Oa. Od. ISOh 08. Od
3 90 17 9 il 13 4
lOO caTaliers, à chacun 15 sola par jour. 2,250
Total 2fim\. Os, Ûd,
« Et pour douze mois : 32,880 livres, »
La tactique de Gustave- Adolphe.
Leipsic et Lutzen,
En exposant les divers ordres de bataille employés de aon temps, d'Aurignac donne quatre croqnis qui ont un réel intérêt historique, et qui représentent les batailles de Leipsic (1631), de Lutzen (1632), d'Aveia (1633), et les dispositions prises à Augsbourg par rarchiduc Léopold (1646),
Il existe peu de descriptions aussi claires des deux belles batailles livrées par Gustave-Adolphe^ et les remarques critiques faites par d'Aurignac ajoutent encore à la valeur déjà considérable de ces documents. D'ailleurs, en comparant texte et dessins avec les récits des meilleurs auteurs cootempo* rains (i), on constate Taccord qui existe entre eux sur presque tous les points.
Si d'Aurignae a pu être exact, cela n'a rien d'étonnant j entré dans la vie militaire à l'dpoque même où le roi de
(1) Parmi les ouvrages contemporains à consulter, on peut citer ; Le Soldat suédois y ou Histoire véritabh de ce qui s'est passé depuis V avenue du Roy de Suède en Allemagne j jusque s à ^a mort^ Houen, Jacques Cailloûé, 1642 (Bib, Nat^).
Historia délie guerre di Ferdinando îî e Ferdinando îfl imperatori e del re Filippo IV di Spagna, corUro G os lava Adolfo te di StJtetia^ et Luigi XIII re di Francia, successe dalV anno iÔ30 sino aW anno 1640, del conte Galeazzo Guaklo Prioruto, Veaetia, 1640 {Bib. Min, G., A. *2c.21.).
Joh. Pétri Lotichii Rerum GermanicaiTim lib. LV, Fnincofurte, 164G (Bib. Nat.).
Kôniglichen Schwedischen in Teulschland gefîfhrlein Kricg ^ par Bogislaff Philip Ton Chemnitz, Alten Stettin, 1648 {Bib. Nat.).
On peut y ajouter deux ouvrages postérieui^ ti^^'S iropor-t^uitâj tant par les nouvelles sources auxquelles \h ont tmissé, i^iie par les recherches .topographiques et militaires qu'ont cxf^'ubics les aiiteui's ;
Histoire de Gustave- Adolphe^ roi de Suède ^ composée sur ce qui a paru de plus curieux et sur un grand nombre de manuscrïtSt ^t principahment sur ceux de M, Arkenholtz, par M, D. M***, professe or, etc. Amsterdam,
i(fi Of TACnClSS DU XTII« SIECLS.
Suéde lirrait ces batailles i;, fl n'y avait très probablement pas assisté ; mais peo de temps après^ il avait da moins pa être renseigné exactement par les Suédois nos alliés, dont les armées guerroyaient côte à côte arec les nôtres (2 . On doit donc considérer son témoignage comme nn des pins importants qoi soient : car, avec les facilités de renseignements et de contrôle qu'il avait, avec son esprit méthodique et clair, enûn avec sa grande expérience de la guerre, il était à même mieux que personne de mettre au net un plan exact des dispositions prises. C'est pour cela que son texte et ses dessins méritent d*étre conservés ; aussi sont-ils reproduits ci-après.
L'Histoire des dernières campagnes et négociations de Gustave- Adolphe en Allemagne , ourrage traduit de Titalien, par Tabbé de
FrancheTÎlle , , augmenté : l<> D'un Tableau militaire des Impériaux
et des Suédois^ etc., par uo officier prussien. Berlin, G. Decker, 1772.
Il suffit d'énumérer ces quelques traraux sérieux écrits au XVII« et au XVIIl* siècle ; une bibliographie complète des ouvrages racontant les batailles de Leipsic et Lutzen serait fort longue et difficile à établir.
(1) Voir plus haut, p. 9.
(2) Voir plus haut, p. 10, note 3, et 81.
La bataille de Leîpsic (1)*
« Ordre de bataille des deux armées du Roi de Suède et du Comte de Tilly, général de l'armée de l'Empereur^ donnée à Leipsic l'an 1631 (1).
« Ordre de bataille de T armée de TlIIy.
Toute cette grande armée dt^s Tmpi'riauï forte tie rioqnante h soixante mile hommes, et de trente-èiï pViices de canon, ost mise sur une ligne droite a, 6, c, d, e, f, g^ dÏTiséc en dix-sept gros esciidions, et quatorze puissants bataillons.
1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, aisle droite de cavalerie, formée de sept escadrons.
8, 9, )0, 11, li2, 13, aisle gauelie de cavalerie, formi^e de sis escadrons.
14, 15, 16, 17, quatre bataillons, et un escftdron 18, joints à Taisle droite, et tous ensemble sont opposés h l'ai'mée de Saxe»
19, 20, 21, 22, 23, 24, 25, 26, 27, 28, sont dix bïitaillous; 29, 30, 31, sont trois escadrons sur la même ligne des bataillons, entremeslez ensemble; et toute cette ligne d'infiinterie est mise eatre les deux aisles de cavalerie.
/i, 2, k, l, sont treise pièces de canon, den ière Taisle droite, sur une grande hauteur, pour tirer sur P armée de Saxe,
m, n, 0, Pj sont vingt-trois pif^ccs de rsuion, derrière la ligne d'infanterie, plantées sur une hauteur, Beniblable à la préc Mente, pour tirer sur l'armée de Suède.
Toute la ligne généralement est postée sur la dcmy croupe de la hauteur, pour donner lieu à tous leur canons de tirer par-dessus les bataillons et les escadrons, sans les incomniodï^r. n
(1) La rédaction reproduite est celte du m s. fr. 4369 tïe la Bib, nat-^ fol. 89 et suiv., complétée et rectifiée k Taide de celle du m?, do la Bib. du Génie, p. 56 à 62.
Le dessin est une reproduction photographique, exûcuteo par le Service géographique de V Armée, de la feuille 39 dû ms, du génie.
î(ii UN TACTICIEN DU XVH» SIÈCLE,
* Ordre de bataille des deux armées du Roi de Suède et du Due de Saxe Joints ensemble.
32, 33, 3i, 3S, 36, 37, 38, 39, sont huit escadrons, qui forment Tais le droite (le Jîi première ligoe, où est le roy du Suède.
40, it , 43, 43, sont quatre plotons de mous(|net;iire5, dans les intcr- Tîtlles des e&catlrons de Taisle droite.
44, i5f 46. 47, 4^, 49, sont six escadrons qui forment Taisie gauche, sur ïa mesme li^ne.
50, 51 , 55, S3, sont quatre plotons de mousquetaire^, dans les inter- Talles de ces mesmes escadrons.
âl, 55. 56, 57, mnl quatre bataillons de piques, un peu hors la première ligne, dont les manches des mousquetaires sont jointes ensemble, et sont derrière les piques.
58, 5iJ, 60, 61 , 62, 63, 64, 65, sont huit batatlïons^ mis sur une Il pie, un peu en arrière de celle des aisles.
Leâ manches des mousquetaires entre les deux bnbiillons, sont jointes ensemble ; comme il est marqué ici par les chiffres 66, 67, 68, 69.
70, 7J, sont deui escadrons sur une ligne.
72, 73, 74, sont trois bataillons de mousquetiiires, mis sur la mcsmc ligne, entre les deu\ de Tinfanterie.
75, 76j 77, sont tï"ois escadrons entre deux ailes droites de la première et seconde ïîgne.
78, 79, 80, SI, sont quatre escadrons qui forment Taisle droite de la seconde ligne.
82, 83, 84, sont trois escadrons de l'aisle gauche de la seconde ligne.
85, 86, 87, sont trois bataillons de piques, tm peu avnnc(5s hors la seconde ligne, ayjmtles manches des mousquet^t ires derrière les piques*
88, 89, 90, 91 , 92, 93, sont six bataillons mis sur la mesme ligne des aisîes.
Les manches des mousquetaires entre deux bataillons sont Jointes ensemble ; comme on Toit icy par les chiffres 94, 95, 96.
97, 98, son^ deux gros escadrons, qui font le coi-ps de réserve.
99, sont ûemt pièces de canon, devant l'aisle droite de la première ligne.
lUO, sont deux autres pièces de canon, devant Taisle gîiuche do la mesme ligne,
101, 102, 103, sont trente pièces de canon, doTant la ligne d'infanterie.
104, 105, sont six pièces de canon, au devant de la seconde ligne.
Le tout joint ensemble, font quarante pièces de canon.
1Û6, 107, c^est tout le bagage de l'armée. »
« Ordre de bataille de l'armée de Saxe.
Elle est mise sur trois piramides fermées q, r, s,
La première piramide q, qui fait Taisle droite de cavalerie, est de trois escadrons de hauteur, sur chaque flanc 108, 109, 110, fermée sur la troisiesme ligne d'un escadron 111.
La seconde piramide r, qui forme le corps de bataille de toute Tinfnnterie, est à quatre bataillons de hauteur, sur chaque flanc 112, 113, 114, 115, fermée sur la troisiesme ligne des trois bataillons 116, 117, 118, ayant six pièces de canon au milieu, sur une grande hauteur 119. •
La troisiesme piramide s, qui forme Taisle gauche de cavalerie, est de mesme que la première, à trois escadrons de hauteur 120, 121, 122, est fermée sur la troisiesme ligne d'un escadron 123.
Tout le bagage 124 est derrière l'armée. »
Remarques critiques de d^Anrignac.
« Les Impériaux firent icy quatre (1) fautes notables.
La première, d'avoir mis toute leur armée sur une ligne seule, laquelle défaite, il n'y a plus de resource.
[La seconde, d'avoir mis tout leur canon derrière la dite ligne, sur des hauteurs, parce que les coups tirés de haut en bas sont fichants et delà moins meurtriers que les rasants et tirés à fleur d'horizon] (2).
La troisiesme, d'avoir fait de si gros et puissants bataillons et escadrons, veu que s'ils avoient été plus petits, du surplus, ils en auroient peu faire une seconde ligné, ou du moins, estendre si fort la première, que ce qui se seroit trouvé plus estendu, auroit pu, à droit et à gauche, jjrendre en flanc l'armée de Suède, et celle de Saxe en mesme temps ; et par ce moyen, îls auroient conservé l'avantage du vent, qu'ils avoient déjà sur les Suèdes. Mais ils le perdirent par une faute notable, qui est la quatriesme qu'ils ont faite, en le voulant conserver, c'est toute leur aisle gauche 8, 9, 10, 11, 12, 13, dans le plan précédent, s'estendit pour prendre en flanc les deux aisles droites des Suèdes, et pour avoir le vent derrière.
Mais le Roy voyant le manquement qu'ils fesoient, il leur oppose sept escadrons ; quatre de l'aisle droite de la seconde ligne 78, 79, 80, 81, et trois qui estoient entre les deux aisles droites 7S, 76, 77.
Et luy cependant, avec les huit escadrons de l'aisle droite de la première ligne 32, 33, 34, 35, 36, 37, 38, 39, et avec les quatre plotons
(1) 11 y a trois dans le ms. fr. 4269 de la Bih, nat.
(2) Ce passage n'existe pas dans le ms. fr. 4269 de la Bib, nat.
t,'>* i.i €».v* 5r 'ifi.!'.»*-.*. ^«r il jnmif»- jfvih^^ar ^earièr^, c* qu'il 1*< «I.VI i«!t :if .ft^ :«>: ^jitu Yi^yaiL *u*: i-tsa-xx pèe osoTerte de la «1* pîT^t > , t-»^ p.;*n**. «trajLi >^.ii *xi m^-s^ sar 3a droite de Far-
^Kf- > *^:#^:jç »*« JT* BSALTLi- v^ii *<€aÊL' :«s, T^e le Roy aïoit bien à
& i^ j% y^s:^ ri . jîd»h 1 jA\^\m)t^ i\ rupie toct le canon, *^z\*'* - *»• i*!-'.?: ^. i.'-ri* cjcit» .-r r**it* c-t l'-infintme, pour acheter
Cii^.î.**vt , c -.-: :r;.V: :-:*• li:^i9zntz\ àwt «ieîja nous dans on tel C*-*^ ;r* t trcéit Ce S*i^. iii'Lfcv* àx i-j- pL^fn^i; le canon, ils toomèrent M U'^i.i* 'y*tM*^ ,'irz:^ dr Si-tr-ie, p»:îîr la battre en flanc. Le Roy t'>r40t <* ':«ri*i»"LUr^, J ktlxixa promptement à lenr secours tout le t«^'> 4^ U ^^^A 1* .-A^,^. r! I-e -corps de réserre, qui conâstoient en ^ifwj «rMaifjfï^. *t »rn L-r-jf l^- V ,. >î;5 ; ^t ^rrJTêrent si opportunément, ifu'îl »e re^^*>*l pr^s q:i^ ;j'j*tr^ ou c:n«| e5<A«irons entiers de toute l'arm-V d*- S^*iA : l^^^i-ri? joints à •i'iutres qui s*€>toient déjà râliez, Toyant f«njr 1*^ >t>*f 1--4, il* attiju^r^nt eo-uil^ î»-s Impériaux les uns à droit H !#-* «tttj*^^ à puçhe, a^ec tant «i^ furie, qu'ils les deffinnt entière-
i^ 4ar dt- Saie fîst encore une faute tr^ grande, d'axoir mis son arn^^e lor tr<^îi piramides ; Teu que par cet ordre, il laissoit un si grand eftf»r#* fenlre leurs pointes, que les Impériaux les prenant par ce Tuide, il i^Ufïi iU U à croire, qu'il seroit indubitablement défait.
Mkh s'il eut pratiqué l'ordre du roy de Suède, sans doute il ne seroit paç lomlié dan» ce désordre où il faillit à se perdre, avec toute son îirm^f , ian» le Aeeours qui arriva fort opportunément, dans son plus
UN TACTICIEN DU XVII» SIÈCLE. i 7
La bataille de Lutzen,
« Ordre de bataille des deux armées du Roy de Suède et de Vualsteiû, Duc de Fridlant général de l'Empereur, donnée àLutzen, l'anl632(4).
« Ordre de bataille de Tannée de Snède.
Cette armée de Suède est mise sur deux lignes, sans corps de réserre.
1, 2, 3, 4, 5, 6, aisle droite de la première ligne, formée de six escadrons.
7, 8, 9, 10, 11, sont cinq plotons de mousquetaires, dans les intervalles des escadrons de la mesme aisle.
12, 13, 14, 15, 16, 17, aisle gauche de la première ligne formée de six escadrons.
18, 19, 20, 21, 22, sont cinq plotons de mousquetaires, dans les interTalles des escadrons.
23, 24, 25, 26, sont quatre gros bataillons de piques, un peu avancés liors la première ligne d'infanterie [dont les mousquetaires sont derrière chaque bataillon] (2).
27, 28, 29, 30, 31, 32, 33, 34, sont huit bataillons, entre les deux aisles de la cayalerie, sur la première ligne.
Il n'y a que trois intervalles, sur cette ligne d'infanterie a, b, c, à cause que deux bataillons sont joints ensemble.
35, 36, 37, 38, 39, 40, aisle droite de la seconde ligne, formée de six escadrons.
41, 42, 43, 44, 45, sont cinq plotons de mousquetaires, dans les intervalles des escadrons
(1) La rédaction reproduite est celle du ms. fr. 4269 de la Bib. nat., fol. 92 et sttiv. , complétée et rectifiée à l'aide de celle da ms. de la Bib» du Génie, p. 62 à 67.
Le dessin est ane reprodaclion photographique, exécutée par le Service géographique de V Armée, de la feaille 40 du ms. du génie.
(2) La phrase entre crochets n'existe pas dans le ms. fr. 4269.
108 UN TACnCÎEX DTS Tm* STËCLE,
46, 47, 48, 49, 50, 5i, aisle gauche de la secoade ligne, formée de six escadrons.
52, 53, 54, 55, 56, soot cinq pbtons de mausquetaires, dans les înterralles des mesmes escadrt:»t]S.
57, 58, 59, 60, sont quatre gros bataillons de piques, un peu ayancés hors la seconde ligne de TinfaEit^ne, dont les mousquetaires sont derrière chaque bataillon.
61, 62, 63, 6i, 65, 66, 67, 68, sont huit bataillons, entre les deux aisles de la caTalerie, sur la Sf^eonde ligne.
69, est un escadron au milieu de toute cette ligne*
La seconde ligne est égale à la première n'y a^ant qu'Hun escadron de plus au milieu de la seconde ligne qui est 69.
^y ^j A 99 f^* ^°^ Tingt piè<.>-» de canon, au devant des interralles de Taisle droite de la première liLine.
i, k, l, m, sont yingt pièces de dinon au défaut de Tinfadtcne de la première ligne.
n, 0, Pj q, r, sont vingt pièces de canon au devant des intervaUes de Taisle gauche de la première li^e, le tout fuit soi\RDte pièces de canon.
70, bagage de Tarmée. »
« Ordre de bataille de l'armée de Vnalstein,
71, 72, 73, aisle droite de la catalerie formée de trois escadrons, et d'un gros bataillon de piques 71, ;tyanl quatre biUaillons de mousquet«aires aux quatres angles des deux manches.
75, est un ploton de mousquetaires entre Tintervalle des deux escadrons de la mesme aisle.
76, 77, sont deux escadrons Tun derrière rautre, entre Tinfanterie et Taisle droite.
78, 79, 80, 81, sont quatre gros bataillons de piques, mis en crois, ayant quatre bataillons de triousi^etaircs nuv quatre angles des manches.
82, 83, 84, aisle gauche de cavalerie, formée de trois escadrons sur la première ligne.
85, 86, 87, aisle gauche de cavaloriej fonnée de trois escadrons sur la seconde ligne.
88, 89, sont deux forts escadrons Tun derrîfere l'autre^ sur le flfinc gauche des deux aisles de l'armrc,
90, 91, 92, quartorze pièces de c-anon au devant de Taisle droite et quatre moulins à yent, sur une h^uiteur,
93, 94, sont sept pièces de canon au devant de Tinfantene.
UN TACTICIEN DU XVll» SIÈCLE. 109
93, 96, 97, est un fossé bordé de mousquetaires des Impériaux. 98, bagage de Tarmée. »
Remarques critiques de d'Anrignac.
« Le général Vualstein fit icy trois fautes notables dans son ordre de bataille.
La première, de n'avoir fait qu'une aisle de cavalerie, à la droite de son armée.
La seconde, d'avoir formé de si gros escadrons et des bataillons si formidables.
Et la troisiesme, d'avoir mis en croix la pluspart de son infanterie, divisée en quatre bataillons ; et du reste, d'en avoir fait un cinquiesme, et mis sur la ligne de Taisle droite, entre le premier et le second escadron.
Pour la première faute qu'il fist de n'avoir fait qu'une aisle 5, t, à la droite de son armée, les Suèdes en tirèrent de là un tel avantage, qu'ayant fait marcher toute la cavalerie des deux aisles gauches de la première et seconde ligne u, x, y, z, avec tous les plotons des mousquetaires qui estoient dans leurs intervalles, ils furent après, par le flanc prendre le derrière de cette aisle ; laquelle voulant faire volteface, pour faire front aux Suèdes, se désordonna d'elle-mesme confusément, en tournant sur son propre terrain [faisant demi-tour à droite] {i ) à cause de ces grands corps massifs dont elle estoit composée ; qui ne sont propres qu'à demeurer tousjours fixes, dans une mesme place, ou du moins à marcher fort lentement, et non à faire une évolution avec un mouvement précipité, comme il falloit faire dans cette conjecture : ce qui fut le commencement de la perte de la bataille.
La seconde faute dont on peut encore le blasmer, c'est d'avoir fait de si gros escadrons : veu que le roy de Suède ayant pris les trois premiers de l'aisle droite de la seconde ligne 35, 36, 37. Il fut brusquement charger le premier des deux gros escadrons [de Cravates] (2) qui estoient au flanc de l'aisle gauche de l'armée 88, 89, et l'attaqua avec autant de vigueur, et en flanc, et en front, qu'il le deffit entièrement : dont les débris tombant ensuite sur le second 89, avec une confusion si grande qu'il ne pust jamais esviter sa cheutte, qui fut après le sujet de sa perte. Et ce fut icy, où le Roy fut tué malheureusement en combattant en grand et magnanime héros.
(1) Les mots entre crocljets sont une note ajoutée en marge par le travailleur qui a exécuté la copie de la Bib. du Génie»
(2) N'est pas dans le ms. fr. 4269.
im TACnCIEX DC XTU* SIÈCLS.
Cependant toute Faisle droite de la premim ligne, composée de sîi. esradrons I, ^ 3, 4, 5, ^, aTcc les tro» qui estoient restés sur la seconde 38, 39, 40, soins de tons les plotons de monsqoelAired des inferYalles, TÎndrent à mesme temps, s'opposer aux deox aisies gtiiiches de-» Impériaux 82, S3, 84 et 85, 86, 87, où ce fit un grand el rude combat.
Pour la troisiesme faute qn*il a encore fait, c'est d*avoir mis ea croix la plw^part de son infanterie, dif isée en quatre gros bataillons, il deyoit considérer que cet ordre en croix estoit de soy fort défectueux, particulièrement dans cette occasion, xeu son ordre de bataille, d'aotant qu'k droit i t à gauche du premier bataillon, qoi fait la teste de la croix, il y aToit an grand espace entre lui et Faisle droite et Taisle grtucbc de Tarmée ; dont les Suèdes pouroient de là en tirer sans doute un grand arantage, comme ils Grent ensuite et delà il aToit donc pratiqué un ordre fort mauvais, d*a?oir mis toute son infanterie dans cette figure, si peu afantageuse. »
UN TACTICIEN DU XVll' SIÈCLE. 4if
Conolnslon.
Le Livre de Guerre est une œuvre très complète.
Cet ouvrage était sans doute celui auquel d*Aurignac avait le plus travailté, il devait élre le premier d'une série d'autres, consacrés eux aussi à la science milUaire (I).
D^Aurignac le présentait au Roi avec confiance, et, dans une page qui termine le manuscrit de la Bibliothèque nationale (^), il laissait entendre rulitité que pouvaient avoir pour les gens de guerre les études qu'il avait entreprises ;
« Sire, si Vostre Majesté a la bonté de prendre quelques heures de loisir, pour lire ce livrej et que je sois ensuite si heureux qu'elle le trouve à son plaisir, son approbation m'obligera, Sire, d'accompagner ce premier, de sept autres livres, non moins utiles, pour les geus de guerre, que celuy cy, puisque tout séparément n'ont d'autre sujet, pour leur traitté, que la discipline militaire, que tous ceux de ma profession doivent apprendre, pour se rendre plus capables de bien servir Yostre Majesté. Et c'est la fin que je me propose aujourd'huy^ en les mettant au jour, avec celle de plaire a Vostre Majesté. J'espère de là. Sire, qu'elle approuvera sans doute mon intention, puisqu'elle a un fondement si juste ».
La prière de l'écrivain ne fut pas entendue; son manuscrit ne fut pas édité. A cette époque où la guerre de sièges était en honneur, on jugea plus ulile sans doute de faire paraître le Livre de toutes sortes de forti^f:ations; on laissa ainsi de c6té, en n'imprimant pas le Livre de Guerre, tout ce qui caractérisait les campements, les marches, les combats, en un mot, tonte la science militaire en campagne.
(1) Voir plus haut, p. 8, et ci-dessous,
(2) Cette page n'existe pas dans le ms. de U BibL du géaie* ^ Dunâ le ma. fr. 4269 de la Bibl, nat.^ elle est au fol. 177 et dernier,
4^2 UN TACTICIEN DU XYII» SîÈGLE.
Du moins les pages qui précèdent (1) £Ont-clles une réparation tardive accordée au travailleur érudit et conscieDcicuîc que fut d'Aurignac, et elles peuvent même en partie remplir le but qu'il s'était proposé ; elles seront en efff^t, comme il le désirait, utiles au militaire, et de pluSj elles serviront à Thiatorien.
Le militaire peut en effet étudier, dans Toeuvre de d'Aungnac, Téclosion de la tactique moderne j et y pressentir bien des principes aujourd'hui passés dans nos règlements ; il peut ainsi, grâce à beaucoup de passages, « éclairer le présent à la lumière du passé », ce qui est utile dans la science militaire plus que dans aucune autre.
L'historien a lui aussi grand profit à tirer de la lecture du Livre de Guerre : d'Aurignac met en effet son lecteur au courant de toutes les manœuvres des troupes, de tous les procédés dont elles usent, il sait voir les choses de haut, et donne de Tart militaire à son époque un exposé complet et Buffisamment succinct. Ses fonctions de sergent-major et de maréchal de bataille l'ont mis au courant du maniement d'une armée, et c'est bien l'expérience acquise dans les camps qui lui dicte ce qu'il écrit. Aussi est-il un guide précieux : il peut servir à mettre en lumière l'influence que les étrangers, et surtout les Suédois, ont eu sur nos principes militaires à cette époque (2); il peut faire comprendre les opérations des généraux de son temps; il aide à mieux saisir, dans un combat, des détails importants sur lesquels les auteurs contemporain a ou modernes passent trop rapidement, autant par négligence que par incompétence, tandis que ces détails constituent tout l'intérêt historique du combat.
(1) Nous ayons extrait du Livre de Guerre toiit ce qu'il renfermait d'essentiel ; la publication intégrale du manuâcnt eut été inutile^ car l'ouvrage contient des répétitions, et devient fastidieux par endroits. Il est possible que ce soient sa forme peu littéraire, el le nombre tr&s considérable de ses planches, qui aient empêché sou impression au XVI1« siècle.
(2) Il y aurait im travail intéressant à faire, ce itérait de rapprocber Touvrage de d'Aurignac de ceux de Billon, et d*étudier ainsi, plus en di5tail que nous ne l'avons fait ici, les transformations apportées par Ja guerre do Trente Ans h Tart militaire français.
Le maréchal de bataille d'Aurignac est un des premiers tacticiens dignes de ce nom, un des rares militaïreâ qui à cette époque aient produit uae œuvre ayant une réelle valeur technique. Il doit être placé bien au-desans de ses contemporains qui ont écrit sur le même sujet ; il est plus précis, plus clair et plus complet que les trois auteurs auxquels on se reporte d'habitude : Billon, Rohan et Lostelneau ; il est surtout plus vivant qu'eux, il prend ses exemples autour de lai, dans ce qu'il a vu, et il en tire immédiatement des conclusions tactiques; il est le seul qui ait su présenter un tableau méthodique de Tart militaire français considéré dans son ensemble. Son style n'est malheureusement pas très agréable, ot il est même, en bien des endroits, lourd, pénible, embarrassé.
On peut néanmoins classer cet écrivain médiocre parmi les historiens à consulter, parce que la lecture de son œuvre est indispensable à tous ceux qui sont désireux de comprendre rhistoire militaire du XVIl« siècle»
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