sont les trois lignes de
Tordre de bataille.
doit observer un ordre semblable, et non pas marcber toujours sans s'arrêter comme on a coutume de faire, outre que cela fatigue extraordinairement Tarmée, c'est ce qu'il y a du hazard à courre pour elle (1). »
L'ordre de marche que d'Aurignac considère comme le meilleur, puisqu'il inscrit celte appréciation sur son dessin (fig. VIII), c'est Tordre sur deux colonnes. Cette manière de marcher a un grand avantage entre plusieurs autres : elle permet de passer facilement à l'ordre de bataille.
Les mouvements inverses permettent d'ailleurs de passer de l'ordre de bataille à la marche sur deux colonnes (â).
Beaucoup d'autres déploiements peuvent être imagîoés, suivant les ordres de marche adoptés par les troupes, et d'Aurignac en détaille quelques-uns avec complaisance; leur fonctionnement est analogue aux précédents, et la constitution des échelons de l'ordre de bataille s'effectue toujours de la même façon (3).
Une des formations de marche indiquées est cependant plus remarquable que les autres^ et permet de passer rapidement à l'ordre de bataille; Tannolateur de d'Aurignac la considère d* ailleurs comme très bonne (4). L'infanterie est placée sur deux colonnes parallèles ; la cavalerie est au contraire disposée en ligne, à hauteur delà tête et de la queue des colonnes d'in-
(1) Cf. Inst. prat, inf,, litre V, chap. I, p. 85 : « Lorsque la nature du défilé doit entraîner un allongement exceptionnel, le commandant de la colonne arrête la tète dès qu'elle a laissé derrière elle IVspaee nécessaire pour contenir la colonne entière avec ses distances réglementaires; il la remet en marche assez à temps pour que les dernièrea subdivisions ne soient pas obligées de s*arréter. »
La disposition indiquée par d'Aurignac a pour but, non seulement de permettre aux troupes de se masser, de reprendre leurs distances, mais aussi d'opposer à une attaque possible des forces sufilsanteâ pour maintenir l'ennemi jusqu'à ce que l'armée ait pu déboucher tout entière.
(2) Dessin de la feuille 32 ; texte p. 42.
(3) Dessins des feuilles 27, 28, 29 et 30 ; texte des p. 39 et 40.
(4) Note marginale, p. 40 : v Cet ordre est très bon. »
Déploiement cTune armée en marche sur deux colonnes (et opération inverse.)
Fig. vni.
D'après on dessin da Lirre de Gaerre. (Ms. de la BibL du génie, fenille n9 26. — La feuille no 32 représente Topération inrerse.)
Ordre de bataille
inppDDDDDDDiMMiiPiiBiODDDDDaqDDZ
n Arrière qarde a . ^
Légende. {Ibid.^ p. 37^ 38.)
« La marche de Tarmée est «nr denx coloDoes, et Tordre de bataille est ensuite formé sur sa marefae.
. ed, marche d'armée sur denx colonnes.
« 1-2, 3-4, 5-6, ordre de bataille formé sur la marche de l'armée.
a Pour former les corps de rèserre 5-6, les escadrons maronés d'une croix s'arrêteront pendant que les ailes marchent, pour le former après, n
M vu TACTICIEN DU XVII» SIÈCLE.
fantene, et exlérieurement à elles, c'est-à-dîrc enpotenceaux
quatre extrômitéi {ftg. IX),
D*Aurignac indique cet ordre avec son laconisme ordinaire, cesl-à-dire sans donner d'appréciations sur sa valeur; son annotateur, plus précis, indique Tavantage qu'il présenle : u L*infanterie el cavalerie, en faisant à droite et à gauche, se met en bataille avec la dernière facilité, de quelque côté que l'ennemi paroisse [i), n
L'opération qui consiste à passer de Tordre ^n bataille ordinaire à un orJre de marche quelconque s'efTectue par un mécanisme analogue à celui des opérations précédentes; c*est un ploiement au lieu d'un déploiement. Et même, lorsque Tarmée doit marcher en ordre de bataille, en raison de la proximité de l'ennemi, il suffit d'une simple « conversion » [le mot est employé (2j], pour se trouver dans la direction voulue; le canon, qui était campé devant l'infanterie de la première ligne, marche alors devant elle (3).
llègies générahi et principes de détail,
D'Aurîgnac évite toujours de poser des règles trop étroites (4), mais il glisse adroitement ^h. et là un principe sûr, qu'il engage à respecter. Ainsi il croit inutile de réveiller les hommes longtemps avant le jour: « Ne marcher jamais qu'au jour, dit-il, car on fait plus de chose en un quart d'heure qu'en quatre heures de nuit; c'est pourquoi il f«ut
{i ) Noie marginale j p. 41 *
(â) H L^ium^^e cî-dessaus îï marché Ici par une convcrsioD n, Mij, du gûnif, feiville 3*. — Jér^mîe de H i lion, dans ses Principes de l'art militaire, intitulait déjà un de ses chapitres : « Lqs conversions i>. (Rouen, 1636» p, 230, chap, XXXVlUj, — Lostelneau^ dans Le Mare^chai de bnîaille, représentait les conTcrsions. (Paris, 1647, p 230 et suiv,)
(3) Feuille 34, texte p. 43. De cette maniôro, remarque l'auteur, Tarmée « fera front, et lera par ainsi prête h combattre ».
(i) et Bèijkiïicnt prov^ sur les manœuvres de Vinf, Paris, Imp. Nat*, iy02, titie l", art. l^^^ p, 7 : « Le commandement supérieur flie le but et le fait cennallre. Le commandement subordonné conserve rmîUatiîe du ehoii des moycni. n
Déploiement d'une armée en marche dans une formation particulière,
Fig. IX.
D'après ao dessin du Livre de Guerre. (Ms. de la Bibl. du génie^ feaille n* 30.)
Ordre de bataille
DanDDaaaqlO
DDDnn,DDaDlD4
SbannaanandG Arrière garde TbanaDaDDods
Légende. [Ibid., p. 40 et 41 .)
« a 6, cd, marche d'infanterie nnr deax colonnes, et la caralerie sur quatre lignes de firoot, 1-2, 8-4, 5-6, 7-8, dont les deux sont & droite et à gancbê snr les ailes de la tète des deux colonnes de l'avant-garde bd, et les autres deux sont de même à droite et à gauche snr les ailes de la qneue de l'arrière -garde ac,
c 9-10, 11-12, 13-14, ordre de bataille formé sur la marche de l'armée.
a Les lignes marcpient de la manière que les ailes et ses brigades ont marché. »
91 €9 rAcncas viu xww siècle:
fmrn hMre la générale ane heure derant le joor, et Tassemhl^ à la pointe da joor. »
Bon annotateiir est plus nÛDatieiix, il aime à fixer des dis- Lance» et des heures, et cette manie est dn moins otfle, en ce qu'die ramène sonrent i fonmir les raisons qni le guident ; il âf^nne^ de la sorte Ténigme de bien des règles en nsage dans l'armée da XVIl^ siècle, et qne nons ne nous expliqnerions pas ' aojoyrd'hoi. ^
Cefti ainsi qu*à propos d'nn dessin {fig. IX), dans lequel »ofit marquées par hasard les distances de 300 pas entre la première et la seconde ligne, et de 600 pas entre la seconde et la irom/»me, il écrit en marge du texte (1) :
u La distance de 300 pas est à cause que les coups qui échappent ne puissent blesser ceux de la seconde ligne (2), et que la cavalerie puisse faire son caracol (3). Une troupe de réserve est fort bonne entre les deux lignes, pour remplacer tout le foible et rétablir tout ce qui est rompu, surtout l'aile gnuchn, parce qu'elle est opposée à 1 aile droite ennemie (4).
u Chaque division est de six de hauteur, et on défile par quatre et par six; à chaque division il faut y mettre des officiers; les capitaines se mettent à la tête fit à la queue, les lieutenants à la tète des mousquetaires; et à la tète des [4quters, les enseignes, et faute d'officiers des sergens. n
En un aulre endroit, Tannotateur explique pourquoi il vaut mieux faire marcher toujours rinfanterie par files, nous
(t) C*e8t-à-dire la distance de 300 pas est supérieure à la portée des nrai6H A feu, de manière à ce que, par inadvertance, les soldats d*une li^nii iw blessent pas ceux de l'autre.
(:t) \a cayalerie de la seconde ligne a besoin de place pour évoluer, fjtirn fnrse à une attaque, aller à la charge, « caracoler » en un mot. l/atiiiotateur du manuscrit dit dans une remarque (p. 56): « Caracol mi pour la cavalerie, et conversion pour Tinfanterie ». Le caracol comporlnit donc en général un changement de direction pour faire face à LVuiuMiii.
(4) Ou mettait souvent les meilleures troupes à l'aile droite, et le Kt^u^rnl i>n chef les commandait. Voir sur le Plan de la bataille de Uipêift dessin reproduit plus loin; le roi de Suède est tout à fait à droite.
dirions aujourd'hui « par le flanc », que de la faire marcher en ligne : « L'infanterie doit toujours défiler, écrit-il, car le moindre rideau, la moindre haye est capable de vous obliger de défiler, ce qui perd un grand temps; ainsi tout au plus ce sera deux colonnes, car d'ailleurs le bagage et rartillerie ayant une longue Ole, il faut des troupes à côté qui fassent leur sûreté (i). » 11 veut dire par là qu'une troupe marchant sur un front étendu est obligée de se reformer en colonne dès qu'un obstacle ou un passage étroit se présente devant elle, tandis qu'une troupe en colonne défile sans arrêt, dès que la tête a trouvé un passage; mais on ne peut former plus de deux colonnes, pour ne pas éparpiller ses forces, car il faut déjà fournir une troupe de soutien aux bagages et à rartillerie. D'autres principes posés par l'annotateur ne sont pas moins intéressants : il veut que les troupes arrivent de bonne heure au campement, qu'en marche elles fassent des halles, destinées à remettre de l'ordre dans la colonne et à rétablir les distances; quant au convoi et à l'artillerie, ils n'ont pas besoin de haltes régulières, ils ont assez d'accidents inattendus sur leur route : « Il faut arriver de bonne heure au camp, dit-il, pour avoir le temps d'envoyer au fourrage et de huter les troupes, sans quoi elles dépérissent notablement. De plus, en marchant, il faut occuper le moins de terrain que l'on peut, pour pouvoir se mettre en bataille ou se soutenir selon l'occasion (2); et ainsi on voit l'avant-garde peut occuper tant de terrain, et>ainsî l'on fait marcher la tète jusqu'à un lieu remarquable; puis, si la marche n'est pas facile, l'on fait faire halte, et peu après les troupes reprennent l'ordre et les distances qu'elles avoient lorsqu'elles s'étoient mises d'abord en marche. Ainsi cela est plus sûr, plus beau, moins de picoreurs, plus de discipline; et le canon et le bagage iront cepen-
(1) Note marginale, p. 40.
(2) Cf. InsL prat. inf., titre V, chap. U, p. 91 :
u Dès qu'en raisoa de la proximité de rennemi une rencontre devient possible, les troupes marchent dans l'ordre commandé par Turj^ence de leur arrivée sur le champ de bataille.
« On diminue la profondeur des colonnes et des cantonnements, et on rejette en arrière tous les impedimenta» »
M DN TACnCIElf DU XYII* SÛCLB.
dani par ane autre colonne (f) ^ans faire halte de dess<^in prémédîléy e^r les accidents et choses imprévues leur en foot assez laire (2;. »
Enfin il est certaines phrases qui font encore reproduites presque textuellement par nos règlements actuels, comme celle relative aux précautions à prendre dans les marches de nuit : « 11 faut marcher la nuit fort serré, de peur de perdre la filp, et laisser des cavaliers dans tous les carrefours pour avertir ceux qui suivent (-i). »
Modifications dans Varmée,
Les principes généraux relatifs à Y « ordre et façon de marcher » sont ainsi établis d*une manière certaine : chacun des éléments de l'armée en marche se trouve déterminé, et sa place est marquée dans la colonne.
De cet exposé, il ressort que des modiflcations importantes s'étaient peu à peu introduites dans TarméQ. Au lieu de trois éléments, qui étaient jadis Tavant-garde, la bataille et Tarrière-garde, il n'y en avait plus que deux dans une colonne en marche, Tavant-garde et rarrière-garde. De plus, la dislance entre les deux échelons qui restaient avait été diminuée : tandis qu'autrefois 600 pas séparaient le premier échelon du second, et 1500 le second du troisième, il n'y avait plus qu' « une distance raisonnable » entre Tavant-garde et Varrière-garde. Ces deux modifications avaient pour but de diminuer rallongement, qui devenait considérable dans une longue colonne, et la marche sur deux colonnes parallèles, que d'Aurignac recommandait particulièrement, avait pour effet de le réduire encore.
Mais, s'il n'y a plus que deux éléments dans Tarmée en
(1) Cf. Imt. prat, inf.^ ibid. : « Les trains régimentaires marchent groupés à la queue des colonnes; on peut, s'il est nécessaire, leur iiffecter des routes distinctes de celles qui sont suivies par les troupes. »
(î) Note marginale, p. 38.
(3) Note marginale, p. 39. — Cf. ibid.^ p. 95 : « Des gradés sout , laissés aux embranchements de route pour indiquer la direction à suivre. »
marche, il y en a toujours trois dans l'armée en batailla II faut remarquer à ce sujet le changement de sens, ou plutôt la spécialisation que subissent à cette époque certains termes militaires.
Les mots « avant-garde » et c< arrière -garde m, qui désignaient jadis deux des trois éléments de Tarmée en raarehe ou en bataille, sont de plus en plus réservés aux élémenU de lète et de queue de Tarmée en marche, et ils se rapprochent ainsi de leur sens étymologique, qu'ils avaienl perdu. Il arrivait en effet parfois au XV® et au XVI® siècle, que la bat ail Fe précédait Tavant-garde (1); dans le combat» ces élémenLs étaient disposés sur une ligne, et dans le cas général^ le mot « avant-garde » désignait le corps de droite, le mot « bataille » celui du centre, et le mot « arrière-garde >* celui de gauche.
Il n'en est plus de même avec d'Aurignac et les auteurs de son époque : la bataille, c'est le combat lui-même, c'est-àdire la lutte des deux armées, on le voit bien quand Tauteur parle de V « ordre de bataille »; les mois avant garde et arrière-garde, réservés désormais aux deux élémenla d'une colonne, sont encore employés quand l'armée prend son campement; mais dès qu'elle prend sa formation de combat^ il n'est plus question que de deux «lignes « et du ne « Tisser ve ». La raison en est que les échelons de l'armée ne formaient plus comme jadis des groupes compacts, qui ne se disloquaient qu'en cas de déroute; le fractionnement en petites unités permettait de passer facilement d'une formation à une autre, si bien que les lignes de bataille étaient constituées de bataillons ou d'escadrons puisés suivant certaines règles dans la ou les colonnes.
L'ignorance de ces modifications dans les termes militaires a fait commettre à bien des historiens, depuii^ le XVII* siècle
(\) A la bataille de Dreux, livrée en 1562, Tarniée prole^tante était en marche quand commeaça rengagement; or le corps de bataill(ï de cette armée, placé sous le» ordres directs du prince de Coudé, se trouvait en tête, suivi de Tavant-garde, que commandait Cotigay.
Cf. Revue (T Histoire rédigée à V élat-major de l'armée, n*> 42, juîa 1904, p. 503, d'après les mémoires du temps.
jusqu'à nos jours, des erreurs grossières dans les récils qu'ils ont voulu faire. Rencontrant, dans les manuscrits ou dans les ouvrages qu'ils consultaient, des mots dont ils ne connaissaient pas exactement la valeur, ils faussaient sans le vouloir les événements qu'ils avaient la prétention de raconter.
Déjà un auteur antérieur à d'Aurignac avait conslaté les confusions qui commençaient à se produire à propos des termes en question : « Je diray encor ce petit mot, écrivait Billon, pour ce qui est des corps, que l'on peut les nommer en plusieurs façons : car Tadvant-garde représente un corps, la bataille un autre, l'arrière -garde un autre et ainsi des autres suivans : parce que ce sont troupes à part, esgalement disposées ou à peu près, et en mesmes lignes de toutes carrures, bien qu'elles soyent séparées l'une de l'autre. De sorte qu'on peut dire : le corps de l'advant-garde, le corps de la bataille,* le corps de Tarrière-garde. Et si chacun de ces corps est séparé en soy par des grandes intervalles, ou par quelqu'autre chose, comme j'ay desja dit, l'on peut encor nommer ces pièces corps, appellant le corps du milieu de Tadvant-garçle, le corps de l'aisle droite de l'advant-garde, et le corps de l'aisle gauche, et tout de mesme peut-on Aire des séparations de la bataille, et arrière-garde.
<( Quand tous les bataillons ou escadrons d'une armée sont en un ordre seul, sans advant-garde ny arrière-garde, Ton appelle alors advant-garde ce qui fait la main droicte de Tarmée, bataille ce qui fait le milieu, et arrière-garde ce qui fait la main gauche (1) ».
On voit que Billon était déjà obligé de préciser le sens des mots employés par ses contemporains pour leur éviter des erreurs. Gé passage est à méditer par les historiens qui croient pouvoir écrire sans études préalables, et par ceux qui s'imaginent pouvoir raconter avec exactitude les manœuvres et les combats des temps passés, quand ils ignorent les principes militaires en usage à ces époques, et la valeur des termes qui étaient employés. Ceux-là trouveront un réel profit à lire des ouvrages comme celui.de d'Aurignac.
(1) Instructions militaires, divisées en six livres, par Jérémie de