ trois plans fuifaots, dit- il p. 97, sont trois différentes àttiqueii de places, tootes de ISnTention de rAotheur. » Les pages 98 à f fXl c^/iilienaent le lexfe qui figure au ms. fir. 4269 de la BibL nat,, du fùuilkt i:it r^ au feuillet 134 t<» ; p. 102 de rimprimé, on trouTe ensuite un pMMs^t^ qui n'existe pas daus le ms. fr. 4269, et qui est intitulé : w Dans le plan cy après est la seconde manière d'atta<iue de places » ; (iuiUij ht p< 103 à 107 de Timp. sont la reproduction des feuillets 135 A 13H v'i du ms. fr. 4269 : a Dans le plan suivant est la troisiesme miiui^re d'altaque de places, dont les costez sont fort longs. »
fi) If^ mft. fr« 4269 de la BibL nat, porte par exemple: « Le métail flu onnon pose environ de 15U0 livres»; l'imprimé porte la même erreur (j>. 107); le mi. fol. 146 de la BibL du Génie porte au contraire (|i, i07): M Le m^tal du canon pèse environ 6,000 livres. » Tandis que l'jinpriniri indique (p. 107) que « le canon porte de point en blanc Noixanto \m% géométriques, do cinq pieds chacun», les deux manuscrits ludiqufiut htim que o*est à 600 pas géométriques qu*il porte.
d'icelle. Le troisième, de toutes les actions de guerre de l'infanterie. Le quatrième, du devoir, depuis le connestable, jusques à un simple soldat. Et le cinquième, des ordres de guerre d'Allemagne, avec encore un traité de cosmographie, et de géographie (1) ».
De ces cinq ouvrages, aucun n'a été imprimé, car d'Aurignac» déjà infirme et fatigué en 1663, devait toucher à sa fin en 1670; du moins le premier nous est-il parvenu en manuscrit, c'est le Livre de Guerre (2).
(1) Livre de toutes fortif,, ouv. cité, Advertissement, p. 8 et 9.
(2) D'après ce que disait d'Aurigaac dans sa dédicace au roi reproduite plus haut, il avait envoyé à la cour, dès 1662, son ouvrage sur la cavalerie, mais nous n*avons retrouvé ce manuscrit dans aucune bibliothèque.
VH TACTICIEN DU XYU* 8IÈCLB.
lie liivre de Gocrre.
Le Livre de Guerre mérite une place dans notre littérature militaire à côté des meilleors ouvrages; on peot le rapprocher de ceox qne J. deBillon, siear de la Prugne, avait publiés au débat du siècle (1), du Parfaici Capitaine (2), de Rohan, et du Mareschal de bataille^ de Lostelneau (3). Il est parfois un peu technique sans doute, mais il est admirablement précis, et les dessins schématiques qui accompagnent le texte dispensent Tau ieur de longs et ennuyeux discours.
L'art militaire tout entier est passé en revue par d'Aurignac. Il étudie en effet tout d'abord Y « ordre et façon de camper (4) » ; puis r « ordre et façon de marcher (5) », en donnant des détails particuliers sur « la marche de l'artillerie (6) », sur la manière de passer de l'ordre de marche à Tordre de bataille, et inversement de l'ordre de bataille à Tordre de marche (7) ; ensuite il étudie T c< ordre et façon de combattre (8) », et c'est à ce sujet qu'il donne des détails sur les batailles de Leipsic (1631) et de Lulzen (1632), d'Avein (1635), entre les Espagnols et nos troupes, d'Augsbourg (1646), qu'il définit les devoirs du général, qu'il expose certains procédés
(1) J. de Billon, sieur de la Prugne a laissé deux ouvrages très importants : Instructions militaires, Lyon, Ancelin, 1617, in-f^; et Les Principes de l'art militaire^ ouv. cité, Lyon, 1622.
Sans analyser ces deux volumes, on peut dire qu'ils sont l'expression la plus exacte de Tart militaire à la fln du XVI^ siècle, ou au début du XVII* siècle, avant là guerre de Trente Ans.
(2) Le Parfaict Capitaine, suivy d'un Traitté particulier de la guerre, Paris, Houzé, 1636, et éditions successives.
(3) Le Mareschal de bataille. Paris, 164'7, ouv. cité. (A) Ms. fol. 146 du Génie, p. 5 à 28.
(5) lb(d.y p. 28 et suiv.
(6) /^iV;., P*33à35.
(7) Ibid., p. 35 à 43.
(8) Ibid., p. 43 A 74.
de guerre, qu'il décrit différents ordres de balaille. Enfin d'Aurignac expose (rès longuement la manière d'attaquer et de défendre les places (1); il donne à ce sujet un « Etat de toutes les choses nécessaires qu'un gouverneur doit avoir dans la place, avec une supputation des munitions de guerre et de bouche qu'il faut qu'il emploie en cas de siège (â), » dans lequel on trouve beaucoup de détails sur rartillerie en usage dans les places. Il termine par un certain nombre de paragraphes détachés, qui ont chacun par eux-mêmes un réel intérêt (3).
; Tout est à lire dans cet ouvrage, pour qui veut se rendre compte des idées qui avaient cours en France au XVII® siècle, car d'Aurignac les expose avec une netteté et une précision remarquables. Une armée campe, marche et combat; il va la suivre dans chacune de ses opérations, et il en prévient le lecteur en ces termes :
« Pour avoir une plus parfaite intelligence des trois principales actions militaires, qui composent la plus grande partie de ce volume, il faut savoir par avance que je me suis persuadé, en formant ce dessein, de montrer une manière tout à fait facile de camper une armée, tant sur une ligne, sur deux, que sur trois; avec Tordre qu'il faut pour observer, partant du campement, pour marcher tant sur une colonne, sur deux, sur trois que sur quatre; étant en marche, de quelle façon il faut se mettre en bataille; de quelle sorte il faut se remettre en marche ; ayant à passer par un grand et long défilé, quel ordre il faut observer dans cette marche, et quel autre il faut pratiquer en sortant dudit défilé, et quel encore pour se remettre en marche (4). »
L'armée que d'Aurignac fait mouvoir est divisée suivant une manière qui lui est personnelle, et les ordres sont transmis d'après les principes qui lui paraissent les meilleurs. Il ne faut pas en conclure que cette organisation deTarmée et cette manière de concevoir le commandement étaient en usage à
(1) Ibid., p. 95 à 178.
(2) Ibid., p. 163 et suiv,
(3) Ibid., p. 179 A 190 et dernière.
. (4] Ibid., Ordre et façon de camper, p. 5.
fa*r de c»*^i*? - iw<:'-pii fie ^-. i2s» luss »aii/ie<» JpW Z'^^t^js^ r»VMiii«L^ >* ^^^é a.iiTyM^ et a <
et |Ar ce «^VT^fAf le* -^rlfVi wb»^, ->i à^ se mH.re en
t£»*nl «xée&îée», ci tft f étténl t >. : : Kp «wia^ 1 •. *
AJUtfi^ r m aik * eit a»ç u^i- . Earalerie anaioçoe à ce i\nH'\ U « br%44e ^ |i^ji-r rî^fàni^r^; FeflifJoi de ce tenue Tiail d'allko/i dâ €€ ^se, dam la eaai|îeaeDts, la caTmlene i« frcptife eo général pt«e£6 asx deux extréaûtés de la ligne on d^ ligne*. L'aile est dinsée en ■ escadrons » ^ la brigade en « batailloiii '1, *.
D*AifrJgfiae oaut montre eei différeales aniiés au camp, en marcha, au eombal; »ao œaTre est claire par son plan gênéml, maii peot-êlre on pea tooifae dans ses détails; elle est p^mrblcï à lin.% et tes croquis schématiques qui se suivent ont le di'îfaut de ne djiïéref quelquefois que par des nuances. Au* ni etUil «uffiNdril, pour eu aToîr une idée complète, de féiumer \m idée» eiientielles, en ne reproduisant intégralemf^rjt f|iJC] Je5 paH<iage8 qui ont un caractère général, ou qui j4otit vraiment dignes d*être rais en relief.
Lu manuECrii dont le texte sera reproduit sera celui de la iJiblioUk/^qurj du Génie^ parce qu'il contient des remarques JijUrriJiHanlnj} ^crilet^ en marge par Tannotateur, qui était cerjainnmoril un orHcier instruit; C6 manuscrit est d'ailleurs idf'titiqur pur lu texte à celui de la Bibliothèque nationale, cît l'on jin piîut noUir entre eux que de légères différences (3).
(I) /W.,p. »tttQ,
(U) liot rnn^» iJitri^ii^uot!)* «eraat Ai>téâi ^uand elles se présenteront;
« Ordre et façon de camper. »
Le chapitre sur les camps examine la façon dont une armée doit camper, puis se remettre en marche.
Campement sur une ligne.
L'armée peut camper sur une ligne; la droite est alors généralement formée par la cavalerie divisée en deux parties, la gauche est constituée de la même façon; les quatre brigades d'infanterie s'installent au milieu; les bagages sont disposés sur une ligne parallèle, derrière les unités auxquelles ils appartiennent respectivement (1).
Voilà une disposition très naturelle pour les troupes; mais il s'agit maintenant de les mettre en route sur une colonne :
« Cette armée, écrit d'Aurignac, se peut mettre en marche sur une colonne en deux manières : la première, par ses divisions, comme il est marqué par les lignes; la seconde, par le flanc, en faisant à droite, comme on voit ici par la ligne marquée par des points. Il faut remarquer que tous les escadrons et bataillons qui sont entre deux lignes doivent marcher et suivre toujours le premier corps qui marche. »
Croirait-on lire un auteur du milieu du XYII^ siècle ? Il fait mouvoir des « divisions », qui sont formées soit de deux « ailes »
les phrases placées entre crochets sont omises dans le ms. du génie, et figurent au contraire dans celui de la Bibl, nat. Mais il est inutile, puisque ce trayail suivra le plan rationnel adopté par d'Aurignac, d*indiquer à chaque instant la page du manuscrit de laquelle il est question ; les feuilles portant les dessins seront citées par le numéro d'ordre qui les désigne dans le manuscrit.
II y aura lieu de faire quelques comparaisons avec les règlements actuels et de rapprocher, au moyen de notes, les principes de d'Aurignac de ceux en vigueur aujourd'hui ; c'est dans cet esprit que sera souvent citée Vlnstruction pratique sur le service de l'infanterie en campagne. Taris, Imp. Nat., 1902.
{i) Cf. Instr. pr, sur le serv. de Cinf. en camp,, ouv. cité, titre VI, chap. m, p. Ii9 : u Le train de combat de chaque bataillon bivouaque derrière son bataillon. »
S8 mi TACTICIEN DU XYH* 8IËCLB.
de cavalerie, soit de deux « brigades » d'infanterie; chaque aile comprend des escadrons, et chaque brigade des bataillons !
Pour marcher sur une colonne, ces divisions peuvent faire un à droite et se trouver placées pour la marche, ou gagner individuellement leur rang; le bagage forme une colonne isolée et parallèle, et le canon se place à hauteur de l'infanterie, entre elle et le bagage {fig. I).
L'auteur adopte d*ail]eurs un principe exprimé avant lui, et suivant lequel les Iroupes doivent K tour de rôle être tête de colonne : a II faut de plus savoir, écrit-il, que Tarrièregarde arrivant au camp doit toujours camper au delà de Tavant-garde, afin d'être en chemin de marcher le lendemain, et avoir l'avant-garde à son tour (1). »
Les troupes étant campées de la même façon sur une seule ligne, si Ton craint une attaque sur la gauche de la direction de marche, on peut faire partir les différents échelons de manière que la cavalerie et l'infanterie soient entremêlées; à cet effet « tous les escadrons de l'aile droite et de Taile gauche doivent s'ouvrir en marchant de quatre en quatre, pour recevoir dans leurs mtervalles deux bataillons ». La colonne se trouve ainsi composée, dans la direction de marche, de la tête à la queue, alternativement de quatre escadrons et deux bataillons. Le bagage, y compris le canon, marche sur uue seule colonne parallèle, dans laquelle sont intercalés de petits bataillons de mousquetaires préposés à sa garde.
On peut aussi, partant du même campement, entremêler la cavalerie et l'infanterie, et intercaler de plus dans la colonne le bagage et le canon ; le canon est entre l'avant-garde et l'arrière-garde, au milieu de la colonne; le bagage est en deux
(1) Cf. Instr. prat, sur le serv. de Pinf, en camp., ouv. cité, titre V, * chap. 1«', p. 74 : « En général, les fractions constituées qui composent la colonne de combat prennent à tour de rôle la tête de l'unité (régiment, brigade, division) dont elles font partie. »
Campement d'une armée sur une ligne et mise en marche sur une colonne
Fig. I.
Diaprés un dessin dn Liyre de Guerre. (Ms. de la Bibl. du génie» feuille no 1.)
Marche darmèe
sur une Colonne .
Avangarde
Aile gauche
oooooooaao aooooooooi^aMi ■(
Canon
Arrière garde.
Aile droite
oQcncxno oot
. Avangarde.
iCanon
Bagage
Légende. {Ibid., p. 7.)
c h Aile droite de caralerie, divivée en deui.
ad....... Aile gauche de caralerie, divisée de même en deux.
efg h...» Quatre brigades d*infantorie.
Im Bagage campé à la queue de chaque troupe sur une ligne droite et parallèle
& celle de Tarmée.
V9 Tjurrxsam ic XT^t :
fsa ajE wkZjgM 6k T^JioÊir^Kr^.TiX^F^ mm aSca de ramèn^cvie; «s yÂtr/JA 4e «in^^iisf Baic&e cb tète de raraai-gnie « Cet «rdre de anfczide » d6Î& prrtiyyr dass n gnad et Im« défiK, fMsd m aûxl les eneaû de tous edi^; et c'est yjm kitm WÊtÊtrm à tc^vcn UjqI le l^sage. »
L'année pest em^we eaaipcr sar vae iralr figse aTec riofaolerie et la eaTalene en'reoifléai^ctaKltre ses unités ai marche de telle façon qae, dans la eolflaae»la eaialme soit en léte et en qoeoe, et Vinî^nimc aa mi!îen.
L'année campée ma une liçiie,la caTal»:e anx aîlea.nnbnierie an centre^ peot se mettre en marche sor denx colonnes. Chacune de ces deox colonnes peut ^re cooslitnée par de la caTalerie en tète et en qnene et de l'infanterie an miliea [fig. IT. ; on bien par la cayalerie et rinfanterie entremêlées; dans d'autres cas, la colonne située da côté de l'attaqne probable est constitnée par toote la cayalerie, et Taotre par toute llnfanterie; le bagage marche sur deux colonnes parallèles, du côté opposé à la direction probable de l'attaque ; il est d'ailleurs bon de le faire escorter de pelotons d'infanterie (i); le canon est placé, soit entre les deux colonnes, soit en tête du bagage.
La ligne du campement étant formée par la cavalerie et rinfanterie entremêlées, l'armée peut se mettre en marche de manière à ce que les deux colonoes soient respectivement formées de cavalerie en tête et en queue, d'infanterie au milieu (2;.
Campement sur deux lignes.
L'armée peut camper sur deux lignes de plusieurs façons : la cavalerie aux ailes et rinfanterie au milieu; l'infanlerie en
(1) Sur la feuille n» 6, représentant le cas où la cavalerie et rinfanterie sont entremêlées dans les colonnes, on peut lire la note suivante: « L'on doit mettre, à tous les convois des charettes, des pelotons d'infnntcrio. »
(2) Les différents cas qui précèdent sont l'objet d'une courte description dans le texte du ms., et sont figuré» sur les feuilles 5, 6, 7 et 8.
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32 UN TACTICIEN DU XVn* SIÈCLE.
première ligne avec les dragons aux deux extrémités, et la cavalerie en seconde ligne (1); la cavalerie tout entière en première iigne et l'infanterie en seconde ligne (2) ; dans les trois cas, chaque ligne a son bagage établi parallèlement derrière elle.
De ces différents campements, Tannée pent se mettre en marche soit sur une, soit sur deux colonnes {fig, III) suivant la nature du terrain, les bagages formant aussi une ou deux colonnes (3).
Campement tur trois lignes.
Le campement sur trois lignes est un campement en « ordre de bataille » : la première ligne est constituée par l'avantgarde, et la seconde par l'arrière- garde; dans chacun de ces échelons, l'infanterie est au centre et la cavalerie sur les ailes; la troisième ligne ne comprend que de la cavalerie, et s'appelle « la réserve ».
Voici comment cette dernière est formée : « Le corps de réserve est toujours composé de certaines troupes fixes qu'on prend dans chaque aile, lesquelles sont destinées dès le commencement de la campagne pour le former; et Tarmée venant ensuite à marcher sur une colonne ou sur deux, ces troupes de réserve s'en vont après prendre leurs places dans les ailes, chacune selon son rang. Et voulant après former de nouveau ce môme ordre de bataille, ces troupes ordonnées pour le corps de réserve s'arrêtent dans ce temps-là, et après que les ailes ont marché et formé Jes deux premières lignes d'ordonnances, celles-ci vont ensuite former la leur, à une certaine distance raisonnable de la seconde ligne (4). »
(1 ) « Cet ordre doit estre pratiqué daas un pays couvert, pour donner le temps à la cavalerie de monter à cheval. » (P. iâ.)
Il n'est pas question de t< dragons » sur le dessin du ms. français 4269, mais seulement sur celui du ms. du génie (feuille n® iO).
(2) « Cet ordre doit être observé dans un pays ouvert et fort étendu. »
(3) Texte pages 12 à 14,.dessins aux feuilles 9, 10, 11, 12, 13et 14.
(4) P. 15 et 16.
S^'co-
ai UN TACnCIKN DC XTIl* SiftCLK.
L*armée ainsi campée sur trois lignes peut se mellre en marche sar ane seule colonne, et dans ce cas les escadrons de la réserve reprennent leur place dans les « ailes » ; mais elle pent aussi, dans le cas où l'ennemi est à proximité, exécuter simplement un à droite ou un à gauche, puis un changement de direction pour se placer face à l'ennemi; elle se trouve ainsi prête à accepter le combat [fig. lY).
Le terrain; le « champ de bataille ».
D'Aurignac, en homme d'expérience, a. bien soin de faire remarquer que toutes les formations qu*il indique sont théoriques, et qu'un bon général doit avant tout tenir compte du terrain. L'influence des siècles précédents se fait du moins sentir quand il expose qu'on doit autant que possible camper à proximité d'un « champ de bataUle »; entend-il par ce terme un lieu de rassemblement dans lequel l'armée pourra être facilement et rapidement groupée? c'est fort possible ; mais il songe aussi à un endroit où elle pourra se mesurer avec Tarmée ennemie comme en une arène. Quoique très éclairé pour son siècle, d'Aurîgnac n'a pas encore la conception du combat se livrant suivant les hasards du terrain.
« Dans tous les campements précédents, écril-iJ, l'armée est toujours campée sur des lignes droites, mais, comme il se trouve souvent des lieux si étroits et si serré?, où Ton ne sauroit pratiquer cet ordre, et particulièrement dans des ouetregans (l), et autres endroits fort couverts; alors on doit camper dans ces lieux le plus commodément que l'on pourra, ne pouvant ici en nulle manière déterminer l'ordre qu'on doit observer dans telles rencontres; d'autant qu'il faut toujours s'accomoder à l'assiette du lieu où l'on se trouve, et à la force de l'armée, et c'est ici où l'expérience est tout à fait nécessaire pour camper d'une manière la moins embarrassante qu'il sera possible (2) : observant néanmoins de choisir
(1) Probablement du hollandais : water, eau; ^an^, passage. Il s'agirait alors des digues et canaux tels qu'on en trouve en Flandre.
(2) Cf. Imtr. praU inf., ouv. cité, titre VI, cbap. III, p. 112 : « La dispostioQ des blYouaos est subordonnée à la forme du terrain, à la
'<r>CT)
DODOOOODQOfv^ V
Légende. {Ibid., p. 16.)
« Ce eamptmeot d^année ait lar trois lignes de front : ab, ed^ ef, en ordre de bttaille, et na marche eut sor troi» colonnes : 1 et 2, 3 et 4, 5 et 6, dans le même ordre, marcbant par le flanc, comme il est marqué ici par les points et les trois lignes.
« Le bagage marche snr deax colonnes : 7 et 8« 9 et 10, et le canon : U et 12« à c6tû de J*infanterie de la première colonne,
« Cet ordre de marche se doit pratiquer quand on craint les ennemis sur le flanc ganchc> parce qa*en faisant & gauche« toute l'armée se troure de front et en ordre de bataille. »
i0m\f/*0t% 00 thiuap de iaâsàLt le p(os {«èo do camp qo'on pyorr» ^1,, »
Campement f^rilfjé»
VMrmitf en dehors (ie§ birooaes paaojçers qa'dle oecope en eampafœ, peot établir des eampemeots dans ksqoels elle se r/jrrtifie, soit dans le cas d'an séjour pndcMigé en on même endroit^ toit 4ztï§ le cas d'on siège. D*Aorignae examine les différentes manières de camper dans one drconyallaiion (2) : en générai^ la cavalerie et Tinfanterie sont entremêlées le long des lignes; mais lorsqu'elles ont à sabir one attaque, Tinfanterie se place en première ligne, sar le bord du parapet, et la caralerie en seconde ligne comme soutien; c'est là « Tordre de bataille ordinaire », en face des assaillants. « Et quoique la réritable atlaqae se fasse dans le lieu où l'on est en bataille, ajoute Fauteur, il ne faut pas pour cela d^amir tellement les autres quartiers, qu'il n'y reste assez de troupe pour leur garde, faute d'accident (3 . 9
Lorsque l'armée assiège une place, elle campe forcément imtrc une circonvallation et one contre vallalion; car, si elle doit se prot('ger contre les assaillants venus du dehors, elle est aus9i obligée de se garantir contre les sorlies de la garnison. La ligne de contre vallation peut être fortifiée de « toutes sortes de forts de campagne »; d'Aurignac donne un dessin détaillé dans loqael il figure un certain nombre de ces forts (fif/. \). Mai» ce qui est bien plus intéressant, ce sont les remarques qu'il fait à ce sujet :
dliuoniiOB des espaces libres sur lesquels on veut les établir, et surtout aux exigences tactiques du moment. »
(i) p. i7. — Cf. Instr, praL inf.y titre VI, chap. V, p. 135 : « Dès l'arrlvôo au cantonnement, chaque commandant de compagnie indique un point de railiemeot. .. . . Au signal d'alerte, les bataillons et les régiments gagnent la place d'armes qui a dû être reconnue à l'avance par ItiH chefs do corps. » Le t< champ de bataille » de d'Aurignac est biou aussi une « place d^armes » définie de cette façon, mais c*est de plus, scmblo-t-il, Tcndroit sur lequel se livre le combat.
(t) P. 17, ot feuille nH 8.
(3) P. 18, et feuille no 10.
UN TACTICIEN DU XVIle^SIÈCLB.
Campement d'armée entre une circonvallation % et une oontrevallation.,
Fig. V.
D'après an dessin da Liyre de Guerre. (Ms. de la Bibl. du génie, feaillen* 20.)
Fort à trois . Quvraqe Demibaslionsi ^aS -^"
Demi-Redouti
Tenaille
Front à d) demi bastions
Redoute
Fort à quatre .
bastions
Légende. (Ibid., p. 19.)
« Cette armée est campée eotre une circonyallation a 6, cd et une contreTallation 0/, g, h, laquelle circoarallation est fortifiée de tontes sortes de forts de campagne, et autres onvrages, les noms desquels je nomme ici pour en donner plus d'intelligence dans le plan opposé. »
Le copiste a ajouté en marge la remarque suivante :
« Ligne à la hollandoisef mais ils faisoient plus de forts. »
(1) Il faut lire fort au lieu de front ; c'est une erreur du copiste qui a exécuté les dessins du Ms. du génie.
38 XJN TACTICIBN DU XVII* SIÈCLE.
a Celte circonvallation fortifiée de toutes sortes de forts de campagne, écrit-il, me donne lieu de raisonner sur les circonvallations dont on se sert aujourd'hui aux sièges des places, lesquelles je desaprouve entièrement, vu le peu de défense qu'elles ont, puisqu'elles ne sont flanquées dans toute leur étendue que d'un certain nombre de redans, angles saillans et rentrans et autres médiocres défenses, qui toutes ensemble sont assurément de peu d'effet; et de là, on ne doit donc pas s'étonner aussi, si- toutes ces lignes faites de la sorte sont si aisément forcées, et le seront toujours, tant qu'on pratiquera cet ordre. La raison y est tout à-fait essentielle; l'incertitude où Ton est du lieu que l'ennemi attaquera, vous oblige à diviser également les troupes, pour en border après toute la circonvallation; et par cette division on s'affaiblit tellement, que l'ennemi venant après attaquer une ou deux de ces parties, il est croyable de là qu'elles seront indubitablement forcées, parla raison que le plusfoible doit céder au plus fort.
« Mais se servant de circonvallation fortifiée de toutes sortes de forts de campagne, comme on a fait, autrefois, on doit moins craindre ces accidents ; d'autant qu'on est tout-à-fait persuadé que cent soldats feront plus de résistance dans un fort, que mille étendus derrière une ligne, ce qu'on peut prouver par beaucoup d'exemples arrivés dans les guerres des Pays- Bas (1).-»
Une ligne également garnie de défendeurs sur loule son étendue est donc mauvaise, suivant d'Aurignac, parce qu'elle est également faible en chacun de ses points; ce qu'il préconise au contraire, ce sont des forts qui exigent un efieclif beaucoup plus faible, et qui cependant défendent le passage d'une manière plus efficace ; et il cite, à l'appui de sa théorie, nombre d'exemples tirés des guerres de son siècle (2).
Quelques principes.
Après avoir indiqué les différentes manières d'installer une armée au campement et de la mettre en marche, d'Aurignac
(i) P. i9 et 20.
(2) P. 20, 21 et 22.
donne un certain nombre de principes qui peuvent être considérés comme une ébauche de règlement sur le service des armées en campagne.
« Ce n'est pas assez, écrit-il, que de savoir bien faire camper une armée dans toutes les manières précédentes, il faut encore pratiquer d'autres choses dans le campement, qui sont tout à fait essentielles et de grande conséquence.
(( Gomme de ne camper jamais en aucun lieu, sans savoir auparavant où sont les ennemis; vu que s'i's sont proches, on doit camper alors en ordre de bataille, et même se retrancher s'il en est besoin, ou du moins se couvrir, tant en front qu'en flanc, d'un rang et d'une file de charriots. Et s'ils sont éloignés, en ce cas là, on pourra camper dans un autre ordre, comme on jugera plus à propos. Mais de quelle manière que ce soit, il ne fant pas laisser de se précauiionner toujours, et craindre incessamment l'ennemi quand on ne le voit pas. D'autant que lorsqu'il veut entreprendre et exécuter quelque chose, il lâche de cacher son dessein, autant qu'il lui est possible, pour surprendre au dépourvu et tomber sur les bras, dans Je temps qu'on y pense le moins (!).•..
(( Il fant toujours être dans la méfiance, et ne se contenter pas d'envoyer seulement des partis à la guerre, pour prendre langue des ennemis, mais encore de bons et fidelles espions chez eux, pour donner après, chacun séparément, les avis de leurs desseins, et des choses qu'ils veulent entreprendre. Et par ce moyen Ton se met tellement à couvert des insultes, qu'on n'a rien ensuite du tout à craindre.
(1) D'Aurignac cite alors à ce sujet la défaite, à TuttliDgen, du maréchal de Rantzau, qui fut enveloppé et pris ayant d'ayoir eu connaissance de la marche des ennemis ; ceux-ci avaient cependant passé le Danube à gué et à la nage assez près du quartier du maréchal. 11 cite auési le cas des Espagnols allant au secours de Dankerque, qui avaient commis deux fautes, d*abord celle de passer le canal de Furne sans canon, puis celle de ne s'être ni retranchés dans leur camp, ni même couverts d*un rang de chariots sur leur front; comme il n*y avait aucun défilé entre l'armée française et la leur, Turenne put arriver sur eux brusquement, les charger avec des forces suffisantes, et les mettre complètement en déroute*
(( Il faut de plus observer de n'aller jamais camper en nulle part, sans être assuré par avance d'y trouver commodément l'eau, le fourrage et les bois pour l'usage de l'armée, et le bon air(i).
« 11 ne faut non plus camper en quelque lieu que ce soit, sans choisir auparavant un champ de bataille, le plus près du camp que l'on pourra, et le plus commode pour s'y aller mettre en ordre en cas de besoin (2).
<c Sur toutes choses, on doit observer très régulièrement, que les hutes tant de fantassins que de cavaliers, se fassent toujours dans un ligneament (3) parfait, chacun dans sa compagnie, et ne permettre jamais qu'ils les fassent Tune ici et l'autre là, et toutes espacées confusément et sans ordre : à quoi il faut tenir rigoureusement la main, et châtier avec sévérité ceux qui se trouveront faire de choses semblables.
« Et pour le dernier ordre qu'il faut encore observer, c'est de bien mettre à couvert de l'armée, tant le parc de Taptillerio et celui des vivres, que le quartier du Roi.
« Et de plus, que la retraite générale se fasse tous les soirs ù une certaine heure précise, en tirant un coup de canon tous les soirs, comme pratiquoit M. de Bouillon en Italie, commandant l'armée du Roi, et les régimens tant de la cavalerie que d'infanterie feront ensuite la leur, chacun dans son quartier; et défense aux cabaretiers et vivandiers, de ne donner plus à boire ni à manger à personne, sur peine de la vie, passé cette heure. Et par cet ordre, on observera partout le silence, ce qui est très important à garder la nuit dans un camp (4). w
(1) Cf. Instr, prat, m/"., oqy. cité, titre VI, chap. III, p. il2 : « Autant que possible, les bivouacs sont établis à Tabri des vues de l'ennemi et sur des terrains secs, offrant des débouchés faciles dans toutes les directions, à portée des ressources en eau, en bois et en fourrages. »
(:£) Voilà une phrase qui justiûe la comparaison avec notre « place d'armes » actuelle, comparaison faite plus haut, p. 36, note I .
(3) C'est notre terme actuel « alignement s.
(4) P. 25, 26, 27 et 28.
<c Ordre et façon de marcher. i>
Les marches sont une des opérations les plus importantes et les plus délicates d*une armée, et d'Aurignac en explique les raisons :
« Pour l'action générale du marcher, elle est d'une conséquence si importante, qu'il faut avoir une intelligence 1res grande pour la pratiquer dans sa dernière perfection, et c'est ici où il faut être plus circonspect qu'en toute autre action, vu qu'on est sujet à l'insulte de mille accidents que la prudence humaine ne sauroit presque prévoir.
c< Dans les campemens et aux sièges des places, toutes les choses y sont fixes et réelles; lorsqu'on trouve un défaut ou quelque désavantage en certains endroits, on a le temps et le moyen d'y remédier, et par là on se garantit aisément des avantages que les ennemis y pourroient prendre. Mais dans les marches d'une armée, il n'en est pas de même, puisqu'à toute heure on entre dans des changemens nouveaux, à mesure qu'on avance dans le pays, et par là, on est aussi sujet à tomber bien souvent dans de fâcheuses rencontres. On craint quelquefois les ennemis à la tête de l'armée : cela fait qu'on se précautionne de ce côté là seulement, et cependant le malheur arrive par un autre endroit qu'on n'auroit pas prévu, ce qui fait clairement connoître, qu'il faut avoir une science très grande et une expérience de même pour la pratique de cette action (i). »
Dispositions à prendre.
Malgré tout l'imprévu que comportent les marches, il est néanmoins possible de poser à l'avance un certain nombre de principes généraux qui devront toujours être observés; d'Aurignac les énumère en leur laissant beaucoup d'élasticité, il se contente de les indiquer dans leurs grandes lignes, en laissant aux officiers le soin de les appliquer selon leur jugement; l'annotateur du manuscrit prend soin au contraire de
(I) P. 28 et 29.
42 UN TÀCnClKN DU XTJl* 81ÈCLB.
préciser les règles énoDcées, il doooe des chiffres où d*Aurignac n'en mettait pas, il spécifie les moyens à employer : ses notes ont d'ailleurs beaucoup d'intérêt, et elles ont l'avantage de montrer comment un lecteur instruit pouvait être amené à appliquer les principes généraux posés par l'auteur (1).
« Le général la veille de son départ, doit savoir tant par la carte que par des gens du pays (2), pour s'informer si le chemin que l'armée doit tenir le lendemain est bon ou mauvais, difficile h passer ou non, et selon qu'il se trouve, il doit là dessus former son ordre de marche, observant sur toutes choses, lorsque le chemin est mauvais, de faire marcher tant à la tête de l'avant-garde que de celle du bagage, une ou dr-ux charrettes chargées d'outils, avec des hommes pour raccommoder promplement les chemins et autres mauvais pas- . sages (3). Et par cette prévoyance, l'armée marche diligemment, sans presque s'arrêter, et arrive de bonne heure au camp (4), et par ce moyen elle a le temps d'aller au fourrage et de se huter ensuite (o).
(i) Les plu8 importantes de ces observations inscrites en marge du manuscrit du génie par l*annotateur seront reproduites en note, un renvoi indiquant le passage du texte auquel elles se rapportent,
(2) Note marginale : « Avoir des cartes qui marquent la qualité et détail du pays ; chercher des gens du pays dans les forts ou dans les églises, ou bien faire suivre l'armée de sorte que les gens ne quittent pas, et les bien payer, et s'adresser à messieurs les curés. Les prisonniers sont douteux. »
Cf. Imtr, prat. inf,, ouv. cité, titre IV, chap. HT, p. 34 : « Les éclaireurs interrogent les habitants et, au besoin, en gardent un pour guide. >t
Cf. ibiiLy art. 52, p. 80 : « Chaque commandant de colonne fait rechercher au besoin les gens qui connaissent bien le pays et peuvent lui servir de guide. »
(3) Note marginale : « 50 ou 100 pioniers pour Tarmée ou bagage, ou autant pour Tartillerie. »
(4) Note marginale : « Arriver à 2 ou 3 heures après midi, et ainsi se mettre en bataille demie heure avant le jour, et partir au jour ; en avançant cette heure on retarde, car en ne voyant goûte. Ton ne sait ce que Ton fait. >>
(5) Instr. prat. inf., ouv. cité, titre IV, ch. 111, p. 26 : « L'avant-
« Il faut de plus avoir le soin d'envoyer tous les jours de marche des partis à la guerre du côté qu'on craint plus les ennemis pour prendre langue d'eux» et ensuite ses mesures, selon les avis par les partis rapportés (1). On ne sauroit assez se précautionner dans les marches, vu les accidents qui arrivent continuellement, même dans le temps qu'oh y pense le moins. La bataille de Norlingue (Nordlingen) s'est donnée par la rencontre de deux armées dans leur marche, et celle d'Ivry gagnée par Henri IV fut donnée de même : les maréchaux des logis des deux armées étant allés faire le campement dans un même lieu, cette rencontre inopinée donna ensuite l'occasion de la bataille. Ce qui doit obliger un général, de ne permettre jamais que personne se détache de l'armée sans son ordre, crainte de tomber dans des rencontres semblables. Et ceux qu'il trouvera battre le campagne, il doit les faire châtier rigoureusement et sans rémission (2). Mais il doit surtout tenir la main que tous les officiers marchent incessamment chacun dans son rang, afin d'obliger tous les soldats, à leur exemple, d'en faire de même (3) ; vu qu'il est tout à fait honteux de voir quelque fois arriver l'armée dans le camp, qui n'est
garde doit en outre réparer et dégager la voie que doit suivre le gros de la colonne » ; ibid., p. 27, Tavant-garde comprend entre autres troupes : « un détachement du génie dont la composition est subordonnée à la nature et à Timportance des travaux à prévoir; » ibid.y p. 30 : « En principe, Tavant-^arde doit prendre ses dispositions pour que la marche de la colonne ne soit ni arrêtée ni retardée. »
(1) C'est lace que nous appelon^« aujourd'hui le service (T exploration. Cf. Instr.prat, inf,^ titre III, p. 21 : a L'exploration a pour objet de fournir au commandant en chef les renseignements généraux dont il a besoin pour diriger les troupes et assurer le succès de ses opérations. Aux armées, ce service incombe aux divisions de cavalerie qui possèdent, en principe, de Tartillerie à cheval, et auxquelles des détachements d*infantérie peuvent éventuellement être adjoints. »
(2) Note marginale: « Jamais quitter le camp ni les rangs sans congé de celui qui commande le bataillon et l'escndron. »
Cf. Instr, prat. inf.^ litre V, chap. 1«, p. 88 : « Les officiers et gradés veillent à ce que chaque soldat marche à sa place et que personne ne quitte les rangs sans autorisation. »
(3) Cf. Ibid., p. 89 : a Les gradés donnent l'exemple de la vigueur
44 vn TAcnctEX pr xtih siècim,
JOL» la moitié forte de ee qu'elle était quand eUe e^ partie le matin, à faote d'aroir ohserré cet ordre (1;.
« Il teutt de pins tâeher de faire marcher l'armée en ordre de bataille, le plus qoe Ton pourra, et particolièremoit dans def plaines et antres lienx fort ooYerts, et e^est pour accoutomer les troopés à marcher en ordonnance.
« I^aatrefois (^;, Tannée marchoit divisée en trois corps, savoir en avant-garde, [corps de bataille et arrière-garde] (3). La bataille marchoit ordinairement à cinq on six cents pas de Tavant-garde et Tarriére-garde à dooze oo quinze cents de la bataille, et par cet ordre de marche, la colonne devenoit si longue, à cause de ces grandes distances d'un corps à Tautre, que bien souvent rarrière-garde n'arrivoit au camp, qu'à deux heures de nuit, sur le moindre empêchement qu'elle eût trouvé en son chemin.
u Mais Tordre qu'on observe aujourd'hui de diviser l'armée en deux corps seulement, d'avant-garde et d'arrière-garde, et l'arriëre-garde marchant à une certaine distance raisonnable de l'avant-garde (4), de là on est toujours assuré que Tarrièregarde arrivera au camp peu de temps après Tavant-garde (5), pourvu qu*on ait eu le soin d'être parti le matin avant le jour et d'avoir fait raccomoder, en marchant, les chemins et autres difflciles passages.
La marche des bagages.
« Pour la marche des bagages, il faut observer Tordre des Suèdes, qu'il est assurément le plus parfait qu'on puisse
et de l'endurance, éTitent toute parole imprudente et tout laisser-aller dans la tenue ou dans l'attitude qui pourrait trahir la fatigue. »
(1) Cf. Instr, prat. inf,, titre V, chap. I", p. 88 et 89 : « L'ordre le plus rigoureux doit toujours régner dans les marches; sans cela, les colonnes se désagrègent vite et échappent au commandement. »
{i) G'est-h-dire du temps passé, du temps d'autrefois.
i^A) Ces mots sont oubliés dans le ms. du génie, mais figurent dans lo ms. fr. 4i69,
(4) NoU marginale : « 600 pa?. »
(5) Note marginale : « Quand on a passé un dénié, il faut, à 1000 pas de là, faire halte pour donner lieu à ceux qui suivent de joindre. »
jamais pratiquer, savoir : que le bagage de chaque régiment marche et tienne le même rang dans la colonne du bagage, que les régimenis {i ) tiennent dans celle de Tarmée (i) ; et par ce moyen, l'on sera tout à fait assuré, qu'à mesure que les régiments arriveront au camp, que leur bagage y arrivera de même et à même temps; ce qui sera un grand soulagement pour les officiers de trouver ainsi commodément à leur arrivée, chacun le sien (3).
« Mais il faut aussi observer que le capitaine général du charroi avec le prévôt général de l'armée aient ensemble le soin de faire marcher le bagage de chaque régiment chacun dans son rang (4), et châtier rigoureusement ceux qu'on trouvera manquer à cet ordre (5).
« Il faut de plus, tous les jours de marche, détacher de chaque régiment à la Suédoise (6) des hommes commandés pour la garde du bagage de chacun (7), et ces hommes sont
(\) Note marginale: « Avoir chacun sa livrée différente. » — Cette précaution était destinée à éviter le mélange des régiments, et permettait ainsi aux soldats de retrouver plus facilement leur corps.
(2) W. Instr. praL inf,, titre V., chap. III, p 98 : « Ils (les trains régimentaires) ^échelonnent dans le même ordre que les unités auxquelles ils appartiennent. »
(3) Ce seul détail indique bien Tofficier qui a mené la vie des camps. De nos jours, tous ceux qui ont fait colonne en Algérie ou aux colonies savent quelle fatigue et quel ennui impose le retard du convoi des bagages, quand il ne suit pas immédiatement la troupe, et quel soulagement procure son arrivée.
(4) Note marginale: « Le bagage des officiers généraux doit aller par rang et suivant leur ancienneté et puis le corps des régiments. »
(5) Cf. Instr, prat,, inf., titre V., chap. III, p. 98 : « Le train régimentaire de chaque quartier général ou corps de troupe est sous les ordres directs de Tofficier d'approvisionnement de ce quartier général ou corps de troupe.
<i Dans une colonne de division, l'ensemble des trains régimentaires est commandé par Tofficier de gendarmerie vaguemestre de la division.
V Dans une colonne de corps d'armée, l'ensemble des trains régimentaires est commandé par \e prévôt du corps d'armée.
(6) Expression devenue courante après la guerre de Trente Ans, et qui montre l'influence des Suédois sur nos troupes.
(7) Note marginale: « Il faut aussi détacher des gens pour Par-
46 UN TACTICIEN DU XTII* 8IBCLB.
Imit à fait nécessaires poar sa conserTation, va qae s'il arrive par wdheiir qoe quelque charrette soit emboarbée dans qaelqae mai&Yais chemin, ceux-ci prêteront plas volontiers la main à la dégager qoe d'aolres ne feroient pas, s'ils étoient d'autres corps (1). »
La mareii de t^iiUerie.
Dans Télude des campements, dans les marches même, d'Aurignac a jusqu'alors fort peu parM de l'artillerie; ce corps spécial, jaloux de la lâche parlîculiira dont il était chargé, avait encore peu de contact aVec l'in^knlme ou la cavalerie; on considérait un peu les pièces comme ftybanl partie du « bagage », à cause de tout le convoi d'approvi^oonements et de munitions qu'elles traînaient à leur suite. Néanmoins d'AurIgnac est amené à s'en occuper, et il lui consacre même un paragraphe des plus intéressants, dont il souligne rimportance en lui attribuant un sous-titre spécial : « Pour la marche de rartilierie. »
a Elle marche ordinairement, écrit-îl, à la tête de tout le bagage; d'autres fois, entre le bagage et la colonne de l'armée; et d'autres fois encore, entre (2) Tavant-garde et TarTièrogarde.
tillerie, soit pour l'escorte, »oit ppur les désordres de la marche: 150 hommes. »
(1) Note marginale : « Chaque soldat ira chercher à se huter, et comme ils sont deux dans une chambrée, Tua Ta au bois, l'autre à la paille. 11 faut leur en donuer le temps arrivant à bonne heure, c«ir lorsqu'un soldat mange mal ou est mal vêtu ou couche mal, il sert mal, parce qu'il est malade ou se dégoûte du service. »
Excellente étude psychologique du soldat, toujours vraie quelle que soit l'armée ou l'époque.
(2) Il y a contre sur le ms. du génie, entre sur le ms. de la BibL nat. C'est évidemment entre la véritable version; mais les deux expressions sont acceptables, car tantôt l'artillerie marchait le long de l'infanterie de l'avant-garde et de l'arrière-garde, parallèlement à elle (voir plus haut, p. 28, etfig, I), tantôt entre l'avant-garde et Tarrièregarde (voir plus haut, p. 30, ordre dans un défilé, et feuille n*> 3 du ms., non reproduite dans ce travail).
« Dans d*autres occasions, les petites pièces marchent à la tête de i'avanl-garde ou à la queue de l* arrière-garde, selon que les ennemis se présentent, comme lorsqu'ils serrent de trop près la queue de l'arrière-garde, ou bien lorsqu'il faut aller promptemeot gagner un passage au devant de l'armée (1); ces rencontres, ou d'autres semblables, obligent quelquefois à détacher ces petites pièces. »
La position de l'artillerie dans une colonne est donc assez variable; on voit qu'en général, elle n'est pas considérée comme devant intervenir pendant la marche , et qu'elle cherche plutôt à être protégée qu'à proléger; elle est en effet eoit avec le bagage, c'est-à-dire du côté opposé à la direction possible d'une attaque, soit sur une colonne parallèle entre l'armée et les bagages, soit dans la colonne, entre l'avant-garde et l'arrière-garde. Mais la mention spéciale que d'Aurignac fait des petites pièces, et de leur rôle, montre qu'il comprenait l'avantage qu'une armée pouvait avoir, en beaucoup d'occasions, à les détacher.
L'artillerie doit d'ailleurs, suivant lui, avoir des règles fixes pour la mise en marche de sa colonne; ces règles dépendent du rôle particulier que chacun des éléments qui la composent a à remplir en campagne :
« Avant que l'artillerie parte, certains commissaires, charrons, canonniers et pionniers vont toujours devant, pour raccommoder et applanir les mauvais chemins, ou du moins ils doivent y aller.
« Et quand toute l'arlillerie est en corps, les petites pièces marchent toujours les premières, puis toutes les grosses, après les mortiers; et ensuite deux ou trois caissons, dont le premier porte quelque baril de graisse, avec tous les outils des forgeurs; le second, tous les outils des charrons et char* pentiers, la chèvre, leviers et le cric qui sert pour relever les pièces ; et le troisième porte l'enclume, le soufflet, le charbon et autres outils nécessaires (2). Après les trois dites char rettes
(i) Note marginale: « Ou passer une rivière, ou un défilé, ou un pont. »
(S) Note tnarginale : « Après les deux charrettes d'outils viennent six charrettes composées de poudre, mèches et plomb, n
OU caissons, marchent les charrettes des poudres, mèches^ baies, boulets, bombes et outils (1).
« Tous les officiers, pointeurs canonniers et commissaires (â) marchent chacun avec sa pièce.
' (c Le bagage du grand maître marche toujours à la tête de r artillerie (3).
« Le général d'armée peut prendre un certain nombre de charrettes pour son bagage en cas de besoin. Les lieutenants généraux prétendent d'en avoir de même à proportion (4).
« L'artillerie campée, elle tourne toujours la bouche du côté de Tennemi. »
Ploiements et déploiements.
Après avoir montré de quelle façon une armée s'établit aa campement, et dans quel ordre elle dispose ses différents éléments pour la marche, d'Aurignac veut expliquer comment elle passe de Tordre de marche à Tordre de bataille, puis comment, de Tordre de bataille^ elle revient à Tordre de marche; c'est toute la théorie des déploiements et des ploiements qu'il fait ainsi passer sous les yeux de son lecteur.
Une armée qui est en marche sur une seule colonne se met en bataille par des mouvements simples [fig. YI).
(1) Note marginale: a La chèvre et vérins, derrière les grosses pièces, pour les relever et débourber. »
(2) Note marginale: « Chaque commissaire commande à une espèce de munition et en a soin. »
(3) Note marginale : « A la tête du bagage des officiers, etc. »
(4) Note marginale: « Le grand maître a six charrettes; le lieutenant deux; à trois commissaires provinciaux, une; à neuf ordinal res^ une ; aux officiers, une ; aux ouvriers, une ; aux mineurs, compris les officiers, une.
« Sans quoi ils embarrassent ce qui est destiné pour le service de leur petit tracas, et s'ils n*ont rien, soit pour leur nécessité, soit pour leur provision, ils retardent le service sous d'autres prétextes, ou ils socit chagrins ou malades. Et distingner tout par numéro, nommer Ici pièces. — Il ne faut pas souffrir qu'ils fassent rien porter aux batteaux, car chaque chose doit servir à son usage naturel. »
Voilà une note qui prouve que Tannotateur de d'Aurignac avait une parfaite connaissance du soldat, et en particulier de Tartilleur.
Passage de rordre de marche à l'ordre de bataille (et opération inverse).
Fig. VI.
D'après an dessin dn Lirre de Oaerre. (Ms. de la Bibl. du génie ^ feuille no 24. — La feuille &* 31 représente Topération inverse.)
Ordre de bataille
( lors que les Ennemis paroissent)
Fusiliers 1
^^i^ao 00 QaaqqD2 Dragons
Légende. (/6id., p. 35.)
ti ab Marche d'armée sur une colonne, avec ensuite son ordre de bataille sur trois lignes : 1-2, 3-4, 6-6.
« Ces petites portions de cercles, marquées par des points, montrent comme les escadrons et les bataillons doivent doubler à droite et à gauche pour former les lignes.
« Pour la troisième ligne 5-6, où est le corps de réserve, les escadrons marqués par des croix dans la colonne a b doivent se joinare après que les ailes auront marché, pour la former. Il faut de plus observer que les escadrons marqués par des croix s'arrêtent pendant que les ailes marchent, )>our former après le corps de réserve 5«6. »
Marche d'armée sur une colonne
Les brigades d'infanterie marchent droit devant elles en obliquant légèrement de manière à pouvoir se former en ligne facilement; elles se trouvent ainsi, après ce mouvement fait, placées l'une derrière l'autre, formant le centre de chacune des deux lignes. Quant aux ailes de cavalerie, celles de téta déboîtent respectivement à droite et à gauche pour former les deux extrémités de la première ligne, et celles de queue déboîtent de la même façon pour former les extrémités de la seconde. La seule difficulté consiste à former le corps de réserve : mais les escadrons étant désignés à l'avance, ils n'ont qu'à s'arrêter, à laisser passer les autres, et ils se juxtaposent ensuite pour former la réserve.
Dans un défilé, on ne peut se conformer à ces règles ; le manque de place ne permet pas en effet aux troupes d'aller prendre leurs positions assez rapidement, d'autant plus qu'en pareil cas, l'infanterie et la cavalerie marchent entremêlées, pour se prêter un mutuel appui.
11 faut passer par une formation intermédiaire {fig. Vil) : en sortant du défilé, tous les escadrons de la demi colonne formant avant-garde constituent une première ligne; puis tous les bataillons de la même demi-colonne constituent une seconde ligne; les bataillons de la demi-colonne formant arrière-garde constituent une troisième ligne, i^ laquelle viennent bientôt s'accoler tous les escadrons de queue.
De cette formation, il est facile de passer à Tordre de bataille ordinaire; pour cela, les escadrons de première ligne s'ouvrent par le milieu pour laisser la place aux bataillons qui formaient jusqu'alors la seconde ligne; voilà la première ligne de bataille constituée. La seconde l'est déjà, et n'a qu'à marcher droit devant elle. La réserve de cavalerie se constitue comme d'ordinaire, par des escadrons désignés à cet effet, qui laissent défiler les autres.
Il y a des raisons sérieuses à cette manière de faire, et elle n'est pas basée sur un simple caprice, comme cela ressort des réflexions de l'auteur :
« On doit observer, dit-il, sortant de tout défilé, un ordre semblable, ou du moins que Tavant-garde se mette en bataille à mesure qu elle sort, jusques à ce que l'arriéregarde paroisse, et alors elle pourra se remettre en marche. Et Tarrière-garde
Pàssàge de Vordre de marche à rordre de bataille à la sortie dun déHIé.
Fig. VU.
D*apr^s an des:iim da Livre de Gaerre. (Ms. de la Bibl. du génie, feuille no 25.)
Ordre de bataille dans un défilé
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Arrièregarde gS'
Légende. {Ibid., d'tpris les pages 36 et 97.)
. Marche d armée sar ane colonne dans
«n long et grand déGlé.
. Demi-colonne d'avant-garde.
. Demi-colonne d'arrière-fçarde.
. Escadrons de la première demi»
colonne.
. BatailIoDs de la première demi-
eolonne.
. Bataillon» et escadrons de la deuiiéme
demi -colonne.